vendredi 30 octobre 2026

Michael Kiwanuka - Fudge [Polydor]

Si vous allez sur la page bandcamp consacrée à 'Fudge', le nouvel album de Michael Kiwanuka, vous pourrez lire la date de sortie suivante : 23 janvier 2026. Si vous avez suivi l'actualité des sorties musicales, vous savez que 'Fudge' a été finalement publié vendredi 23 octobre dernier, soit neuf mois plus tard. Pourquoi ? Comment ? La raison est tout sauf drôle. Et pour ainsi dire dramatique.

Juillet 2025. Michael Kiwanuka est en pleine tournée des festivals (l'Angleterre, l'Espagne, Jazz à Vienne, etc) pour soutenir son dernier album en date, 'Small Changes', sorti en novembre 2024. Mais à la fin du mois, son management annonce que la tournée estivale est annulée, comme la tournée américaine à l’automne qui devait suivre. Seule explication : « continued illness ». Rien de plus.

Les semaines puis les mois passent sans plus d’explications. Pourtant, un nouvel album est annoncé, 'Fudge'. Prévu pour le début 2026, la sortie est finalement reportée sans plus de cérémonie. Il faut attendre septembre dernier dans un formidable et très touchant article de The Guardian intitulé  "Everyone can relate to pain and struggle. So I’m sharing mine’: Michael Kiwanuka on life after his devastating stroke", construit autour de deux interviews d’une demie heure, pour apprendre la réalité : en juillet 2025, Michael Kiwanuka a fait un AVC hémorragique. Un accident vasculaire aux lésions cérébrales sévères, qui a entrainé des mois en soin intensifs avant qu'il puisse être transféré dans un centre de rééducation pour réapprendre, comme il le dit lui-même, à remettre son corps en forme, retrouver sa voix (ses cordes vocales ont été touchées) - et lui même quelque part.

Reste donc ce fameux 'Fudge'. Un disque enregistré avant son accident, dans la foulée de 'Small Changes' en 2024, mais cette fois sans artifice ni grosse artillerie (Inflo et Danger Mouse ne sont pas de la partie, tout comme les invités prestigieux qui peuplaient son disque précédent), juste avec son groupe. Un enregistrement un peu au débotté, entre inspirations sur le moment, idées qui foisonnent, jam sessions qui se transforment en moments de grâce. Comme si Michael Kiwanuka avait souhaité un retour à une certaine simplicité après dix ans à travailler ses chansons en studio avec des maîtres de la console. 

Mais ne croyez pas que 'Fudge' soit à nu pour autant. Moins clinquant, moins produit donc (c’est Michael Kiwanuka lui-même qui s’en charge), avec un côté, si ce n'est lo-fi, au moins bedroom qui le traverse, il ne manque pour autant pas de lustre, joliment orchestré qu'il est (il y a entre autres choses un quatuor à cordes). Sa soul-folk teintée de psychédélique aussi, souvent mid-tempo, aux moments prog (Stars, Steve's Paradise, Love In My Heart, aux quelques passages qui rappellent Pink Floyd, pas une première chez lui), aux orchestrations smooth, est d'une beauté sidérante (la doublette California, Just Another Moment pour ne citer qu'elle), diaphane aussi, renversante et souvent mélancolique. Quant à la voix de Kiwanuka, parfois dans un murmure, comme si elle ne chantait que pour nous seuls, qui s'efface régulièrement pour mettre en pleine lumière le jeu de ses acolytes, elle fait merveille, évidemment.

Sans doute inconsciemment influencé par la situation physique de Michael Kiwanuka, difficile de ne pas admettre que 'Fudge' est un album splendide, aérien au possible. Et surtout intensément libre. Un disque qui aurait du être de respiration et qui pourrait être au final "testament", tant l'homme derrière n'est le plus le même à l'heure qu'il est - et ne le sera d'ailleurs peut-être jamais plus.

