mercredi 21 octobre 2026

[Track of The Day] Asher White - Nightingale Version (Sailor's Moon)

Will Toledo commença son aventure Car Seat Headrest au fond de sa voiture, laquelle donna un nom à son projet, devint studio d'enregistrement de ses premiers albums qu'il publia à son compte avant d'être repéré et signé par Matador - avec le bonheur que l'on sait.

L'histoire de Asher White est un peu la même. Originaire de Evanston dans la banlieue de Chicago, elle n'a aujourd'hui que 25 ans et pourtant une discographie longue comme une artiste de 65 ans (sauf si vous êtes Aidan Baker ou Robert Pollard) : vingt-trois albums (certains sous le nom de melting wax body), dont les deux derniers sont sortis cette année, tous deux chez Joyful Noise, sa nouvelle maison. 'Jessica Pratt' en février, où, pochette comprise, elle revisite - très bien d'ailleurs - le tout premier album de Jessica Pratt. 
Et 'Love Aggregates' en aout dernier, sans doute moins réussi, qui se traine un peu en longueur, que quelques arrangements de cuivres essaient, sans grand succès, de relever, mais qui trouve une belle affirmation en plein cœur du disque, sur deux chansons, The eagle is no omen et Nightingale Version (Sailor's Moon) (en écoute aujourd'hui), bedroom pop de très haute tenue, charmante au possible, qui n'est pas sans rappeler autant Man at War que We Are Catchers.

Album : Love Aggregates
Année : 2026
Label : Joyful Noise Recordings

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Nightingale Version (Sailor's Moon) de Asher White est également en écoute ci-dessous :

Histoire de bien faire les choses, voilà The eagle is no omen, l'autre chanson tout à fait remarquable de 'Love Aggregates', le dernier album en date de Asher White :

mardi 20 octobre 2026

[Track of The Day] School Fair - Nervous in the Service

Il y a d'un côté le nom du groupe, School Fair. De l'autre, le nom de son dernier album en date, 'Unexpected Violence'. Avouez qu'on ne pouvait pas faire mieux pour coller à l'actualité française du moment. School Fair donc. Un quatuor néo-zélandais, originaire de la ville de Dunedin (pour les passionnés de géographie, c'est au sud-est de l'île du sud), pas vraiment nouveau sur la scène down-under vu que 'Unexpected Violence' est déjà leur troisième album.

Un disque sorti au milieu du printemps dernier chez nous, mais en plein hiver chez eux, ce qui explique peut-être la pochette avec ce pull en laine - à laver à très haute température donc. Avec au programme, art-rock, noise rock, post-punk, élans grunge et disto, qui a beaucoup de Bar Italia en lui (et un peu de leurs parents éloignés Sonic Youth, version apaisée) avec ses belles guitares, sa jolie basse et son micro qui passe de l'un à l'autre. De la belle ouvrage dont on pourra ressortir pas mal de titres (Old Wound Open, Gussied Up) et dont le point d'orgue est sans conteste Nervous in the Service (en écoute aujourd'hui)

Album : Unexpected Violence
Année : 2026
Label : Mutual Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Nervous in the Service de School Fair est également en écoute ci-dessous :

Old Wound Open, autre chanson remarquable de 'Unexpected Violence' de School Fair :

Le clip de Gussied Up, une des excellentes chansons de 'Unexpected Violence', le troisième de School Fair :

lundi 19 octobre 2026

[Track of The Day] Swans - The End of Forgetting (Live)

39'07". Trente-neuf minutes et sept secondes. Voilà la durée de The End of Forgetting, la chanson du jour, évidemment - et de très très (très) loin - la plus longue jamais publiée dans les pages de ce blog en quasiment vingt ans d'existence. 39'07", c'est beaucoup, surtout pour une playlist plus habituée à des titres de trois à cinq minutes, mais elle le mérite, car elle est grandiose, tout comme le disque qui l'entoure d'ailleurs.

