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mercredi 23 octobre 2013

[Track of The Day] RIEN - La Chute de Satan

Les séparations de groupes, c'est comme les chansons d'amour : tant qu'il y aura de la musique, il y en aura ; et quotidiennement. Mais si certains se balancent la vaisselle et la haine au visage ou subissent la séparation, d'autres l'envisagent et même la planifient.

Les grenoblois de RIEN entrent dans la seconde catégorie. Car depuis son deuxième album 'Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir' en 2007', le groupe sait où il va : vers une séparation. Cela se passera le 1er décembre 2014, la date anniversaire (15 ans !) de sa formation.

Et plutôt qu'un enterrement à la va-vite, sans fleurs ni couronnes, RIEN a décidé de faire les choses bien, façon convention obsèques de la musique. Ainsi, et en guise de testament, le groupe a prévu une trilogie. Le premier, sorti en 2010 et simplement intitulé '3', était une grande réussite (voir par ailleurs).

Le second, '2', dont il est question aujourd'hui s'échappe de la lignée musicale de ce qui a fait le son de RIEN vers une musique aux touches plus électronique ou analogique, planante. Mais toujours post-rock et tous ses dérivés, avec cette production de précision, ces martèlements de batterie et ces guitares aiguisées.
Ou plus simplement, comme le dit l'Amical Underground, le label : « Parenthèse désenchantée d’une trilogie logiquement entamée avec '3' et condamnée à se terminer avec '1', '2' est l’équivalent de L’Empire Contre-Attaque dans la discographie Nihiliste : un virage thématique empreint de noirceur, avec son lot de robots échoués dans les neiges et de nains verts dyslexiques chillant dans les marais. ».

Il reste donc un peu plus d'un an à profiter de RIEN. Un groupe décidément à part, dont les écoutes répétées de leur discographie me font dire que non, rien de RIEN, non, je ne regrette rien du temps que j'ai pu passer à les écouter.

Album : 2
Année : 2013
Label : Amicale Underground

'2' est à télécharger gratuitement mais surtout à acheter (10€ seulement) ici


En plus de La Chute de Satan, morceau protéiforme en écoute aujourd'hui, le premier titre de l'Ep '2', Autobahn Love, est en écoute ci-dessous :



RIEN est également en concert en cette fin d'année 2013. Et pour les avoir déjà vu sur scène, RIEN sur scène, c'est vraiment à ne pas rater :

24 octobre : Lyon - Marché Gare
25 octobre : Tulle - A Maure
26 octobre : Onet Le Chateau - Le Studio
29 octobre : Reims - La Cartonnerie
30 octobre : Brussels - Magasin 4
31 octobre : Strasbourg - Stimultania
01 novembre : Lille - La Malterie
02 novembre : Paris - Point FMR (w/ Centenaire feat. King QIV)
20 novembre : St Etienne - Le Fil

mardi 4 mai 2010

Net Emergence 'Mai 2010': Roger Moll's, Electric Electric et Brice et sa Pute


Parfois, on s'esbaudit devant la programmation d'un festival, qu'il soit musical ou de cinéma. On s'exclame, on acclame des choix artistiques intéressants (ceux des prochaines Nuits Sonores par exemple). Et puis parfois on s'étonne et on critique une sélection qui ne répond pas à nos attentes.

Pour l'édition de mai de Net Emergence, c'est la deuxième option qui prévaut. Car n'y allons pas par quatre chemins: la dernière sélection de ce joli projet mené par Valery n'est pas au niveau de ces devancières, en tout cas à mes yeux. Pas de vrais coups de cœurs, peu de découvertes intéressantes. Il fallait bien que cela arrive après quelques mois impeccables.

Après avoir mis de côté les quelques groupes ayant déjà pignon sur rien et une certaine notoriété (au premier rang desquels les excellents RIEN), trois noms sont toutefois ressortis du vote final. Pas forcément de quoi renverser les foules certes, mais trois groupes qui méritent quand même une mise en lumière, dont une égalité tout en haut du classement.

