De Ned Collette, je me souviens de la première écoute de 'Old Chestnut', son album de 2018. Un long voyage folk, bouleversant, renversant et hypnotisant. Un choc beau et puissant et la révélation de cette année là (deuxième de mon bilan 2018, ce qui est tout à fait anecdotique j'en conviens mais qui à mes oreilles veut dire quelque chose).
Huit ans et un album en 2024 (le bien joli 'Our Other History') plus tard, l'australien est de retour avec 'Mixed Light', un disque qui porte bien son nom tant il brille de différents feux. Et qui saute d'état en état avec une facilité confondante, aidé parfois par quelques interludes de passages. D'un socle contemporary et progressive folk (Bonnie Prince Billy est même de la partie le temps du court In the Kitchen) proposant quelques petites merveilles du genre (Sleep Song à la basse à tomber, Curious Thing), qui s'égare même le temps d'un magnifique Mammon dans l'acid-folk, Ned Collette ajoute à son œuvre quelques essences de jazz subtiles et parfois étourdissantes (le superbe Paper Night et sa seconde partie délicieusement psyché) un peu d'indie-pop aux contours eighties (sublime Commandeered Parade) voire ivres (The Light Is Growing Old), et termine son aventure par un beau et contemplatif Miami Shadows.
Mais l'acmé de ce très bel album est à trouver sur Nothing Rare (en écoute aujourd'hui), longue chanson de plus de cinq minutes de pop comme de guingois qui se pare peu à peu de shoegaze nerveux et bruyant. De la belle ouvrage pour le berlinois d'adoption. Une nouvelle fois. Une énième fois.
Quand on ne le confond pas avec le Kansas voisin, lorsque l'on évoque à l'état de l'Oklahoma et à sa capitale Oklahoma City, on pense inévitablement aux tornades (152 en 2024 !), à l'attentat de 1995 de Timothy McVeigh, ou, pour peu que l'on s'intéresse au basket en général et à la NBA en particulier, Shai Gilgeous-Alexander, Sam Presti ou Mark Daigneault, héros du premier titre de la jeune franchise du Thunder contre de bien malchanceux Pacers en 2025. Et c'est à peu près tout. Je ne sais pas si Chat Pile arrivera à être une référence de leur ville ou de leur état, mais autant vous dire qu'ils sont sans conteste la meilleure chose qui soit arrivée à l'Oklahoma depuis bien longtemps.
Découvert tout début 2025 par la grâce de bilans de fin d'année qui n'avaient d'oreilles que pour leur second album 'Cool World', j'avais pris une claque énorme, semblable à celle de 'Ordinary Corrupt Human' de Deafheaven et de son sensationnel Canary Yellow. Deux ans plus tard, Chat Pile est de retour avec 'Who Loves The Sun' - titre tout aussi ironique que son prédécesseur. Et la baffe est encore bien plus violente.
Je ne suis sans doute pas le plus à même pour parler de ce type d'album tant le métal (dans son acception la plus large) n'est pas mon cœur d'écoutes, mais 'Who Loves The Sun' est un disque absolument extraordinaire, d'où s'échappent une rage, une puissance, une noirceur, une profondeur, un désespoir voire un dégoût absolument fous. Extrêmement bien produit, menant grand train entre sludge metal, post-hardcore, noise rock et grunge, prenant son temps dans un slowcore hurlant (sensationnel Same Rules qui rappelle leur album collaboratif de l'an passé avec Hayden Pedigo), terminant même par une sorte de folk sous tension et faussement apaisé (October All the Time), qui gutture autant qu'il chante, le tout construit sur des mélodies et des petits hooks tuants (Intruder), des attaques de guitares imparables et une basse profonde incroyable, ce disque de Chat Pile est renversant du début à la fin.
Je ne sais pas ce qu'en pensent les puristes du genre mais arriver à publier un album aussi ambitieux, retors tant il vous emmène dans un sens pour mieux pour faire repartir dans l'autre et bien loin de l'étiquette métal qu'il serait facile de leur accoler, n'est pas donné à tout le monde. Surtout lorsque l'on sort d'un disque comme 'Cool World'. La marche était haute et Chat Pile a pourtant réussi à la passer. Nul doute qu'en fin d'année, 'Who Loves The Sun' récoltera des lauriers bien mérités. (Sortie : 4 septembre 2026)
Trois chansons de 'Who Loves The Sun' de Chat Pile en écoute aujourd'hui. A tout seigneur tout honneur, débutons par le meilleur morceau de l'album, Intruder(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Enchainons par l'incroyable Same Rules. Avant de clôturer notre affaire par le faussement apaisé October All the Time :
Deux clips tirés de 'Who Loves The Sun' de Chat Pile, ceux de Shrine et de Same Rules :
Si mes souvenirs d'adolescents me remontent une critique dithyrambique de leur 'Hollywood Town Hall' dans Rock&Folk - disque que je n'avais pourtant pas acheté (10 francs d'argent de poche hebdomadaire obligeaient à faire des choix), ma vraie rencontre avec The Jayhawks date de leur 'Rainy Day Music', disque majeur de mon année 2003, et pas uniquement pour Save It For A Rainy Day. A l'époque, le groupe de Minneapolis avait déjà vingt ans de carrière dans les pattes. En 2026, il en a vingt-trois de plus - et des changements de line-up nombreux dont je vous fais grâce.
