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mardi 8 décembre 2020

Chronophage - Th'pig'kiss'd Album [Soft Office / Cleta Patra]

Ne vous fiez pas au nom. Non, Chronophage ne va ni vous demander beaucoup de temps, ni vous en faire perdre. Plutôt l’inverse même. Tout d'abord parce que 'Th'pig'kiss'd Album', leur dernier album en date, ne fait que trente minutes - ce qui est tout de même cinq de plus que le précédent ('Prolog For Tomorrow' en 2018) et plus d’une dizaine que leurs tous premiers enregistrements. Ensuite parce qu’avec 'Th'pig'kiss'd Album', Chronophage devrait conquérir les cœurs de tout amateur de jangle-pop lorgnant vers un certain post-punk et s'établir, si on lui en laisse le temps, comme un des disques les plus réussis de 2020.

Venu d'Austin au Texas et signé sur Cleta Patra Records, un label du Minnesota, Chronophage est un quatuor mené par Parker Allen et Sarah Beames, qui a la guitare et le DIY chevillés au corps. Repéré par François Salvador, Chronophage est surtout une trouvaille de Lewsberg qui les a signés sur Soft Office, le label créé par quelques uns de ses membres au début de l'année ; et dont 'Th'pig'kiss'd Album' est la toute première sortie. Une sortie européenne « à l'ancienne » même, vu qu’à l’instar d’une habitude ayant plutôt cours au début des années 60, sa version EU/UK a un tracklisting différent de sa version US. Rien de bien fondamental au final (seules deux chansons ont été changées de place), mais on pourra toutefois préférer la version américaine et son Siren Faraway d'ouverture qui fait démarrer l'album pied au plancher et embarquer son monde.

Mais convenons-en : ce changement ne remet en rien en cause la qualité intrinsèque de ce disque, qui fleure bon la jangle-pop, le doityourself non-feint, le post-punk déguindé, les jam réjouissantes, les balades tuantes, bluesy et torturées et les guitares sautillantes. Moins brut que son prédécesseur, d'une efficacité folle, aux chansons regorgeant de détails, plein de petites imperfections savoureuses et porté par un duo vocal tout en un déséquilibre charmant, Chronophage sort avec 'Th'pig'kiss'd Album' un disque aussi épatant qu'addictif, très bien écrit et à l'élégance folle. Vous avez dit album de l'année ? (Sortie : 13 novembre 2020)

Plus :
'Th'pig'kiss'd Album' de Chronophage est en écoute et à l’achat sur leur bandcamp
'Th'pig'kiss'd Album' de Chronophage est en écoute et à l’achat sur le bandcamp de Soft Office
'Th'pig'kiss'd Album' de Chronophage est en écoute et à l’achat sur le bandcamp de Cleta Patra Records
'Th'pig'kiss'd Album' de Chronophage est notamment en écoute sur Spotify et Deezer

Trois titres en écoute de 'Th'pig'kiss'd Album' de Chronophage. Siren Faraway, la chanson d'ouverture de la version US (avant dernier morceau de la version EU/UK), évidente mise en bouche (en écoute également dans les playlists Spotify et Deezer). Puis Any Junkyard Dreams et son petit côté Sonic Youth. Enfin, la balade bluesy merveilleuse Animated Rose :


Pour finir, voilà le clip de deux chansons de 'Th'pig'kiss'd Album' de Chronophage : Any Junkyard Dreams et Abzurdity :


 


vendredi 13 novembre 2020

Lewsberg - In This House [-]

Bon an, mal an, on va finir par arriver à mettre un terme à cette année confuse, irritante, déprimante et plutôt insupportable. Encore sept longues semaines et on y sera. Évidemment, remplacer un « 0 » par un « 1 » ne changera sans doute pas grand chose à notre quotidien, mais au moins psychologiquement, cela sera un - bon - début.

Et en cette fin d'année qui s'annonce, à l'heure où il faudra oublier les malheurs et se souvenir des belles choses, on fera attention de ne pas oublier de mettre dans la colonne « positif » 'In This House', le second album de Lewsberg, quatuor parmi les plus épatants de ces dernières années.

