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mercredi 8 octobre 2014

[Track of The Day] NehruvianDoom - Great Things

Depuis combien de temps n'avais-je pas écouté un album sorti des usines de Lex Records ? Je ne me souviens même plus. Pourtant, Lex était un des labels de hip-hop les plus enthousiasmants qui soit à sa création, tout accroché qu'il était (au départ) à Warp Records.
Des albums remarquables (le 'Hope' des Non Prophets, le 'Sleep No More' de Dj Signify), essentiels (le 'Ghetto Pop Life' de Danger Mouse and Gemini, le Hymie's Basement) en passant par quelques singles épatant (ne serait ce que le New New York de Tes). Et puis... plus rien. Pour ainsi dire que je ne sais même plus pourquoi j'ai arrêté de les suivre (peut-être pour la même raison que j'ai considérablement réduit mes découvertes hip-hop) alors que j'ai gardé mon amour pour Stones Throw.

Bref, tout cela pour dire qu'en plus d'avoir lâché Lex Records, j'ai également un peu délaissé MF Doom, devenu avec le temps peu emballant dans des collaborations pas forcément dingues. Mais je continue à avoir toujours de l'affection pour ce gars, parce qu'il a du talent, parce que ses premiers albums sont toujours aussi formidables. Et parce que je ne désespère pas un jour de voir enfin paraitre un Madvillain II (à ce propos, il faut lire absolument l'excellent reportage de pitchfork sur l'album qui vient de fêter ses 10 ans "Searching for Tomorrow: The Story of Madlib and DOOM's Madvillainy").

D'ailleurs, celui-ci pourrait (notez le conditionnel) ne plus être très loin. La preuve avec son nouveau projet qu'il vient de sortir avec un jeune rappeur pas encore majeur, Bishop Nehru, sous le nom de NehruvianDoom (un grand classique chez lui : DOOMStarks, DangerDOOM, JJ DOOM, MaDOOM, et j'en oublie sûrement).

Pourquoi donc un peu d'espoir ? Parce que Madlib est impliqué sur au moins un morceau de cet album, même si l'ensemble est produit par MF Doom lui-même. Mieux, on parle d'une production de Madvillain. C'est peu mais déjà ça.

Quant à l'album 'NehruvianDoom' (à la pochette plus gentillette que ce à quoi nous a habitué MF Doom), il est très court (31 mns, 9 morceaux dont 1 intro), où Doom enchaîne les productions comme à la belle époque des 'Special Herbs' (d'aucuns parleront de sonorités resucées), avec des sons soignés (très jazzy et soul) et des samples de voix d'un autre âge qu'il a toujours affectionnés. C'est Bishop Nehru qui tient le micro quasiment tout du long et il est d'ailleurs plutôt convaincant avec une voix loin de celle d'un adolescent et un flow sûr de lui. Mais les meilleurs passages restent tout de même quand les deux rappent ensemble.

Aucune chance que ce disque vienne titiller la Sainte Trinité - solo - de MF Doom ('Operation: Doomsday', 'Vaudeville Villain' et 'Take Me to Your Leader') mais si l'ensemble est un peu trop bavard (les samples évoqués sont presque le troisième emcee de l'album) pour un disque de cette durée là, le tout tient la route, est plus que plaisant et s'avère finalement de meilleure facture à chaque nouvelle écoute grâce notamment à une très belle partie finale (dont ce Great Things en écoute aujourd'hui).

Album : NehruvianDOOM
Année : 2014
Label : Lex Records

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En plus de Great Things, trois autres morceaux en écoute. Attention, ces trois morceaux sont amputés des parties samples de la fin, d'où une durée bien moindre que sur l'album 'NehruvianDOOM'.

Commençons par Caskets où MF Doom contrôle la situation avant que Bishop Nehru finisse le travail sur une production dans une grande tradition Doom-ienne :




Puis Disastrous, produit par Madlib et fignolé par MF Doom :



Pour finir, OM où les voix se répondent plus qu'ailleurs sur l'album :


lundi 9 octobre 2023

Danger Mouse & Jemini - Born Again [Lex Records]

C'était il y a 20 ans. Lex Records était encore une entité de Warp Records - sa version hip-hop en quelques sortes, n'avait que deux ans d'existence et commençait à publier des albums après quelques 12" et autres Ep. Sûr de ses choix et de son ambition artistique, les londoniens avaient tout juste dans tout ce qu'ils sortaient et comment il le sortaient (ah, ces belles pochettes cartonnées, stylisées voire en relief pour certaines).

Ma découverte du label date de cette époque. Et de la publication de 'Ghetto Pop Life' de Danger Mouse & Jemini, disque parmi mes préférés dès qu'on parle de hip-hop, aux prod sûres, entre pop et beat, au flow excité et aux grandes chansons (la chanson titre et son intro, Born-A-Mc, The Only One, j'en passe et pas des moindres).

Vingt ans plus tard, et alors qu'on fête son anniversaire, Danger Mouse & Jemini viennent d'enfin donner une suite à 'Ghetto Pop Life'. Il était temps. Le disque s'appelle 'Born Again'. Et à son écoute, on dirait qu'il est d'époque : les prods sont dans la même lignée, le flow de Jemini n'a pas bougé d'un iota... Tout ici fait office de capsule temporelle qui nous ramène au mitan des années 2000. Comme si Danger Mouse et Jemini avait repris le travail sur l'ouvrage là où il l'avait laissé il y a deux décennies.

