lundi 3 août 2026

[Track of The Day] The Rolling Stones - Divine Intervention

Quel intérêt y a-t-il en 2026 à écouter le nouvel album des Rolling Stones, qu'on annonce être, comme à chaque fois d'ailleurs, leur meilleur depuis [insérer ici le dernier Stones qui vous a marqué] alors que la réalité est tout autre (il faut d'ailleurs absolument relire à ce propos le fabuleux papier de Fabrice Pliskin dans le Nouvel Obs en septembre 2023, voir plus bas) ? Pire, pourquoi chroniquer, encore plus dans ces pages, une chanson ou un album des Rolling Stones en 2026 ? Parce qu'il y a un côté malaisant qui s'en échappe.

'Foreign Tongues' donc, dernier album en date (voire dernier tout court, ces messieurs ne rajeunissant pas) de la bande à Jagger, soixante-quatre ans après leurs débuts - ce qui, ne nous mentons pas, force le respect. Un disque enlevé, qui sonne bien, qui sonne juste, avec quelques mélodies satisfaisantes (pour ne pas dire marquantes) et enjouées. Du rock'n'roll pas le plus finaud certes, mais moins old'n'roll que ce que l'on aurait pu croire, et qui a du caractère. Certes. Mais - car il y a un mais - tout ceci semble bien trop parfait pour un groupe d'octogénaires dont les chansons intéressantes depuis quarante ans se comptent sur les phalanges du pouce. Il flotte comme un air de tromperie sur la marchandise.

Il y a déjà la durée : une grosse heure, pour douze compositions originales et deux  reprises (de Amy Winehouse et Chuck Berry, sans aucun intérêt l'une comme l'autre), soit dans le top 5 des albums les plus longs de leur discographie. Étonnant ce regain d'inspiration non ? Il y a aussi la voix de Mick Jagger, qui vient de fêter ses 83 ans, qui sonne comme s'il en avait trente de moins ; le jeu de Keith Richards, qui entame pourtant sa dix-septième vie à 82 ans, qui ne semble pas avoir pris une ride ; et celui de Ron Wood, 79 printemps, qui se porte comme un charme. Ces gens là auraient-ils trouvé un élixir de jeunesse pour retrouver si ce n'est la verve de leurs vingt ans, au moins le dynamisme de leurs quarante ?

Mais plus globalement, il y a quelque chose de dérangeant à l'écoute de ce 'Foreign Tongues'. Tout sonne trop propre, trop juste, trop parfait, trop carré, trop énergique, trop sémillant et finalement, trop jeune, pour croire que ce ne soit que l'œuvre d'octogénaires. Alors on n'ira pas trop sur la partie intelligence artificielle, nouvelle donne qui commence déjà à infester la production actuelle entre des artistes peu scrupuleux prêts à tout pour retrouver le haut des charts, et des anonymes qui se croient (et se disent !) artistes juste parce qu'ils savent écrire un prompt : Jagger et Richards se défendent que l'IA ait été d'une façon ou d'une autre intégrée au processus de création (j'ai personnellement beaucoup de mal à y croire, mais bon, laissons leur le bénéfice du doute). Jetons alors un coup d’œil aux crédits de l'album. Et là, le constat est implacable : le personnel qui a œuvré en coulisse, que ce soit en studio ou derrière la console, est imposant. Et cela explique une bonne partie de ce sentiment de malaise à l'écoute du disque, tant on comprend que chaque chanson a du être décortiquée pour être ajustée au mieux, pour ne pas ternir l'image des Rolling Stones et de leurs 64 ans de carrière.

Bref, c'est tout cela qui m'empêche de prendre trop au sérieux ce 'Foreign Tongues', possible disque de chant du cygne d'un des grands groupes de l'histoire. Un album à la première écoute épatante mais qui très vite devient dérangeante (voire gênante) tant il me semble moins être des Rolling Stones que celui de techniciens de studios - très - doués. Et quand bien même la formidable chanson qu'est Divine Intervention (en écoute aujourd'hui), morceau que je n'arrive pas à ne pas adorer, enregistré avec le concours de Robert Smith (à la guitare) et Steve Winwood (au piano), qui est d'une efficacité folle (que voulez-vous, je ne suis pas à un paradoxe près). C'est dommage de ne pas accepter de vieillir.