Pourquoi ce rappel ? Car ce disque est sorti au début du printemps dernier et qu'il faut le (re)mettre à l'honneur à l'heure où les bilans annuels vont tomber, tant sa beauté ne se dément pas, huit mois après. Plus équilibré (ou homogène c'est selon) que son prédécesseur 'Lewsberg' (pourtant une formidable mise en bouche), la jangle-pop des néerlandais, leur art-rock, leur post-punk faussement léger ou leurs percées noise langoureuses fonctionnent comme une drogue. Il y a ici une mélancolie capitonnée par une production un peu sourde qui sied parfaitement à l'ensemble - et qui n'empêche pas les guitares de briller -, des mélodies répétitives et une voix qui danse tantôt avec elles, tantôt en faisant un pas de côté.

Si les fantômes - évidents - du Velvet Underground (et de Lou Reed) ou de Television ne sont jamais très loin, si l'on jurerait que Nico est parfois sur le point de débarquer (At Lunch lui aurait été comme un gant), difficile aussi de ne pas entendre dans les chansons des Lewsberg un peu de Belle & Sebastian des débuts ou la morgue de Parquet Courts assagis. Beaucoup de choses d'hier et d'aujourd'hui donc, histoire de prouver qu''In This House' n'est pas un disque du passé. Mais plutôt d'un autre temps. Un pied là-bas, un pied ici et le reste plus loin, comme ailleurs. Finalement inclassable et sans doute indémodable pour un moment. (Sortie : 27 mars 2020)

Plus :
'In This House' de Lewsberg est à l'écoute sur leur page bandcamp
'In This House' de Lewsberg est à l'achat sur leur page bandcamp
'In This House' de Lewsberg est à l'écoute sur, notamment, Deezer et Spotify

 

Trois chansons de 'In This House' de Lewsberg en écoute aujourd'hui. Ouvrons le bal avec Cold Light of Day (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et Qobuz). Continuons avec Through The Garden (single qui vient de sortir en 45-tours), chanson la plus énergique de 'In This House'. Et fermons le tout avec The Door, et son noise langoureux :



Deux clips tirés de 'In This House' de Lewsberg, At Lunch et From Never to Once :


mercredi 11 novembre 2020

Ethan P. Flynn - B-Sides & Rarities: Volume 1 [Young Turks]

Dans une industrie musicale qui n'aime rien de plus que de regarder dans le rétro en rééditant des albums - pas toujours majeurs - en les entourant de démos, de face-B et autres prestations live (plus ou moins) abouties, laissez moi vous présenter Ethan P. Flynn, 21 ans au compteur et qui vient de sortir 'B-Sides & Rarities : Volume 1'. Mais, à la différence de la mode en vigueur, il semble que notre jeune anglais est plus dans le pied de nez qu'autre chose. Car de raretés ou de face-B il ne sera pas question ici vu que ce disque, bien qu'une compilation de chansons écrites par Ethan P. Flynn entre 2015 et 2018, est avant tout son premier album, tant l'homogénéité y est grande.

S'il a su attirer quelques premiers regards avec une première mouture de ce disque en 2019 (7 titres seulement contre 10 ici et un tracklisting différent), c'est (sans doute ?) suite à sa participation à l'album de FKA Twigs l'an passé (il a co-écrit le titre Home With You avec l'anglaise sur 'Magdalene') qu'il a suscité l'intérêt de Young Turks Recordings (FKA Twigs donc, mais aussi Kamasi Washington, Holy Fuck et autres XX) qui publie donc ce 'B-Sides & Rarities : Volume 1'.

Un disque tout à fait épatant, superbement produit et joliment arrangé, un melting-pop attachant et de guingois, plein de sonorités électroniques et r'n'b, d'arrivées musicales impromptues, de clappings et de chœurs. Pas avare de balades mélancoliques tuantes, le tout est chanté d'une voix que d'aucuns diront qu'elle en fait parfois un peu trop, mais qui est belle, pleine de nuance et surtout à l'unisson de ses chansons.

