Si elle est évidemment la tête de proue du projet Big Thief, Adrianne Lenker n'est pas la seule à s'offrir des escapades solo : les deux compères (car oui, ils ne sont plus que trois) de l'auteure de ce chef d’œuvre qu'est 'Bright Future'ne sont pas en reste. Aussi bien le batteur James Krivchenia que le guitariste Buck Meek, dont il avait déjà été question dans ces pages il y a six ans de cela (Roll Back Your Clocks, balade automnale de belle tenue).
C'est ce dernier qui nous intéresse aujourd'hui, lui qui s'apprête à publier le 27 février prochain 'The Mirror', son quatrième album (et son deuxième pour 4AD). Un disque qui s'annonce par deux premiers singles, Gasoline et surtout, Ring Of Fire (en écoute aujourd'hui). Une chanson qui n'est pas, précisons le tout de suite, une reprise du standard de Johnny Cash, mais qui elle aussi a une belle aura. D'où vient-elle ? Peut-être de sa rythmique qui vous embarque tout de go. Du chant de Buck Meek, très bien mis en avant, qui ne perd pas son temps en s'élevant dès la première seconde et qui capte d'emblée l'attention. A moins que ce soit les chœurs discrets mais bien présents d'Adrianne Lenker (qui sera sur tous les morceaux de 'The Mirror') ; cette production envoûtante autant que chaleureuse, confiée aux bons soins de James Krivchenia ; ces petites touches synthétiques/électroniques parsemées ici et là ; ou le fait que les trois Big Thief soient de la partie. C'est sans doute un peu tout cela à la fois qui rend ce Ring Of Fire si beau, si touchant.
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Ring Of Fire de Buck Meek, avec Adrianne Lenker aux chœurs, est également en écoute ci-dessous :
J'ai une relation ambivalente avec Penny Arcade, le projet solo (mais en groupe) de James Hoare, l'homme - notamment - derrière The Proper Ornaments. D'un côté, son premier album solo 'Backwater Collage'm'avait beaucoup plu en 2024, plein qu'il était de pop fatiguée, de mélodies douces, de rythme langoureux, et d'une production ronde et cotonneuse. De la sunday pop désabusée et de haute tenue en somme.
De l'autre, il y a ce concert du 16 mai 2024, sur la péniche du Sonic, Lyon. Une salle clairsemée, un public absent pour pourtant, un des meilleurs concerts de mon année, le quatuor sur scène présentant une version électrique et nerveuse de 'Backwater Collage', allongeant ses chansons plus que de raison pour un ensemble tout à fait réjouissant. Sauf que ce soir là, je n'avais pas de bouchons d'oreilles. Et que ce soir là, le groupe a joué fort, très fort, en tout cas pour moi. Et que depuis cette soirée, mes acouphènes, résiduelles jusque-là, sont devenues des compagnes stridentes qui partagent ma vie, mes journées, mes heures et mes secondes. Un sifflement ininterrompu devenu supportable par force de l'habitude.
Alors je sais qu'ils n'y sont pour rien - le Sonic, Lyon non plus d'ailleurs. C'est la faute à pas de chance, celle de ma fatigue prononcée de l'époque qui a su créer les conditions propices à tout cela, la mienne surtout de ne pas avoir su protéger mes oreilles comme il se devait. Mais j'ai beau faire, à chaque fois que j'y fais attention, je pense à Penny Arcade.
Pour autant, cela ne m'empêche pas de réécouter régulièrement 'Backwater Collage', parce que c'est un album que mes dimanches matins affectionnent. Cela ne m'empêche pas non plus de m'enthousiasmer à l'annonce de la sortie le 17 avril prochain, toujours chez Tapete Records, de 'Double Exposure', le second album de Penny Arcade, à la très belle pochette. Et encore plus à l'écoute de Rear view mirror (en écoute aujourd'hui), le premier single qui en est extrait. Une bien jolie chanson tout aussi épuisée, à la voix toujours effacée, presque en retrait, de James Hoare, et qui semble amorcer un virage, plus sec, dans les compositions de Penny Arcade. Une chanson à l'os sans l'être en quelque sorte, et qui n'est pas sans rappeler Eels.
Album : Double Exposure Année : 2026 Label : Tapete Records
Derrière le nom quelque peu bizarre (et qui ne veut rien dire soit dit en passant) de Kid Kapichi se cache un groupe originaire de Hastings, dans le Sussex en Angleterre. Un quatuor auteur de trois albums jusque là et qui, en mai dernier, a perdu deux de ses membres. Pas de panique : aucun drame ou décès à l'horizon. Pas même des divergence de points de vues ou des humeurs devenues
inconciliables. Juste deux garçons (Ben Beetham et George MacDonald) qui préfèrent passer à autre chose et vaquer à d'autres occupations. D'ailleurs, preuve qu'aucun conflit n'était sous-jacent, les deux démissionnaires, avant de laisser la barre aux seuls Jack Wilson et Eddie Lewis, ont écrit et enregistré avec eux le quatrième album de Kid Kapichi, version originelle.
