lundi 4 mars 2024

CRIMEAPPLE & Preservation - El León [Manteca Music / Mon Dieu Music / RRC Music Co.]

Orné d'une pochette qui rappelle une certaine esthétique des années 70, cette première collaboration entre le rappeur prolifique CRIMEAPPLE (dix-huit albums en six ans, sans compter celui-ci) et le producteur Preservation (dont le travail sur 'Aethiopes' de Billy Woods n'était pas pour rien, loin de là, dans la grandeur de l'album) est une réussite de tous les instants. Et peut-être mon plus grand coup de coeur de ce début 2024.

Le disque s'appelle 'El León' et est le premier d'une trilogie annoncée entre les deux compères. Un disque court (onze morceaux pour 27 minutes), sans skit inutile, avec à peine un « bitch » venu de nulle part (sur Lion vs Panther). Surtout, il est un concentré de hip-hop et révèle une symbiose parfaite entre le producteur et son emcee. Il faut dire que Preservation amène sur un plateau des productions magistrales, ambiance seventies, à son acolyte : des boucles de jazz (surtout), de funk et de soul, qu'il marie avec quelques samples hispanisant du meilleur effet (pour ceux que j'ai pu trouver, ils sont notamment tirés de disques de 1970 de Primitivo Santos et Juan Torres) et qui donne un cachet incroyable à l'ensemble (sublime Fumemos). CRIMEAPPLE lui se fond parfaitement dans le paysage, venant poser ses rimes et ses punchlines avec un flow facile, percutant et marquant, beau contre-point aux chants samplés, beaucoup plus classiques et « variétés ».

D'aucuns argueront que ce disque de CRIMEAPPLE & Preservation est trop court et qu'il lui manque quelques morceaux pour faire office de classique instantané. Pour ainsi dire, j'ai tenu cette position sur les premières écoutes. Mais il faut se rendre à l'évidence : 'El León' est un voyage si mélodieux (ces cordes, ces cuivres) et à la finesse si incroyable, qu'il a tout pour devenir un classique. En tout cas, comme le dit la voix samplée, avec son accent français à couper au couteau, à la fin du premier morceau « When you are a child, there is a game. You're in the streets and you say "monsieur monsieur" what is the color, everybody said red. What is the musician instrument, everybody said the trumpet. What is the animal, everybody said the lion » : oui, le plus fort, ce n'est ni l'éléphant, ni l'hippopotame, c'est 'El León'. (Sortie : 24 janvier 2024)

Plus :
'El León' de CRIMEAPPLE & Preservation est en écoute sur bandcamp
'El León' de CRIMEAPPLE & Preservation est à l'achat sur bandcamp
'El León' de CRIMEAPPLE & Preservation est à l'achat chez RRC Music Co. (aux Pays-Bas)

Trois morceaux de 'El León' de CRIMEAPPLE & Preservation en écoute aujourd'hui. Fumemos et son sample divin pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le sublime Bulevar, qui clôt l'album. Et enfin le court et mélancolique Camino Solitario :

jeudi 29 février 2024

MGMT - Loss Of Life [Mom + Pop / MGMT Records]

Je ne sais pas trop quoi penser de 'Loss Of Life', le nouvel album de MGMT. Grand cru en devenir ou disque joliment exécuté mais qui rejoindra leur 'MGMT' de 2013 au rang des albums mineurs d'un groupe pourtant majeur des quinze dernières années ('Oracular Spectacular', 'Congratulations', 'Little Dark Age') ? L'avenir nous le dira tant la musique et les compositions du duo Benjamin Goldwasser / Andrew VanWyngarden ne se dévoilent pas toujours aux premières écoutes (je fais partie de ces gens qui n'ont pas saisi le génie de 'Congratulations' immédiatement).

