Et si l’on continuait sur les belles chansons passées à côté de mon radar il y a quelques mois de ça et qui méritent qu’on s’y arrêtent quelques minutes ? Après Mélanie Pain lundi place à Fai Baba groupe suisse découvert à l’occasion d’une soirée au Marché Gare de Lyon pour fêter les 10 ans de Casbah Records, label valentinois sur lequel ils sont signés.
Une prestation pas vraiment renversante, avouons le. Et leur album de novembre 2016 'Sad and Horny' ne m'a pas non plus convaincu outre mesure.
Pour autant, pile au milieu de l'album, à la plage 5, se trouve une chanson qui retient vraiment l'attention
Elle s'appelle Why Do I Feel So Alone et n'est rien d'autre qu'une petite douceur, mélancolique à souhait, au sifflement et au xylophone divins. Une très belle chanson triste en somme. Parfaite pour un mardi en plein été indien.
Album : Sad and Horny Année : 2016 Label : Casbah Records / A Tree in a Field Acheter
En plus des lecteurs Spotify et Deezer, Why Do I Feel So Alone de Fai Baba est en écoute ci-dessous :
Why Do I Feel So Alone de Fai Baba a également son clip, particulièrement réussi d'ailleurs :
J’ai un an de retard sur la sortie de cet album de Mélanie Pain, mais une question me taraude : la caennaise a fait quelque-chose de précis pour être boudée par les médias ?
C’est dingue d’être à ce point ignorée. Quand même, ‘My Name’ et ‘Bye Bye Manchester’ n'étaient-ils deux disques d’une finesse exquise, aux mélodies élégantes et où elle savait, plus qu’aucune autre de ses congénères françaises, marier sa voix à d'autres (la magie qui s'opérait entre elle et Ed Harcourt sur Black Widow, c'était quelque-chose) ? Oui, ils l'étaient. Et pourtant, rien ou pas grand chose.
Et je n'ai pas l'impression que son dernier album 'Parachute', sorti l’an passé, ait changé quoi que ce soit à l'affaire. On y retrouve une Mélanie Pain qui continue de changer de direction : exit les guitares afin de mieux se concentrer sur le piano et une production plus synthétique.
Mais sa voix, à moitié enfantine, ses histoires, ses mélodies, tout y est une nouvelle fois. Sans doute moins immédiat que ses prédécesseurs, plus épuré, mais pas moins réussi ‘Parachute’ prouve une nouvelle fois qu’il serait temps qu’on s’intéresse vraiment à Mélanie Pain. Et un an après, il n'est jamais trop tard pour (re)découvrir cet album : des artistes comme elle en France, on n’en a pas cinquante.
Album : Parachute Année : 2016 Label : Kwaidan Records
L’an passé, je suis totalement passé à côté du septième album d’Ed Harcourt, 'Furnaces', alors que justement nous avions retrouvé tous les deux (enfin sa musique et moi) une certaine complicité depuis peu (ici et là) après quelques années d'éloignement.
De cet album que je n’ai que trop peu écouté pour avoir un avis tranché (même s’il confirme qu’Ed Harcourt n'est jamais aussi brillant que quand il chante la mélancolie) ressort une chanson, You Give Me More Than Love, qui est la résultante d’un travail entre notre homme et son ami Christian Stephen, journaliste de guerre et présent ces derniers temps pour couvrir la guerre dans le nord de l'Irak.
De cette collaboration est sorti un clip/documentaire qui « met donc en musique » la vie de réfugiés irakiens fuyant l’État Islamique. Une façon de parler autrement et d'exposer la situation catastrophique que vivent ces populations. Comme l’explique Christian Stephen lui même :
« This video is a labour of love for us both, and an attempt to communicate the incommunicable. To defy the clinical packaging of a news report, and do our utmost to conjure a more emotive view of the conflict from an atmosphere all too easily relegated to the darkness. »
Et c’est peu dire que la musique, poignante et lancinante, d’Ed Harcourt sublime les images de ces visages épuisés, fermés mais parfois souriants, de Christian Stephen. Assurément une des plus belles chansons de l'anglais. Et de 2016.
