Et vous, qu'est-ce qui vous effraie ? Quelles sont vos peurs les plus irrationnelles ? La perte d'un être cher ? La vue d'une araignée ? Le vide qui vous saisit quand vos rêves vous emmènent en haut de la plus haute tour du monde et que vous n'avez pas d'autres choix que de descendre, en sachant bien que le moindre faux pas vous fera glisser et tomber ? Voir le monde courir à sa perte en refusant de regarder l'urgence climatique en face, qui nous entraine inexorablement vers le fond de l'abîme ?
La néerlandaise Tessa Rose Jackson a des peurs plein sa besace, qui l'ont longtemps paralysée. Mais elle a commencé à se débattre avec elles, à les accepter, et, si ce n'est à les vaincre, au moins à les mettre en sourdine. Et elle l'exprime de belle façon sur son nouvel album, 'The Lighthouse' - disque enregistré au Pays basque français, plutôt soporifique dans ses moments les plus calmes mais bien plus enthousiasmant dès que le rythme et la mélodie s'emballent - via la chanson Fear Bangs The Drum (en écoute aujourd'hui), pleine de groove, à l'ambiance pop et presque jazzy dans l'esprit, que Tessa Rose Jackson chante divinement bien sur fond de basse superbe, de cuivres emballants sur le refrain et même d'un petit gimmick à la guitare qui rappelle La Californie de Julien Clerc.
Album : The Lighthouse Année : 2026 Label : Tiny Tiger Records
Il fut un temps, bien avant qu'elle se lance en solo sous son propre nom, en parallèle de ses activités de chanteuses au sein des synth-pop Amason, Amanda Bergman se produisait sous le nom d'Idiot Wind. Un nom curieux et osé, car tiré d'une des plus belles mais surtout cruelles chansons de Bob Dylan. C'était il y a quinze ans, et elle avait publié sous cet alias un Ep et un single qui, à défaut de bouleverser le monde, l'avait introduite au sein du grand cirque musical.
Quinze ans ont passé depuis et, donc, Amanda Bergman a monté Amason et s'est lancé en solo, sous son propre nom. En résulte trois albums, dont le dernier en date, 'embraced for a second as we die', est sorti en janvier dernier. Un disque ronronnant mais plutôt joli de soft-rock à la patine eighties (il y a même quelques gimmicks à la guitare qui rappellent des musiques de séries américaines des années 80), à la production ronde comme une balle, d'où s'échappe notamment grasp (en écoute aujourd'hui), une chanson pleine de groove, d'ambiance ouatée et à la langueur superbe, où l'on peut entendre sur le refrain ces mots « Blood in the seas, Blood on their sunny beaches, Blood in their tracks ». Bob Dylan n'est décidément jamais très loin avec Amanda Bergman.
Album : embraced for a second as we die Année : 2026 Label : The Satchi Six
Alors que leur dernier album en date vient tout juste de fêter ses trois mois (le très conseillé 'Cosplay'), les anglais de Sorry offrent déjà la suite avec un nouveau double-single composé de Billy Elliot et Alone In Cologne, sans doute mises de côté lors de l'enregistrement de 'Cosplay' l'an passé. Et on comprend pourquoi. Car si la - belle - pochette de cette sorte de 45-tours digital reprend les codes de leur troisième album, les deux chansons sont elles plus torturées, moins évidentes et immédiates que les dernières en date. Pourtant elles ne manquent pas de cachet, surtout la face-B (appelons là comme ça) Alone In Cologne (en écoute aujourd'hui), morceau remarquablement produit, lancinant et presque de guingois, qui essaie de s'écarter de la ligne mélodique générale, pour mieux se recentrer sur chaque refrain et emballer son monde.
Album : Billy Elliot / Alone In Cologne Année : 2026 Label : Domino Records
Une note de 8.4 et un tampon "Best New Music" chez Pitchfork, des critiques dithyrambiques un peu partout (Stereogum, Paste Magazine, DIY Magazine, Under The Radar) : 'Singin’ to an Empty Chair' de Ratboys est sans doute le premier album estampillé indie-rock à faire l'unanimité autour de lui depuis le début de l'année. En tout cas chez nos voisins d'outre-Atlantique et d'outre-Manche, pas avares de louanges sur ce groupe originaire de l'Indiana, qui a fait ses classes à Chicago, qui a déjà plus de dix ans au compteur et dont 'Singin’ to an Empty Chair' est le sixième album - le premier pour une grosse structure, New West, après avoir passé toute sa carrière chez les précieux Topshelf.
Jusque là, Ratboys était un groupe inconnu à mes oreilles. Et pour ainsi dire, à entendre leur nom, je m'attendais à découvrir un groupe un peu « sale », « méchant ». L'écoute de 'Singin’ to an Empty Chair' dit plutôt tout le contraire. Moins indie-rock que les critiques américaines veulent bien le dire, plus d'indie-pop/power-pop et teinté d'alternative country, ce disque se montre sous un jour très propre sur lui, parfois même lisse le temps d'une face-A sympathique mais au final assez quelconque, avant d'affirmer une vraie personnalité sur la face-B le temps notamment d'un triptyque, entre balade noire de plus de huit minutes à la fin héroïque (Just Want You to Know the Truth), What's Right? (indie-pop pleine d'envie aux accents d'americana, en écoute aujourd'hui) et Burn It Down (chanson qui joue habilement du chaud et du froid, du calme et de la tempête, qu'un solo gargantuesque en plein milieu envoie dans des flammes ardentes). Trois morceaux de haute volée qui valent à eux seuls l'écoute de ce 'Singin’ to an Empty Chair'. Ça n'en fait pas l'album de l'année, mais c'est déjà mieux que beaucoup.
Album : Singin’ to an Empty Chair Année : 2026 Label : New West Records
Découverte au début de l'année 2023 avec la chanson Douce Mélancolie qu'elle partageait avec Bertrand Burgalat, bonbon délicieux et savoureux, à l'orchestration sublime - si belle que j'en avais fait une des mes chansons de l'année -, la belge Isolde Lasoen change de braquet avec My Kind of Drama son nouveau single ; le premier d'un nouvel album prévu pour l'année qui vient de s'ouvrir, toujours chez Mayway Records.
Un morceau disco-electro-pop, chanté - à nouveau - en français avec un joli accent flamand, à la production clinquante, à la mélodie impeccable, au rythme percutant, à la construction maline faite de respirations et de montées progressives pour mieux hameçonner l'auditeur. En quelques mots comme en cent, My Kind of Drama d'Isolde Lasoen est une chanson d'une redoutable efficacité. Un tube quoi.