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mercredi 25 janvier 2017

Car Seat Headrest - Teens of Denial [Matador]

Alors oui, je sais, on vous a sûrement déjà ressassé les oreilles avec cet album là. A quoi bon donc en parler dans ces pages alors que 2017 a ouvert ses bras et que 'Teens of Denial' est sorti en juillet 2016 ? Parce qu'il mérite qu'on en dise à nouveau le plus grand bien. Et parce que des albums comme cela, on n'en trouve pas à tous les coins d'un label.

Mais qui sont donc les Car Seat Headrest ? Avant tout, ce groupe est le projet d'un seul homme Will Toledo, jeune et prolifique américain de 24 ans, qui a enregistré en l'espace de 3 ans pas moins de 11 albums dans son coin (et tous en écoute sur bandcamp, voir plus bas). Des disques lo-fi et brinquebalant, entre bedroom pop et garage-car (oui, certains de ces disques ont été enregistrés dans sa voiture, d'où Car Seat Headrest, littéralement « appuie-tête de voiture »), évidemment très Do It Yourself.

Repéré par Chris Lombardi de Matador Records (excusez du peu), Will Toledo signe en 2014 sur le label des Yo La Tengo, Liz Phair et autres Pavement. Mais Matador veut faire les choses bien et croit beaucoup en son nouveau poulain - et il y a de quoi. Ainsi, plutôt que brûler tout le potentiel du bonhomme et histoire de présenter à un plus large public, il le laisse ré-enregistrer à l'automne 2015 certaines de ses premières compositions. 'Teens of Style' parait, le disque ne souffre pas d'avoir perdu son côté DIY et le garçon se fait un nom. Car Seat Headrest s'enrichit alors de trois membres pour donner plus de corps à sa musique et à ses ambitions et embraye un an plus tard avec son premier album pour un label, 'Teens of Denial'.

Prévu en mai dernier, il voit sa sortie repoussée à cause d'un Rick Ocasek (leader de The Cars) pas vraiment complice qui lui reproche un sample non-clearé de son titre Just What I Needed (et ce n'est pourtant pas faute à Matador et à Car Seat Headrest d'avoir fait les démarches en ce sens, de longs mois avant). Rappel de tous les disques déjà envoyés à travers tout le pays, destruction de ceux-ci, réenregistrement et changement de titre pour la chanson incriminée (de Just What I Wanted/Not Just What I Needed, elle devient Not Just What I Needed, même si l'influence reste manifeste). Deux mois plus tard, 'Teens of Denial' voit officiellement le jour. Et met une baffe à beaucoup, et en premier lieu à l'auteur de ses lignes.

En 12 titres, Car Seat Headrest, porté par une production moins lo-fi que ses précédents enregistrements et particulièrement bien vue, assène dès les premières secondes de l'album un riff diabolique qui donne le ton (Fill in the Blank). La suite ne dévie pas de la trajectoire. Étirant ses morceaux comme jamais sans pour autant les rendre ennuyeux ou sans arriver à leur trouver une porte de sortie, Car Seat Headrest affiche ses ambitions, rappelle à lui Pavement (Destroyed by Hippie Powers notamment mais pas que), Nada Surf (la construction de Drunk Drivers / Killer Whales et cette façon d'amener et d'hurler le refrain), Sebadoh et autres groupes du genre. Il en profite même pour piquer aux Doors la guitare de leur L.A. Woman (Connect the Dots (The Saga of Frank Sinatra)).

Contant avec une voix trainante des histoires d'une jeunesse désabusée, qui s'ennuie, qui s'emmerde, qui se foire et qui ne trouve même plus son remède dans l'alcool et la drogue, Car Seat Headrest compose ici aussi bien des hymnes rock (Drunk Drivers / Killer Whales) que des balades à fredonner à tue-tête (fameux « drugs are better, drugs are better with friends are better, friends are better with drugs... » sur (Joe Gets Kicked Out of School for Using) Drugs With Friends (But Says This Isn't a Problem) ou tout simplement tuantes (les 11mns parfaites de The Ballad of Costa Concordia qui rappelle Okkervil River dans sa première partie).

