Découvert grâce à Pierre (With A Messy Head, Carton Sonore) et repéré par le toujours debout et essentiel Hidden Bay Records qui sort le disque, voilà Swash, quatuor danois venu de Copenhague, et leur premier album après quasiment dix ans d'Ep et de singles épars. Un disque qui se nomme 'Powers of Ten' et qui ne compte que… neuf chansons - titre ironique sur la session d'enregistrement où, au bout du compte, un des dix morceaux enregistrés n'a pas réussi à passer le cut final.
En résulte un disque assez court (27 minutes), au son massif, nerveux et exalté, qui se balade de plage en plage dans le rock des années 90, qu'il soit indie, slacker, noise ou power (superbe Clay), le tout avec des élans grunge, des guitares puissantes et fuzz et même du Dinosaur Jr. tout craché (Surface Tension). De la belle ouvrage bruyante où les mélodies ne sont pas prises pour quantité négligeable et ont leur mot à dire. Un des meilleurs albums - et pas que rock - de l'année, sans l'ombre d'un riff.
Après la Nouvelle-Zélande hier, faisons place aujourd'hui au Canada avec Mock Media, quatuor originaire de Vancouver, et à 'Rat Bastard', leur troisième album sorti le 17 juillet dernier chez Mac's Record Label (le label de Mac Demarco) et Meat Machine. En tout cas à toute la partie clairement influencée par le post-punk fin 70s/début 80s et moins celle qui va chercher ses influences dans le reggae.
Ainsi, zappons City's of Fire ou Fell From The Top (mais qui séduiront à coup sûr tous les fans du genre), laissons de côté la bossa pop de White Lion et même Straight Line dont l'introduction me fait penser à Sinsemilia (si si) pour mieux nous concentrer sur les six autres chansons, et notamment ce triptyque d'ouverture Mock City Rock / Take It / Rat Bastard très séduisant, aux mélodies qui savent grandir, des guitares qui post-punk, un chant à plusieurs voix, entre Clash (Mock City Rock et son petit hommage à London Calling, que je ne peux croire autrement que volontaire), Television, Gang of Four et guitares eighties. Un trio très avenant pour débuter ce 'Rat Bastard' de Mock Media, disque qui, pour peu qu'on aime le reggae et ses affidés, devrait largement séduire son monde.
Album : Rat Bastard Année : 2026 Label : Mac's Record Label / Meat Machine Records
Derrière cette silhouette en contre-jour sur fond d'orange flamboyant portant beau le chapeau de cowboy et ce nom d'Hemi Hemingway, ne se cache pas un artiste de country alternative venu du grand ouest américain mais un certain Shaun Blackwell, originaire de Wellington en Nouvelle-Zélande.
L'album habillé par cette bien trompeuse pochette est son second et se nomme 'Wings of Desire'. Un disque écrit avec l'encre des années 80, celles des productions massives qui flirtaient souvent à la limite du bon goût. Il y a un peu tout cela dans ce deuxième album de Hemi Hemingway : un disque moins épique que grandiloquent, qu'aucuns diraient ampoulé, et qui ne brille pas toujours - musicalement en tout cas - par sa finesse. Pour autant, le disque s'ouvre par Wings of Desire (en écoute aujourd'hui), formidable chanson titre qui semble être tout droit sortie de l'esprit de Pulp et/ou de Jarvis Cocker - et pas seulement pour ses accents vocaux - et qui déborde tant de générosité et de classe que même un saxophone typique de l'époque n'arrive pas à la gâcher (et en devient même essentiel).
Album : Wings of Desire Année : 2026 Label : PNKSLM Recordings
Quel intérêt y a-t-il en 2026 à écouter le nouvel album des Rolling Stones, qu'on annonce être, comme à chaque fois d'ailleurs, leur meilleur depuis [insérer ici le dernier Stones qui vous a marqué] alors que la réalité est tout autre (il faut d'ailleurs absolument relire à ce propos le fabuleux papier de Fabrice Pliskin dans le Nouvel Obs en septembre 2023, voir plus bas) ? Pire, pourquoi chroniquer, encore plus dans ces pages, une chanson ou un album des Rolling Stones en 2026 ? Parce qu'il y a un côté malaisant qui s'en échappe.
'Foreign Tongues' donc, dernier album en date (voire dernier tout court, ces messieurs ne rajeunissant pas) de la bande à Jagger, soixante-quatre ans après leurs débuts - ce qui, ne nous mentons pas, force le respect. Un disque enlevé, qui sonne bien, qui sonne juste, avec quelques mélodies satisfaisantes (pour ne pas dire marquantes) et enjouées. Du rock'n'roll pas le plus finaud certes, mais moins old'n'roll que ce que l'on aurait pu croire, et qui a du caractère. Certes. Mais - car il y a un mais - tout ceci semble bien trop parfait pour un groupe d'octogénaires dont les chansons intéressantes depuis quarante ans se comptent sur les phalanges du pouce. Il flotte comme un air de tromperie sur la marchandise.
