Il y a de jolies choses dans 'Transmitter', le nouvel album de Cut Worms, nom derrière lequel se cache l'américain Max Clarke. De l'indie-rock léger qui tend vers le folk-rock et quelques bribes de country disséminées ici et là. Et surtout de belles inspirations distillées tout du long : un peu du My Sweet Lord de George Harrison sur la chanson d'ouverture Worlds Unknown, pas mal de Elliott Smith dans tout le cœur de l'album - et donc, forcément, un peu de Beatles aussi, quelques essences de Wilco (Jeff Tweedy est à la production). Rien de fondamentalement renversant certes, mais des mélodies
qui restent dans la tête, des compositions qui n'ont pas à rougir et un
ensemble joliment troussé.
Étonnamment, en fin de 'Transmitter', Cut Worms change son fusil d'épaule, décale la guitare, pièce centrale jusque là, au deuxième rang et installe le piano en majesté sur les trois dernières chansons. Et fait passer son quatrième album dans une dimension supérieure. On ne criera pas au génie, mais tout de même, le triptyque Shut In (en écoute aujourd'hui), Out of Touch et Dream, est d'une grande beauté mélancolique, mélodique à souhait et qui rappelle par bien des aspects We Are Catchers (projet disparu trop tôt). Le genre de chansons qui vous font reconsidérer un album dans son ensemble et vous donnent envie d'en découvrir plus en profondeur d'autres facettes auprès desquelles vous seriez passés.
Album : Transmitter Année : 2026 Label : Jagjaguwar
Moitié féminine du duo Girlpool qu'elle formait avec Avery Tucker jusqu'en 2022, Harmony vient d'annoncer la sortie de 'Lifetime', son troisième album solo, pour le début de l'été prochain. Et, pour la première fois, sous son propre nom, Harmony Tividad. Bien incapable de vous dire à quoi ressemble sa musique, je me baserai donc uniquement sur ce que j'ai lu, à savoir qu'elle ferait dans l'hyperpop (comme beaucoup) et la dance-pop. Et c'est surprenant car son dernier single en date, I'm Still Learning How To Leave You, n'a pas grand chose à voir avec ces genres là.
Ce genre là, c'est mon péché mignon : ces bluettes faciles mais si efficaces, ces paroles qui parlent de cœurs brisés, d'amour impossible, de regrets éternels, qui vont droit au but et qui mettent leurs mélodies au service de l'émotion - certes fabriquée, mais émotion quand même. I'm Still Learning How To Leave You d'Harmony Tividad (en écoute aujourd'hui) est de cette veine là avec son tempo lent, ces cordes à gros sabots pour mieux toucher et emballer son monde, cette rupture qu'elle a du mal à assumer, et cette voix qui reprend tous les codes du genre. Pour peu que l'on aime la pop-FM, c'est de haute-volée, croyez-en un spécialiste.
Après avoir organisé avec ses deux compères de magnifiques funérailles à METZ, Alex Edkins a retrouvé son moniker de Weird Nightmare et avec lui sa carrière solo qui depuis ses débuts lui va comme un gant (et semble particulièrement l'inspirer). Et s'il aura égrené pas mal de singles (entre nouvelles compositions et reprises particulièrement réussies) depuis la sortie de son premier album, il aura mis le temps pour lui donner un successeur.
Quatre ans donc après le simplement nommé 'Weird Nightmare', revoilà Weird Nightmare avec un second album, 'Hoopla', toujours chez Sub Pop. Prévu pour le 1er mai prochain, il s'annonce depuis quelques semaines par quelques chansons dont la dernière en date, Where I Belong (en écoute aujourd'hui) est sans doute la plus marquante. Parce qu'on y retrouve toute le talent mélodique d'Edkins, parce qu'elle a un côté « hymne à chanter à tue-tête », parce que son pont perturbant vous prend par surprise. Et parce que sa power-pop aux atours de garage (à moins que ce ne soit l'inverse) reste d'une qualité et d'une efficacité folles.
Si 'Memorial Waterslides' avait été en 2024 autant une vraie découverte qu'une étonnante surprise, je ne m'attendais pas à ce que le deuxième album de MEMORIALS soit autant un coup de cœur, aussi immédiat qu'absolument addictif. Certes, apprendre que le single In The Weeds, sorte de grande messe pop gourmande mais turbulente, paru en 45-tours début décembre dernier, serait de la partie aurait pu (et du) mettre sur la voie. Mais tout de même, à ce point ?
'All Clouds Bring Not Rain' du duo Verity Susman (ex-Electrelane) / Matthew Simms (guitariste de Wire depuis 2010) reprend les codes du premier album mais y met plus de mélodies, d'énergie et aussi d'ambition. Tout est ici plus beau, plus catchy, plus maîtrisé et indéniablement plus pop. Un genre de maelstrom de krautrock, psychédélisme, post-punk, folk, ambient, expérimental et noise-pop qui fait mouche à chaque fois. Un disque tout bonnement incroyable, parfaitement produit par le duo lui-même, qui voit les MEMORIALS passer un cap tout à fait inattendu. Et si beaucoup de chansons mériteraient d'être mis en exergue, si on aurait pu parler de la formidable ouverture Life Could Be a Cloud, qui pose les bases et le décor, si on pourrait évoquer le groove indécent de Mediocre Demon, l'élégance de Lemon Trees ou la douceur de I Can't See A Rainbow, on partira aujourd'hui sur Dropped Down The Well (en écoute aujourd'hui) morceau impeccable et implacable de bout en bout, aux gimmick et au hook irrésistibles et sacrément dansant. Immense chanson, sans aucun doute le tube de 'All Clouds Bring Not Rain'. Sans aucun doute celui de mon année 2026 à ce jour.
Quelques mois après la sortie de leur remarquable premier album 'Where
we've been, Where we go from here', le duo Friko, qui sonnait comme un
quatuor, avait publié une reprise de très réussie de Weird
Fishes/Arpeggi de Radiohead - du genre à vous donner envie de redonner une chance à 'In Rainbows', c'est dire.
Deux ans plus tard, et alors que Niko Kapetan et Bailey Minzenberger sont désormais à la tête d'un véritable quatuor (Korgan Robb à la guitare et David Fuller à la basse les ayant rejoints), Friko continue de lorgner vers la bande à Thom Yorke avec les premiers extraits de son deuxième album, 'Something Worth Waiting For'. Et notamment sur Still Around (en écoute aujourd'hui), dernier single en date, qui a tout de la bande d'Oxford époque 'The Bends' (surtout) / 'Ok Computer'. Une urgence mélodique (et qui reprend quelques gimmicks de Radiohead d'ailleurs) aux guitares nerveuses autant que lumineuses, et un chant presque habité, qui vit sa chanson comme jamais. J'allais dire « prometteur », mais vu la qualité de leur premier album, ce n'est en rien surprenant. Alors, je me contenterais d'un « épatant ». Vivement le 24 avril prochain.
Album : Something Worth Waiting For Année : 2026 Label : ATO Records