lundi 30 janvier 2017

[Track of The Day] La La Land Cast - Another Day of Sun

« Cinemascope » s'affiche à l'écran puis disparaît alors que la caméra fixe son objectif sur une autoroute californienne embouteillée. Elle défile parmi les voitures à l'arrêt prenant leur mal en patience. Puis une chanson débute, une jeune femme ouvre sa portière et se met à danser et à chanter, avant que toutes les conducteurs et passagers alentours suivent son exemple.

Voilà commence La La Land, le film espéré dès la sortie de son teaser il y a quelques mois, puis encensé dès les premières projections. Et cette scène, aussi cliché ou film de genre que parfaite de bout en bout, est portée par la chanson du jour, Another Day of Sun, interprétée par le La La Land Cast.

A partir de là, l'histoire d'Emma Stone (serveuse qui se rêve actrice) et de Ryan Gosling (pianiste qui se rêve lui aussi en propriétaire d'une boite de jazz, genre musical dont il est fou et obsessionnel) va pouvoir prendre corps, entre mise en scène grandiose (la scène à la soirée quand Emma Stone sort des toilettes perdue dans ses pensées), moments féeriques (la scène du banc), couleurs, joies, peines, références subtilement distillées, humour délicieux, plans bien pensés (cette scène de fin avec des idées nouvelles toutes les 15 secondes)... et bande originale parfaite.

Car si l'on doit noter évidemment les prestations épatantes d'Emma Stone (et, qui en plus est, resplendissante tout du long) ou Ryan Gosling (qui se rappelle qu'il est toujours le leader d'un groupe de musique, certes pas forcément inoubliable, Dead Man's Bones), Damien Chazelle, le réalisateur, aura soigné le troisième personnage essentiel de son film : la musique.

Composée par Justin Hurwitz, elle fait la part belle à des instrumentaux jazzy, des chansons entraînantes comme jamais (Another Day of Sun donc, élue depuis vendredi soir 22h30 chanson la plus parfaite pour commencer un journée, mais aussi Someone In The Crowd) et à quelques bluettes à vous tirer les larmes (Audition (The Fools Who Dream) interprétée par Emma Stone ou City of Stars, avec Ryan Gosling au chant). Seul Start a Fire, avec John Legend au micro (qui joue le rôle de Keith) dénote dans cet univers d'un autre-temps, mais ne vient pas pour autant gâcher la grande qualité de cette bande-originale

Comédie musicale sur fond de comédie romantique (ou comédie romantique sur fond de comédie musicale, à vous de choisir), La La Land réussit en tout cas son pari à tous les niveaux : cinématographique et musical. En arrivant à doser justement l'un et l'autre, Damien Chazelle rend l'ensemble aussi enthousiasmant, touchant qu'intemporel.
Et si l'on ne peut s'empêcher, au sortir du film, de se dire que si même eux n'y croient plus, on est décidément foutu, La La Land résume assez bien de quoi devrait être fait la vie : de musique, de danse, de rêves à accomplir ; et de chansons comme Another Day of Sun pour rendre le ciel un peu plus bleu.

Album : La La Land (Original Motion Picture Soundtrack)
Année : 2016
Label : Interscope

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 En écoute dans le lecteur Spotify ou Deezer à gauche

En plus des lecteurs Spotify et Deezer à gauche, Another Day of Sun qui ouvre la bande-originale de La La Land, est en écoute ci-dessous :



La version youtube de Another Day of Sun par le La La Land Cast :



City of Stars, chantée par Ryan Gosling (à zapper si vous n'avez pas encore vu le film) :



Et pour ceux qui seraient passés à côté, la bande-annonce de 'La La Land' :



mercredi 25 janvier 2017

Car Seat Headrest - Teens of Denial [Matador]

Alors oui, je sais, on vous a sûrement déjà ressassé les oreilles avec cet album là. A quoi bon donc en parler dans ces pages alors que 2017 a ouvert ses bras et que 'Teens of Denial' est sorti en juillet 2016 ? Parce qu'il mérite qu'on en dise à nouveau le plus grand bien. Et parce que des albums comme cela, on n'en trouve pas à tous les coins d'un label.

