En écoute aujourd'hui, Long Face People, chanson majeure de 'Year Of The Horse', le troisième de Cor de Lux, quartette originaire de Caroline du Nord et qui vient d'arriver chez Ipecac Recordings, le label de Mike Patton. Long Face People n'est pas la chanson la plus représentative de cet album entre post-punk, noise et éclats post-hardcore. Peut-être parce qu'elle était sortie en single il y a dix-huit mois de cela et qu'elle n'était alors que les prémices de 'Year Of The Horse'. Surtout parce qu'elle joue le chaud et le froid, posée avec sa basse profonde qui ouvre et mène la danse et dans le même temps pleine d'urgence avec le chant très punk de Dawn Moraga. Mais si elle est majeure, elle n'est en rien la seule réussite de 'Year Of The Horse', album tout à fait recommandable, qui ne manque pas de chansons, peut-être plus classiques dans leur écriture et leur exécution mais tout à fait efficaces (The Western, The Cringe).
Album : Year Of The Horse Année : 2026 Label : Ipecac Recordings
Il y a quasiment vingt ans, je terminais la chronique de 'Strength in Numbers' de Calla par ces mots : « Calla est un des (rares?) groupes dont on sait pertinemment que, dans vingt ans, on sera heureux de faire découvrir à ses enfants, en ressortant des cds ou des vinyles tout poussiéreux mais qui n'auront musicalement pas pris une ride ». A la relecture, c'est drôle, car cette phrase sonne comme un adieu à un groupe, alors que celui-ci n'avait pas encore annoncé se mettre en pause. Mieux, deux décennies plus tard, si aucun enfant n'est arrivé, la discographie de Calla n'a pris ni la poussière, ni une ride - pour ainsi dire, les années aidant, elle a même pris de l'épaisseur.
Vingt ans, c'est aussi le temps qu'il aura fallu au groupe mené par Aurelio Valle pour sortir de sa torpeur. Et après avoir annoncé leur retour en 2025, Calla vient de publier 'DeFacto', leur nouvel album, teasé à coups de nouveaux morceaux depuis plus d'un an. Et si le résultat est mitigé, avec ces chansons qui semble alterner entre vieilleries qui n'avaient pas passé le cut de leurs albums passés et nouvelles compositions moins inspirées, il y a de quoi s'enthousiasmer tout de même (Midnight Ride, en écoute aujourd'hui, Paralyzed, relecture de Stand Paralyzed de 'Strength in Numbers', Sneak Attack, Pick Your Battles). Alors oui, l'ensemble manque un peu de folie, mais la voix d'Aurelio Valle est toujours la même, et si leurs parties guitare/basse sont moins marquées (ou ont moins la part belle, c'est selon), elles restent leur marque de fabrique, toujours reconnaissables entre mille. Bref, Calla est de retour. Il serait idiot de vouloir bouder sa joie.
Album : DeFacto Année : 2026 Label : Nuevo Leon Recordings
Will Toledo commença son aventure Car Seat Headrest au fond de sa voiture, laquelle donna un nom à son projet, devint studio d'enregistrement de ses premiers albums qu'il publia à son compte avant d'être repéré et signé par Matador - avec le bonheur que l'on sait.
L'histoire de Asher White est un peu la même. Originaire de Evanston dans la banlieue de Chicago, elle n'a aujourd'hui que 25 ans et pourtant une discographie longue comme une artiste de 65 ans (sauf si vous êtes Aidan Baker ou Robert Pollard) : vingt-trois albums (certains sous le nom de melting wax body), dont les deux derniers sont sortis cette année, tous deux chez Joyful Noise, sa nouvelle maison. 'Jessica Pratt' en février, où, pochette comprise, elle revisite - très bien d'ailleurs - le tout premier album de Jessica Pratt. Et 'Love Aggregates' en aout dernier, sans doute moins réussi, qui se traine un peu en longueur, que quelques arrangements de cuivres essaient, sans grand succès, de relever, mais qui trouve une belle affirmation en plein cœur du disque, sur deux chansons, The eagle is no omen et Nightingale Version (Sailor's Moon) (en écoute aujourd'hui), bedroom pop de belle tenue, charmante au possible, qui n'est pas sans rappeler autant Man at War que We Are Catchers.