Brice et sa Pute ont beau être lyonnais, ont beau tourner énormément dans la région, je n'avais pas encore eu l'occasion de mettre une oreille sur leurs compositions.
Se présentant comme un duo choc punk minimaliste, Brice et sa Pute (lui à la musique, elle au chant), a quelques titres bien sentis à prendre dans les gencives (au premier rang desquels Supervice). Si je reste assez circonspect à l'écoute de leurs morceaux live disponibles sur leur myspace, leurs chansons studios tiennent bien la route.
De mon point de vue, rien de transcendant au final (leur musique manque de coffre au bout d'un moment) mais quelques moments bien sympathiques.
Myspace


Ce sont Electric Electric et Roger Moll's qui se partagent le haut de l'affiche. Pour les premiers, trio strasbourgeois qui se qualifie de «epileptic dancing noise», j'avoue rester très circonspect. Au risque d'être extrêmement sévère, je trouve leur musique sans grand intérêt. Celle-ci s'engouffre dans une veine actuelle où on oublie de créer des compositions solides et où tout est pour l'esbrouffe (un maximum de sons mais rien de bien concret). Bref, pas client.
Site officiel
Roger Moll's lui est beatmaker du nord de la France - mais reste coincé entre Roubaix et Seattle (sic) - qui s'inspire de RJD2 (début de carrière, ouf!) et de Wax Tailor (mouais...). A son actif, une musique instrumentale, bien montée, intéressante voire presque addictive sur certains passages (très bon Hipology, le jazzy Bloppers). Rien de révolutionnaire chez Roger Moll's (ses références font ca très bien eux aussi) mais, à défaut, charmant.
Myspace


Un trio de tête qui ne me plaît donc qu'au deux-tiers et qui ne m'enthousiasme pas plus que ça (avis plus emballé chez Net Émergence). Mais que voulez-vous, dans toutes sélections, il y a toujours des périodes moins (d'ailleurs, à vous de vous faire votre propre idée en allant découvrir, si ce n'est déjà fait, celle de mai en cliquant ici).
La sélection de juin devrait arriver sous peu, et à cette adresse.

Pour autant, ne doutons pas que la sélection de juin recèlera à nouveaux de petites trouvailles. C'est le cas depuis le début de l'aventure de Net Emergence. Et je ne vois aucune raison objective pour penser que ceci n'est rien d'autre que l'exception qui confirme la règle.

Un lecteur pour écouter 2 morceaux de Roger Moll's et 2 morceaux de Electric Electric. (malheureusement plus en écoute)

mercredi 2 avril 2025

[Track of The Day] Vundabar - Life Is A Movie

J'ai tout fouillé. Tout. J'ai passé ma collection de disques en revue. Deux fois. J'ai fouillé les archives de ce blog de fond en comble. J'ai lu toutes les chroniques à leur propos que j'ai pu trouver. J'ai demandé à des amis. J'ai ressorti ma vieille collection de CD mp3 qui traine au fond d'un placard et qui n'avait pas vu le jour depuis sans doute une décennie. J'ai même demandé (première fois pour moi) à Chat GPT. Et... rien. Nada. Que tchi. J'ai beau écouter, réécouter, et reréécouter depuis quinze jours Life Is A Movie, la chanson qui ouvre 'Surgery and Pleasure' de Vundabar, je n'arrive pas à mettre l'oreille sur le groupe auquel ce trio américain me fait penser - et pas qu'un peu.

Pourtant, il y a tout dans ce morceau qui devrait sonner comme une évidence : la production comme granuleuse, ces guitares nerveuses et leur façon de sonner, ce chant et surtout ce refrain (ce foutu refrain même !). Mais non, toujours rien. Et le reste de l'album, dans la lignée de cette chanson d'ouverture, ne m'a pas plus aidé. On a beau y entendre du Interpol, du Against Me, du Editors, un rien de Pavement (la longue balade I Need You), de Franz Ferdinand aussi (ce côté dansant qui ressort ici et là) et plus globalement toute une flopée de groupes des années 2000 (et sans doute même plutôt dans sa deuxième moitié), rien n'y fait et surtout, rien de quoi me convaincre totalement. Non, la vérité est ailleurs semble-t-il, mais où ? La question est là.

Vous me direz, est-ce vraiment crucial ? Pour ma santé mentale, sans doute, oui. Mais en vérité, non, Life Is A Movie (en écoute aujourd'hui) étant une sacrée bonne chanson, qui ouvre qui plus est un bel album, plus anglais qu'on pourrait le croire, et qui, s'il ne réinvente pas la roue vous l'aurez compris, le fait bien. Surtout, un morceau qui se suffit à lui-même, aguicheur, riffeur, nerveux et sacrément bien tourné. Mais tout de même, si quelqu'un a une idée, l'illumination ou ne serait-ce qu'un bout de piste, je suis preneur : je suis sur le point de devenir fou.