Brillant album, à tous les niveaux, 'Teens of Denial' est une vraie révélation pour votre serviteur. Sans doute le disque le plus écouté 2016, cet album de Car Seat Headrest pose toutefois quelques questions : ce projet restera t-il celui de Will Toledo qui, tel un Eels, ferait tourner les membres autour de lui ? Intitulera t-il tous ses prochains albums Teens quelque-chose ? Quand reviendra t-il ? Après 12 albums et une compilation, a-t-il encore des choses à dire ?
Une chose est sûre cependant : quoi qu'il en dise sur les derniers mots de Joe Goes To School qui cloture ce 'Teens of Denial', Car Seat Hedarest n'est en aucun cas une simple « tourist attraction ». J'ai même comme l'impression qu'on vient d'en prendre pour un moment. Tant mieux. (Sortie : 20 mai 2016)

Son :
'Teens of Denial' de Car Seat Headrest est en écoute (partielle) sur le bandcamp du groupe
'Teens of Denial' de Car Seat Headrest est à l'achat, toujours sur le bandcamp du groupe
'Teens of Denial' de Car Seat Headrest est également en écoute sur Spotify et Deezer

Les 11 premiers efforts de Car Seat Headrest sont en écoute sur son bandcamp
On y trouve également la « compilation » 'Teens of Style'

Enfin, pour en savoir plus sur l'histoire de Car Seat Headrest, pré 'Teens of Denial', cet article de Rolling Stones US est à lire.


Beaucoup de choses à écouter aujourd'hui et à voir de ce 'Teens of Denial' de Car Seat Headrest. Tout d'abord, Drunk Drivers / Killer Whales, hit en puissance (en écoute également dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche). Ensuite, Vincent et son intro parfaite.





Pas plus de titres de disponibles sur le bandcamp de Car Seat Headrest ? Rabattons nous donc sur les clips. Tout d'abord Fill in The Blank qui ouvre parfaitement ce 'Teens of Denial' (ah ce riff) :


Ensuite, le clip de Drunk Drivers / Killers Whales, longue balade sur le bitume et sur l'eau :


Enfin, le clip de Vincent, évidemment édité (l'originale fait 7'45'', voir plus haut) :


jeudi 15 décembre 2016

Action Dead Mouse - Cascata [Fallo Dischi / To Lose La Track / Screamore/ È Un Brutto Posto Dove Vivere]

Nouvel album pour les furieux d'Action Dead Mouse et toujours peu de bruit par chez nous. Et pourtant, les italiens énervés - et qui chantent dans leur belle langue natale - auraient de quoi plaire au plus grand nombre.

Bon, d'accord, plus grand nombre est peut-être légèrement excessif. Il n'est pas en effet dit que leurs guitares math-rock ou parfois hardcore séduisent tout le monde. Mais quand même ! Surtout que leur dernier album 'Cascata' (« cascade » ou « chute » en italien), dans la lignée de leurs efforts précédents ('Revenge of Doormats and Coasters' et 'ä' pour ne citer qu'eux, deux albums chéris de ces pages), est un sacré disque, une nouvelle fois.

Si j'en crois ce que j'ai pu trouver (mon italien remonte au lycée), 'Cascata' est sorti via... 4 labels différents :  Fallo Dischi, To Lose La Track, Screamore, È Un Brutto Posto Dove Vivere, sans que je sache vraiment pourquoi. Pour autant, le groupe n'a donc pas changé. Il aime toujours les pochettes arty, les albums courts (8 chansons ici) et les chansons aux noms débiles (Ginnastica nell'acqua (Gymnastique dans l'eau), Unghie (Ongles) ou encore Come lavare i vestiti puliti (Comme laver ses vestons propres).