Rappelant par moment Get Well Soon (ou une version 2.0), rapidement addictif, 'B-Sides & Rarities: Volume 1' est un disque tout à fait admirable,  qui révèle un sacré compositeur/arrangeur/producteur. Et qui fait nous interroger : et si la démarche d'Ethan P. Flynn était sincère et qu'il considérait vraiment que ces 10 chansons étaient loin d'être ses meilleures ? (Sortie : 10 septembre 2020)

Plus :
'B-Sides & Rarities: Volume 1' d'Ethan P. Flynn est à l'écoute sur sa page bandcamp
'B-Sides & Rarities: Volume 1' d'Ethan P. Flynn est à l'achat sur sa page bandcamp
'B-Sides & Rarities: Volume 1' d'Ethan P. Flynn est également en écoute chez Deezer et Spotify


Trois chansons de 'B-Sides & Rarities: Volume 1' d'Ethan P. Flynn sont en écoute aujourd'hui. Are You Doing This to Hurt Me (en écoute dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et Qobuz) qui ouvre l'album. Puis le sublime It's Only Me. Et l'onirique Everybody's Dying to Meet You pour finir :





 
Trois clips tirés de 'B-Sides & Rarities: Volume 1' d'Ethan P. Flynn : Are You Doing This to Hurt Me, What You Do to Me et Everybody's Dying to Meet You :





lundi 26 octobre 2020

The Luxembourg Signal - The Long Now [Shelflife Records/Spinout Nuggets]

Immense découverte de 2017 via le single tonitruant Laura Palmer (accessoirement chanson de l'année dans ces pages), les américains de The Luxembourg Signal continuent leurs aventures discographiques avec un troisième album sorti vendredi dernier, 'The Long Now'. Et ne tortillons pas, il est quelques coudées au-dessus de 'Blue Field', pourtant pas le plus mauvais des disques, loin de là.

Ici, pas de single au-dessus de la mêlée et qu'on pourrait extraire pour la bonne bouche. Plutôt un ensemble ultra-cohérent mêlant dream-pop, indie-rock et shoegaze. Les guitares sur 'The Long Now' sont formidables et surtout le fil d'Ariane du disque. Elles apparaissent discrètement sur la fin de la chanson d'ouverture I Never Want To Leave, pour prendre au fur et à mesure une importance toujours plus grande avant de devenir maitresses des horloges sur la fin, soutenant et déchirant les mélodies de riffs puissants, salvateurs et irrésistibles. Des mélodies d'ailleurs toutes plus belles et mémorables que les autres, chaque chanson faisant mouche à chaque fois et sur lesquelles The Luxembourg Signal apportent de temps à autre un je ne sais quoi d'emo, histoire de leur donner une touche mélancolique.

Porté par une production très réussie, ample comme il faut pour permettre aux chansons de prendre la place dont elles ont besoin, 'The Long Now' est un disque où tout est là où il devrait être. Où les voix de Beth Arzy (revenue, un temps, de son escapade avec Jetstream Pony avec qui elle a sorti le premier album en mai dernier) et Betsy Moyer sont d'une beauté planante. Où les guitares de Johnny Joyner et Kelly Davis se superposent pour mieux enflammer les cœurs. Où la batterie de Brian Espinosa gère le tempo avec perfection, tout en sachant se montrer incisive. Où les nappes de claviers de Ginny Pitchford donnent une ambiance encore plus rêveuse. Et où la basse de Daniel Kumiega soutient l'ensemble.

'The Long Now' est un disque lumineux de la part de The Luxembourg Signal, à l'instar de sa pochette et de son halo de néon - dans la continuité de ses devancières. Un album immédiat et qui tient la distance, aux grands espaces, gorgé de mélodies d'où s'échappent souvent une douce mélancolie, pleine de guitare. (Sortie : 23 octobre 2020)

Plus :
'The Long Now' de The Luxembourg Signal est en écoute sur leur page bandcamp
'The Long Now' de The Luxembourg Signal est à l'achat sur leur page bandcamp
'The Long Now' de The Luxembourg Signal est également en écoute sur Deezer et Spotify (notamment)

Trois morceaux de 'The Long Now' de The Luxembourg Signal en écoute aujourd'hui. The Morning After (également en écoute dans les playlists Spotify, Deezer, Youtube et Qobuz), une chanson qui résume assez bien ce qu'est la musique de The Luxembourg Signal. Puis le pétaradant Ramblin' Rodriguez. Et enfin When All That We Hold Decays, nappée et mélancolique à souhait :





Deux clips de 'The Long Now' de The Luxembourg Signal : Mourning Mourn et 2:22 :

  

 

lundi 12 octobre 2020

Will Butler - Generations [Merge]