En plus des lecteurs Spotify et Deezer, You Give Me More Than Love est à écouter et surtout à voir ci-dessous, dans le clip/documentaire de Christian Stephen :
« Cinemascope » s'affiche à l'écran puis disparaît alors que la caméra fixe son objectif sur une autoroute californienne embouteillée. Elle défile parmi les voitures à l'arrêt prenant leur mal en patience. Puis une chanson débute, une jeune femme ouvre sa portière et se met à danser et à chanter, avant que toutes les conducteurs et passagers alentours suivent son exemple.
Voilà commence La La Land, le film espéré dès la sortie de son teaser il y a quelques mois, puis encensé dès les premières projections. Et cette scène, aussi cliché ou film de genre que parfaite de bout en bout, est portée par la chanson du jour, Another Day of Sun, interprétée par le La La Land Cast.
A partir de là, l'histoire d'Emma Stone (serveuse qui se rêve actrice) et de Ryan Gosling (pianiste qui se rêve lui aussi en propriétaire d'une boite de jazz, genre musical dont il est fou et obsessionnel) va pouvoir prendre corps, entre mise en scène grandiose (la scène à la soirée quand Emma Stone sort des toilettes perdue dans ses pensées), moments féeriques (la scène du banc), couleurs, joies, peines, références subtilement distillées, humour délicieux, plans bien pensés (cette scène de fin avec des idées nouvelles toutes les 15 secondes)... et bande originale parfaite.
Car si l'on doit noter évidemment les prestations épatantes d'Emma Stone (et, qui en plus est, resplendissante tout du long) ou Ryan Gosling (qui se rappelle qu'il est toujours le leader d'un groupe de musique, certes pas forcément inoubliable, Dead Man's Bones), Damien Chazelle, le réalisateur, aura soigné le troisième personnage essentiel de son film : la musique.
Composée par Justin Hurwitz, elle fait la part belle à des instrumentaux jazzy, des chansons entraînantes comme jamais (Another Day of Sun donc, élue depuis vendredi soir 22h30 chanson la plus parfaite pour commencer un journée, mais aussi Someone In The Crowd) et à quelques bluettes à vous tirer les larmes (Audition (The Fools Who Dream) interprétée par Emma Stone ou City of Stars, avec Ryan Gosling au chant). Seul Start a Fire, avec John Legend au micro (qui joue le rôle de Keith) dénote dans cet univers d'un autre-temps, mais ne vient pas pour autant gâcher la grande qualité de cette bande-originale
Comédie musicale sur fond de comédie romantique (ou comédie romantique sur fond de comédie musicale, à vous de choisir), La La Land réussit en tout cas son pari à tous les niveaux : cinématographique et musical. En arrivant à doser justement l'un et l'autre, Damien Chazelle rend l'ensemble aussi enthousiasmant, touchant qu'intemporel.
Et si l'on ne peut s'empêcher, au sortir du film, de se dire que si même eux n'y croient plus, on est décidément foutu, La La Land résume assez bien de quoi devrait être fait la vie : de musique, de danse, de rêves à accomplir ; et de chansons comme Another Day of Sun pour rendre le ciel un peu plus bleu.
Album : La La Land (Original Motion Picture Soundtrack) Année : 2016 Label : Interscope Acheter
En plus des lecteurs Spotify et Deezer à gauche, Another Day of Sun qui ouvre la bande-originale de La La Land, est en écoute ci-dessous :
La version youtube de Another Day of Sun par le La La Land Cast :
City of Stars, chantée par Ryan Gosling (à zapper si vous n'avez pas encore vu le film) :
Et pour ceux qui seraient passés à côté, la bande-annonce de 'La La Land' :
Profitons de cette vague de froid qui ne fait pas semblant pour plonger nos oreilles dans le son glacé et glaçant de 'Heroic', troisième album - en 9 ans - de 69, duo formé par Virginie Peitavi et Armand Gonzalez (soit deux-tiers des mythiques Sloy).
Car oui, 'Heroic' n'est pas un disque festif, fait de chansons pop faciles et de mélodies vagabondes et sautillantes. Non, et bien au contraire, ce troisième album de 69 est un disque de saison. Un disque cinglant comme un vent hivernal qui aurait laissé l'humidité
dans les hauteurs ; un album aride. Mais 8 chansons entêtantes, hypnotiques (cette rythmique !) où le chant - en anglais - laisse
la place la plus importante à des sonorités post-punk et cold-wave.