Album : Surgery and Pleasure
Année : 2025
Label : Loma Vista

Acheter


En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Life Is A Movie de Vundabar est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson tout à fait recommandable de 'Surgery and Pleasure' de Vundabar, voilà I Got Cracked :

Le clip de Life Is A Movie de Vundabar :

jeudi 30 décembre 2021

Bilan 2021 : « Albums » (20-01)


Après vingt premiers albums, et avant le top 50 des meilleurs chansons de l’année, comme le veut la tradition le premier jour de l’année, finissons donc d’établir la liste de quarante albums qui auront animé mon année avec, comme disent les anglais, la crème de la crème, en tout cas selon mes oreilles.

Mais avant ça, allons faire un tour du voisinage :
- Pop News a demandé à quelques artistes de marque (Julien Ribot, Pascal Bouaziz, Olivier Rocabois, Maxwell Farrington & Le SuperHomard, Raoul Vignal et d’autres) de venir faire un bilan de l’année écoulée
- Les 100 albums de l'année des indispensables The Quietus
- "The Year's Essential Releases" de Bandcamp Daily
- Les 50 albums de 2021 pour The Revue
- Les 10 meilleurs albums de 2021 chez La Musique à Papa
 
Revenons donc à nos moutons. Vingt nouveaux albums. Et assurément les meilleurs que j'ai pu écouter tout au long de cette année très riche. Une année pleine de coups de cœur, de disques mémorables et qui vont m'accompagner longtemps. Vingt disques avec un artiste de plus en plus habitué de ces tops, de belles découvertes pop, un disque merveilleux où l'ombre d'Elliott Smith plane tout du long, du jazz qui s’acoquine à la pop, des disques enregistrés au débotté, des vieux de la vieille de retour et pas pour faire semblant, et l'album de l'année dantesque et foisonnant. Entre autres. C'est tout cela qu'il y aura eu au programme de mon année 2021.
Et pour mieux découvrir ces vingt albums, au bas de ce papier se trouvent deux lecteurs (Spotify et Deezer) vous proposant un morceau de chacun des disques chroniqués. Bonne lecture et bonne(s) écoute(s) !



20. Dummy - Mandatory Enjoyment [Trouble In Mind Records]

Premier album du quatuor californien Dummy, 'Mandatory Enjoyment' est un disque épatant, dans lequel on décèlera du Stereolab, mais pas que. Trop Trouble In Mind pour être résumé à cela, il fait aussi la part belle à la noise-pop, à l’indie-pop et au psyché, tout en laissant planer l’ombre de Broadcast. Avec toujours ces guitares qui ne semblent jamais en avoir marre.


19. Clap Your Hands Say Yeah - New Fragility [CYHSY, Inc]

Les années passent et Alec Ounsworth continue d’emballer son monde. Désormais seul à la tête du groupe dont tout le monde parlait il y a quinze ans, il aura sorti un des tous meilleurs albums de Clap Your Hands Say Yeah (si ce n’est le meilleur). 'New Fragility' est un disque ambitieux, au chant toujours aussi affecté (mais qui est une des forces et signatures du groupe) très bien arrangé, à la production parfaite, où l’émotion affleure sur chaque chanson.
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18. Torres - Thirstier [Merge]

Entre tubes pop et rock, bluette irrésistible et balade rock tuante, 'Thirstier' est le genre d’album brillant qui n’aurait pas dépareillé dans la production d’il y a 25 ans. Chansons aux élans mainstream et rock estampillé nineties, le tout saupoudré de pop, la floridienne rend une copie parfaite avec ce disque séduisant de bout en bout.


17. Danny George Wilson - Another Place [Loose Music]

Avec un timbre et un chant où l'on jurerait entendre Bob Dylan, Jonathan Donahue de Mercury Rev et surtout le regretté Vic Chesnutt, Danny George Wilson aura réussi son retour pour son deuxième album solo, le premier en seize ans. Pop où country et folk ne s'en laissent jamais compter, 'Another Place' est un vrai beau voyage où les mélodies volettent au bras tantôt de guitares électriques nerveuses, tantôt de guitares acoustiques et délicates, où violoncelle, piano et bruits en tous genres sont de la partie.