La sortie de 'Policy' en 2015 m’avait surpris. Sur une belle pochette blanche, un visage. Et quel visage ! Une figure de l’indie-rock du XXIè siècle. Au milieu, on pouvait lire le nom de l’artiste : Will Butler. Surprise. Confusion même. « Hé ho les mecs de la direction artistique, vous vous êtes plantés, c’est Win, avec un N. Ho, les gars du marketing, jamais vous pensez à vérifier le produit fini ? Franchement, ça la fout mal. Le mec est tout de même connu, ne sort pas de nulle part. Faites gaffe merde. Non, mais je vous jure, ces stagiaires » (oui ce sont toujours les stagiaires qui prennent, alors qu’ils n’y sont jamais pour rien).

Sauf que non, évidemment. Il s’agissait bien de Will, avec deux « L ». Comme « le frère de Win ». Ou « l’homme touche à tout d’Arcade Fire », l’hyperactif du groupe, toujours à sauter dans tous les sens sur scène, à passer du xylophone à la guitare, du synthé à la basse. Et le sosie (physique et vocal) du leader du groupe de Montréal - forcément, c’est la famille.

Will Butler s’était donc lancé avant son aîné dans une aventure solo ; d’ailleurs, et c’est à noter, quasiment tous les membres d’Arcade Fire sont partis s’amuser ailleurs pour mieux revenir au vaisseau mère à chaque fois qu’on avait besoin d’eux. Tous sauf les deux têtes de proue du groupe, Win Butler et Régine Chassagne. 

Mais ne digressons pas trop. 'Policy' en 2015 arrive par surprise et fait le boulot. Un joli disque, pas totalement abouti, mais avec de vraies promesses, une grande sincérité et une urgence très appréciable. Cinq ans plus tard, Will Butler est de retour. Son visage n’orne pas la pochette de son deuxième album. Peut-être pour éviter la confusion, ses nom et prénom s'en chargeant bien tous seuls.

Et c’est peu de dire qu’il transforme les espoirs de 'Policy' en certitude. Car 'Generations' fait partie de ces disques qui vous prennent le tympan pour ne plus le lâcher. Dix titres, 44 mns, très bien construit, où les styles s’entrechoquent, se bousculent et s’unissent au son de mélodies emballantes. Il y a ici de la bluette pop à chanter à tue-tête (sublime Surrender), du synthé en pagaille (Outta Here, Hard Times, Promised et j’en passe), un titre renversant d’indie-rock (Bethlehem), des nappes profondes (Hide It Away), des morceaux qu’on dirait tout droit sortis des années 70 (Not Gonna Die, ce rythme, ce piano, cette production) et même des chansons aux faux-airs de cabaret (Fine, consacré à Georges Washington, qui ferme l’affaire). 

Si sur 'Policy', Will Butler s'éloignait de l'auguste groupe qui l'a fait star, s'il y a un peu de Bowie ici et là, difficile surtout de ne pas sentir ici l'influence d'Arcade Fire, qui infuse régulièrement dans ce 'Generations' : dans la construction des morceaux, dans ces chœurs qu’on dirait menés par Régine (ce n’est pas le cas), dans ces mélodies. Mais Will Butler s'affranchit de tout cela, s'inspire, analyse, ingère mais ne recrache pas bêtement. S'émancipe pour mieux créer son propre univers, tracer son propre chemin. Et il le fait en composant un grand disque pop, efficace comme jamais, qui malgré quelques moments calmes semble toujours vouloir aller plus vite, plus loin, plus fort et qui, en plus de respirer le plaisir et la sincérité, a les deux pieds bien ancrés dans son époque. 'Generations' ou un album fulgurant. (Sortie : 25 septembre 2020)

Plus :
'Generations' de Will Butler est en écoute sur sa page bandcamp
'Generations' de Will Butler est à l'achat sur sa page bandcamp
'Generations' de Will Butler est également en écoute (notamment) sur Deezer et Spotify
 

Trois chansons de 'Generations' de Will Butler en écoute aujourd'hui. Tout d'abord le pop jusqu'au bout des ongles Surrender et ses chœurs parfaits (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Youtube et Qobuz). Puis Bethlehem, autre tube imparable de 'Generations'. Et enfin Hard Times :

 




 

