Il fallait bien que cela arrive. Dans la nuit de mardi à lundi, je mets en ligne ma chronique des 3 Eps des
Decemberists (que vous pouvez retrouver
ici), avec deux titres en écoute. Comme d'habitude. Quelques heures plus tard, la chronique disparaît, sans autre forme de procès, sans avertissement aucun, faute d'une major ou d'un label indépendant complètement demeuré qui aura préféré appeler à la rescousse un web-sheriff plutôt que me demander directement par mail d'enlever les titres mis en écoute.
Sachez, sages massacreurs d'industrie que vous êtes, que ce genre de blog, le mien, celui du voisin ou de ma cousine, ont un seul but: faire connaître des artistes ou des œuvres confidentielles d'artistes connus (et souvent vénérés), ou pas. Rien d’autre.
Le temps béni (pour vous s’entend) où le lecteur lambda pouvait se satisfaire d’une chronique dithyrambique pour acheter un album les yeux fermés est bel est bien derrière nous. Non, aujourd’hui, le lecteur a besoin d’écouter. De mettre un son sur quelques lignes, une voix sur une pochette avant d’envisager l’achat. D’où l’intérêt de mettre des titres en ligne, le temps de quelques semaines, histoire que les lecteurs potentiels, puissent se faire une idée de ce que le groupe a à leur proposer.
J’imagine très bien que vous vous dites que je ne suis qu’un petit peigne cul qui se plaint d’avoir vu une sanction lui tomber dessus alors qu’il était en infraction. Et rien d’autre. Ce n’est pas totalement faux. A ceci près que je pense que justement, vous faites fausse route.
Si je vous suis totalement sur le fait de fermer les blogs qui balancent des disques entiers, heures après heures, sans but réel, je ne vois pas en quoi, poster un mp3 ou deux, qui plus est en streaming, va changer et mettre au fond du trou le monde de la musique.
Vous allez me répondre : pourquoi ne pas mettre un titre dans un lecteur deezer, comme pour
Track of The Day ? Tout simplement parce qu’un son encodé dans deezer n’aura jamais la même force qu’un son en streaming, directement tiré du mp3. C'est très pratique, bien foutu, mais malheureusement pas de si bonne qualité qu'un son mp3.
Je sais que nous vivons dans une société qui se soucie de peu de la qualité d'écoute et pour qui un album écouté dans une chaine hi-fi, ou directement via les enceintes d’un ordinateur, c’est du pareil au même. Triste constat certes, mais que nous sommes nombreux à ne pas vouloir accepter.
Alors non, quand je pense qu'un disque mérite une chronique de plusieurs dizaines de ligne, je trouve normal que le son qui lui est associé soit de qualité, autrement que dans un lecteur deezer ou sur myspace.
Quand vous aurez enfin compris que c'est par une recherche artistique de qualité, par un travail sur les artworks et par une attitude à mille lieux de celle hautaine que vous adoptez depuis des années, que la solution se trouve. Redonnez goût aux gens d'acheter un disque, d'en déflorer la pochette, d'en humer le parfum, dans écouter le craquement. Faites leur comprendre qu'il y a autre chose que
Jenifer,
Christophe Maé, la
Star Academy ou
La Nouvelle Star ; qu'il existe des artistes qui restent encore dans l'ombre, qui savent écrire de grandes chansons mais qui n’ont pas les moyens pour les faire arriver jusqu’à leurs oreilles. Et qu'il ne tient qu'à vous de défendre et de faire connaitre. Faites leur comprendre qu’un album en 128 kbps n’aura jamais la même saveur, le même cachet que le même album en version cd ou en version vinyle.
Malheureusement pour vous, pour cela, vous avez besoin de nous. C'est bête et méchant, sûrement. Mais c'est la vérité: la promo d'un album se fait aujourd'hui énormément par le net. Les succès dans ce genre là sont légions: sans le web,
Arcade Fire ou les
Clap Your Hands Say Yeah n'aura jamais connu de succès planétaire.
Donc au lieu de pourfendre ceux qui font tout pour promouvoir, de façon malhabile sûrement mais avec beaucoup de cœur (et de façon totalement désintéressée : ce blog ne contient pas une once de pub et la majorité de mes blogs amis et qui font vivre cette blogosphère non plus), vos artistes, vos albums, ceux qui dépensent des fortunes chaque année pour acheter des disques et dans tous les formats qui soit, encouragez les. Et surtout, ne les traitez pas comme des moins que rien.
Tout ce que vous gagnerez, c'est qu'un jour on ne parle plus de vos artistes, de vos sorties ou tout simplement de vous, là où le fric est roi et où l'artistique passe en dernier, loin derrière le business plan et tous ses copains.
D’ailleurs, pourquoi s’entêter ? Pourquoi continuer à évoquer dans nos pages des groupes signés sur de grosses structures et qui malgré tout nous font vibrer, puisque l’on sait que de toutes façons, un web-sheriff, un bouton
erase au bout du doigt, est prêt à sévir?
Bref, zappons tous les labels indés qui se prennent pour des majors. Zappons tous les artistes qui n’ont rien compris au système et qui donnent leur aval à ce genre de procédure. Et enfin, continuons à zapper les majors et leurs irrépressibles - et à vomir - stratégies marketing. Un jour, ces gens là seront morts, écrasés par leur suffisance et leur incompétence crasse. Ce jour là, on boira du champagne. Et le monde ira bien mieux.