NB : On relira avec gourmandise le magistral papier de Fabrice Pliskin paru dans le Nouvel Obs en septembre 2023, "Comment faire la critique du nouvel album des Rolling Stones (sans se fâcher avec Mick)"

Album : Foreign Tongues
Année : 2026
Label : Polydor

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Divine Intervention de The Rolling Stones, avec la participation de Robert Smith de The Cure à la guitare et de Steve Winwood au piano est également en écoute ci-dessous :
 

vendredi 31 juillet 2026

[Track of The Day] Nothing - never come never morning

Dans le dernier album en date de Nothing, vous trouverez tout ce qui a fait le succès jusque là du groupe de Philadelphie : du shoegaze à la sauce goth et indie rock, le tout saupoudré de noise pop, quelques balades rêveuses aussi. Enfin, tout ça, à partir de la plage deux. Car avant, il y a never come never morning (en écoute aujourd'hui), la chanson d'ouverture. Et c'est une incongruité, autant sur ce 'a short history of decay' que dans la discographie de Nothing.
 
Un morceau rarement (voire pas ? pour être honnête, je n'en ai pas le souvenir) vu chez eux, pop, ample (cette rythmique !), à la mélodie mélancolique, extrêmement aguicheuse, belle et efficace, où la voix de Domenic Palermo ressemblerait presque à un murmure. Une chanson étonnante donc pour Nothing mais magnifique, marquante aussi. Les fans les plus hardcore y trouveront sans doute à redire, voyant là un premier galop d'essai grand public pour ouvrir sa musique au plus grand nombre. D'autres, comme moi (on est pop ou on ne l'est pas après tout) y verront comme un excellent prologue à ce nouvel album,  s'il était besoin de le préciser, réussi évidemment. never come never morning ou une chanson étonnante qui ne ressemble pas à Nothing mais qui leur va pourtant très bien.

Album : a short history of decay
Année : 2026
Label : Run For Cover Records

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Le clip de never come never morning, chanson d'ouverture de 'a short history of decay', le nouvel album de Nothing :

 

jeudi 30 juillet 2026

[Track of The Day] Josh da Costa - Shireen

Pendant très longtemps, un label de musique avait une couleur musicale qui lui était propre. Certes, il lui arrivait épisodiquement d'en dépasser les frontières (difficile de passer à côté d'un artiste marquant) mais fondamentalement, chacun restait dans sa sphère. Ce temps là, je ne vous apprends rien, est désormais révolu - et depuis quelques années déjà. Aujourd'hui, les maisons de disque ne s'embarrassent plus d'étiquettes et vont là où leurs coups de cœur leur disent d'aller.

Dernier exemple en date, Stones Throw Records. Ce n'est pas la première fois que le label de Peanut Butter Wolf, de Madlib, Aloe Blacc et autres de J Dilla quitte les sentiers hip-hop qui l'ont façonné. Vendredi dernier, la maison de disque angelinos a publié le premier album d'un certain Josh da Costa, californien lui aussi. Le  disque s'appelle 'New Wave Graveyard' et navigue entre synth-pop, jangle-pop, post-punk et pointe de shoegaze, le tout avec une patine totalement eighties. Bref, loin de 'Madvillain' ou 'Champion Sound' et plus proche en vérité d'un Benny Sings.

Et ce n'est pas un mal. Car 'New Wave Graveyard' est une grande réussite, sorte de capsule synthétique tout à fait réjouissante dans laquelle les réussites ne manquent pas (Skygirl, Slip By, 96 Year Old Girl). Mais comme il faut bien choisir (après tout, il s'agit de la rubrique "Track of The Day"), partons aujourd'hui sur Shireen, une chanson d'amour qui raconte, comme l'explique Josh da Costa lui-même, « le sentiment de soulagement qui vous envahit après avoir failli rompre avec quelqu'un », sur fond de jangle-pop un peu mutante, aux guitares comme saoules. Un énorme coup de cœur de cet été 2026 et, surtout, un très grand morceau de pop.