Il se nomme 'Fearless Nature' et est ma première rencontre avec le groupe. Un disque assez sombre, à la production plutôt massive, qui perd d'intensité dans sa deuxième partie, mais à la face-A très convaincante, de son ouverture Leader of The Free World (genre The Body As A Structure de DITZ en plus pop) à ces élans qui évoquent - presque - IDLES, en passant des chansons de haute-volée comme Worst Kept Secret (en écoute aujourd'hui) et ses cordes synthétiques hypnotiques, mélancoliques et du meilleur effet. Surtout, il y a dans 'Fearless Nature' un côté très dEUS
qui vous attrape l'oreille dès la première écoute. Évidemment, il y a le chant et la voix de
Jack Wilson comme premier signe, mais très vite, on se rend compte que
les ambiances de beaucoup leurs chansons, et plus globalement leurs compositions, lorgnent du côté des doux belges de Tom Barman ; le tout saupoudré d'un soupçon des américains de Calla.
Et le résultat, sans être fondamentalement génial, est plutôt séduisant, charmant souvent et au final attachant. Ne reste plus désormais qu'à trouver comment venir défendre 'Fearless Nature' sur scène à deux et non plus à quatre. Et vérifier si l'adage « less is
more » dit vrai.
Album : Fearless Nature Année : 2025 Label : Spinefarm Records
Dix tout pile après leur deuxième album, Radioactivity est revenu aux affaires l'été dernier avec 'Time Won't Bring Me Down'. Si cette intro on ne peut plus bateau sonne à vos oreilles comme celle de quelqu'un qui attendait impatiemment le retour du groupe et qui s'étonnait d'une si longue absence, sachez qu'il n'en est rien : Radioactivity était jusqu'il y a quelques semaines encore tout à fait inconnu à mon bataillon. Mais, à en croire ce que j'ai pu en lire, pas de la scène texane où il a sa petite notoriété voire un petit statut de légende indie du coin, notamment Jeff Burke, un des (si ce n'est le) leaders et surtout principal compositeur.
Basé initialement à Denton, où le groupe s'est fondé et a exercé ses talents au début des années 2010, avant que la vie, les envies personnelles et le COVID ne fassent éclater tout cela, Radioactivity est aujourd'hui un groupe éclaté sur le territoire américain mais qui n'a rien perdu de son envie de jouer et d'écrire ensemble. Un quatuor composé de membres d'autres groupes punk de la scène texane dont Radioactivity était un des parangons.
Pourtant, à l'écoute de 'Time Won't Bring Me Down', cette étiquette de groupe punk et/ou garage prend du plomb dans l'aile. Car sur les dix chansons de cet album composé et enregistré au fil de l'eau et sur près d'une décennie par Radioactivity, on est plus sur un mélange de power-rock et power-pop, avec une prédominance de guitares nerveuses et souvent endiablées certes, mais à l'écriture punk moins marquée. Ce qui n'est pas un frein à son charme loin de là : court (11 morceaux pour 30 minutes), efficace, 'Time Won't Bring Me Down' est un disque réussi, très séduisant, qui culmine sur Analog Ways (en écoute aujourd'hui), chanson remarquable, pop dans l'âme et à la mélodie empreinte de mélancolie.
Album : Time Won't Bring Me Down Année : 2025 Label : Dirtnap Records / Wild Honey Records
Mandy, Indiana. Voilà un groupe qui fait tout pour tromper son monde. Son nom déjà, donc la stylistique fait clairement penser à un groupe américain vu qu'il est un détournement de Gary, Indiana, une ville du nord de cet état de l'Est des États-Unis. Pourtant, il n'en est rien, Mandy, Indiana étant aujourd'hui basé à Manchester en Angleterre. Mais vraiment anglais ? Pas tellement en fait, le quatuor comptant dans ses rangs - et au chant - Valentine Caulfield, française de son état. Et niveau musique, difficile de ne pas entendre ici plus de sonorités allemandes que britanniques. En tout cas dans Cursive (en écoute aujourd'hui) le deuxième de leur second à venir le 6 février prochain, 'URGH' - chez Sacred Bones s'il vous plaît.
Une chanson pleine de beats, aux couleurs à la fois indus, electro et noisy, à la rythmique frénétique et obsédante, aux nappes vrombissantes, et sur laquelle Valentine Caulfield vient déclamer des paroles répétitives qui s’ouvrent par la célèbre comptine Am stram gram. Un morceau furieux, bruyant autant que dansant : quoi de mieux pour ouvrir l'année musicale 2026 dans ces pages ?