Ce disque, c'est 'Newly Sentient Being', le tout dernier album live des Swans de Michael Gira. Cinq morceaux avec trois inédits (dont The End of Forgetting, en écoute aujourd'hui) et deux versions revisitées de The Merge ('Birthing' en 2025) et Paradise Is Mine ('The Beggar' en 2023), pour deux heures quarante de musique. Un live gargantuesque, impressionnant de puissance comme de justesse, et qui s'ouvre par The End of Forgetting (en écoute aujourd'hui), chanson à plusieurs phases, qui rappelle à bien des égards Godspeed You ! Black Emperor - à son meilleur - et qui est absolument phénoménale, renversante, prodigieuse, pharamineuse (je vous laisse le choix de l'adjectif). 

Mais au-delà d'être un énième album live (le onzième) de Swans, 'Newly Sentient Being' est surtout l'épitaphe (ou le chant du cygne si vous aimez les bons mots) du groupe dans sa version actuelle, celle ouverte en 2010 avec la reformation et la publication de 'My Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky'. Mieux, ce que l'on entend sur 'Newly Sentient Being' est l'enregistrement de l'ultime concert donné par le groupe, le 28 novembre 2025 à Berlin. Où, comme le dit sacrément bien Gira lui même, « l'apothéose de 15 ans d'expressionnisme sonore cosmique, tour à tour céleste et dépravé, viscéral et transcendant ». 

Quant à la suite, le taulier prévoit de se lancer dans des aventures plus sobres et plus intimistes. Si elles sont aussi passionnantes que celles des quinze dernières années, j'en suis. Swans est mort, vive Swans !

Album : Newly Sentient Being
Année : 2026
Label : Young Gods Records

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vendredi 16 octobre 2026

[Track of The Day] Persica 3 - That Life

La musique est pleine de trilogies - souvent mythiques - qui ont rythmé son histoire : l'électrique de Bob Dylan, la berlinoise de David Bowie, celle de The Cure (étalée quasiment vingt ans), la "no-synth" de The Magnetic Fields (dont il a souvent été question dans ces pages à l'époque, voir ici et là) et j'en oublie évidemment.

L'écho de celle que vient de construire Persica 3 ne rivalise sans doute pas (et n'aura jamais l'impact) que celles précitées, pourtant elle mérite d'être écoutée, choyée, aimée. Vous me direz, rien ne prouve que 'Cardinal' est le point final d'une trilogie commencée en 2022 avec 'Tangerine' et magnifiée avec 'Beauty in the Noise' en 2025. Mais à son écoute, il en ressort comme une évidence : toujours publié chez Hidden Bay Records, toujours avec une pochette au style iconographique très identifiable (comme les deux précédents, l'album est disponible uniquement aux formats cassette et numérique), toujours avec un mélange de pop et de psychédélisme très sixties, où si l'ombre de Brian Wilson n'est jamais très loin, celle de Panda Bear s'impose encore un peu plus.

Mais cette fois, pour 'Cardinal', Persica 3 a changé son mode de composition : il est allé fouiller dans les années 60 et 70 pour trouver et chiper des samples sur lesquels construire ses chansons. En résulte un disque solaire, ouaté à souhait, aux textures nombreuses, fourmillant de détails discrets qui ne cessent de se dévoiler au fil des écoutes. Pop psyché aux harmonies vocales aussi généreuses que lumineuses, 'Cardinal' se termine par deux petits bijoux : la chanson titre, où le piaillement d'un cardinal rouge fait office de métronome, et That Life (en écoute aujourd'hui), à la mélodie ample et superbe, que Persica construit autour de trois morceaux américains de la fin des années 60 : Yours Is The Life de Paul Martin, Our Love de The Grasshoppers et I'm a Little Boy de Jerry Solomon. Intemporelle pour le moins.