Sorti le 30 novembre dans, me semble t-il en tout cas, une indifférence quasi-générale médiatique (c'est ça de vouloir faire ses tops de fin d'année au milieu de l'automne), 'Heroic' de 69 mérite mieux que cela. Lent, léthargique par moment, il n'en est que plus hypnotique. Et alors qu'on évoque chaque mois (et à raison) un peu plus cette nouvelle scène française en pleine effervescence, il serait bon de ne pas oublier quelques valeureux « anciens », dont l'intransigeance artistique ne bouge pas.
Album : Heroic Année : 2016 Label : Lowmen Rds / Le Turc Mécanique
Terry Malts est un trio de San Francisco qui a sorti à l'automne 2016 son troisième album 'Lost at the Party'. N'ayant écouté que très sporadiquement les deux premiers suite à la découverte de celui-ci, je vous épargnerais donc les comparaisons sans queue ni tête.
'Lost at the Party' donc. Un disque qui sonnera sans doute très bien aux oreilles des personnes qui comme moi ont vécu leur adolescence dans les années 90. Car si l'on retrouve bien quelques incursions vers une certaine idée de la pop des années 80 (When The Nightime Comes, And Suddenly), cet album des Terry Malts aurait pu être enregistré dans les années 90. Tout ici a le goût et le charme de cette période là, des riffs de guitares (Used to Be, Playtime) au chant (Seen Everything) en passant par le son lourd (Come Back) et plus généralement la production (rien que Your Turn !).
Sans rien révolutionner une seconde, Terry Malts accouche ici d'un album solide, entre pop-punk et power-pop, incisif, bien écrit, dansant et référencé mais sans que cela rende l'ensemble lourd à porter. Mais surtout, 'Lost at the Party' prouve une nouvelle fois qu'après la passion de ces dernières années pour un revival 80s usé jusqu'à la moelle, la mode s'empare plus que jamais de la décennie suivante. Et pourquoi pas ?
Album : Lost at the Party Année : 2016 Label : Slumberland
Disons le tout de suite : ce n'est pas parce que 2017 vient d'ouvrir les yeux qu'il faut tirer un trait sur 2016. Oh bien sûr, je vais doucement mais sûrement me plonger dans ce qui va faire l'année musicale qui s'ouvre devant nous. Mais je n'ai pas encore eu le temps d'évoquer tous les disques dont j'avais envie de parler. Donc, continuons à regarder quelques mois en arrière.
Prenons par exemple 'The Wild Mercury', nouvel album de Vandaveer, groupe a géométrie variable et formé principalement de Mark Charles Heidinger (artiste australien déjà évoqué dans ces pages - voir ici et là - mais surtout mémorable pour être le chanteur de The Apparitions, éphémère groupe de dont le fantastique 'As This is Futuristic' aurait du connaitre un bien meilleur sort en 2006) et Rose Guerin ; Vandaveer dont la blogothèque avait réalisé un bien joli « concert à emporter » (voir plus bas).
'The Wild Mercury' est le cinquième album de Vandaveer, peut-être pas le plus réussi, mais qui a le bon gout de distiller ici et là quelques jolies bluettes folk-pop de fort bon calibre ; et si l'on n'atteint toujours pas les sommets de Damien Rice / Lisa Hannigan, le duo vocal Heidinger / Guerin fonctionne parfaitement une nouvelle fois.
Bref, 'The Wild Mercury' de Vandaveer, un disque sans doute pas essentiel de l'année qui vient de s'achever. Mais pour ouvrir 2017, il est parfait. Et il marche très bien un lendemain de réveillon arrosé, de verres échangés et de danses chaloupées (ou non) jusqu'au petit matin. D'ailleurs, vu qu'on y est : bonne année mesdames messieurs !