16. The Notwist - Vertigo Days [Morr Music]

Quatrième album en vingt ans (et le premier pour Morr Music), 'Vertigo Days' voit The Notwist continuer son quasi sans-faute. Un vrai beau voyage, à la diversité certaine et à l'unité impeccable, où les chansons entrelacées s'enchaînent avec une classe folle tout en oubliant ni la mélancolie, ni les mélodies accrocheuses. Un disque mis en orbite par un trio d’ouverture parfait, sans doute le meilleur de 2021.


15. Amyl and the Sniffers - Comfort To Me [Rough Trade Records]

Il y aura eu peu de disques aussi immédiats que celui d’Amyl and the Sniffers en 2021. Démarrant pied au plancher, sans jamais ralentir le tempo. A fond tout le temps, du punk dans l'esprit, du garage dans l'exécution, du gabba gabba hey aussi et surtout, des guitares qui n'aiment rien de plus que riffer dans tous les sens, descendre des manches et festoyer avec rage en déballant des tubes par poignées.


14. Middle Kids - Today We’re The Greatest [Lucky Number]

Sans doute la face-A la plus réussie de l’année. Tout dans les six premiers titres de cet album des australiens de Middle Kids confine à la perfection avec notamment, deux des chansons de mon 2021, Questions et R U 4 Me. De la pop ultra-efficace à prendre en intraveineuse, avec des cuivres à faire fondre en bandoulière et un rythme souvent échevelé.


13. Painted Shrines - Heaven and Holy [Woodsist]

Premier album de Painted Shrines (duo composé de Jeremy Earl de Woods et Glenn Donaldson de The Reds, Pinks And Purples), 'Heaven and Holy' fait dans le folk-rock pysché lové dans les bras d'une indie-pop de belle facture, où les guitares s'en donnent à cœur joie sur un tempo lent et où les élans de voix sont saisissants de beauté. Une sorte de parenthèse enchantée. Un petit délice d'indie-pop. Et un des disques les plus écoutés cette année.


12. Rien Virgule - La Consolation des Violettes [La République Des Granges / Murailles Music / Permafrost / Zamzam Records]
Ce troisième album de Rien Virgule (et le premier sur mes oreilles) est un voyage dans un monde brinquebalant, inquiétant, où ça craque, ça crispe, ça martèle et où ça part ici pour mieux finir là. Mais le (désormais) trio ne laisse jamais les mélodies en chemin ou en retrait, fussent-elles concassées. Pour ainsi dire, celles-ci sont même fascinantes de beauté.
 
11. Arab Strap - As Days Get Dark [Chemikal Underground]

Il y a des groupes qui se reforment parce qu’ils sont en manque de liquidités, et préfèrent tabler sur leur passé pour vendre de nouvelles chansons pas abouties mais qui feront mouche en usant de la carte nostalgie jusqu'à la lie. Et puis il y a Arab Strap. Malcolm Middleton avait annoncé que s’ils refaisaient un album, c’est qu’ils auraient les chansons pour. Spoiler alert : ils ont tenu parole. Préparé à être déçu de voir deux idoles se brûler les ailes dans une reformation convenue, j’en suis pour mon argent tant Arab Strap avec 'As Days Get Dark' aura publié un de ses tous meilleurs albums (ce qui n’est pas rien vu leur discographie), influencé par leurs diverses collaborations (Aidan Moffat) et expériences solos (Malcolm Middleton). Quels hommes !


10. Jack Ingram, Miranda Lambert & Jon Randall - The Marfa Tapes [Vanner Records]

Trois acteurs phares de la country music américaine actuelle se sont donnés rendez-vous dans un vieux ranch perdu dans le désert, autour d’un feu de camp ou l’arrière d’un pickup pour enregistrer un des albums les plus simples de l’année. Deux guitares, trois voix, des chansons belle à pleurer, et une ambiance incroyable qui s’en dégage. Un disque au temps suspendu et touché par la grâce.


09. Airelle Besson - Try! [Papillon Jaune]

Avec la trompette d'Airelle Besson en maîtresse du temps et du tempo, 'Try!' fait partie de ces albums dont la beauté vous explose à l'oreille instantanément. Jazz dans sa couleur et sa conception, il respire la pop par tous les pores. Un voyage gracile et élégant, aérien et sensuel, ardent et allègre. Le genre de disque qui vous fait vous demander pourquoi vous ne mettez pas plus de jazz dans votre vie.