Trois singles sont tirés de 'Generations' de Will Butler. Et trois clips, que voilà. Avec dans l'ordre d'apparition : Surrender, Close My Eyes et Bethlehem :

 

Et pour bien finir, La Blogothèque a consacré un 'Take Away Show' à Will Butler il y a quelques semaines, pour la sortie de 'Generations' :

 


lundi 22 juin 2020

Cold Beat - Mother [DFA]

Fondé - notamment - par James Murphy et label phare des années 2000, porté au pinacle par LCD Soundsytem, Hot Chip ou The Rapture, DFA est depuis rentré dans le rang. Le label existe toujours mais ses sorties font moins de bruits et n'affolent plus les magazines. Pourtant, certaines de leurs sorties méritent franchement le détour. 'Mother' de Cold Beat est de celles-ci.

Il n'est pas dit que le cinquième album de ce groupe de San Francisco change la donne pour DFA. Alors qu'il a tout pour. Première sortie pour le label new-yorkais, 'Mother' est même un disque en forme de renaissance pour Cold Beat, ceux-ci expliquant qu'« à bien des égards, cet album est comme notre premier ».

Construit autour de la grossesse de la chanteuse Hannah Lew (qui signe tous les textes), il est autant question ici de la peur d'enfanter dans un monde se dirigeant droit dans le gouffre que de la joie et de l'espoir qu'une naissance peut porter. Un album impeccable, sans temps mort - ou ne serait-ce que faible -, à la construction maligne et à la grande homogénéité, où guitares post-punk et shoegaze se confrontent à des sonorités synthétiques et à la voix belle et pure d'Hannah Lew.

Il y a d'abord cette face-A où Cold Beat étale une synth-pop délectable et très mélodieuse. 'Mother' s'ouvre par un court Smoke, dont la mélodie et la voix robotique donnent le ton et happent l'auditeur, avant que les titres mélancoliques et forts s'enchaînent, de Prism, qui sonne comme du Arcade Fire de 1983, à Pearls, et ses motifs presque kitsch mais à l'efficacité folle, en passant par la délicieuse Paper ; avant que Gloves ne fasse le lien avec la suite.

Car la face-B de 'Mother' change de braquet. Peut-être moins mélodieuse, elle n'en reste pas moins savoureuse. Cold Beat prend ici un virage new-wave (Double Sided Mirror), dark-wave (Mother), électronique (Through) ou lap-pop (Flat Earth), et compose Crimes, sublime titre indie-pop eighties comme on en fait plus - ou alors trop rarement.

Parcouru de fulgurances tout en restant cohérent tout du long, 'Mother' est un remarquable album, aux influences digérées et pas bêtement recrachées, aux compositions délicieuses et qui voit Cold Beat s'inscrire totalement dans l'ADN de DFA Records. Dans le très haut du panier 2020. (Sortie : 28 février 2020)

Plus :
'Mother' de Cold Beat est en écoute sur le bandcamp du groupe
'Mother' de Cold Beat est à l'achat sur le bandcamp du groupe
'Mother' de Cold Beat est notamment en écoute sur Spotify et Deezer

Trois chansons de 'Mother' de Cold Beat en écoute. Pearl, sa rythmique synthétique et sa progression très efficace (également en écoute dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et Qobuz). Puis le sublime Crimes, chanson pop aux accents shoegaze. Et enfin Prism et son côté Arcade Fire 80s.






Cold Beat a sorti jusque là deux singles de 'Mother' : Prism, Double Sided Mirror et Flat Earth. A découvrir ci-dessous :





mardi 16 juin 2020

Sondre Lerche - Patience [PLZ]

Sondre Lerche et moi avons une relation compliquée. Non pas que le bonhomme n'a pas de talent ou qu'il ne m'a jamais intéressé. Mais ma rencontre avec lui n'a pas été source de joie, littéralement à mon corps défendant.

Quant en 2001 sort le premier album de Sondre Lerche, celui-ci a 19 ans. Le disque s'appelle 'Faces Down' et la chronique de Rock & Folk me pousse à l'acheter - ah, douce époque où on achetait un disque sur la foi d'un critique qui avait comme parole d'évangile dans nos yeux.

