mardi 16 octobre 2018

[Track of The Day] Joanna Wang - 騎著電動滑行車的葉豆老師 (The Motorized Scooter Edo)

Au commencement existait les chats IRC. Puis les forums internet. Puis apparurent les blogs comme celui-ci. On écrivait des tartines sur un album qui nous avait marqué, on déterrait on ne sait comment un album oublié et pourtant fabuleux,  qu’on venait tout juste de choper sur soulseek, on s’enflammait pour un pont, un refrain ou un nouveau groupe en devenir. Bref, c'était la fête, c'était la vie ; mieux, cette gigantesque base de données permettait aussi et surtout de sortir du sacro-saint agenda des majors qui imposaient leurs sorties au plus grand nombre.

Et puis un jour, au mitan des années 2000, les blogs ont commencé à péricliter (des larmes coulent sur mes joues), la génération suivante préférant la facilité des échanges fournie par Facebook. 

Coolbeans à l’époque était un blogueur hyperactif dont les multiples adresses permettaient de découvrir un nombre incroyable de disques qu’il chroniquait rapidement et auxquels il donnait une note. Les années ont passé mais rien n’a changé pour coolbeans, à part le support.

On peut désormais le suivre sur Facebook sur le groupe (ouvert à tous) « J’écoute une K7 de la vedette » où il propose et note un nombre toujours plus incalculables de disques. Tellement d’ailleurs qu’il est difficile impossible d’écouter la moitié ou même le quart de ce qui y est proposé. Donc on picore, on suit une recommandation ou on est intrigué par une pochette, et on fait souvent de belles découvertes.

Il y a quelques semaines, c’est un album à la pochette affreuse au possible qui a rencontré du succès sur ce groupe. Un disque que je n’aurais pas une seconde pensé écouter, le dernier en date de Joanna Wang, une taïwano-américaine de 30 ans.

Intrigué par de nombreux commentaires élogieux, j’ai écouté. Et je suis tombé des nues. Totalement opposé à l’image que l’on pourrait se faire du disque à la pochette portant le kitsch au pinacle et présentant une Joanna Wang vêtue d’une robe de mariée, surplombée d'un chérubin pointant sa flèche sur elle, le tout accompagné d’une typographie rappelant les heures les plus sombres des sites personnels époque Lycos, 'Modern Tragedy' est un sacré album pop.

Une pop déguindée, entièrement chantée en anglais, qui part dans tous les sens, entre cabaret (The Etiquette of Handing Scissors and Knives), skits qui voient une Joanna Wang chanter une bluette en faisant la vaisselle (I Cannot Wait To Fall In Love (Dish Washer)), chansons pop-rock à tiroir (The Motorized Scooter Edo et ses ouh-ouh-ouh), douces mélodies mélancoliques et autres titres comme enregistrés avec du matériel des années 20. 

Très bien construite, découlant naturellement, la musique émanant de ce 'Modern Tragedy' est en tout cas une sacrée surprise. La rencontre de beaucoup de choses, notamment des Fiery Furnaces et des Starlight Mints, le tout contant l'amour, la déception, l'espoir, les cœurs-brisés, les ruptures souhaitées ou subies et les sempiternelles erreurs que nous répétons dès qu'il s'agit de sentiments. De la belle ouvrage assurément.

Album : Modern Tragedy (摩登悲劇)
Année : 2018
Label : Sony


En écoute dans les playlists Spotify et Deezer à gauche

En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), 騎著電動滑行車的葉豆老師 (The Motorized Scooter Edo) de Joanna Wang est également en écoute ci-dessous, via son clip : 



Autre chanson tirée de ce 'Modern Tragedy' de Joanna Wang, voilà 莎賓娜,不要再結婚了! (ou Sabrina Don't Get Married Again! en occidental) et son formidable clip de 16 mns !


lundi 8 octobre 2018

[Track of The Day] Ryan Rebo - We All Invent Ourselves

Il est temps de continuer mon lobbying pour cet artiste américain qu'est Ryan Rebo. Et pas uniquement à cause de 'I'm A Rainbow, A Promise of God's Care' (je me permets d'ailleurs d'insister à nouveau à propos de cet Ep merveilleux sorti l'an passé). Parce que son nouveau projet '7 Songs In The Key of Z' continue d'être très intéressant. Après un Boogieman qui m'avait bien plu, voilà donc We All Invent Ourselves, second extrait d'un Ep à paraitre dans quelques mois.

Une chanson qui prend de l'ampleur au fur et à mesure de son déroulé, la production amenant beaucoup de chœurs n'y étant pas étrangère. De la synth-pop - ou l'inverse - avec une basse maîtresse d’œuvre. 