Il y a déjà la durée : une grosse heure, pour douze compositions originales et deux reprises (de Amy Winehouse et Chuck Berry, sans aucun intérêt l'une comme l'autre), soit dans le top 5 des albums les plus longs de leur discographie. Étonnant ce regain d'inspiration non ? Il y a aussi la voix de Mick Jagger, qui vient de fêter ses 83 ans, qui sonne comme s'il en avait trente de moins ; le jeu de Keith Richards, qui entame pourtant sa dix-septième vie à 82 ans, qui ne semble pas avoir pris une ride ; et celui de Ron Wood, 79 printemps, qui se porte comme un charme. Ces gens là auraient-ils trouvé un élixir de jeunesse pour retrouver si ce n'est la verve de leurs vingt ans, au moins le dynamisme de leurs quarante ?
Mais plus globalement, il y a quelque chose de dérangeant à l'écoute de ce 'Foreign Tongues'. Tout sonne trop propre, trop juste, trop parfait, trop carré, trop énergique, trop sémillant et finalement, trop jeune, pour croire que ce ne soit que l'œuvre d'octogénaires. Alors on n'ira pas trop sur la partie intelligence artificielle, nouvelle donne qui commence déjà à infester la production actuelle entre des artistes peu scrupuleux prêts à tout pour retrouver le haut des charts, et des anonymes qui se croient (et se disent !) artistes juste parce qu'ils savent écrire un prompt : Jagger et Richards se défendent que l'IA ait été
d'une façon ou d'une autre intégrée au processus de création (j'ai personnellement beaucoup de mal à y croire, mais bon, laissons leur le bénéfice du doute). Jetons alors un coup d’œil aux crédits de l'album. Et là, le constat est implacable : le personnel qui a œuvré en
coulisse, que ce soit en studio ou derrière la console, est imposant. Et cela explique une bonne partie de ce sentiment de malaise à l'écoute du disque, tant on comprend que chaque chanson a du être décortiquée pour être ajustée au mieux, pour ne pas ternir l'image des Rolling Stones et de leurs 64 ans de carrière.
Bref, c'est tout cela qui m'empêche de prendre trop au sérieux ce 'Foreign Tongues', possible disque de chant du cygne d'un des grands groupes de l'histoire. Un album à la première écoute épatante mais qui très vite devient dérangeante (voire gênante) tant il me semble moins être des Rolling Stones que celui de techniciens de studios - très - doués. Et quand bien même la formidable chanson qu'est Divine Intervention (en écoute aujourd'hui), morceau que je n'arrive pas à ne pas adorer, enregistré avec le concours de Robert Smith (à la guitare)
et Steve Winwood (au piano), qui est d'une efficacité folle (que voulez-vous, je ne suis pas à un paradoxe près). C'est dommage de ne pas accepter de vieillir.
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Divine Intervention de The Rolling Stones, avec la participation de Robert Smith de The Cure à la guitare et de Steve Winwood au piano est également en écoute ci-dessous :
Dans le dernier album en date de Nothing, vous trouverez tout ce qui a fait le succès jusque là du groupe de Philadelphie : du shoegaze à la sauce goth et indie rock, le tout saupoudré de noise pop, quelques balades rêveuses aussi. Enfin, tout ça, à partir de la plage deux. Car avant, il y a never come never morning (en écoute aujourd'hui), la chanson d'ouverture. Et c'est une incongruité, autant sur ce 'a short history of decay' que dans la discographie de Nothing.
Un morceau rarement (voire pas ? pour être honnête, je n'en ai pas le souvenir) vu chez eux, pop, ample (cette rythmique !), à la mélodie mélancolique, extrêmement aguicheuse, belle et efficace, où la voix de Domenic Palermo ressemblerait presque à un murmure. Une chanson étonnante donc pour Nothing mais magnifique, marquante aussi. Les fans les plus hardcore y trouveront sans doute à redire, voyant là
un premier galop d'essai grand public pour ouvrir sa musique au plus grand
nombre. D'autres, comme moi (on est pop ou on ne l'est pas après tout) y verront
comme un excellent prologue à ce nouvel album, s'il était besoin de le préciser, réussi évidemment. never come never morning ou une chanson étonnante qui ne ressemble pas à Nothing mais qui leur va pourtant très bien.
Album : a short history of decay Année : 2026 Label : Run For Cover Records