Pourtant, à l'écoute de 'Sanctuary Park' leur tout nouveau et tout frais nouvel album, cela ne s'entend pas. Loin d'être mémorable, ce disque reste tout à fait charmant. Les harmonies vocales sont belles, les mélodies joliment troussées, et Bob Erzin, derrière la console, met tout cela en boite sans flonflon, avec doigté. Du pur easy-listening pop, qui tend certes parfois vers un rock à la grand-papa (mais plutôt bien fait), entre éclats lumineux de pop (superbe Keeping Our Heads Above Water en ouverture et en écoute aujourd'hui), americana chiadée (pas avares de bons riffs longs en bouche) et country-folk de bon aloi. Rien de bouleversant mais ce 'Sanctuary Park' est un disque élégant de The Jayhawks et qui sied bien aux matinées compliquées pleines et de cerveaux embrumés.
Album : Sanctuary Park Année : 2026 Label : Sham / Thirty Tigers
S'il y a quelque chose que je n'avais pas dans mon bingo 2026, c'est bien le retour de The Olivia Tremor Control. Groupe mythique, à la discographie courte mais immense, matrice de Neutral Milk Hotel et tête de proue avec Apples In Stereo du génial et si indé label Elephant 6 (que je croyais lui aussi mort et enterré), il avait cessé, à quelques rares singles près, toute activité depuis belle lurette (plus de vingt ans). Il faut dire que les décès de deux des piliers et accessoirement voix principales du groupe (Bill Doss brutalement en 2012, Will Cullen Hart en 2024) n'avait pas aidé.
Pour autant, les membres restants avaient envie de donner une vraie fin à l'aventure de The Olivia Tremor Control. Pour dire au revoir aux fans et adieu à leurs potes décédés. Et eux donc de finaliser le troisième album du groupe, disque dont la genèse remonte au tournant des années 2010, quand la bande d'Athens (en Georgie) s'était remise de ses disputes intestines et avait commencé à retravailler et à enregistrer ensemble. A l'époque, beaucoup de choses avaient été mises sur bandes (Will Cullen Hart parlait même de trois faces enregistrées mais à retravailler) mais la mort soudaine de Bill Doss avait mis un clou quasi définitif dans le cercueil du projet comme du groupe.
Ce fameux troisième album va donc voir le jour le 23 octobre prochain. Il sortira sous le nom de 'The Same Place', sera habillé d'une pochette qui rappelle par bien des aspects leur grand œuvre 'Music from the Unrealized Film Script: Dusk at Cubist Castle' et s'annonce par Advice from the Oceans (en écoute aujourd'hui), un premier single de toute beauté et touchant au possible (Will Cullent Hart est au chant, Bill Doss en support et pas loin derrière), qui transpire de pureté et de tendresse. Ce disque final et testament donc promet beaucoup. On ne mesure pas la chance, en 2026, de pouvoir enfin mettre l'oreille sur de nouvelles compositions de The Olivia Tremor Control, au complet. Merci aux survivants et à Elephant 6 d'avoir su faire ce travail de mémoire jusqu'au bout. Il est essentiel.
Album : The Same Place Année : 2026 Label : The Elephant 6 Recording Co.
Découvert grâce à Ben (dont les playlists mensuelles sont toujours indispensables) qui venait de la croiser en première partie du concert que les anglais de Brown Horse donnaient à l'Union Pool de New-York, faisons place aujourd'hui à l'américaine Jackie West, à son deuxième album 'Silent Century' sorti en février dernier, et surtout à Offer (en écoute aujourd'hui), le premier single extrait de celui-ci en août 2025. Et autant vous dire que cela relève de la gageure car il dure 9'31" - plutôt osé à une époque où le public ne rêve que de formats toujours plus courts.
Offer fait donc près de dix minutes. Une longue balade folk aux éclats rock où Jackie West tantôt parle, tantôt chante, pendant que ses doigts
divaguent sur des cordes de guitare, et que basse et batterie,
toutes deux métronomes, tiennent le cap et le tempo avec pas mal de groove. Chanson superbe, enregistrée en une prise, hypnotique, presque épique et pleine de langueur, qui ferme de la plus belle des manières 'Silent Century', joli album qui prend de l'épaisseur à chaque nouvelle écoute et dont les aspérités sont vraiment à découvrir.
Album : Silent Century Année : 2026 Label : Ruination Record Co.