Quoiqu'il en soit, 'Loss of Life' est un de prime abord un disque réussi. MGMT va chercher son inspiration dans les années 80, pour le meilleur (Nothing Changes qu'on pense longtemps être une balade à la Cure, le parfait People In The Streets) comme pour le pire (le duo sans grand intérêt avec Christine and The Queens Dancing In Babylon, toutes ces guitares dégoulinantes marquées du sceau d'une époque un peu trop pompière et qui a plutôt mal vieillie, que Brian May n'aurait pas reniées) ; mais aussi dans les années 90 (évident Bubblegum Dog, le brit-pop Mother Nature, sorte de rencontre entre Oasis et Sophia).

Pas dénué de grands moments, c'est pourtant à la toute fin de l'album que MGMT vient composer un véritable miracle : Loss of Life. La chanson qui clôture le disque du même nom, alors que sa partie 2 l'ouvrait ; comme si l'album ne devait être qu'une boucle infinie. Un morceau sur notre impréparation à la mort d'un être cher (« You can sail off the edges of the earth, greet the workers of the universe, still nothing prepares you for loss of life »), qui sonne comme du Beach Boys époque 'Pet Sounds' qui aurait été produit par Air. Un titre somptueux et qui voit des cuivre s'avancer peu à peu, prendre de la place et de l'ampleur, qui ont moins à voir avec les trompettes de l'Apocalypse du Nouveau Testament qu'avec les trompettes de la déesse Pheme dans la mythologie grecque, qui déifiait les héros par ses chants de Renommée et qui sonnent ici comme une sorte de célébration du défunt et d'une porte d'entrée vers le Monde d'après.

Je ne sais donc pas si 'Loss Of Life' de MGMT va s'imposer dans mes oreilles cette année. Si chaque écoute va lui faire prendre une autre dimension. Ce qui est sûr par contre, c'est qu'il n'est pas dit qu'on écoute une chanson de clôture plus belle et plus touchante que Loss Of Life en 2024. (Sortie : 23 février 2024)

Plus :
'Loss Of Life' de MGMT est à l'écoute sur leur page bandcamp
'Loss Of Life' de MGMT est à l'achat sur leur page bandcamp
'Loss Of Life' de MGMT est également
en écoute et à l'achat ici

Trois chansons de 'Loss Of Life' de MGMT en écoute aujourd'hui. A tout seigneur tout honneur, ouvrons le bal avec le sublime Loss Of Life dont j'ai beaucoup parlé au-dessus (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Enchaînons avec People In The Streets. Et terminons par le très brit-pop Mother Nature :

Les clips de Bubblegum Dog et de Nothing To Declare, deux des singles extraits de 'Loss Of Life' de MGMT :

mercredi 28 février 2024

[Track of The Day] Mo Troper - The Billy Joel Fan Club

Quatre-vingt-trois secondes, c'est court pour dire des choses en musique, surtout quand le single de 3'30" a toujours été le maître étalon. Et pourtant, l'américain Mo Troper s'en sort très bien sur The Billy Joel Fan Club, second extrait de son cinquième album à venir dans quelques semaines, 'Svengali'.

Une chanson où il est question de tomber encore plus amoureux de quelqu'un qui partage vos centres d'intérêts - ici Billy Joel donc (et Mo Troper de préciser que cette histoire est vraie et qu'il a un jour vraiment adhéré à ce Billy Joel Fan Club). Une chanson, que dis-je, une balade qui prend ses racines dans une pop (et une production) de la fin des années 60, joliment orchestrée, avec quelques cuivres par ci, une guitare qui slide par là.

Certes, on pourra fustiger la durée de The Billy Joel Fan Club, se dire que c'est moins une véritable chanson qu'un simple refrain (à peine perturbée par un rapide pont) ou regretter que Mo Troper n'ait pas souhaité construire quelques couplets autour de cela. Mais la mélodie est belle, plutôt emballante et marquante même ; alors on remettra nos critiques à plus tard pour mieux replonger dans ces quatre-vingt-trois secondes de pure pop vintage.