NB : Tous les samples utilisés sur 'Cardinal' sont à retrouver sur le bandcamp de Persica 3

Album : Cardinal
Année : 2026
Label : Hidden Bay Records

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Autre chanson remarquable de ce nouvel album de Persica 3, la chanson titre, Cardinal :

jeudi 15 octobre 2026

Bill Callahan - My Days of 58 [Drag City Records]

Il y a une quinzaine d'années, alors que je cheminais avec mon grand père paternel aux abords d'une vieille demeure familiale et que nous remontions une pente herbeuse que quelques mois plus tôt il arpentait encore aisément, celui-ci m'avait dit, le souffle court, « tu sais, c'est vraiment pénible de vieillir ». Cette phrase m'a marqué car c'est la première fois que je prenais conscience que cet homme qui était pour moi un roc indépassable (son passé d'ancien combattant pendant la deuxième guerre mondiale, dont il n'aurait jamais du revenir si les nazis avaient vérifié que la balle qui lui était entrée dans l'omoplate et ressorti au milieu du dos l'avait vraiment tué, sa vie de paysan puis de manard à tout faire, et dans quelles conditions), un homme que j'avais toujours connu fort, qui ne se plaignait jamais, vieillissait. Et qu'il était même déjà vieux. Il approchait des 90 ans, était encore alerte à bien des égards, mais cette pente douce lui faisait mal. Sans m'en rendre compte, il avait vieilli. 

A 60 ans, Bill Callahan n'a pas l'âge de mon grand-père d'alors. Pourtant, vieillir le questionne. L'interroge. Sur sa vie d'homme. Sur sa vie d'artiste. Sur ce qu'il en a fait. Sur ses relations passées. Sur le temps qui passe, inexorablement. Et plutôt que garder ses questionnements pour lui même, l'américain a décidé d'en faire un nouvel album, 'My Days of 58' - l'âge auquel il a composé ce disque. Au programme, douze chansons entre folk, folk-rock, americana, country et d'effluves jazz (ces moments presque bancals, comme ivres, qui traversent le disque) que Bill Callahan déploie, dans une ambiance cotonneuse à souhait, à grands coups de guitares, cuivres, cordes, pedal steel, piano et autres saxophones, bien aidé qu'il est par, entre autres, Matt Kinsey, Dustin Laurenzi et le toujours dans le coin dès qu'on parle d'un album majeur, l'australien Jim White. 

Un disque autobiographique, sublime, racé, porté par quelques titres majeurs, au premier rang desquels West Texas et son gimmick à pleurer sur le refrain, The Man I'm Supposed To Be, Empathy (discussion avec son paternel décédé), l'entêtant Lonely City ou When Do Men Sing en ouverture qui s'interroge sur le besoin qu'ont les hommes à vouloir chanter et dont Callahan est ses acolytes ouvrent petit à petit les ailes avec grâce et emphase.

Certains esprits chafouins me diront que 'My Days of 58' date de février dernier - soit douze ans à l'échelle de l'industrie musicale actuelle. Certes. Mais nous sommes mi-octobre, la fin d'année approche à grands pas, et il était plus que temps d'évoquer dans ses pages un des plus beaux disques de 2026. Qui prouve qu'après une décennie 2010 quelconque, le texan en a encore sous la pédale, confirmant le déjà excellent 'YTILAER' en 2022. Comme si l'âge n'avait pas de prise sur lui. « Tu sais, c'est vraiment pénible de vieillir » m'avait dit mon grand-père à l'orée de ses 90 ans. Bill Callahan n'en est pas encore là, lui qui semble embrasser ces jours qui disparaissent avec philosophie et sérénité, plus inspiré que jamais. Puissions nous tous vieillir comme lui. (Sortie : 27 février 2026)

Plus :
'My Days of 58' de Bill Callahan est à l'achat sur bandcamp
'My Days of 58' de Bill Callahan est à l'écoute et à l'achat un peu de partout
Pop News a publié deux chroniques pour avoir un double regard sur 'My Days of 58' de Bill Callahan. Et les deux critiques (et notamment celle de Mathieu de Random Songs) valent la lecture


Trois chansons de 'My Days of 58' de Bill Callahan en écoute aujourd'hui. Why Do Men Sing, le morceau d'ouverture, pour débuter 
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le sublime West Texas. Et enfin The Man I'm Supposed To Be :


Le clip de Lonely City, un des singles extraits de 'My Days of 58' de Bill Callahan :