Mais qui sont donc les Car Seat Headrest ? Avant tout, ce groupe est le projet d'un seul homme Will Toledo, jeune et prolifique américain de 24 ans, qui a enregistré en l'espace de 3 ans pas moins de 11 albums dans son coin (et tous en écoute sur bandcamp, voir plus bas). Des disques lo-fi et brinquebalant, entre bedroom pop et garage-car (oui, certains de ces disques ont été enregistrés dans sa voiture, d'où Car Seat Headrest, littéralement « appuie-tête de voiture »), évidemment très Do It Yourself.

Repéré par Chris Lombardi de Matador Records (excusez du peu), Will Toledo signe en 2014 sur le label des Yo La Tengo, Liz Phair et autres Pavement. Mais Matador veut faire les choses bien et croit beaucoup en son nouveau poulain - et il y a de quoi. Ainsi, plutôt que brûler tout le potentiel du bonhomme et histoire de présenter à un plus large public, il le laisse ré-enregistrer à l'automne 2015 certaines de ses premières compositions. 'Teens of Style' parait, le disque ne souffre pas d'avoir perdu son côté DIY et le garçon se fait un nom. Car Seat Headrest s'enrichit alors de trois membres pour donner plus de corps à sa musique et à ses ambitions et embraye un an plus tard avec son premier album pour un label, 'Teens of Denial'.

Prévu en mai dernier, il voit sa sortie repoussée à cause d'un Rick Ocasek (leader de The Cars) pas vraiment complice qui lui reproche un sample non-clearé de son titre Just What I Needed (et ce n'est pourtant pas faute à Matador et à Car Seat Headrest d'avoir fait les démarches en ce sens, de longs mois avant). Rappel de tous les disques déjà envoyés à travers tout le pays, destruction de ceux-ci, réenregistrement et changement de titre pour la chanson incriminée (de Just What I Wanted/Not Just What I Needed, elle devient Not Just What I Needed, même si l'influence reste manifeste). Deux mois plus tard, 'Teens of Denial' voit officiellement le jour. Et met une baffe à beaucoup, et en premier lieu à l'auteur de ses lignes.

En 12 titres, Car Seat Headrest, porté par une production moins lo-fi que ses précédents enregistrements et particulièrement bien vue, assène dès les premières secondes de l'album un riff diabolique qui donne le ton (Fill in the Blank). La suite ne dévie pas de la trajectoire. Étirant ses morceaux comme jamais sans pour autant les rendre ennuyeux ou sans arriver à leur trouver une porte de sortie, Car Seat Headrest affiche ses ambitions, rappelle à lui Pavement (Destroyed by Hippie Powers notamment mais pas que), Nada Surf (la construction de Drunk Drivers / Killer Whales et cette façon d'amener et d'hurler le refrain), Sebadoh et autres groupes du genre. Il en profite même pour piquer aux Doors la guitare de leur L.A. Woman (Connect the Dots (The Saga of Frank Sinatra)).

Contant avec une voix trainante des histoires d'une jeunesse désabusée, qui s'ennuie, qui s'emmerde, qui se foire et qui ne trouve même plus son remède dans l'alcool et la drogue, Car Seat Headrest compose ici aussi bien des hymnes rock (Drunk Drivers / Killer Whales) que des balades à fredonner à tue-tête (fameux « drugs are better, drugs are better with friends are better, friends are better with drugs... » sur (Joe Gets Kicked Out of School for Using) Drugs With Friends (But Says This Isn't a Problem) ou tout simplement tuantes (les 11mns parfaites de The Ballad of Costa Concordia qui rappelle Okkervil River dans sa première partie).