Album : Love Aggregates Année : 2026 Label : Joyful Noise Recordings
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Nightingale Version (Sailor's Moon) de Asher White est également en écoute ci-dessous :
Histoire de bien faire les choses, voilà The eagle is no omen, l'autre chanson tout à fait remarquable de 'Love Aggregates', le dernier album en date de Asher White :
Il y a d'un côté le nom du groupe, School Fair. De l'autre, le nom de son dernier album en date, 'Unexpected Violence'. Avouez qu'on ne pouvait pas faire mieux pour coller à l'actualité française du moment. School Fair donc. Un quatuor néo-zélandais, originaire de la ville de Dunedin (pour les passionnés de géographie, c'est au sud-est de l'île du sud), pas vraiment nouveau sur la scène down-under vu que 'Unexpected Violence' est déjà leur troisième album.
Un disque sorti au milieu du printemps dernier chez nous, mais en plein hiver chez eux, ce qui explique peut-être la pochette avec ce pull en laine - à laver à très haute température donc. Avec au programme, art-rock, noise rock, post-punk, élans grunge et disto, qui a beaucoup de Bar Italia en lui (et un peu de leurs parents éloignés Sonic Youth, version apaisée) avec ses belles guitares, sa jolie basse et son micro qui passe de l'un à l'autre. De la belle ouvrage dont on pourra ressortir pas mal de titres (Old Wound Open, Gussied Up) et dont le point d'orgue est sans conteste Nervous in the Service (en écoute aujourd'hui)
Album : Unexpected Violence Année : 2026 Label : Mutual Records
39'07". Trente-neuf minutes et sept secondes. Voilà la durée de The End of Forgetting, la chanson du jour, évidemment - et de très très (très) loin - la plus longue jamais publiée dans les pages de ce blog en quasiment vingt ans d'existence. 39'07", c'est beaucoup, surtout pour une playlist plus habituée à des titres de trois à cinq minutes, mais elle le mérite, car elle est grandiose, tout comme le disque qui l'entoure d'ailleurs.
Ce disque, c'est 'Newly Sentient Being', le tout dernier album live des Swans de Michael Gira. Cinq morceaux avec trois inédits (dont The End of Forgetting, en écoute aujourd'hui) et deux versions revisitées de The Merge ('Birthing' en 2025) et Paradise Is Mine ('The Beggar' en 2023), pour deux heures quarante de musique. Un live gargantuesque, impressionnant de puissance comme de justesse, et qui s'ouvre par The End of Forgetting (en écoute aujourd'hui), chanson à plusieurs phases, qui rappelle à bien des égards Godspeed You ! Black Emperor - à son meilleur - et qui est absolument phénoménale, renversante, prodigieuse, pharamineuse (je vous laisse le choix de l'adjectif).
Mais au-delà d'être un énième album live (le onzième) de Swans, 'Newly Sentient Being' est surtout l'épitaphe (ou le chant du cygne si vous aimez les bons mots) du groupe dans sa version actuelle, celle ouverte en 2010 avec la reformation et la publication de 'My Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky'. Mieux, ce que l'on entend sur 'Newly Sentient Being' est l'enregistrement de l'ultime concert donné par le groupe, le 28 novembre 2025 à Berlin. Où, comme le dit sacrément bien Gira lui même, « l'apothéose de 15 ans d'expressionnisme sonore cosmique, tour à tour céleste et dépravé, viscéral et transcendant ».
Quant à la suite, le taulier prévoit de se lancer dans des aventures plus sobres et plus intimistes. Si elles sont aussi passionnantes que celles des quinze dernières années, j'en suis. Swans est mort, vive Swans !
Album : Newly Sentient Being Année : 2026 Label : Young Gods Records