Album : The Wild Mercury Année : 2016 Label : Ramshackler Music
En plus des lecteurs Spotify et Deezer à gauche, But Enough On That For Now de Vandaveer est également en écoute sur le lien ci-dessous :
Vu que c'est fête, deux autres chansons tirées de ce 'The Wild Mercury' : The Final Word (l'histoire d'un homme qui se rappelle de ses conquêtes passées ayant échouées) et Absolutely Over The Moon, vaporeuse à souhait :
Enfin et pour finir, la session de 2008 du Take Away Show de la Blogothèque est à voir ici :
Dernièrement, je retombe beaucoup sur des groupes croisés il y a bien longtemps. Il y a eu Joe Purdy. Et aujourd'hui, c'est au tour de Unkle Bob, un groupe écossais, dont le plus grand succès avait été de figurer dans la dernière scène d'un épisode d'une série à succès, Grey's Anatomy pour ne pas la nommer (l'extrait est à voir plus).
Et pourtant, le groupe valait mieux que cela. Car Swans, la fameuse chanson, très belle au demeurant, faisait partie d'un album de grande qualité, 'Sugar & Spite', le genre d'album pop qui aurait pu tomber du mauvais côté mais qui savait pas user des ficelles plus grosses qu'un scénario d'un livre de Guillaume Musso, que beaucoup de groupes (et souvent américains) de ce genre ne se font pas prier pour appliquer.
Perdu de vue depuis un joli 'Shockwaves', voilà t-y pas que les Unkle Bob reviennent dire bonjour avec un mini-album 'The Deepest Sea', après un Ep et un album entre temps. Un disque court (forcément), remplies de bluettes mélancoliques, tristes et de cœurs brisés, dont le principal défaut est de ne pas trop savoir comment terminer ses chansons.
Joliment chanté et réalisé, avec de belles mélodies, 'The Deepest Sea' de Unkle Bob n'est pas un disque mémorable. Mais pour peu que vous aimiez, comme moi, ce genre musical là, vous devriez y trouver votre compte. Et I Watched Your Heart est une sacrée belle chanson.
Album : The Deepest Sea Année : 2016 Label : Just Me / In Black Records
Trio féminin californien, L.A. Witch est la jolie découverte de ce week-end. Un groupe composé de Sade Sanchez (au chant et à la guitare), Ellie English (batterie) et Irita Pai (basse), formé en 2012 et dont 'Drive Your Car 7"' est la première sortie physique après un Ep ('L.A. Witch' en 2013) et deux singles. Et on ne peut pas dire qu'il manque d'énergie.
Plus garage que punk en face-A (Drive Your Car), blues-rock en face-B (Ain't Coming Home, la face-B), ce 45-tours des L.A. Witch promet en tout cas beaucoup. Les guitares fuzz sont de sorties, la production est bien pensée (de la reverb, la voix cachée derrière, et plus globalement lo-fi au sens strict du terme), les mélodies sont là. Et ce qui ne gâche rien, elles ont un très bon gout esthétique (je trouve pour ma part la pochette magnifique).
La suite logique de ce 45-tours est donc la sortie d'un premier album. On devrait en savoir un peu plus lors de leur passage en France (notamment) au printemps 2017 (pour les lyonnais, le 1er mars au Sonic). Curieux de connaitre la suite de leurs aventure.
Album : Drive Your Car 7" Année : 2016 Label : Black Mass Recordings Acheter
En plus des lecteurs Spotify et Deezer, Drive Your Car est en écoute sur le lecteur bandcamp de L.A. Witch :
Ain't Coming Home, la face-B de ce premier 45-tours des L.A. Witch, est également en écoute ci-dessous :
Pour finir, une version live de Drive Your Car, enregistrée en 2014 lors de leur passage au Sir Francis Festival :
C'est en flânant chez Charlu que j'ai appris que Joe Purdy continuait de sortir des disques. Joe qui ? Mais si, Joe Purdy, un artiste que des millions de gens de par le monde ont un jour écouté dans leur vie. Car Wash Away, la chanson qui habillait la fin de l'épisode 3 ('Tabula Rasa') de la saison 1 de LOST, c'était lui (la vidéo est à voir au bas de ce papier).
Qu'en dire donc ? Pas grand-chose à dire vrai. 'Who Will Be Next', son 13è album en 14 ans, n'est pas franchement renversant. Peut-être est-ce dû à une épure un peu trop grande. Peut-être est-ce dû à cette voix un peu trop maniérée par moments. Ou simplement qu'il singe parfois un peu trop ses glorieux prédécesseurs (Children of Privilege, très Dylan). Sans doute un peu tout cela à la fois qui fait que son folk, sa country ou ses chansons aux accents irlandais ne m'ont pas plus intéressé que cela.