Suite à son AVC, Michael Kiwanuka a voulu finalement publier 'Fudge'. Parce qu'il ne sait pas quand et s'il pourra rechanter un jour. Parce que si la rééducation prendra du temps, il commence à sortir du tunnel dans lequel il est rentré en juillet 2025. Parce que l'album existe, tout simplement, et qu'il aurait été triste qu'il finisse dans un placard. Comme Michael Kiwanuka le dit à la fin du papier de The Guardian « A stroke can take away a lot of things, but it can’t take those songs away. So I’ve got hope from that. Who I was still exists in those songs and in that music ». (Sortie : 23 octobre 2026)


Plus :
'Fudge' de Michael Kiwanuka est en écoute sur bandcamp
'Fudge' de Michael Kiwanuka est à l'achat et à l'écoute un peu de partout
Comme dit par ailleurs, la lecture de cet article du Guardian est très conseillée. "Everyone can relate to pain and struggle. So I’m sharing mine’: Michael Kiwanuka on life after his devastating stroke" revient autant sur la création de 'Fudge' que sur l'AVC qui a frappé Michael Kiwanuka et ses conséquences. C'est évidemment de là que viennent les informations quant à son accident vasculaire cérébrale données dans ce billet


Trois chansons de 'Fudge' de Michael Kiwanuka. California, la chanson qui m'a saisi à la première écoute de 'Fudge' (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Just Another Moment. Et enfin, le psychédélique, prog et superbe Steve's Paradise :

Pour finir, deux clips et un documentaire consacré à 'Fudge' de Michael Kiwanuka. Ceux de Summer Clothes et Sing ainsi qu'un making-off de 11 minutes de l'album :

jeudi 29 octobre 2026

[Track of The Day] Steven R. Smith - Sea Grass

Je dois avouer que, hormis quand il s'agit de post-rock, les albums uniquement instrumentaux ont plutôt tendance à vite m'ennuyer. Que voulez-vous, la voix est un marqueur trop important pour l'amoureux de pop que je suis. 
 
Mais parfois, la magie opère quand même, sans qu'on y prenne garde. Prenez Steven R. Smith, américain de son état, à la carrière longue comme le bras, auteur d'une pelletée de disques depuis le milieu des années 90, que ce soit sous son nom ou les alias Hala Strana ou Ulaan (qu'il a décliné sous toute une collection : Janthina, Khol, Markhor, Passerine). Hé bien son dernier album 'Half-Light Unfolding' a beau être totalement instrumental, il m'a particulièrement emballé. Parce qu'il est inspiré. Parce que Steven R. Smith (où il est le seul maître à bord) sait faire rebondir sa folk pleine de psychédélisme, souvent mélancolique, et la réinventer sur chaque morceau à coups de guitare électrique, de basse, de piano ou d'harmonium, pour ne jamais emmener son auditoire dans l'ennui (avec Sea Grass, en écoute aujourd'hui, comme meilleur exemple). Et si sur quelques morceaux, j'aurais bien vu une voix venir ajouter son grain de sel et relever les compositions, l'univers entièrement instrumental de 'Half-Light Unfolding' se suffit tout à fait à lui même.

Album : Half-Light Unfolding
Année : 2026
Label : Eiderdown Records

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En écoute dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog

En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Sea Grass de Steven R. Smith est également en écoute ci-dessous :

Autre morceau tout à fait recommandable de 'Half-Light Unfolding' de Steven R. Smith, voilà Aster :

mardi 27 octobre 2026

[Track of The Day] Cor de Lux - Long Face People

En écoute aujourd'hui, Long Face People, chanson majeure de 'Year Of The Horse', le troisième de Cor de Lux,  quartette originaire de Caroline du Nord et qui vient d'arriver chez Ipecac Recordings, le label de Mike Patton. Long Face People n'est pas la chanson la plus représentative de cet album entre post-punk, noise et éclats post-hardcore. Peut-être parce qu'elle était sortie en single il y a dix-huit mois de cela et qu'elle n'était alors que les prémices de 'Year Of The Horse'. Surtout parce qu'elle joue le chaud et le froid, posée avec sa basse profonde qui ouvre et mène la danse et dans le même temps pleine d'urgence avec le chant très punk de Dawn Moraga. Mais si elle est majeure, elle n'est en rien la seule réussite de 'Year Of The Horse', album tout à fait recommandable, qui ne manque pas de chansons, peut-être plus classiques dans leur écriture et leur exécution mais tout à fait efficaces (The Western, The Cringe).