08. Richard Dawson & Circle - Henki [Domino Records]
Richard Dawson est fan de Circle, groupe finlandais de trente ans d’âge, depuis longtemps. C’est donc sans doute un rêve d’adolescent qu’il a réalisé en publiant 'Henki' avec eux. Et quel album ! Baroque, rock et folk, métal dans l'inspiration, très habillé et porté par des choeurs et la voix qui part dans tous les sens de Richard Dawson. Un Dawson qui confirme album après album qu'il est un des artistes les plus passionnants de ces dernières années.
07. Julien Ribot - Do You Feel 9? [December Square]
Entièrement chanté en anglais, composé autour de la personnalité et de l'histoire d'un certain Neon Juju, 'Do You Feel 9?' est un disque qui va puiser son inspiration chez David Bowie, Air, MGMT ou Foxygen. De la pop orchestrale, léchée et lettrée, du glam-rock, pour un résultat ambitieux et grandiose. Un album majuscule de la part d’un compositeur génial.
 
06. James Yorkston and The Second Hand Orchestra - The Wide, Wide River [Domino Records]

'The Wide, Wide River' est un disque absolument majestueux. Du genre de ceux qui respirent le talent, évidemment, le plaisir aussi. Et surtout la liberté. Un album incroyablement généreux et vivant, genre de miracle inattendu, enregistré sans idée préconçue, live et au débotté (en trois jours, l’affaire était pliée). Et qui est plein de superbes chansons que The Second Hand Orchestra habille avec un doigté rare. Comme le dit James Yorkston : « this fast-footed, free-wheeling album ». En roue libre. Mais quelle belle roue libre.


05. Tele Novella - Merlynn Belle [Kill Rock Stars]

Vintage sans être en rien daté, pas vraiment d'aujourd'hui sans être totalement d'hier, 'Merlynn Belle' du duo Tele Novella est un des disques que j’aurais le plus écouté en 2021. Mélodies pop soignées qui se baladent au bras d’une country-folk de cent ans d’âge quand ce n’est pas à celui de Stephin Merritt des Magnetic Fields ; chant divin de Natalie Ribbons, conteuse et pleine d’harmonies dans la voix ; tout est réuni pour en faire un des disques les plus beaux de l’année. Un album hors du temps et pour autant incroyablement moderne.


04. Floating Points, Pharoah Sanders & The London Symphony Orchestra - Promises [Luaka Bop]

Avec pour canevas sept notes de piano jouées et répétées tout du long, comme un mantra, cet album et ses neuf titres n’en formant qu’un est le disque le plus cohérent de tous ceux que j’ai pu écouter cette année. L’alchimie entre le « trio » Floating Points, Pharoah Sanders et The London Symphony Orchestra est évidente et le résultat totalement envoûtant. Une petite merveille onirique et quasiment instrumentale de quarante-six minutes.


03. Sam Forrest - Aeroplane Days [Hidden Bay Records]
Une âme toute Elliott Smith-ienne se promène de par en par de ce 'Aeroplane Days' de l'anglais Sam Forrest. Un album qui aligne les chansons soyeuses, mélancoliques, élancées. En un mot comme en cent merveilleuses. Et même lorsqu'il s’échappe vers des horizons plus synthétiques, Sam Forrest séduit son monde. Sans doute un des plus beaux disques de l’année 2021 et un très grand album.
02. Little Simz - Sometimes I Might Be Introvert [Age 101]

Alors qu’il aurait du être écrasé par Introvert, sa chanson d’ouverture, 'Sometimes I Might Be Introvert' arrive à se départir de ce titre majuscule pour mieux s’en servir comme rampe de lancement. Car la suite ne va pas baisser la garde et laisser filer. Entre hip-hop, jazz, soul/neo-soul, r'n'b, pop, rap et afrobeat, le tout sous couvert d’orchestrations chiadées et ambitieuses, et d'un flow puissant, Little Simz tape fort et juste avec cet album grandiose. Pour ainsi dire, même la pochette est splendide ici. Masterpiece, ni plus ni moins.