Brillant album, à tous les niveaux, 'Teens of Denial' est une vraie révélation pour votre serviteur. Sans doute le disque le plus écouté 2016, cet album de Car Seat Headrest pose toutefois quelques questions : ce projet restera t-il celui de Will Toledo qui, tel un Eels, ferait tourner les membres autour de lui ? Intitulera t-il tous ses prochains albums Teens quelque-chose ? Quand reviendra t-il ? Après 12 albums et une compilation, a-t-il encore des choses à dire ?
Une chose est sûre cependant : quoi qu'il en dise sur les derniers mots de Joe Goes To School qui cloture ce 'Teens of Denial', Car Seat Hedarest n'est en aucun cas une simple « tourist attraction ». J'ai même comme l'impression qu'on vient d'en prendre pour un moment. Tant mieux. (Sortie : 20 mai 2016)

Son :
'Teens of Denial' de Car Seat Headrest est en écoute (partielle) sur le bandcamp du groupe
'Teens of Denial' de Car Seat Headrest est à l'achat, toujours sur le bandcamp du groupe
'Teens of Denial' de Car Seat Headrest est également en écoute sur Spotify et Deezer

Les 11 premiers efforts de Car Seat Headrest sont en écoute sur son bandcamp
On y trouve également la « compilation » 'Teens of Style'

Enfin, pour en savoir plus sur l'histoire de Car Seat Headrest, pré 'Teens of Denial', cet article de Rolling Stones US est à lire.


Beaucoup de choses à écouter aujourd'hui et à voir de ce 'Teens of Denial' de Car Seat Headrest. Tout d'abord, Drunk Drivers / Killer Whales, hit en puissance (en écoute également dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche). Ensuite, Vincent et son intro parfaite.





Pas plus de titres de disponibles sur le bandcamp de Car Seat Headrest ? Rabattons nous donc sur les clips. Tout d'abord Fill in The Blank qui ouvre parfaitement ce 'Teens of Denial' (ah ce riff) :


Ensuite, le clip de Drunk Drivers / Killers Whales, longue balade sur le bitume et sur l'eau :


Enfin, le clip de Vincent, évidemment édité (l'originale fait 7'45'', voir plus haut) :


mercredi 18 janvier 2017

[Track of The Day] 69 - Heroic

Profitons de cette vague de froid qui ne fait pas semblant pour plonger nos oreilles dans le son glacé et glaçant de 'Heroic', troisième album - en 9 ans - de 69, duo formé par Virginie Peitavi et Armand Gonzalez (soit deux-tiers des mythiques Sloy).

Car oui, 'Heroic' n'est pas un disque festif, fait de chansons pop faciles et de mélodies vagabondes et sautillantes. Non, et bien au contraire, ce troisième album de 69 est un disque de saison. Un disque cinglant comme un vent hivernal qui aurait laissé l'humidité dans les hauteurs ; un album aride. Mais 8 chansons entêtantes, hypnotiques (cette rythmique !) où le chant - en anglais - laisse la place la plus importante à des sonorités post-punk et cold-wave.

Sorti le 30 novembre dans, me semble t-il en tout cas, une indifférence quasi-générale médiatique (c'est ça de vouloir faire ses tops de fin d'année au milieu de l'automne), 'Heroic' de 69 mérite mieux que cela. Lent, léthargique par moment, il n'en est que plus hypnotique.  Et alors qu'on évoque chaque mois (et à raison) un peu plus cette nouvelle scène française en pleine effervescence, il serait bon de ne pas oublier quelques valeureux « anciens », dont l'intransigeance artistique ne bouge pas.

Album :
Heroic
Année : 2016
Label : Lowmen Rds / Le Turc Mécanique

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 En écoute dans le lecteur Spotify ou Deezer à gauche

En plus des lecteurs Spotify et Deezer à gauche, Heroic, qui donne son nom à ce troisième album de 69, est également en écoute ici :



En plus de Heroic, voilà Shadows & Rifle, autre chanson du nouvel album de 69 :



lundi 16 janvier 2017

[Track of The Day] Terry Malts - Seen Everything

Terry Malts est un trio de San Francisco qui a sorti à l'automne 2016 son troisième album 'Lost at the Party'. N'ayant écouté que très sporadiquement les deux premiers suite à la découverte de celui-ci, je vous épargnerais donc les comparaisons sans queue ni tête.

