lundi 19 octobre 2026

[Track of The Day] Swans - The End of Forgetting (Live)

39'07". Trente-neuf minutes et sept secondes. Voilà la durée de The End of Forgetting, la chanson du jour, évidemment - et de très très (très) loin - la plus longue jamais publiée dans les pages de ce blog en quasiment vingt ans d'existence. 39'07", c'est beaucoup, surtout pour une playlist plus habituée à des titres de trois à cinq minutes, mais elle le mérite, car elle est grandiose, tout comme le disque qui l'entoure d'ailleurs.

Ce disque, c'est 'Newly Sentient Being', le tout dernier album live des Swans de Michael Gira. Cinq morceaux avec trois inédits (dont The End of Forgetting, en écoute aujourd'hui) et deux versions revisitées de The Merge ('Birthing' en 2025) et Paradise Is Mine ('The Beggar' en 2023), pour deux heures quarante de musique. Un live gargantuesque, impressionnant de puissance comme de justesse, et qui s'ouvre par The End of Forgetting (en écoute aujourd'hui), chanson à plusieurs phases, qui rappelle à bien des égards Godspeed You ! Black Emperor - à son meilleur - et qui est absolument phénoménale, renversante, prodigieuse, pharamineuse (je vous laisse le choix de l'adjectif). 

Mais au-delà d'être un énième album live (le onzième) de Swans, 'Newly Sentient Being' est surtout l'épitaphe (ou le chant du cygne si vous aimez les bons mots) du groupe dans sa version actuelle, celle ouverte en 2010 avec la reformation et la publication de 'My Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky'. Mieux, ce que l'on entend sur 'Newly Sentient Being' est l'enregistrement de l'ultime concert donné par le groupe, le 28 novembre 2025 à Berlin. Où, comme le dit sacrément bien Gira lui même, « l'apothéose de 15 ans d'expressionnisme sonore cosmique, tour à tour céleste et dépravé, viscéral et transcendant ». 

Quant à la suite, le taulier prévoit de se lancer dans des aventures plus sobres et plus intimistes. Si elles sont aussi passionnantes que celles des quinze dernières années, j'en suis. Swans est mort, vive Swans !

Album : Newly Sentient Being
Année : 2026
Label : Young Gods Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, The End of Forgetting (Live) de Swans est également en écoute ci-dessous :
 

vendredi 16 octobre 2026

[Track of The Day] Persica 3 - That Life

La musique est pleine de trilogies - souvent mythiques - qui ont rythmé son histoire : l'électrique de Bob Dylan, la berlinoise de David Bowie, celle de The Cure (étalée quasiment vingt ans), la "no-synth" de The Magnetic Fields (dont il a souvent été question dans ces pages à l'époque, voir ici et là) et j'en oublie évidemment.

L'écho de celle que vient de construire Persica 3 ne rivalise sans doute pas (et n'aura jamais l'impact) que celles précitées, pourtant elle mérite d'être écoutée, choyée, aimée. Vous me direz, rien ne prouve que 'Cardinal' est le point final d'une trilogie commencée en 2022 avec 'Tangerine' et magnifiée avec 'Beauty in the Noise' en 2025. Mais à son écoute, il en ressort comme une évidence : toujours publié chez Hidden Bay Records, toujours avec une pochette au style iconographique très identifiable (comme les deux précédents, l'album est disponible uniquement aux formats cassette et numérique), toujours avec un mélange de pop et de psychédélisme très sixties, où si l'ombre de Brian Wilson n'est jamais très loin, celle de Panda Bear s'impose encore un peu plus.

Mais cette fois, pour 'Cardinal', Persica 3 a changé son mode de composition : il est allé fouiller dans les années 60 et 70 pour trouver et chiper des samples sur lesquels construire ses chansons. En résulte un disque solaire, ouaté à souhait, aux textures nombreuses, fourmillant de détails discrets qui ne cessent de se dévoiler au fil des écoutes. Pop psyché aux harmonies vocales aussi généreuses que lumineuses, 'Cardinal' se termine par deux petits bijoux : la chanson titre, où le piaillement d'un cardinal rouge fait office de métronome, et That Life (en écoute aujourd'hui), à la mélodie ample et superbe, que Persica construit autour de trois morceaux américains de la fin des années 60 : Yours Is The Life de Paul Martin, Our Love de The Grasshoppers et I'm a Little Boy de Jerry Solomon. Intemporelle pour le moins.