01. Kìzis - Tidibàbide / Turn [Tin Angel Records]
 

Sans conteste possible, l’album monstre de l’année. 3h23 de musique au programme. 'Tidibàbide / Turn' s’ouvre et se referme par un chant traditionnel. Au milieu, 34 autres morceaux protéiformes qui balaient tout un pan de la musique (actuelle ou non), du folk shamanique à la pop, du trip-hop à la techno, du spoken-word au jazz, du r'n'b aux chants traditionnels (donc) en passant par l'electro-pop ou d’ambiance plus techno, que Kìzis mêle de voix célestes, de violons qui volettent comme du néo-classique, et d'arrangements soyeux - quand ils ne sont pas bricolés.
Alors oui, tenir la longueur sur 3h23 n’est pas que difficile, c’est impossible. Et il faut reconnaître que le cœur de l’album est un peu moins emballant. Pour autant, Kìzis n’en a cure, tient son cap et arrive au final à faire passer les titres plus faibles pour des respirations pour mieux continuer d’embarquer son monde.
Et de toutes façons, cela ne change rien à notre affaire. S'il n'est pas sans défauts, 'Tidibàbide / Turn' est assurément l'album le plus passionnant de l’année, lui qui arrive à ne pas s’écrouler sous le poids de son ambition démesurée. Un disque monde, rien de moins.
En savoir plus


Et comme promis, ci-dessous (ou sur les liens ci-contre), vous trouverez dans les lecteurs Spotify et Deezer une chanson de dix-neuf albums chroniqués ci-contre. Le vingtième extrait, celui de 'La Consolation des Violettes' de Rien Virgule (absent des plateformes de streaming), il est disponible via bandcamp :

jeudi 1 janvier 2015

Bilan 2014 : Top 15 « 7", 12", Ep & Compilation »


Je crois que je n'arriverais jamais à faire autrement : il faut que je publie mes tops de fin d'année toujours tard. Toujours très tard. Pas forcément par choix (même si la parution de ce genre de bilan mi-novembre ou même début décembre m'a toujours interpellé), mais plus par manque de temps. Bref.
Les top de fin d'année ou la tradition pour clôturer une belle année (musicale s'entend). Beaucoup trouvent ça ringard, idiot, inutile. Mais comme j'aime à le répéter, ce petit exercice que j'effectue depuis plus d'une dizaine d'années me plaît toujours autant. J'aime surtout pouvoir mettre en avant des disques que j'ai beaucoup apprécié, certains n'ayant pas eu à mon goût l'exposition qu'ils auraient du avoir. Et 2014 n'aura pas fait exception.

Mais avant de dérouler ce bilan, quelques petits liens de blogs, amis ou non, qui ont eux aussi publiés leurs bilans. Car la découverte est partout :


Une nouvelle fois, ce bilan de l'année se fera en trois temps et cinq publications. D'abord, aujourd'hui, en ce premier jour de l'année 2015 (que je vous souhaite belle, foisonnante, insatiable, musicale, culturelle et surtout heureuse), la première partie : un retour sur les formats « courts » et les compilations qui auront séduits mes oreilles. Quinze disques, avec des confirmations, des disques beaux à en - littéralement - pleurer, des découvertes incroyables.

Et évidemment, en bas de ce papier, un lecteur streaming pour écouter une chanson de chacun des 15 disques présentés ci-dessous. Bonne lecture et surtout, bonne(s) écoute(s) ! 

Pour rappel :
Bilan 2014 : Top 50 « Chansons »
Bilan 2014 : « Albums » (50-31)
Bilan 2014 : « Albums » (30-11)
Bilan 2014 : « Albums » (10-01)


7-inch / 45-tours

Songs: Ohia - Journey On: Collected Singles
Pour sa 200è sortie, Secretly Canadian n'aura pas fait les choses à moitié. A l'occasion du Record Store Day, le label en a profité pour rendre un sublime hommage à Jason Molina, décédé un an plus tôt. Résultat ? Une compilation magnifique de neuf 45-tours de Songs: Ohia, avec beaucoup de chansons sorties sur des splits 7" et autres compilations tout au long de sa carrière. Le résultat est étourdissant de classe. Il y a ici d'ailleurs parmi les plus belles compositions de Songs: Ohia qui étaient jusque là inconnues à mes oreilles.
'Journey On: Collected Singles' est un coffret essentiel pour qui aime Songs: Ohia, Jason Molina ou tout simplement vibrer à l'écoute d'une voix rare et d'une guitare, acoustique ou électrique. Et c'est accessoirement, et de loin, le plus bel objet discographique de 2014.
Label : Secretly Canadian