'Faces Down' était un bel album, Sondre Lerche y chantait bien, ses chansons étaient accrocheuses. Sauf que son écoute me mettait mal à l'aise. Mais pas par ses paroles ou les thèmes qu'elles abordaient. Non. Ce disque me mettait physiquement mal à l'aise. Comme si ses mélodies provoquaient une réaction chimique chez moi qui me faisait me sentir mal. Comme si les suites d'accords qu'il faisait sonner déplaisait à mon corps, à mon sang, à mon cerveau. Incroyable et très désagréable sensation contre laquelle je ne pouvais - et ne peux toujours - rien. A tel point que j'avais arrêté de suivre - ou si peu - les aventures discographiques du jeune norvégien.

Il y a quelques jours, j'ai appris que Sondre Lerche continuait à officier et qu'il venait de sortir son douzième album (le dixième studio), le sobrement intitulé 'Patience'. La fin d'une trilogie en "P" si j'ai bien compris, après 'Please' et 'Pleasure'. Indécis et sur la défensive, ces retrouvailles sans rendez-vous se sont finalement avérées plus que jubilatoires. Aucun malaise à l'écoute de ce disque, aucun sang qui bouillonne et pas de cerveau qui vous intime l'ordre d'arrêter l'écoute. Alternant chansons douces aux ambiances mélancoliques (I Love You Because It's True), titres enlevés et synthétiques (That's All There Is), presque bossa (Why Did I Write The Book of Love), rappelant jeremy messersmith sur bien des chansons (You Are Not Who I Thought I Was, I Can't See Myself Without You), 'Patience' est une grande réussite, à l'agencement intelligent, où les mélodies font mouche.

Porté par Why Would I Let You Go, chanson merveilleusement ouvragée et qu'il est difficile de ne pas écouter en boucle, ce disque de Sondre Lerche, avec l'amour et ses aléas comme thème principal, est un très bel album de pop sophistiquée, de mélodies lumineuses, d'arrangements léchés et travaillés. Il m'aura fallu 19 ans pour apprécier comme il se doit un disque de sa part. L'attente valait le coup. (Sortie : 5 juin 2020)

Plus :
'Patience' de Sondre Lerche est en écoute sur sa page bandcamp
'Patience' de Sondre Lerche est à l'achat sur sa page bandcamp
'Patience' de Sondre Lerche est notamment à l'écoute sur Spotify et Deezer

Trois morceaux de 'Patience' de Sondre Lerche en écoute aujourd'hui. A tout seigneur tout honneur, commençons par la très belle Why Would I Let You Go (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et Qobuz), sublime composition et apogée du disque. Puis l'entrainant I Can't See Myself Without You. Et puis Are We Alone Now et son clavecin :




Pour finir, deux clips tirés de 'Patience' de Sondre Lerche, That's All There Is et Why Would I Let You Go :




vendredi 12 juin 2020

Caleb Landry Jones - The Mother Stone [Sacred Bones]

Pour ceux qui ne seraient pas, comme moi, des cinéphiles assidus, sachez que Caleb Landry Jones n’est pas un inconnu et ne sort pas de nulle part. Il n’est peut-être pas (encore ?) l’acteur le plus connu des plateaux de cinéma, mais sa filmographie compte quelques films, si ce n'est majeurs, au moins remarqués : des apparitions dans 'No Country For Old Men' des frères Coen ou 'The Social Network' de David Fincher, et des rôles plus importants dans 'Three Billboards', 'Get Out', 'The Florida Project', la troisième saison de 'Twin Peaks' ou encore 'X-Men : Le Commencement'. En 2019, il tourne dans 'The Dead Don’t Lie' de Jim Jarmusch. Et cette rencontre va s’avérer décisive dans la production du disque dont il est question aujourd’hui, 'The Mother Stone'.

C’est lui qui va mettre en relation le jeune texan de 30 ans et le label new-yorkais Sacred Bones. Une maison de disque défricheuse, à la discographie de haute volée et qui ne fait pas dans la compromission. Et où 'The Mother Stone' de Caleb Landry Jones trouve toute sa place.

Car le résultat est déroutant. Une œuvre gargantuesque, dérangée, déjantée, mais qui ne lâche jamais son fil d’Ariane mélodique. Si tout est ici extravaguant, rien n’est expérimental. 'The Mother Stone' est un disque pop et de folk, de rock, de psychédélisme et de glam, fait de rupture, d’orchestrations travaillées, de refrains alambiqués, de chants extatiques et de cris perturbés. Caleb Landry Jones y conte (et en bon acteur, y joue) des histoires cryptiques, difficiles à suivre, sans doute celles d’un homme seul, faites de souvenirs, de choix regrettés, de digressions impromptues et de désespoirs éternels.