Mais, et c'est le plus important, les Action Dead Mouse sont toujours aussi nerveux et n'en oublient jamais les mélodies ('Cascata' est d'ailleurs sans doute le plus mélodique de leurs albums). Alternant (et souvent dans le même morceau) calme - relatif - et longues chevauchées furieuses (et la voix entre chant et cris est du même acabit), mélangeant allégrement post-punk, math-rock (même s'ils continuent peu à peu de s'en éloigner) et indie-rock (si cela a le moindre sens), le groupe de Bologne enfonce une nouvelle fois le clou à grands coups de guitares, de rythmiques folle et de changements de direction. Comme quoi, entre les italiens d'Action Dead Mouse et les grecs de Bazooka, le rock européen se porte plutôt bien ! (sortie : 19 avril 2016)


Son :
'Cascata' est à l'achat sur la page bandcamp d'Action Dead Mouse
'Cascata' d'Action Dead Mouse est également en écoute complète sur cette même page bandcamp
'Cascata' d'Action Dead Mouse est en écoute sur Spotify et Deezer


Trois titres en écoute de ce 'Cascata' d'Action Dead Mouse. È un disgelo o un corso di nuoto?  (en écoute également dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche), Alluvioni et enfin Unghie :






Pour terminer, le clip de Cantieri, cinquième chanson de ce 'Cascata' des Action Dead Mouse. Un plan fixe...uhm... humide dirons-nous :



mardi 13 décembre 2016

The Wedding Present - Going, Going... [Scopitones]

Je parlais il y a quelques semaines de l'ouverture assez « couillu » du deuxième album de Mickael Kiwanuka avec un Cold Little Heart de 10mns, dont 5 premières minutes totalement instrumentales.

'Going, Going...', neuvième album de The Wedding Present, fait encore mieux. Pour un groupe qui a souvent démarré ses albums pied au plancher, la bande de David Gedge ouvre les 20 chansons du disque par quatre morceaux uniquement instrumentaux, alternant guitares très lourdes (Kittery) et atmosphères plus intimistes, minimales et lumineuses (point d'orgue avec Sprague, voir plus bas). Quatre premier titres donc qui peuvent induire en erreur l'auditeur qui pourra (comme l'auteur de ses lignes) se croire perdu dans une bande-originale de film, bien loin des standards habituels de The Wedding Present.

Ce n'est que sur la cinquième chanson Two Bridges que l'on retrouve le groupe tel qu'on le connaît. Et ce n'est qu'à partir de là que le groupe retrouve ses guitares, ses mélodies et la voix de David Gedge. Et pour quel résultat ? De haute tenue. Force est de constater que 'Going, Going...' aurait mieux fait de s'appeler « Boing, Boing » tant The Wedding Present rebondit d'influences musicales en étalage de leurs sonorités.

Sans doute trop long certes (63 minutes pour les 15 derniers titres), 'Going, Going...' voit les Wedding Present passer par tous les états, d'un son lourd - presque stoner - à un plus proche de leurs élans originaux, de chansons mélancoliques (presque Arab Strapienne par moment, voir Little Silvertout) en passant par des mélodies et des sonorités qui rappellent leur fameux 'Take Fountain' et plus globalement leurs productions depuis leur reformation en 2004 (Rachel, en écoute dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche) et même des ambiances presque post-rock (fameuses 10 mns de Santa Monica qui closent l'album). Et malgré ce mélange, 'Going, Going...' s'avère très appréciable et suffisamment divers pour que la durée ne soit pas un obstacle. David Gedge chante toujours aussi bien et les idées mélodiques sont trop réussies pour ne pas emporter une adhésion franche.