Album : New Wave Graveyard
Année : 2026
Label : Stones Throw Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Shireen de Josh da Costa est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson remarquable de 'New Wave Graveyard' de Josh da Costa, voilà 96 Year Old Girl :

Le clip de Shireen, dernier single extrait de 'New Wave Graveyard' de Josh da Costa :

mardi 28 juillet 2026

[Track of The Day] Sharon Tate Modern - Parachute

Jeudi dernier. Alors que la saison des concerts est terminée pour cause d'été, le Sonic Lyon prolonge le plaisir avec la venue des anglais de Ulrika Spacek, leur dernier album 'EXPO' sous le bras (disque séduisant qui confirme tout le bien que l'on pensait d'eux), comme dernière date avant la rentrée de septembre. Et, le lyonnais étant semble-t-il plus aoutien que juillettiste, le concert est complet, la péniche comble. Et comme la canicule a décidé de prendre quelques jours de repos afin de récupérer, toutes les conditions sont réunies pour avoir une belle soirée.

Et ce fut le cas. Déjà donc avec Ulrika Spacek, déroulant un set pas loin d'être parfait, très juste, sonnant sur beaucoup de morceaux étonnamment (ce n'est pas vraiment le cas sur disque) comme Radiohead (deuxième génération) mais, si je puis me permettre et au risque de me mettre à dos les fans, en un peu moins prétentieux. Un concert d'une heure, juste le temps de confirmer que les anglais sont de sacrés musiciens et ont définitivement quelque-chose, en plus de bien belles chansons à leur actif (et pas que I Could Just Do It ou The Sheer Drop).

Mais Ulrika Spacek n'est pas la seule raison de cette belle soirée : Sharon Tate Modern y a également grandement participé - en ouverture. Un groupe lyonnais au nom pas loin d'être génial (comme le fera remarquer un ami, « un concert avec une première partie qui s'appelle Sharon Tate Modern ca me suffit pour y aller »), mené sur scène par grand échalas habillé en marcel, aussi gringalet que musculeux, dont la posture et la dégaine ne sont pas vains, ne tombent pas dans la pose outrancière et donnent au contraire un charme supplémentaire à la prestation d'ensemble. Sorte de mélange entre Magazine et Wire auquel on aurait rajouté un peu de Bowie par-ci, de Nick Cave des débuts par là et de Joy Division dans le fond, la musique de Sharon Tate Modern est en tout cas de haute tenue, carrée, cadrée, bien écrite, pleine de noirceur et pour autant enthousiasmante. Une petite révélation qu'on va commencer à suivre de très près. Cela tombe bien d'ailleurs, Sharon Tate Modern devrait sortir son deuxième album dans les prochains mois. Un disque jusque là sans nom mais sur lequel on devrait retrouver Parachute (en écoute aujourd'hui), chanson noisy et torturée aux guitares aiguisées et au texte aussi halluciné que désabusé.

Album : -
Année : 2026
Label : -

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Parachute de Sharon Tate Modern :

Le clip de Parachute de Sharon Tate Modern :

lundi 27 juillet 2026

[Track of The Day] Get Well Soon - Goth 101

J'ai une théorie (sans doute fausse d'ailleurs) : à chaque fois qu'un groupe n'est pas satisfait de la qualité de son dernier album, il publie rapidement un nouveau single et/ou disque dans la foulée, comme pour le faire oublier et passer à autre chose. Est-ce le cas pour Get Well Soon ? Konstantin Gropper est revenu aux affaires fin mai dernier avec 'Minus the Magic', disque pas honteux loin de là mais trop en pilotage automatique et au final assez fallot pour enthousiasmer son monde - en tout cas le mien. Et il vient d'annoncer un neuvième album, 'SÉANCE', pour le 30 octobre prochain, soit moins de six après. Étonnant pour un artiste plus que discret depuis quatre ans.

Ce disque, que notre homme promet comme son « album gothique », se dévoile par un premier single, Goth 101 (en écoute aujourd'hui). Une chanson à l'ambiance sombre, à la production puissante qui rend la rythmique autant métronomique qu'organiques, où la mélodie, par sa beauté, et les chœurs sur la fin, arrivent à faire passer quelques bribes de lumières, quand bien même Get Well Soon répète comme un mantra « We, we can not escape ». Prometteur.

Album : SÉANCE
Année : 2026
Label : Scarlet Beast Records

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