Ici, on entend tour à tour les Beatles (référence mélodique évidente et revendiquée), Syd Barrett, les Foxygen de 'Hang' ou Joanna Newsom dans cette façon d’agréger ses chansons, de faire vivre ses longues mélopées, et de raconter des histoires, fussent-elles torturées et difficilement compréhensibles. Et plus que Jim Jarmusch, 'The Mother Stone' est une sorte de version musicale de 'Mulholland Drive' de David Lynch, un disque où rien n’est totalement vrai, où tout est partiellement faux et où Caleb Landry Jones emmène l’auditeur dans des recoins pas aussi reluisants que veut le faire croire sa musique.

'The Mother Stone' est un disque impressionnant dans sa capacité autant à émouvoir qu’à intriguer. Une sorte de balade dans le Desolation Row de Bob Dylan : un monde (de) freak, des histoires banales mais tristes, des peines qu’on arrive pas à dépasser. Et au-dessus de tout cela, une musique baroque, chaotique, qui exagère parfois autant qu’elle prend son temps pour distiller ses mélodies. De la grandeur et beaucoup de décadence en somme. (Sortie : 1er mai 2020)

Plus :
'The Mother Stone' de Caleb Landry Jones est en écoute sur son bandcamp
'The Mother Stone' de Caleb Landry Jones est à l'achat sur son bandcamp
'The Mother Stone' de Caleb Landry Jones est également en écoute chez, notamment, Spotify et Deezer

Trois chansons de 'The Mother Stone' de Caleb Landry Jones en écoute aujourd'hui : I Did Your Dog (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Youtube et Qobuz). Puis I Want to Love You et You're So Wonderfull, deux chansons baroques à souhait :






Le clip de Flag Day / The Mother Stone, premier « single » tiré de 'The Mother Stone' de Caleb Landry Jones :


Pour finir, le court-métrage de Jacqueline Castel, autour de 'The Mother Stone' de Caleb Landry Jones :



vendredi 10 avril 2020

Kiwi Jr. - Football Money [Mint Records / Persona Non Grata]

Demain nous serons le samedi 11 avril 2020. Nous fêterons alors les 25 ans de 'Wowee Zowee', troisième chef d’œuvre consécutif de Pavement, chose loin d'être anodine, surtout lorsque l'on vient de publier 'Slanted & Enchanted' et 'Crooked Rain, Crooked Rain'.

Autre évènement : aujourd'hui sort 'The New Abnormal', le sixième album de The Strokes, groupe qui m'a perdu depuis très longtemps mais dont il faut reconnaitre l'aura, toujours aussi intacte 20 ans après.

Pourquoi parler de ces deux groupes en ouverture de ce papier ? Parce qu'autant Pavement que The Strokes (mais aussi Parquet Courts voire REM, entre autres) sont au cœur de 'Football Money', premier album de Kiwi Jr., groupe, comme son nom ne l'indique pas, canadien et au sein duquel figure Brian Murphy d'Alvvays. Un disque sorti l'an passé chez Mint Records et qui connaît un écho plus mondial avec sa ressortie début janvier chez Persona Non Grata. Une bonne chose qui d'une part m'aura permis de découvrir le disque, et qui surtout lui aura donné une nouvelle - et meilleure ? - exposition, qu'il mérite amplement.

Il y a sur 'Football Money', en dix titres et 27 mns, tout ce que l'indie-rock et l'indie-pop, qu'elle soit power ou jangle, ont de meilleur : des hymnes à fredonner, des mélodies qui accrochent l'oreille, de l'énergie à revendre, des couplets épatants, des refrains qui le sont doublement, des arrivées impromptues de gimmick qui font repartir chaque chanson encore plus haut. Et puis il y a ces paroles ubuesques, délirantes et brillantes, cyniques et sarcastiques, avec ses références à la pop culture (sans que cela soit forcé), avec un vers d'ouverture drôle, qui donne le ton de l'album (« When the SS crashed the party, my favorite band was setting up onstage») et qui n'est pas sans rappeler les premiers mots de We Dance sur 'Wowee Zowee' (« There is no castration fear »).