NB : Tous les samples utilisés sur 'Cardinal' sont à retrouver sur le bandcamp de Persica 3

Album : Cardinal
Année : 2026
Label : Hidden Bay Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, That Life de Persica 3 est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson remarquable de ce nouvel album de Persica 3, la chanson titre, Cardinal :

jeudi 15 octobre 2026

Bill Callahan - My Days of 58 [Drag City Records]

Il y a une quinzaine d'années, alors que je cheminais avec mon grand père paternel aux abords d'une vieille demeure familiale et que nous remontions une pente herbeuse que quelques mois plus tôt il arpentait encore aisément, celui-ci m'avait dit, le souffle court, « tu sais, c'est vraiment pénible de vieillir ». Cette phrase m'a marqué car c'est la première fois que je prenais conscience que cet homme qui était pour moi un roc indépassable (son passé d'ancien combattant pendant la deuxième guerre mondiale, dont il n'aurait jamais du revenir si les nazis avaient vérifié que la balle qui lui était entrée dans l'omoplate et ressorti au milieu du dos l'avait vraiment tué, sa vie de paysan puis de manard à tout faire, et dans quelles conditions), un homme que j'avais toujours connu fort, qui ne se plaignait jamais, vieillissait. Et qu'il était même déjà vieux. Il approchait des 90 ans, était encore alerte à bien des égards, mais cette pente douce lui faisait mal. Sans m'en rendre compte, il avait vieilli. 

A 60 ans, Bill Callahan n'a pas l'âge de mon grand-père d'alors. Pourtant, vieillir le questionne. L'interroge. Sur sa vie d'homme. Sur sa vie d'artiste. Sur ce qu'il en a fait. Sur ses relations passées. Sur le temps qui passe, inexorablement. Et plutôt que garder ses questionnements pour lui même, l'américain a décidé d'en faire un nouvel album, 'My Days of 58' - l'âge auquel il a composé ce disque. Au programme, douze chansons entre folk, folk-rock, americana, country et d'effluves jazz (ces moments presque bancals, comme ivres, qui traversent le disque) que Bill Callahan déploie, dans une ambiance cotonneuse à souhait, à grands coups de guitares, cuivres, cordes, pedal steel, piano et autres saxophones, bien aidé qu'il est par, entre autres, Matt Kinsey, Dustin Laurenzi et le toujours dans le coin dès qu'on parle d'un album majeur, l'australien Jim White. 

Un disque autobiographique, sublime, racé, porté par quelques titres majeurs, au premier rang desquels West Texas et son gimmick à pleurer sur le refrain, The Man I'm Supposed To Be, Empathy (discussion avec son paternel décédé), l'entêtant Lonely City ou When Do Men Sing en ouverture qui s'interroge sur le besoin qu'ont les hommes à vouloir chanter et dont Callahan est ses acolytes ouvrent petit à petit les ailes avec grâce et emphase.

Certains esprits chafouins me diront que 'My Days of 58' date de février dernier - soit douze ans à l'échelle de l'industrie musicale actuelle. Certes. Mais nous sommes mi-octobre, la fin d'année approche à grands pas, et il était plus que temps d'évoquer dans ses pages un des plus beaux disques de 2026. Qui prouve qu'après une décennie 2010 quelconque, le texan en a encore sous la pédale, confirmant le déjà excellent 'YTILAER' en 2022. Comme si l'âge n'avait pas de prise sur lui. « Tu sais, c'est vraiment pénible de vieillir » m'avait dit mon grand-père à l'orée de ses 90 ans. Bill Callahan n'en est pas encore là, lui qui semble embrasser ces jours qui disparaissent avec philosophie et sérénité, plus inspiré que jamais. Puissions nous tous vieillir comme lui. (Sortie : 27 février 2026)

Plus :
'My Days of 58' de Bill Callahan est à l'achat sur bandcamp
'My Days of 58' de Bill Callahan est à l'écoute et à l'achat un peu de partout
Pop News a publié deux chroniques pour avoir un double regard sur 'My Days of 58' de Bill Callahan. Et les deux critiques (et notamment celle de Mathieu de Random Songs) valent la lecture