Après recherches, rien de surprenant à tout cela : il s'avère en fait que 'Born Again' a été enregistré dans la foulée de 'Ghetto Pop Life' à l'époque mais a fini dans un tiroir pour ne jamais sortir. Pourquoi ? Comment ? Pour d'obscures raisons lis-je ici et là. Mais aussi sans doute à cause du succès et de la controverse gigantesque qui a entouré la publication de 'The Grey Album' de Danger Mouse.

Vingt ans plus tard, c'est chose faite. Et cela valait le coup d'attendre et de l'entendre. Dans la droite lignée de son prédécesseur, 'Born Again' enfonce le clou et voit Danger Mouse ciseler quelques productions pas piqués des verts (Brooklyn Bazquiat, World Music, la simplicité d'All I) et où on sent parfois l'influence de MF Doom ou Madlib, prod sur lesquelles Jemini vient poser ses mots et son flow, tantôt calme tantôt frénétique, mais toujours juste.

Et Lex Records, dans tout ça ? Vingt-deux ans après sa création, ils sont toujours là. Je les ai perdus de vue, les retrouve à l'occasion. Mais ils restent responsables de certains de mes plus grands émois hip-hop (ah, cette soirée à Mains d’Oeuvres avec une partie du roster au printemps 2004...).
D'un point de vue plus global, ils auront longtemps eu une discographie impeccable, pleine d'albums (le 'Hope' des Non-Prophets de Sage Francis, les uniques albums d'Hymie's Basement et de Shape of Broad Minds, le premier Subtle), de singles (Thou Shalt Always Kill de Dan Le Sac vs Scroobius Pip, un des meilleurs des années 2000, le New New York de Tes) et/ou d'artistes (Fog, Prince Po, Boom Bip, Dj Signify, DangerDoom) remarquables. Une liste dans laquelle n'aurait eu aucun mal à s'insérer 'Born Again' à l'époque. Disque brillant, inconnu jusque-là, mais qui n'a pas pris une ride. (Sortie : 25 août 2023)

Plus :
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est à l'achat sur leur bandcamp
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est à l'achat sur leur bandcamp
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est également en streaming et à l'achat un peu partout


Trois morceaux extraits de 'Born Again' de Danger Mouse & Jemini. A tout seigneur tout honneur, All I, le morceau qui ouvre l'album
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Brooklyn Bazquiat, sans doute le tube du disque. Et enfin World Music

jeudi 5 février 2009

Dj Signify – Of Cities [Bully]

En 2003 était un label de hip-hop qui s’appelait Lex Records, sorti de la cuisse de Warp et responsable de certains des grands chef-d’œuvres du genre cette année là: le ‘Hope’ des Non-Prophets, le ‘Ghetto Pop Life’ de Danger Mouse and Jemini et le premier (et unique) album des Hymie’s Basement.

En 2004, le label ne lésine pas sur les efforts et sort coup sur coup ‘A New White’ de Subtle et surtout ‘Sleep No More’ de Dj Signify. Un disque essentiel d’abstrackt hip-hop, très sombre, assez minimal, aux beats percutants et aux featurings de qualité (Buck 65 et Sage Francis, parfaits tous les deux).

Depuis octobre de cette année là, rien de bien consistant à se mettre sous la langue de la part du producteur new-yorkais. Jusqu’à ce que ‘Of Cities’ vienne nous rappeler son existence.

Entre 2004 et 2009, Dj Signify a quitté Lex pour signer chez Bully Records, une structure qui avait déjà accueillie quelques unes de ses rares sorties. Seul changement notable. Car notre homme est resté fidèle au son qu’il aime et à ce qu’il sait faire.
On pourrait lui en faire le reproche. Tenter de lui faire comprendre que le monde a évolué, que beaucoup se sont engouffrés dans la brèche que lui (et d’autres avant lui aussi) avaient ouvertes et qu’il n’est en rien novateur. Sauf qu’on ne le fera pas.

‘Of Cities’ n’est certainement pas aussi bon que ‘Sleep No More’ - de toutes façons, il n’a pas cette prétention là. Mais ‘Of Cities’ reste un bon disque. Les ambiances sont toujours aussi sombres mais planantes, pesantes mais évasives. Et les featurings de grande classe. Cette fois, Signify invite Aesop Rock à prendre le micro et lui pond deux titres sur mesure: un Low Tide (voir plus bas) aux beats destructeurs et un Sink or Swim, réglé comme une horloge par une rythmique lourde et une production d'orfèvre.

Le reste ? Hormis six interludes assez quelconques (on ne le dira jamais assez : les interludes sont la plaie du hip-hop), tout tient franchement la route. La musique de Dj Signify y est minimale, au tempo lent voire carrément oppressant par moment.

En 2004, ‘Of Cities’ aurait fait un malheur. En 2009, il reste un bon disque de producteur. Ce qui n'est déjà pas rien. Cet album prouve aussi deux choses: que Dj Signify est un mec bourré de talent, qui, en cinq ans, n’a rien perdu de son doigté pour ciseler et travailler à la perfection chaque piste et chaque prod (au casque, l’écoute est un régal). Et qu'il aurait du revenir bien plus tôt. (sortie: 20 janvier 2009)


Son :
Myspace (Un titre de ‘Of Cities’ en écoute)
Site officiel

Et deux titres en écoute. Un Low Tide percutant – avec Aesop Rock au micro – et un 1993, aux faux-airs de déjà-vu (malheureusement plus en écoute).