Oh, une nouvelle fois rien d'infamant, il y a quelques beaux passages même (la chanson titre Who Will Be Next, en écoute aujourd'hui, est une vraie réussite) mais rien de bien remarquable dans l'ensemble. Seulement, revoir le nom de Joe Purdy m'a donné envie de retourné sur « The Eyeland ». Et rien que pour cela, merci Joe Purdy.
Album : Who Will Be Next Année : 2016 Label : Mudtown Crier Records
En écoute dans les lecteurs Deezer et Spotify, Who Will Be Next de Joe Purdy est également en écoute ci-dessous :
Autre chanson de ce 'Who Will Be Next' de Joe Purdy, Kristine qui me fait beaucoup penser à Shawn Mullins :
La vraie raison de cette chronique de l'album de Joe Purdy, c'est tout de même ça : la fin de l'épisode 3 de la saison 1 de LOST. Comme disait Jack à Kate : « We have to go back ! » :
Encore un disque à côté duquel j'étais passé jusque là : le premier effort solo de Cullen Omori, la voix de Smith Westerns.
Smith Westerns est un groupe américain de Chicago auteur de deux premiers albums pas forcément essentiels mais dont le dernier en date 'Soft Will', qui n'aurait dû être pour moi que l'album d'un été, avait fini par être mon disque pop de l'année 2013.
Depuis, les Smith Westerns se sont séparés (c'est moche mais c'est la vie). Et le chanteur, Cullen Omori, est donc parti voir si l'herbe était plus verte tout seul. Il a donc sorti en mars dernier son premier effort solo, 'New Misery', chez Sub Pop (encore eux !).
Un disque dans la continuité de ceux de Smith Westerns, rappelant par moment aussi bien les Sleepy Jackson (presque éphémère groupe australien que le chanteur quittera pour mieux aller former Empire of the Sun, uhm) que MGMT, n'hésitant pas à jouer la carte du indie-guitar hero par moment, avec toujours en tête l'idée de pondre des mélodies de haute tenue sur lesquelles il chante de sa voix presque androgyne, le tout entouré d'une production pleine de réverb'. Et surtout un disque de pop assez psychédélique, qui confirme en 11 chansons le bien fondé de l'aventure solo de Cullen Omori.
Mieux, plus les écoutes s'enchainent, plus ce 'New Misery' s'impose presque quotidiennement dans mes enceintes. Décidément, ce type a un truc pour faire de chacun de ses disques un grower.
Travis fut un temps héraut de la pop britannique. C'étiat en 1999 lors de la sortie de 'The Man Who'. Depuis, Travis n'a pas disparu et continue de sortir à un rythme régulier des albums.
Oui mais voilà, Travis est retombé dans l'anonymat le plus total depuis un Sing sur-matraqué sur les ondes en 2001. Personne ne s'intéresse plus vraiment à ses sorties et je ne suis pas sur que leurs singles émeuvent encore les kids anglais.
Travis est devenu en quelque-sorte une équipe de milieu de tableau de Division 1 de football. Une équipe capable de proposer un jeu léché, brillant, plein d'envie, et d'attirer sur elle tous les regards le temps d'une saison ('The Man Who' vendra la bagatelle de 3M de copies rien qu'en Grande-Bretagne !) ; et de peiner ensuite à retrouver un jeu flamboyant, rapide, aux idées de jeu claires et pleines d'allant.
Il y a bien eu un retour de flamme ('Where You Stand' en 2013 était un bien bel album) où Travis méritait de retrouver les sommets des charts, mais rien n'y fait, malgré la grande qualité de l'ensemble, tout le monde ou presque s'en fout.
Alors, sans le vouloir, le soufflé retombe, comme prévu. La preuve avec leur dernier album en date donc. Oh, rien qui
l'envoie en deuxième division. Non, ils sont en Division 1 et ils y sont bien.
Mais sur 'Everything at Once', Travis perd en finesse (un comble pour eux) et ne propose plus qu'un jeu au
milieu de terrain qui ne prend pas de risques, aligne deux récupérateurs
besogneux qui jouent une partition répétitive (aussi bien dans les
mélodies que leurs constructions) et oublie de placer des ailiers virevoltant sur les côtés pour lancer quelques mélodies qui font mouche à la première écoute.