We Are Catchers - Tap Tap Tap 7’
Vraie révélation de cette année (mais on y reviendra dans quelques jours), l'anglais Peter Jackson, qui officie sous le nom de We Are Catchers, m'aura renversé de ses mélodies superbes. Mieux, il se permet de mettre en face-b de son unique single 'Tap Tap Tap' une chanson qui est bien plus qu'une chute de studio It Gets Me Through (en écoute plus bas).
Label : Domino Records


12-inch

The Pains of Being Pure at Heart - Abandonment Issue 12"
Auteur d'un album une nouvelle fois inspiré (on y reviendra dans le top album), The Pains of Being Pure at Heart (aka « le meilleur groupe du monde ») aura profité d'une réédition opportuniste de son label Fierce Panda pour sortir 'Abandonment Issue', collection de chansons qui, comme le disaient ironiquement Kip, leader du groupe : « four (...) songs that weren't good enough ». Une démo, une face-b et trois inédits, dont la qualité en dit long sur tout le talent qui traversent ce groupe essentiel.
Label : -


Rivulets - Ride on, Molina 12"
Plus d'un an que Jason Molina est donc  mort. En lui rendant un très bel hommage, Rivulets m'aura rappelé, au cas où je l'aurais oublié, que le maître d’œuvre de Songs: Ohia était un artiste à part, et sans nul doute un de mes favoris. Et nul doute que la longue montée électrique de 7mns de Ride On, Molina aurait plu à Jason Molina lui même.
Label : Jellyfant Records


Extended Play


The Creases - Gradient Ep
L'an dernier, ce duo australien m'avait mis une énorme claque avec son excellent single I Won't Wait. J'attendais que Rough Trade sorte l'album dans la foulée. Et puis non rien. C'est Liberation Music qui s'occupe de la suite, via un Ep uniquement. Avec une production moins cradingue que plus lisse, avec un chant plus posé et toujours un grand sens de la mélodie qui marque, le groupe ne perd pas pour autant de son charme, tant leurs talents de compositeurs n'ont pas disparus. Espérons que 2015 soit enfin l'année de passage à l'album pour les Creases, groupe en train de devenir, doucement mais sûrement, une de mes valeurs sûres.
Label : Liberation Music

EAST. - Violence in the Flowers Ep
La France, en plein essor musical, aurait tort d'oublier les lyonnais de EAST. et leur post-punk abrasif chanté en anglais, où quelques pointes d'électro viennent faire joujou avec une basse, une guitare et des synthés détonants. Morceaux de bravoure, rythmique froide et sur de leur fait, EAST. donnent rendez-vous en 2015, année de sortie de leur premier album.
Label : -

The Grouch x Eligh x CunninLynguists - The WinterFire Ep
Fort d'un nouvel album sur lequel nous reviendrons dans quelques jours, les CunninLynguists auront terminé leur année comme ils l'auront commencé : avec un très bon disque. En s'acoquinant avec The Grouch et Eligh (rappeurs inconnus à mes oreilles), le trio pose là un disque d'une grande efficacité, où le micro circule bien et s'échappe un peu de l'ambiance traditionnelle CunninLynguists-ienne. Grand cru.
Label : Knolan Ryan Productions

Ed Harcourt - Time of Dust
Longtemps délaissé, Ed Harcourt aura fait un retour remarqué dans mes oreilles en 2013 avec un 'Back into the Woods' toujours aussi beau (et dernièrement allongé de quelques titres bonus). Mieux, il confirme tout le bien que je pense à nouveau de lui avec un mini-album/Ep 'Time of Dust' magnifique, avec le piano comme pièce centrale, au milieu duquel trône un sublime The Saddest Orchestra (It Only Plays For You) qui m'aura accompagné toute l'année.
Label : CCCLX

Public Access T.V. - Rebounder EP
Entre Angleterre et États-Unis, la musique de Public Access T.V. connaît depuis cet été un début de hype bien méritée. La faute à ce 'Rebounder Ep', parfait 4 titres de power-pop dansant et tubesque. Trio mené par l'ancien de Be Your Own Pet John Eartherly, signé sur un label anglais, Public Access T.V. a en tout cas prouvé qu'en 6 chansons (quatre ici, deux sur un 'In The Mirror 7"' tout aussi épatant), le futur pouvait compter sur lui.
Label : Gudrun Records