'Lost at the Party' donc. Un disque qui sonnera sans doute très bien aux oreilles des personnes qui comme moi ont vécu leur adolescence dans les années 90. Car si l'on retrouve bien quelques incursions vers une certaine idée de la pop des années 80 (When The Nightime Comes, And Suddenly), cet album des Terry Malts aurait pu être enregistré dans les années 90. Tout ici a le goût et le charme de cette période là, des riffs de guitares (Used to Be, Playtime) au chant (Seen Everything) en passant par le son lourd (Come Back) et plus généralement la production (rien que Your Turn !).

Sans rien révolutionner une seconde, Terry Malts accouche ici d'un album solide, entre pop-punk et power-pop, incisif, bien écrit, dansant et référencé mais sans que cela rende l'ensemble lourd à porter. Mais surtout, 'Lost at the Party' prouve une nouvelle fois qu'après la passion de ces dernières années pour un revival 80s usé jusqu'à la moelle, la mode s'empare plus que jamais de la décennie suivante. Et pourquoi pas ?

Album : Lost at the Party
Année : 2016
Label : Slumberland

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 En écoute dans le lecteur Spotify ou Deezer à gauche


En plus des lecteurs Spotify et Deezer à gauche, Seen Everything de Terry Malts est également en écoute ci-dessous :


Autre belle chanson de ce 'Lost at the Party' de Terry Malts, Used to Be :


Enfin, voilà le clip du premier single de 'Lost at the Party' de Terry Malts, Gentle Eyes :


mardi 3 janvier 2017

[Track of The Day] Vandaveer - But Enough On That For Now

Disons le tout de suite : ce n'est pas parce que 2017 vient d'ouvrir les yeux qu'il faut tirer un trait sur 2016. Oh bien sûr, je vais doucement mais sûrement me plonger dans ce qui va faire l'année musicale qui s'ouvre devant nous. Mais je n'ai pas encore eu le temps d'évoquer tous les disques dont j'avais envie de parler. Donc, continuons à regarder quelques mois en arrière.

Prenons par exemple 'The Wild Mercury', nouvel album de Vandaveer, groupe a géométrie variable et formé principalement de Mark Charles Heidinger (artiste australien déjà évoqué dans ces pages - voir ici et - mais surtout mémorable pour être le chanteur de The Apparitions, éphémère groupe de  dont le fantastique 'As This is Futuristic' aurait du connaitre un bien meilleur sort en 2006) et Rose Guerin ; Vandaveer dont la blogothèque avait réalisé un bien joli « concert à emporter » (voir plus bas).

'The Wild Mercury' est le cinquième album de Vandaveer, peut-être pas le plus réussi, mais qui a le bon gout de distiller ici et là quelques jolies bluettes folk-pop de fort bon calibre ; et si l'on n'atteint toujours pas les sommets de Damien Rice / Lisa Hannigan, le duo vocal Heidinger / Guerin fonctionne parfaitement une nouvelle fois.

Bref, 'The Wild Mercury' de Vandaveer, un disque sans doute pas essentiel de l'année qui vient de s'achever. Mais pour ouvrir 2017, il est parfait. Et il marche très bien un lendemain de réveillon arrosé, de verres échangés et de danses chaloupées (ou non) jusqu'au petit matin. D'ailleurs, vu qu'on y est : bonne année mesdames messieurs !

Album : The Wild Mercury
Année : 2016
Label : Ramshackler Music

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En plus des lecteurs Spotify et Deezer à gauche, But Enough On That For Now de Vandaveer est également en écoute sur le lien ci-dessous :


Vu que c'est fête, deux autres chansons tirées de ce 'The Wild Mercury' : The Final Word (l'histoire d'un homme qui se rappelle de ses conquêtes passées ayant échouées) et Absolutely Over The Moon, vaporeuse à souhait :




 Enfin et pour finir, la session de 2008 du Take Away Show de la Blogothèque est à voir ici :