'Football Money' est en tout cas un disque plein de personnalité, aussi concis qu'efficace, échevelé et fun, réussi et marquant, autant par la qualité de ses chansons et de ses mélodies que par le côté branleur qui s'en dégage. Et à son écoute, je ne peux m'empêcher de penser qu'avec lui, Kiwi Jr. vient sortir le disque que rêvait d'écrire Stephen Malkmus à la séparation de Pavement. (Sortie : 29 mars 2019 / 17 janvier 2020)

Plus :
'Football Money' de Kiwi Jr est en écoute sur la page bandcamp du groupe
'Football Money' de Kiwi Jr est à l'achat sur la page bandcamp du groupe
'Football Money' de Kiwi Jr est également en écoute sur Spotify et Deezer (notamment)

Trois chansons en écoute de 'Football Money' de Kiwi Jr. Gimme More et son shot de pop culture pour débuter (en écoute dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Murder in the Cathedral (qui ouvre l'album). Et Swimming Pool où les Kiwi Jr. rendent un hommage à Brian Jones :





Trois clips ont été produits pour ce 'Football Money' de Kiwi Jr : Gimme More, Salary Man et Leslie :





lundi 6 avril 2020

Bambara - Stray [Wharf Cat Records]

Le 14 février dernier, alors que les bouquets de fleurs, les boîtes de chocolats, les bracelets plaqués argent et autres pendentifs de cœurs entrelacés encombraient les tables de restaurants alors pris d'assaut par de jeunes couples transis, le groupe originaire de Brooklyn, Bambara, sortait son cinquième album, simplement appelé 'Stray'. Et mettait l'horreur à l'honneur, en 43 mns et 10 chansons.

Car ici, il n'est pas question d'amoureux en goguette, de bluette acidulée ou de cœurs brisés. Non. La mort rôde, la méchanceté la dispute au meurtre, la violence se bat avec le besoin de tuer et de collectionner les dents en or de ses victimes. Rien de moins. 'Stray' est une sorte de roman de 10 chapitres où le diable ne semble jamais très loin, racontant l'histoire de différents personnages, tous liés d'une façon ou d'une autre (mais souvent dans leur mort) à Death, le protagoniste principal qui porte bien son nom et ne semble vivre que pour tuer. Un homme dérangé, aux « two big pale eyes », au pouvoir magnétique (Death Croons) et qui sait attendre son heure pour ajouter une victime à son tableau de chasse (Machete).

Pour habiller ces histoires, Bambara ne fait pas dans les flonflons mais plutôt dans un post-punk habité, aux accents gothique et westerns - plus que country -, sur lequel viennent poindre une trompette qui sublime tout et des chœurs du meilleur effet. Le trio new-yorkais livre ici de sacrés morceaux de bravoure (Miracle en ouverture, Stay Cruel pour ne citer qu'eux), deux tubes évidents (Serafina et son duo de personnages qui n'aime que voir les choses brûler : « I’m gonna buy us an old house, in a big town, where we can start a life and burn it all to the ground ». ; la cavalcade punk Heat Lightning) et infuse une mélancolie sombre, indicible, qui s'infiltre, s'immisce et s'installe au fur et à mesure, aussi bien musicalement que dans les textes de Reid Bateh, qu'il chante autant qu'il les conte.

Orné d'une pochette absolument magnifique, 'Stray' est un formidable concept-album aux histoires qu'on dirait sorties d'un roman - très - noir. Et une sorte de rencontre impromptue entre Nick Cave, Iceage ou le Swans de 'Leaving Meaning.' qu'Ennio Morricone couverait d'un œil. Tremblez pauvres fous. (Sortie : 14 février 2020)

Plus : 
'Stray' de Bambara est en écoute sur la page bandcamp du groupe
'Stray' de Bambara est à l'achat sur la page bandcamp du groupe
'Stray' de Bambara est également en écoute sur Spotify et Deezer (notamment)

Trois chansons de 'Stray' de Bambara en écoute. Serafina, tube évidemment du disque (en écoute dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Miracle, qui ouvre l'album. Et pour finir le magnifique Stay Cruel :




Deux clips à ce jour pour ce 'Stray' de Bambara : Sing Me to the Street et Heat Lightning :