A un coup d'éclat (Strangers on a Train, vraie pépite de l'album, en écoute aujourd'hui) et une chanson très Travis dans l'esprit mais réussie près (All of The Places), rien de bien notable ici. Bien assez pour se maintenir en championnat (la concurrence n'est pas forcément meilleure), mais pas vraiment de quoi espérer faire un coup dans une des deux coupes. Reste plus qu'à espérer un nouvel entraîneur : ces mecs là ont trop de talent pour rester englué dans le ventre mou d'une pop anglaise pas forcément formidable.
Album : Everything at Once Année : 2016 Label : Red Telephone Box
Et donc Allo Darlin' a décidé de dire au-revoir. Non pas à la sortie d'un album raté. Non pas à la suite de tensions internes au groupe. Non. Juste parce que le groupe mené par la belle voix d'Elizabeth Morris était arrivé au bout du chemin. Comme ils le disaient eux-mêmes en septembre dernier (le post entier est à lire ici) :
« Many years ago we took the decision that our friendship was more important to us than our ”career ”as a band. This meant that we didn’t tour relentlessly and didn’t let the music business get in the way of what brought us together in the first place: the joy of music and the thrill of playing with people you were lucky enough to call your friends. »
Et suite à cette très respectable décision, Allo Darlin' a décidé de faire cela bien. Suite à un 'We come From The Same Place' de haute tenue qui venait compléter une courte discographie de qualité ('Allo Darlin'' en 2010 et 'Europe' en 2012), le quatuor londonien a donc décidé de terminer son histoire par deux concerts à Londres dans quelques jours.
Mais avant de remiser pour de bon leur twee et leur indie-pop, leurs chansons sucrées et leurs
mélodies ensoleillées, Allo Darlin' sort un dernier 45-tours, digital (en tout cas jusque là), non prévu, composé de deux chansons : Hymn on the 45 (tout un symbole) et Wanderlust. Deux chansons qui sont une belle conclusion à leur carrière, qui veulent dire beaucoup et où l'on sent le groupe prendre vraiment plaisir à enregistrer.
Et deux titres qui nous font dire que sans jamais avoir révolutionné quoique ce soit dans la musique de cette décennie, un groupe aussi sympathique et aux mélodies aussi attachantes qu'Allo Darlin', forcément, il va manquer.
Album : Hymn on the 45 / Wanderlust (Digital 7") Année : 2016 Label : - Acheter
Indisponible sur Spotify et Deezer, les deux chansons de cette dernière sortie de Allo Darlin' sont en écoute sur le bandcamp du groupe et ci-dessous. Tout d'abord Hymn on the 45 :
S'il y a une tradition américaine ou anglo-saxonne que j'ai toujours beaucoup aimé, c'est cette passion qu'a ce pays pour les chansons de Noël. Depuis 70 ans, ils sont nombreux les groupes ou les artistes solos à s'écheniller chaque mois de décembre à sortir un disque ou un single autour de ce thème là.
Tradition peu répandue de ce côté là de l'Atlantique (la perfide Albion mise à part), elle a commencé à prendre corps chez nous au milieu des années 2000 avec les sorties (notamment) des deux sublimes coffrets de Sufjan Stevens.
Mais Low est un groupe américain et a donc cette routine bien ancrée au corps ; et ce depuis longtemps (le 'Christmas Ep' en 1999). Le trio de Duluth au Minnesota vient de remettre son chapeau de Père Noël le temps d'un Some Hearts (at Christmas Time) et qu'ils dédient à nous tous :
« To friends who have moved away and friends who have passed on this year. To one and all, especially those who are alone, we wish you a Merry Christmas and new hope for the new year. May we all find ways to lift each other.
With love,
Mimi, Alan and Steve »
Un single dans la lignée de leur précédent album 'Ones and Sixes' - dont on espère un successeur pour 2017 - et qui vient ici lancer une mini-tournée en Angleterre et en Irlande (et qui évite soigneusement la France). Vu la qualité des concerts de Low, c'est peu de dire que nos voisins sont vernis.