Album : 7 Songs In The Key of Z
Année : 2018
Label : -

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En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), We All Invent Ourselves de Ryan Rebo est également en écoute via soundcloud et son clip :



Et histoire de bien faire les choses, réécoutons Boogieman, premier extrait de ce '7 Songs In The Key of Z' de Ryan Rebo :



jeudi 4 octobre 2018

[Track of The Day] Gallant - TOOGOODTOBETRUE (feat. Sufjan Stevens & Rebecca Sugar)

Ma seule rencontre avec le dénommé Gallant date de l’album live de Sufjan Stevens pour célébrer la tournée 'Carrie & Lowell'. Et c’est peu dire que la performance du chanteur américain reprenant Hotline Bling de Drake ne m’avait pas convaincu. Pourtant, la seule sortie physique que connue 'Carrie & Lowell Live' fut... un 12'' composé de deux chansons, avec en face-B ce fameux Hotline Bling.

Il faut croire que Sufjan Stevens et Gallant ont beaucoup de choses à faire ensemble puisque ces deux là se retrouvent à nouveau (accompagnés de Rebecca Sugar, créatrice de « Steven Universe »), mais cette fois pour un single du second, TOOGOODTOBETRUE (oui, en majuscule et tout accroché). Et l’effet est pour le coup totalement différent.

Du r'n'b particulièrement délicieux, à la belle mélodie et où la voix de Sufjan Stevens est d’une grande beauté. Qui confirme à quel point ce dernier n'aime rien de plus que ce genre de sonorités. Sans crier gare, TOOGOODTOBETRUE fait mouche en même pas 4 mns. Je ne suis pas sûr que j'aurais pu trouver mieux pour le 1300è papier publié sur ce blog.

Album : This Song Does Not Fit Ep
Année : 2018
Label : Mind of a Genius Records

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En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), TOOGOODTOBETRUE de Gallant avec les participations de Sufjan Stevens et Rebecca Sugar est également en écoute ci-dessous, via soundcloud ou son clip :




mercredi 3 octobre 2018

[Track of The Day] Elysian Fields - Household Gods

Les années passent et dans un relatif anonymat, le duo Elysian Fields continue de sortir des albums à un rythme régulier.

'Pink Air' est leur neuvième, et à l'instar de ses prédécesseurs, il n'est pas franchement transcendant. Plutôt ennuyeux même. Mais ce n'est donc pas une surprise, Elysian Fields n'a jamais brillé par ses disques de toutes façons (hormis peut-être au début, c'est mercredi, je suis d'humeur sympathique).

Pour autant, sur chacun de leurs disques, on trouve toujours à un moment donnée de quoi satisfaire son appétit de belles mélodies (voir ici ou ). Et on y retrouve surtout la voix de Jennifer Charles, sans conteste la plus belle voix de la pop actuelle (même si elle se fait très discrète) à laquelle il est difficile de résister ; que ce soit avec Elysian Fields, Jean-Louis Murat (Elle était venue de Californie), chez Dan The Automator (en écoute ici) ou chez bien d'autres.

Sur 'Pink Air', tout n'est pas notable mais on retiendra quand même le presque slowcore Household Gods, chanson sombre où Jennifer Charles y est totalement envoûtante, aidée par un Oren Bloedow qui retrouve la flamme le temps de quelques accords. A confirmer sur scène vu que le groupe va démarrer dans quelques jours une tournée de pas moins de dix dates en France.

Album : Pink Air
Année : 2018
Label : Microcultures


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En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), Household Gods d'Elysian Fields est en écoute ci-dessous :




lundi 1 octobre 2018

[Track of The Day] Alain Bashung - Immortels

C’est un peu la news de la fin de semaine dernière : Alain Bashung va avoir droit à un album posthume. Il s’appellera 'En Amont', sortira le 28 novembre prochain et contiendra des chansons jamais publiées, écrites et/ou composées par entre autres Arman Méliès, Joseph d'Anvers, Doriand ou Raphaël. Voilà pour les informations brutes.

Afin de promouvoir ce disque, un premier single a été mis en avant. Il s'agit d'Immortels (en écoute ce jour). Initialement, Immortels est une chanson composée par Dominique A pour Alain Bashung et qui aurait pu figurer sur 'Bleu Pétrole', le dernier album de celui-ci. Le souci, c’est qu’elle avait été refusée par Bashung lui-même.
Sa qualité intrinsèque n’étant sans doute pas en question (Dominique A en a donnée une version magnifique sur son album 'La Musique'), on peut imaginer que le fantaisiste militaire ne se voyait pas chanter un texte parlant autant de la mort alors qu’il se savait condamné (Bashung est mort des suites d’un cancer un an presque jour pour jour après la sortie de son ultime album).