Album : Svengali
Année : 2024
Label : Lame-O Records

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En écoute dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog

En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, The Billy Joel Fan Club de Mo Troper est également en écoute ci-dessous :

Le clip de The Billy Joel Fan Club de Mo Troper :

mardi 27 février 2024

[Track of The Day] Maxwell Farrington & Le SuperHomard - Begging's Not My Business

Trois ans après un premier album remarqué, le duo franco (Le SuperHomard) australo-briochin (Maxwell Farrington) est enfin de retour, toujours chez Talitres, et toujours avec une pop orchestrale bien orchestrée dans sa besace.

Le disque s'appelle 'Please, Wait...' et s'il ne confirme pas totalement les promesses entendues sur 'Once' (la faute à des mélodies qui ne marquent pas vraiment), il contient une composition absolument sublime, sans conteste la meilleure à ce jour de Maxwell Farrington & Le SuperHomard.

Elle s'appelle Begging's Not My Business et ouvre la face-B de 'Please, Wait...'. Et de quelle manière ! Il y a tout dans cette chanson : du souffle, des arrangements soyeux, une mélancolie touchante, une production soignée et toujours cette voix entre Adam Green (même si Farrington est sans doute un meilleur chanteur que l'américain) et le Scott Walker des débuts, genre crooner qui ne se prend pas pour un crooner. 

Morceau quasi-symphonique, ample, à la production luxuriante et pleine d'emphase, Begging's Not My Business est en plus de tout ça d'une élégance rare. Qui en trois minutes met l'auditeur à genou.

Album : Please, Wait...
Année : 2024
Label : Talitres

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En écoute dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog

En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Begging's Not My Business de Maxwell Farrington & Le SuperHomard est également en écoute ci-dessous :

Autre très belle chanson de 'Please, Wait...' de Maxwell Farrington & Le SuperHomard, voilà Postprandial Promenade, avec le featuring de leur consœur de label Nadine Khouri :

Le clip de Plat du Jour, un des singles extraits de 'Please, Wait...' de Maxwell Farrington & Le SuperHomard :

vendredi 23 février 2024

[Track of The Day] Vampire Weekend - Capricorn

Groupe au succès certain au tournant des années 2000, avec A-Punk, tube qui aura fait date et qui continue de cartonner en synchro, Vampire Weekend est un groupe qui m'a toujours ennuyé. Je ne nie pas quelques qualités de compositions certes, mais rien n'y fait, je suis toujours passé à côté de leurs albums et n'ai jamais compris l'engouement dont il faisait l'objet.

Pourtant, les new-yorkais viennent d'annoncer la sortie d'un nouvel album pour le 5 avril prochain (leur cinquième et le premier depuis 2019). Il s'intitulera 'Only God Was Above Us'. Et si la référence à Dieu me fait d'avance freiner des quatre fers (le « was » laissant planer le doute, on n'est quand même pas chez The Welcome Wagon), je dois avouer que les deux premiers singles publiés en amont m'ont plus que tapé dans l'oreille. Deux chansons très riches, qui ont tout deux l’écho et la distorsion ancrées au coeur, et qui sont dans un style Vampire Weekend pur jus selon les fans (avis que je suis évidemment incapable de donner, n'ayant pas écouté le groupe depuis des années). A tel point qu'il est difficile de trancher entre la très belle balade Capricorn (en écoute aujourd'hui) et ses roulements de batterie, et l'énergique et pop Gen-X Cops.

Mais l'important est ailleurs. Pour la première fois, je suis hypé par un disque de Vampire Weekend. Seize ans après leur premier album. Il faut un début à tout. Il parait bien qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

Album : Only God Was Above Us
Année : 2024
Label : Columbia Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Capricorn de Vampire Weekend est également en écoute ci-dessous :

Le second single extrait de 'Only God Was Above Us' de Vampire Weekend est à découvrir ci-dessous :