Album : Some Hearts (at Christmas Time) Digital Single Année : 2016 Label : Sub Pop Acheter
En écoute dans les lecteurs Deezer et Spotify à gauche, Some Hearts (at Christmas Time) de Low est également en écoute ci-dessous :
Groupe découvert grâce à Lau Esta (pour la suivre sur Twitter, c'est ici), Vital Idles est un quatuor écossais de Glasgow qui après quelques démos se lance dans le grand bain avec sa première sortie officielle, un 45-tours chez Not Unloved Records.
Deux chansons au programme et leur bandcamp ne ment pas : oui Vital Idles fait dans le punk (My Sentiments en face-A gueulée presque à contre-temps) mais aussi dans la pop (The Garden, joliment orchestré, avec un chant et un texte finalement punk, en face-B).
Difficile à dire ce qu'il adviendra des Jessica, Matthew, Nicholas et Ruari formant Vital Idles ; si ce premier essai en amènera d'autres. Mais ce 45-tours est prometteur, notamment The Garden (en écoute aujourd'hui) qui a une belle ambition pop. De là à penser qu'ils sauront rapidement se faire un nom, qui plus est dans une ville comme Glasgow dont l'apport au monde de la musique est inestimable, il n'y a qu'un pas. A suivre donc.
Album :My Sentiments / The Garden 7" Année : 2016 Label : Not Unloved Records
Alors qu'il vient de mettre un point final à sa trilogie familiale 'The Family Tree' ('The Roots', 'The Branches' et 'The Leaves' au printemps dernier. Il est à noter d'ailleurs qu'un très joli site permet d'en savoir plus et de se perdre dans son histoire familiale ici) mais aussi à sa série d'Ep 'The Bastards' (les chansons composées sur le même sujet mais ne rentrant pas exactement dans la série 'The Family Tree'), arrêtée au nombre de quatre (et depuis éditée officiellement), Ben Cooper, plus connu sous le nom de Radical Face, va pouvoir se consacrer à de nouveaux sujets.
L'auteur du chef d’œuvre qu'est 'Ghost' en a même décidé de changer sa façon de travailler :
« I think I'm pretty done with the record cycle for the time being. Coming down from such a long drawn out project has made me a lot more excited for something rapid. I want less space between recordings and releases. And I'm much less interested in being so specific about the length. Not everything has to be a record. Some ideas might just be a single song, not connected to anything. Or one 20 minute piece. Or an EP of 5 songs. Or a series of EPs. If I have an idea that would need a normal length record to get across, that's fine. But I think, because that's the format we always work in, I tend to shelve, or outright discard, ideas that don't fit into that mold. »
Un exemple donc, avec ce premier single post-'The Family Tree', Sunn. Une chanson dans l'esprit de Radical Face (ses mélodies sont reconnaissables entre mille !), mais plus « électronique » (tout ceci est très relatif), à la mélancolie évidemment très présente. Une chanson qui devrait faire partie d'un Ep à venir dans les prochaines semaines dont, raconte l'auteur, aucune chanson ne devrait ressembler à une autre. Et qui sortira sur le propre label de Radical Face, Bear Machine. Impatience quand tu nous tiens.
NB : Deux pochettes pour le prix d'une. L'officielle est celle-ci contre, l'officieuse est celle en tête de l'article, réalisée par un certain Gordonmcb.
Je dois avouer que la mort de Leonard Cohen est arrivée comme quelque-chose de totalement inattendu pour moi. Pourtant notre homme avait 82 ans. Pourtant, je savais que la mort de sa muse Marianne Ihlen (qui lui ont inspiré, notamment, So Long, Marrianne et Bird on a Wire) l'avait touché et qu'il lui annonçait dans sa dernière lettre qu'il la suivrait de près (ce très beau texte est à lire là). Pourtant son dernier album, aussi bien de par son titre 'You Want It Darker' que par les paroles de la chanson du même nom (« I'm ready my Lord »), annonçait la couleur. Pourtant, le même dernier album regorge de passages exprimant une fin prochaine (« I'm leaving the table... I'm out of the game »). Pourtant, sa voix était plus que caverneuse que jamais. Et pourtant, s'il est un disque pieux, cet album peut se lire doublement, comme des adieux à sa muse de toujours.
