Album : -
Année : 2013
Label : -
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Je me suis fait la réflexion la semaine dernière quand j'écrivais mon billet sur Toy Fight: les artistes français ont du talent. Et pas qu'un peu. M'est donc venu l'idée de consacrer la semaine qui s'ouvre à des artistes français, anglophiles ou non, confirmés ou pas, histoire de mettre en lumière mes derniers coups de cœur musicaux francophones.Dans ce disque, il est en effet question de fantômes. Celui des productions passées d'Injury Reserve pour commencer. Car si le hip-hop de By Storm est toujours abstrackt et expérimental, le tempo est plus lent, construit sur des arpèges de guitares aux atours folktronica et indus, où glitch et beats se la jouent minimalistes, pendant que soul et jazz passent une tête de temps à autre.
D'autres fantômes traversent 'My Ghosts Go Ghost'. Ceux de la vie passée de RiTchie, qui raconte qu'il est sur le point de devenir papa, et tout ce que cela signifie : ces concessions, cette vie moins contraignante qui lui échappe, voire cette jalousie pour ce futur enfant à naître (Can I Have You For Myself?) ; ceux d'une industrie musicale qui a totalement périclité et qui ne permet plus aux artistes talentueux de s'en sortir, de vivre de l'art, obligés qu'ils sont de cumuler scène et petit boulot pour subvenir aux besoins de leur famille.
Évidemment, le fantôme le plus marquant de 'My Ghosts Go Ghost' est bien celui de Stepa J. Groggs. Mais n'attendez pas que By Storm fasse dans l'évocation pompière ou vienne étaler son chagrin à la face de son auditoire. Non, le duo rend hommage à son ami avec touché et pudeur, évoquant lui ou sa disparition au détour d'allusions sibyllines, métaphoriques voire cryptiques. Et son absence se cristallise merveilleusement sur le morceau In My Town. Une chanson de sept minutes, faite d'une ambiance assez ténébreuse, où RiTchie rappe, percutant et ciselé, son texte fustigeant l'industrie musicale, Live Nation et la difficulté de joindre les deux bouts ; en contrechamp une voix aérienne, comme évanescente, répète et psalmodie quelques uns de ses vers. Et alors que le refrain vient de se terminer, alors que le deuxième couplet devrait prendre la suite... rien. Personne au micro. La voix en arrière-plan se tait, la chanson laisse dérouler sa mélodie, sans qu'une rime ne vienne la perturber. Comme si By Storm avait conscience que cette seconde partie aurait du appartenir à Stepa J. Groggs et qu'en son absence, il valait mieux laisser la musique continuer seule, sans ses mots.
'In My Town' est l'apogée de 'My Ghosts Go Ghost', qui pourtant ne manque pas de grandes chansons : And I Dance, qui transpire de mélancolie mais a tout d'un tube, le lumineux GGG en conclusion, le curieux mais si addictif Zig Zag, Dead Weight et ses boucles hypnotiques, la formidable ouverture Can I Have You For Myself?, Grapefruit et son beat répétitif et obsédant, le taiseux et embrumé Best Interest sur lequel vient rapper sur un couplet Billy Woods, seul invité de l'album, ou Double Trio 2, suite de leur tout premier single, presque grandiloquent.
'My Ghosts Go Ghost' est un disque impressionnant de la part de By Storm, comme construit sur plusieurs niveaux musicaux, plein de strates qui se
superposent ou s'emboitent, le tout produit avec une justesse
folle par Parker Corey. Un album de hip-hop d'avant-garde, d'une écriture, d'une beauté et d'une finesse renversantes. Un disque de catharsis aussi. Et un merveilleux
hommage à leur meilleur ami. La mort, c'est de la merde. Mais ça
débouche parfois sur des miracles. (Sortie : 30 janvier 2026)
Plus :
'My Ghosts Go Ghost' de By Storm est en écoute sur le bandcamp du groupe
'My Ghosts Go Ghost' de By Storm est à l'achat sur le bandcamp du groupe
'My Ghosts Go Ghost' de By Storm est en écoute un peu de partout ici
'My Ghosts Go Ghost' de By Storm est à l'achat sur le site de deadAir, en version vinyle ET cd
Trois chansons de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm en écoute aujourd'hui. A tout seigneur, tout honneur, In My Town pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis And I Dance, à la mélancolie superbe et à ses atours de tube. Et enfin, GGG, la chanson de conclusion, presque pop :
A ce jour, quatre clips ont été tirés de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm. En voilà deux, l'immense In My Town et And I Dance. En bonus, la vidéo qui a fait la transition entre Injury Reserve et By Storm. Un clip de dix minutes avec une première partie consacrée à Bye Storm, la dernière chanson de 'By The Time I Get To Phoenix', dont la vidéo rend hommage à Stepa J. Groggs, et une seconde, enchainée avec Double Trio, le premier morceau composé par By Storm :



Médaille d'or : Death & Vanilla
Quand on réfléchit bien, les années 60/70 sont en tous points semblables aux années 2000 : des artistes qui trustent les premières places des charts et une ribambelle de groupes peu ou pas connus qui sortent des albums qui ont tout pour devenir des classiques mais qui n’obtiennent pas la reconnaissance du public à cause de campagnes de promotions défaillantes et/ou inexistantes et tombent dans l’oubli de l’histoire de la musique avant de, parfois, retrouver la lumière du jour grâce à quelques complétistes passionnés.
La France, après avoir traversé sans trop de dommages les turbulences insupportables de la déferlante des baby-rockers, ne serait-elle pas en train de prendre une voie plus pop? Le premier album de Revolver, le prochain Arnaud Fleurent-Didier sont des signes assez fort dans ce sens.