Radical Face - The Bastards 3 Ep
Ben Cooper, aka Radical Face, s'approche de la fin de son double triptyque. Si le 3è tome de ses aventures 'The Family Tree' n'est pas encore sorti, il a mis un terme à celui de 'The Bastards', collection d'Ep courts (trois chansons à chaque fois) et à télécharger gratuitement. Radical Face ne change pas sa façon de faire, avec son folk très mélodieux et aux nombreux clappings. Trois chansons merveilleuses qui viennent remplir une discographie déjà bien remplie et quasi sans faille.
Label : -


RIEN1
Premier groupe musical à avoir décidé du jour de sa mort le jour de sa création, RIEN vient de tirer sa révérence avec une dernière tournée et un dernier EP, le bien nommé '1', qui fait suite à '3' et '2'. Peut-être le plus réussi des trois, entre mélancolie, douces mélodies, humour pince sans rire (Dernières volontés) et un titre magistral La Défaite des Vainqueurs aux faux-airs de dEUS. Ce groupe était assez unique. Et s'il n'y a donc plus rien pour RIEN, RIEN restera.
Label : Amicale Underground

Compilation

Various Artists - France 2014
Sorti à l'occasion du Record Store Day, 'France 2014' est un EP (vinyle uniquement) présentant 6 groupes français qui pourraient/devraient faire parler d'eux en 2014, ou plus tard. Une chanson par artiste, trois chansons par face. Et de belles découvertes. Si Aline n'en est pas une, son instrumental La Rivière Est Profonde est parfait. Quant aux suivants, de De La Romance à Skittle Alley en passant par les Parlor Snakes, Mrs Good et Rebels of Tijuana, ils furent tous de véritables grandes découvertes.
Label : Hands and Arms / Eyes Minded

Courtney Barnett -The Double EP: A Sea of Split Peas
Dans la galaxie des jeunes femmes à guitares, mon cœur penche vers Courtney Barnett plutôt que Angel Olsen. La faute à la compilation présentant ses deux premiers Ep (sortis en 2012 et 2013). Deux disques sans faute de goût, où l'australienne raconte ses histoires en faisant montre de son talent en mélangeant rock, folk et même country. Son premier album est très attendu, tout au moins dans ces pages.
Label : Marathon Artists

GravenhurstOfferings: Lost Songs 2000 - 2004
En 2004, Warp avait eu la bonne idée de sortir à grande échelle 'Flashlight Seasons', deuxième album de Nick Talbot, aka Gravenhurst, qui avait vu le jour chez Red Square. J'en avais alors profité pour réaliser une interview de notre homme, ma deuxième en tant que jeune chroniqueur (à lire ici).
Dix ans plus tard, Warp toujours sort une compilation des premières chansons de Gravenhurst. Le disque est sublime, la compilation est passionnante.
Quelques jours plus tard, la compilation se transforme en disque recueil. Nick Talbot passe l'arme à gauche à 37 ans. Après le choc, l'incompréhension et la tristesse, reste donc cet album, et toute la discographie de haute tenue qu'il avait publiée jusque là. Reste aussi les souvenirs, d'un homme à lunettes, timide, presque gêné d'être interviewé pour son art en 2004. Gravenhurst manque. Et il manquera longtemps.

Label : Warp Records
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Various Artists - Anthologie Souterraine
Après 30 ans de bons et loyaux service, Planet Claire, l'émission de radio d'Aligre FM a mis cet été la clé sous la porte. Pour mieux repartir sur Radio Campus Paris. Laurent Bajon et Benjamin Caschera sont tous deux à l'origine de « La Souterraine » ou les nouveaux défricheurs de la scène musicale française. Projet passionnant, éclectique et surtout exigeant, il est résumé dans un premier coffret de 4 cds (40 groupes, 40 chansons), à acheter pour presque rien ou à télécharger en « pay what you want ». Un must-have qui prouve à quel point la scène française est d’une grande vitalité. Une sorte de compilation 'Nuggets', mais à la française. Confirmation dans 30 ans.

Label : -


Pour rappel :
Bilan 2014 : Top 50 « Chansons »
Bilan 2014 : « Albums » (50-31)
Bilan 2014 : « Albums » (30-11)
Bilan 2014 : « Albums » (10-01)


Lire c'est bien mais écouter c'est quand même mieux. Ainsi, une chanson de chacun des disques présentés ci-dessus est en écoute dans le lecteur ci-dessous :