J'ai une théorie (sans doute fausse d'ailleurs) : à chaque fois qu'un groupe n'est pas satisfait de la qualité de son dernier album, il publie rapidement un nouveau single et/ou disque dans la foulée, comme pour le faire oublier et passer à autre chose. Est-ce le cas pour Get Well Soon ? Konstantin Gropper est revenu aux affaires fin mai dernier avec 'Minus the Magic', disque pas honteux loin de là mais trop en pilotage automatique et au final assez fallot pour enthousiasmer son monde - en tout cas le mien. Et il vient d'annoncer un neuvième album, 'SÉANCE', pour le 30 octobre prochain, soit moins de six après. Étonnant pour un artiste plus que discret depuis quatre ans.
Ce disque, que notre homme promet comme son « album gothique », se dévoile par un premier single, Goth 101 (en écoute aujourd'hui). Une chanson à l'ambiance sombre, à la production puissante qui rend la rythmique autant métronomique qu'organiques, où la mélodie, par sa beauté, et les chœurs sur la fin, arrivent à faire passer quelques bribes de lumières, quand bien même Get Well Soon répète comme un mantra « We, we can not escape ». Prometteur.
Album : SÉANCE Année : 2026 Label : Scarlet Beast Records
A l'écoute de 'Total Dive' de Brown Horse, une chose est certaine : ils ont beaucoup beaucoup - et sans doute encore un peu plus d'ailleurs - écouté certes Neil Young mais surtout Songs: Ohia. Tout au long des dix chansons de ce troisième album des anglais (ils viennent de Norwich), les fantômes du regretté Jason Molina et de ses comparses sont en effet présents à chaque recoin, sur chaque guitare qui fuzz, sur chaque reverb qui déploie son écho, sur chaque pedal qui steel, sur chaque mélodie mélancolique et pleine de noirceur qui emplit la pièce, sur chaque riff acéré. Et le résultat est plutôt épatant. Car bien que très influencé, tout ici sonne juste et personnel. Bon. Puissant. Rageur aussi. Naviguant entre alternative-country-rock et indie-rock racé, porté par la voix pleine d'émotion de Patrick Turner, des mélodies marquantes et des chansons fortes comme Heart of The Country, Sorrow Reigns en ouverture ou encore Twisters (en écoute aujourd'hui), cet album de Brown Horse est une sacrée réussite. Et sans doute le plus américain d'un groupe anglais écouté cette année.
Album : Total Dive Année : 2026 Label : Loose Records
Parmi la liste de groupes récents qui ont un peu fait le buzz mais à côté desquels je suis passé, je voudrais The New Eves. Un quatuor féminin originaire de Brighton en Angleterre qui fait dans le freak-folk, le folk-punk (quand il n'est pas avant ou post), dont le premier album avait du charme mais auprès duquel je ne suis finalement pas revenu.
Un an presque pile après la sortie de 'The New Eve Is Rising', voilà qu'une des membres s'émancipe déjà et annonce son premier album solo, 'Wild Love' pour le 14 août prochain, là aussi chez Transgressive Records. Cette membre, c'est Nina Winder-Lind (qui s'occupe notamment du violoncelle chez The New Eves) et à l'écoute de Girls (en écoute aujourd'hui), un des singles déjà disponible, cette affaire semble plutôt bien embarquée. Une chanson folk, punk et presque orchestrale à la fois, qui martèle comme s'il était besoin (et parce qu'il y a besoin justement) que toutes les filles du monde aspire à faire ce qu'elles veulent de leur vie, n'en déplaise à nos sociétés actuelles (qui, si elles avancent sur le sujet, ne le font pas encore assez vite). Une chanson faussement de guingois mais vraiment belle comme tout, ouvragée qu'elle est, et fondamentalement féministe. Sans doute que Jennifer Finch, bassiste des L7, décédée mardi, aurait adoré.
Album : Wild Love Année : 2026 Label : Transgressive Records
Perdus de vue depuis leur cinquième album en 2008 (le curieusement nommé '4'), les Dungen ne m'ont pas attendu pour continuer leur petit bonhomme de chemin. Certes, les disques des suédois sont bien plus espacés que par le passé (six entre 2001 et 2010, bientôt quatre depuis), mais ils sont toujours bien là. Leur prochain (le onzième donc) sera publié le 25 septembre prochain. Il s’appellera 'Vidrig Vår' (littéralement « un printemps dégoûtant » en français) et s'annonce par En Gång I Timmen (en écoute aujourd'hui). Une chanson complètement Dungen dans l'esprit, au psychédélisme et au prog rock mené par un piano tout à fait lumineux, qui n'est pas sans rappeler Gruff Rhys.
Non, ce n'est pas un bug d'affichage. Non, je n'ai pas décidé d'un coup d'un seul d'écrire dans une police ubuesque. Comme je n'ai pas décidé de désormais composer les billets de ce blog en sumérien ou tout autre langue morte. Rien de tout cela. Derrière ces caractères bizarres se cache un des nombreux avatars de Four Tet / Kieran Hebden, producteur et musicien anglais de génie. Pourquoi ? Comment ? Un délire sans doute - particulier mais un délire quand même - pour casser les codes ? Mettre derrière lui, le temps de quelques albums, son nom de scène le plus célèbre pour mieux se réinventer et voir la réaction des gens à sa musique, sans forcément savoir que c'est lui aux manettes ? Un pied de nez à l'industrie musicale dont il n'a jamais été le plus grand fan ? Sans doute un peu des trois en même temps.
Quoiqu'il en soit, son dernier album en date (je vous épargne son nom, il est plus bas et est encore plus absurde), sort donc sous le nom de ⣎⡇ꉺლ༽இ•̛)ྀ◞ ༎ຶ ༽ৣৢ؞ৢ؞ؖ ꉺლ, que les fans appellent « The Wingdings alias » (le nom étant composés de quelques caractères de la police en question). Et il tout à fait délicieux. De l'électro pleine de downtempo, de la house aux contours ambient, de la folktronica cornaquée à la techno, fait de différentes textures sonores qui s'emboitent merveilleusement bien les unes aux autres, le tout sublimé par le savoir et le touché mélodique à nulle autre pareille de notre homme. Un grand album donc, hypnotique et onirique, torturé mais tout à fait lumineux dont on ressortira notamment (je vous fais grâce du titre original) le morceau 2 (en écoute aujourd'hui), qui, en six minutes, résume à lui seul tout le talent et la carrière de Four Tet.
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, le morceau 2 du nouvel album de Four Tet sous son alias tarabiscoté ⣎⡇ꉺლ༽இ•̛)ྀ◞ ༎ຶ ༽ৣৢ؞ৢ؞ؖ ꉺლ est également en écoute ci-dessous :
Autre morceau à écouter, voilà le numéro 4, toujours avec cette touche mélodique imparable :