Comme je le racontais à la sortie de 'Patience', troisième opus qui concluait une trilogie consacrée à la lettre "P", il m'aura fallu dix-neuf ans pour réussir à aimer l'univers de Sondre Lerche, artiste que je n'avais alors jamais su et pu apprécier, à mon corps défendant. Mais tout ceci est donc du passé. Et la sortie le 21 août prochain de son nouvel album titille ma curiosité. Bien plus même à l'écoute du premier vrai extrait de cet 'Acrobats' à venir (After The Coup, Turning Up The Heat Again et Diplomacy, les trois autres morceaux distillés jusque-là étant réservées à un Ep Bonus déjà dans les tuyaux) : Little Kids (en écoute aujourd'hui).
Une chanson absolument superbe qui parle de ces amours de jeunesse qu'on désire, auxquels on croit et qu'on espère éternels. Un morceau à la construction merveilleuse, sidérant de beauté, au souffle romantique, qui virevolte d'arrangements soyeux
(composés par Sean O'Hagan de The High Llamas et joués par le Stockholm
Studio Orchestra) et est plein d'une mélancolie douce et touchante que Sondre Lerche
chante divinement bien. Cerise sur le gâteau, le clip de Little Kids est d'une beauté simple et émouvante qui fait honneur à cette chanson absolument immense.
A ma droite, Tom Rowlands, 55 ans, un des Chemical Brothers, légendes de la musique électronique (et pas que) et auteurs de quelques tubes rentrés dans la postérité. A ma gauche, AURORA, norvégienne de 25 ans la cadette du frère chimique, qui fait dans la pop aux contours aussi arty, synth que dance. Au centre, 'COME CLOSER, le premier album de TOMORA, le projet les réunissant tous les deux, comme une continuité de la participation de la première à quelques titres de l'album 'No Geography' du second en 2019.
S'il traverse beaucoup de styles, sa production soignée, la cohérence de l'ensemble et surtout sa construction en font un disque épatant, quoique sa durée (quasiment une heure) aurait pu faire croire qu'il se perdrait en route. Les univers de Tom Rowlands et AURORA se confondent à merveille, que ce soit sur de l'electro pure et/ou sacrément dansante (I Drink The Light, tube en or), des ambiances plus vaporeuses ou sur des morceaux qui évoquent une rencontre entre M.I.A. et Björk. Pinacle de cet album de TOMORA, Have You Seen Me Dance Alone (en écoute
aujourd'hui), chanson pop, sexy en diable, aux contours dub presque cosmique, où le chant tantôt oriental
tantôt dark-wave d'AURORA joue avec bonheur sur les sonorités comme arabisante et synthétique de Tom Rowlands.
Album : COME CLOSER Année : 2026 Label : Fontana Recordings / Petroleum Records
S'il y a bien quelque chose qu'on ne pourra jamais reprocher à Death Cab for Cutie, c'est cette faculté à composer des mélodies tuantes, mélancoliques et qui vous arrachent le cœur. Et même si le groupe mené par Ben Gibbard est depuis très longtemps rentré dans le rang (depuis 2005 pour ainsi dire et un 'Plans' merveilleux, leur chef d'œuvre à mes oreilles), à coups de disques sans intérêt et qui tendaient même vers l'auto-parodie, ils restent capables de quelques fulgurances foudroyantes.
Il y avait déjà eu en 2023 la reprise de The Plan de Low, en hommage à Mimi Parker décédée quelques mois plus tôt. Une version d'une beauté à couper le souffle et absolument bouleversante. Et il y a aujourd'hui Trap Door, la plus belle chanson de 'I Built You A Tower', le nouvel album du groupe - qui sans renverser la pop ni même leur discographie, est sans doute un de ses meilleurs depuis (très) longtemps. Une histoire d'amour qui n'en est une qu'à moitié et un morceau très synthétique, sublime, dans la plus pure tradition de Death Cab for Cutie : mélancolique et nostalgique, un peu désespéré et à la fois poignant, étouffante quelque part aussi, mais à la mélodie superbe, relevée de la voix toujours aussi belle de Ben Gibbard (ce monsieur vieillira-t-il jamais ?) et d'un piano éclatant venu de nulle part et qui prend toute la place qui lui revenait.
Album : I Built You A Tower Année : 2026 Label : ANTI-
Derrière le nom de The Slow Country se cache un groupe originaire de Manchester qui compte pas moins de sept membres, dont Charlie Smith, chanteur, guitariste et leader de ce mini-orchestre pop. A ce jour, le groupe n'a sorti que quelques singles mais commence à faire parler de lui et enchaîne autant les festivals que les premières parties (Swim Deep, The Slingers). Fraîchement signé chez Heist or Hit Records (Westside Cowboy) pour ce qu'on imagine un premier album dans l'année, The Slow Country confirme qu'il faudra sans doute compter sur eux avec un nouveau single, Firing Line (en écoute aujourd'hui).
Une chanson superbe, cavalcade folk-rock très bien orchestrée (Bill Ryder-Jones est à la production, ça aide) en montée progressive et qui éclate sur sa dernière partie dans un orage électrique, presque héroïque, des plus fameux. Un morceau disponible en face-B du 45-tours consacré à leur autre nouveau single, In The Mud, mais qui a pourtant tout d'une éclatante face-A. A suivre de très près.
Album : In The Mud / Firing Line 7" Année : 2026 Label : Heist or Hit Records
Vu qu'on vient entrer dans la pire saison de l'année avec un mois d'avance et que la première canicule vient de nous tomber sur la tronche sans demander son reste, le tout en promettant d'être longue, en m'écrasant (vous aussi ?) de fatigue, faisons court et direct en évoquant 'For The First Time, Again', le premier album de Tyler Ballgame, artiste américain originaire du Rhode Island, mais signé chez les
anglais de Rough Trade Records
Un disque qui a fait pas mal parler de lui (à un niveau indie s'entend
évidemment) au moment de sa sortie, fin janvier dernier. Peut-être parce qu'il a été produit par Jonathan Rado des aimés (et depuis trop absents) Foxygen - et que cela s'entend. Plus sûrement parce que Tyler Ballgame propose ici une collection de chansons pleine de goût : pop, rock, psyché, aux contours folk et aux accents soulful autant que seventies, chantés d'une bien belle voix (même si elle en fait un peu
trop parfois) pour un résultat délicieusement intemporel - le titre de l'album est à ce sujet un indice. Des douze morceaux de 'For The First Time, Again', on en relèvera particulièrement celui de clôture, Waiting So Long, smooth au possible, et surtout, Matter of Taste (en écoute aujourd'hui dans les playlists), tube évident, au chant engagé et qui déborde de hooks et de petits clins d’œil mélodiques.
Album : For The First Time, Again Année : 2026 Label :Rough Trade Records Acheter