Mais surtout, il n'était peut-être pas totalement convaincu que cette chanson siérait à son répertoire. Alors évidemment, je nage en pleine supputations, mais à l'écoute de cette version, il n'est pas totalement impossible que ce soit cela. Car s'il est très touchant de réentendre la voix de Bashung sur une chanson inédite - qui plus est de cette qualité là -, l’ensemble n'est pas forcément cohérent ni vraiment convaincant.
On sent que les mots, le rythme voire même la musique (beaucoup moins orchestrée que la version de Dominique A, mais rentrant totalement dans le cadre de 'Bleu Pétrole') ne sont pas en adéquation avec le chant de Bashung. Tout du long, il y a une sorte de détachement entre la mélodie et les paroles, comme s'il n'arrivait pas à rentrer totalement dedans.

Mais plus globalement, c'est le procédé qui rend l'ensemble gênant. Et je le dis d'autant plus fort que je ne suis pas un intégriste de ce genre de choses. Dans quelques semaines, j'irai acheter le jour de sa sortie 'The Bootleg Series Vol. 14 'More Blood, More Tracks' de Bob Dylan consacrée à l'enregistrement de 'Blood and The Tracks', où l'on retrouvera notamment les New-York Sessions de 1974, dont j'avais parlé ici. Il est même fort possible que je me fasse l'acquéreur de la réédition des 50 ans de 'The Beatles', le double-blanc des Fab Four, moins pour le disque original (j'ai la version du coffret Mono de 2009, elle me va très bien) que pour les sessions de l'époque et les 27 chansons des 'Esher Demo' dont on m'a dit le plus grand bien.
Mais l'idée c'est que dans ces deux cas précis, les artistes ont donné leur accord. Mieux, les versions, si elles vont être nettoyées, devraient être les mêmes que celles enregistrées à l'époque. Elles ne feront sans doute pas l'objet de mise en avant en radio. Bref, il s'agit là à mon sens plus de bonus pour fans ou complétistes comme moi que de vrais nouveautés pour le grand public.

La démarche de Chloé Mons me semble toute autre ici. Comme elle le dit lors d'une interview donnée à RTL : « La sève était là, la colonne vertébrale des morceaux était là mais pas tellement plus (...) c'est délicat de retravailler des morceaux quand la personne n'est plus là, ça pose mille questions (...) Il fallait être complètement avec son âme, c'est un peu fou de dire ça mais vrai, pour être dans un respect total du geste d'Alain ». On a donc retravaillé les morceaux, on les a terminés, évidemment sans l'accord de Bashung. Mais heureusement, le traditionnel « je voulais en faire profiter tout le monde » est de sortie, donc tout va pour le mieux.
Ce disque posthume est une hérésie. Que ces morceaux refusés terminent sur les rééditions de 'Bleu Pétrole', de 'L'Imprudence', de 'Fantaisie Militaire' ou de tous ses albums qui ont précédé ce triptyque essentiel auraient eu un sens. Mais faire les fonds de tiroir pour composer un album en bonne et due forme me semble particulièrement problématique. Et même insultant pour la carrière d'Alain Bashung.

Traitez moi de cynique mais je rapproche plus cette sortie de toutes celles commises par Mary Guibert, la mère de Jeff Buckley qui, si elle avait en stock des enregistrements de son fils reprenant sous la douche les chansons de 'Grace', aurait sorti un cinquantième disque posthume ; ou des ayant-droits d'Hendrix, pas avares eux non plus en dépeçage de l’œuvre dont ils obtiennent la gestion.

Bref, gênant aux entournures, cet album posthume n'est pas forcément bienvenu sur le papier. Et le « vendre » en proposant la version refusée d'Immortels n'est pas la meilleure idée, tant la cohérence de l'ensemble n'est pas évidente - alors que justement, les trois chef d’œuvres de Bashung ne souffraient eux d'aucune discussion. C'est une belle curiosité, touchante car sa voix y est belle, puissante et que le texte prend depuis 9 ans une autre ampleur. Mais rien de plus. Et si la musique et la voix d'Alain Bashung sont immortelles, la sortie de ce 'En Amont' est triste : 'Bleu Pétrole' était une si somptueuse épitaphe...

Album : En Amont
Année : 2018
Label : Barclay
En écoute dans les playlists Spotify et Deezer à gauche

En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), la version d’Immortels par Alain Bashung est également en écoute via son clip ci-dessous :


Et puis qu'on est lundi, double ration d'Immortels, avec la version de Dominique A :