Album : Year Of The Horse
Année : 2026
Label : Ipecac Recordings

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En écoute dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog

En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Long Face People de Cor de Lux est également en écoute ci-dessous :

Plus classique mais tout à fait efficace, voilà The Western, autre extrait de 'Year Of The Horse' de Cor de Lux :

Le clip de Long Face People, le premier single extrait de 'Year of The Horse' de Cor de Lux :

lundi 26 octobre 2026

[Track of The Day] Calla - Midnight Ride

Il y a quasiment vingt ans, je terminais la chronique de 'Strength in Numbers' de Calla par ces mots : « Calla est un des (rares?) groupes dont on sait pertinemment que, dans vingt ans, on sera heureux de faire découvrir à ses enfants, en ressortant des cds ou des vinyles tout poussiéreux mais qui n'auront musicalement pas pris une ride ». A la relecture, c'est drôle, car cette phrase sonne comme un adieu à un groupe, alors que celui-ci n'avait pas encore annoncé se mettre en pause. Mieux, deux décennies plus tard, si aucun enfant n'est arrivé, la discographie de Calla n'a pris ni la poussière, ni une ride - pour ainsi dire, les années aidant, elle a même pris de l'épaisseur.

Vingt ans, c'est aussi le temps qu'il aura fallu au groupe mené par Aurelio Valle pour sortir de sa torpeur. Et après avoir annoncé leur retour en 2025, Calla vient de publier 'DeFacto', leur nouvel album, teasé à coups de nouveaux morceaux depuis plus d'un an. Et si le résultat est mitigé, avec ces chansons qui semble alterner entre vieilleries qui n'avaient pas passé le cut de leurs albums passés et nouvelles compositions moins inspirées, il y a de quoi s'enthousiasmer tout de même (Midnight Ride, en écoute aujourd'hui, Paralyzed, relecture de Stand Paralyzed de 'Strength in Numbers', Sneak Attack, Pick Your Battles). Alors oui, l'ensemble manque un peu de folie, mais la voix d'Aurelio Valle est toujours la même, et si leurs parties guitare/basse sont moins marquées (ou ont moins la part belle, c'est selon), elles restent leur marque de fabrique, toujours reconnaissables entre mille. Bref, Calla est de retour. Il serait idiot de vouloir bouder sa joie.

Album : DeFacto
Année : 2026
Label : Nuevo Leon Recordings

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En écoute dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog

En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Midnight Ride de Calla est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson tout à fait recommandable de 'DeFacto' de Calla, voilà Sneak Attack : 

mercredi 21 octobre 2026

[Track of The Day] Asher White - Nightingale Version (Sailor's Moon)

Will Toledo commença son aventure Car Seat Headrest au fond de sa voiture, laquelle donna un nom à son projet, devint studio d'enregistrement de ses premiers albums qu'il publia à son compte avant d'être repéré et signé par Matador - avec le bonheur que l'on sait.

L'histoire de Asher White est un peu la même. Originaire de Evanston dans la banlieue de Chicago, elle n'a aujourd'hui que 25 ans et pourtant une discographie longue comme une artiste de 65 ans (sauf si vous êtes Aidan Baker ou Robert Pollard) : vingt-trois albums (certains sous le nom de melting wax body), dont les deux derniers sont sortis cette année, tous deux chez Joyful Noise, sa nouvelle maison. 'Jessica Pratt' en février, où, pochette comprise, elle revisite - très bien d'ailleurs - le tout premier album de Jessica Pratt. 
Et 'Love Aggregates' en aout dernier, sans doute moins réussi, qui se traine un peu en longueur, que quelques arrangements de cuivres essaient, sans grand succès, de relever, mais qui trouve une belle affirmation en plein cœur du disque, sur deux chansons, The eagle is no omen et Nightingale Version (Sailor's Moon) (en écoute aujourd'hui), bedroom pop de belle tenue, charmante au possible, qui n'est pas sans rappeler autant Man at War que We Are Catchers.

Album : Love Aggregates
Année : 2026
Label : Joyful Noise Recordings

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En écoute dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog

En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Nightingale Version (Sailor's Moon) de Asher White est également en écoute ci-dessous :

Histoire de bien faire les choses, voilà The eagle is no omen, l'autre chanson tout à fait remarquable de 'Love Aggregates', le dernier album en date de Asher White :