Et malgré tout ce faisceau d'indice, je suis tombé tristement des nues dans la nuit de vendredi quand la famille de Leonard Cohen a appris au monde entier son décès. Sûrement parce que, justement, son dernier album est une splendeur et qu'on arrive - presque - à en oublier le côté sombre. Parce qu'il y apparait magnifique. Parce que ses textes sont beaux. Parce que sa voix sombre, sans doute jamais aussi grave qu'aujourd'hui, est belle de douceur et de force. Parce qu'on y trouve de beaux silence. Et parce qu'on arrive à déceler quelques moments lumineux.
Leonard Cohen s'en va donc sur cet album et un dernier morceau, String Reprise / Treaty, comme une bien sublime façon de dire au-revoir. Ah, quel testament que ceci !
Le temps se couvre, la pluie devient un quotidien, la nuit a jeté son emprise sur nos jours. Rien de mieux qu'un tel cocktail de tristesse et de sinistrose pour se jeter sur le nouvel album de Emma Ruth Rundle, californienne de 33 ans dont je découvre la musique et le talent.
Membre actif de Red Sparowes, Marriages et Nocturnes, Emma Ruth Rundle vient de sortir le 30 septembre dernier son troisième album, 'Marked for Death'. Et un disque, aussi bien de par son titre et sa pochette, qui ne ment pas sur la marchandise. Car on a ici affaire à un disque sombre, aride même par moments (fameux Real Big Sky) dont l'unique - ou presque - phare dans la nuit est cette guitare électrique qu'elle fait très bien sonner.
Si l'on pense évidemment à PJ Harvey, on sent aussi une volonté parfois d'aller tutoyer des charts un peu plus larges, avec des passages qui rappellent de temps en temps Alanis Morissette (celle des débuts) mais surtout Leah Andreone, la voix maniérée en moins (mais si, Leah Andreone, l'auteure de ce tube là, et dont l'album d'ailleurs valait le coup d'oreille - à l'époque de mon adolescence en tout cas), tout en proposant un son plus brut que celles-ci. Quoiqu'il en soit, Emma Ruth Rundle propose avec 'Marked for Death' un disque vraiment cohérent et à la production travaillée. Un disque de saison ; l'avenir nous dira s'il est plus que cela.
Album : Marked for Death Année : 2016 Label : Sargent House
Johnny Hawaii est le nom de scène d'Olivier Scalia, marseillais dont le premier album en 2013 avait fait parler de lui (à lire chez Random Songs). Pour ma part, je dois admettre que j'étais bien passé à côté.
Le temps de se rattraper et voilà que Johnny Hawaii sort un nouvel album, totalement instrumental, et à la rêverie inscrite dans chacune des notes qui sortent de ce 'New Age on a Board'.
Entre chants d'oiseaux, ambiances totalement oniriques, bruit de la mer aussi, il y a chez ce 'New Age on a Board' quelque-chose d'aussi psychédélique que rêveur, d'aussi planant que pop. Pop oui, car sur Bali Kraut (en écoute aujourd'hui), on croirait entendre la face-cachée de La Femme d'Argent du 'Moon Safari' de Air.
Un disque propice au voyage. Qu'il soit sur mer, sur terre ou mental en gros, accompagné de fumée ou non.
Album : New Age on a Board Année : 2016 Label : Station Radar Acheter
Indisponible sur Spotify (et donc dans la playlist à gauche), Bali Kraut est en écoute sur le bandcamp de Johnny Hawaii, où l'on peut écouter également 'New Age on a Board' en entier et l'acheter au format digital pour 5€) :
« I did not rush to be seen Floating in mother’s warm dark sea Endlessly My resistance wore down on a Friday Near noon Piercing the light too soon Too soon
Mostly not visible but to the air Mostly not visible but to the air
I met the world slowly Slowly Thought I was a stowaway Caressed me into being For nearly nothing Thought I was a stowaway Guess I was a stowaway
Mostly not visible but to the air Mostly not visible but to the air
Mostly not visible but to the air
Shadow of the living light Mostly not visible but to the air
Shadow of the living light
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Shadow of the living light
Shadow of the living light »
Album : Ghosts of No Année : 2016 Label : Vicious Circle