Trois chansons de 'My Days of 58' de Bill Callahan en écoute aujourd'hui. Why Do Men Sing, le morceau d'ouverture, pour débuter 
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le sublime West Texas. Et enfin The Man I'm Supposed To Be :


Le clip de Lonely City, un des singles extraits de 'My Days of 58' de Bill Callahan :

mardi 13 octobre 2026

[Track of The Day] Jake Xerxes Fussell - Early Early in the Spring

Souvent croisé, rarement écouté, Jake Xerxes Fussell vient de se révéler à moi via son tout dernier album 'The Old Beloved Path', récemment publié chez Fat Possum. Et ce pour deux raisons : déjà parce qu'il ramène un peu de folk dans mon quotidien. Surtout, il me permet de découvrir un artiste au songwriting singulier. Car Jake Xerxes Fussell, au contraire de l'immense majorité de ses contemporains (ou non d'ailleurs), ne compose pas les morceaux qu'il chante. Ou disons, pas vraiment. Il va piocher dans l'immense répertoire de la musique folklorique des chansons qui ont traversé, si ce n'est les âges, au moins quelques générations, prend tout ou partie des paroles, puis les habille de mélodies bien à lui, toujours folk, toujours soignées.

Avec du fingerpicking par ci, quelques réminiscences de Johnny Cash par là, et de jolis arrangements (le groupe qui l'accompagne est particulièrement doué), 'The Old Beloved Path' se révèle épatant, souvent sublime, et même touchant. Parce qu'il prouve que ces chansons, souvent sans auteur connu, étaient de sacrées compositions. Et que redonner corps et vie à des morceaux écrits il y a parfois plus de trois cent ans (Early Early in the Spring, en écoute aujourd'hui, folksong anglaise dont on remonte la création autour de 1690 et que Jake Xerxes Fussell reprend dans une version écourtée, à la mélancolie superbe) n'est pas la moindre des choses quand on y pense. Et n'est pas donné à tout le monde.

Album : The Old Beloved Path
Année : 2026
Label : Fat Possum Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Early Early in the Spring de Jake Xerxes Fussell est également en écoute ci-dessous :

Autre extrait de 'The Old Beloved Path' de Jake Xerxes Fussell, voilà Rosin Some :

lundi 5 octobre 2026

[Track of The Day] James Yorkston - Hard Times Of Old Edinburgh

Quoiqu'en dise sa si belle voix que le temps n'a pas altéré, James Yorkston fête cette année ses vingt-cinq ans de carrière chez Domino Records, label de toujours, qui avait publié en 2002 'Moving Up Country' et qui était encore là l'an passé pour le joli 'Songs for Nina and Johanna'. Domino qui a publié toutes les itérations de James Yorkston : sous son nom seul, avec ses Athletes ('Just Beyond the River' forever), avec le contrebassiste anglais de jazz Jon Thorne et l’indien Suhail Yusuf Khan (Yorkston/Thorne/Khan) et plus récemment sa renaissance avec The Second Hand Orchestra (sublime 'The Wide, Wide River') et sa prolongation avec Nina Persson et Johanna Söderberg.

Cette compilation, joliment nommée 'La Magnifica' est prévue pour le 27 novembre prochain. Double, elle comptera dix-neuf morceaux, qui traversent toute la discographie de notre homme, et se conclura par deux inédits, The Time Was Short, But I Was Happy et Hard Times Of Old Edinburgh (en écoute aujourd'hui), chanson lumineuse, comme souvent avec James Yorkston, enregistrée une nuit lors des sessions pour 'Songs for Nina and Johanna' et qui évoque son adolescence et son arrivée à Édimbourg, il y a désormais bien longtemps... 

Album : La Magnifica
Année : 2026
Label : Domino Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, l'inédit Hard Times Of Old Edinburgh de James Yorkston est également en écoute ci-dessous :

Le clip de Hard Times Of Old Edinburgh, un des deux inédits présents sur la compilation 'La Magnifica' célébrant les 25 ans chez Domino Records de James Yorkston :