Avec un disque comme 'Going, Going...', avec un début aussi instrumental, avec un album aussi long (80 mns au total !), pas dit que The Wedding Present (re)trouve le chemin du succès. Mais David Gedge semble s'être fait une raison. Comme il le dit lui même ironiquement sur Broken Bow, «The pain of failure is so much greater than the pleasure of success ». Dont acte. (sortie : 2 septembre 2016)

Son :
'Going, Going...' de The Wedding Present est à l'achat ici
Le site officiel de The Wedding Present, au couleurs de 'Going, Going...'
'Going, Going...' de The Wedding Present est à l'écoute chez Spotify ou Deezer (entre autres)



Trois chansons pour découvrir ce 'Going, Going...' de The Wedding Present. Rachel (en écoute dans les lecteurs Spotify et Deezer), ses paroles presque niaises (David Gedge est amoureux sur cette chanson, forcément) et qui n'aurait pas dépareillé sur 'Take Fountain', pour ouvrir le bal. Puis Birdsnest. Et enfin le très lourd Bear :





Enfin, pour finir, deux clips tiré de ce 'Going, Going...' de The Wedding Present : celui de Sprague, la chanson qui clôture la partie instrumentale du début, entre cordes et piano. Et enfin le clip de Rachel. Deux clips très contemplatif :



jeudi 1 décembre 2016

King Creosote - Astronaut Meets Appleman [Domino]

Alors qu'on est désormais capable de poser un petit robot de 100 kgs sur un comète lancée à 75 000 km/h, le tout à des millions de kilomètres de là, alors que la découverte de Mars continue et s'intensifie et qu'on projette d'y aller d'ici quelques années, rien de plus normal que d'évoquer dans ces pages un disque qui fait la part belle aux voyages stellaires et autres randonnées dans l'espace, fussent-ils métaphoriques.

Voilà donc 'Astronaut Meets Appleman', dernier album en date de King Creosote, émérite artiste écossais dont les nouvelles productions semblent à chaque fois supplanter les précédentes. Et ce disque là ne fait pas exception. Car après avoir chanté son amour pour son pays et le déchirement qu'il a dû être de le quitter sur 'From Scotland, With Love', Kenny Anderson (aka King Creosote donc) parle ici de voyages, d'espace (il n'y a qu'à avoir le clip de Love Life, avec des images tirées, j'imagine, de la Station ISS tournoyant au-dessus de nos têtes), d'étoiles, de Bételgeuse, d'amours déçus, quittés ; et même de Scarlett Johansson.

Un vrai voyage où se mêlent mélodies mélancoliques (superbe Melin Wynt, mais aussi Faux Call, Betelgeuse ou Rules of Engagement), tubes pop (Love Life, Wake Up to This) ou preque electro (énergique Surface) sous couvert des usuelles guitares, basses et batteries auxquelles viennent se joindre cornemuse, harpe, violons ou encore violoncelles.
'Astronaut Meets Appleman' s'ouvre et se termine par deux morceaux fameux. You Just Want tout d'abord (en écoute dans les lecteurs Spotify et Deezer), longue mélopée de 7mns où tous les instruments cités se succèdent pour former un tout irrésistible - et limite prog - aux chœurs à fredonner plus que de raison.
Et si je réécris l'histoire en disant que The Long Fade clôt ce 'Astronaut Meets Appleman' (ce titre n'est que la face-A du bonus 10" disponible sur l'édition collector de l'album), il n'en reste pas moins une très belle chanson folk-pop, dans une veine plus classique où King Creosote déroule pendant presque 10 mns une belle mélodie et des « what have I done ? » répétés à l'envie.

Une réussite du début à la fin, 'Astronaut Meets Appleman' est sans doute le meilleur album à ce jour de King Creosote (c'est dire pour l'écossais !). Il serait ballot de passer à côté d'un si beau voyage et d'un disque de cet acabit avant de refermer 2016. (Sortie : 2 septembre 2016)


Son :
'Astronaut Meets Appleman' de King Creosote est disponible au format physique ou digital
Le site officiel de King Creosote aux couleurs de 'Astronaut Meets Appleman' 
'Astronaut Meets Appleman' de King Creosote est en écoute sur Spotify et Deezer


Trois chansons en écoute de 'Astronaut Meets Appleman' de King Creosote. You Just Want, la chanson qui ouvre l'album de façon parfaite (en écoute dans les lecteurs Spotify et Deezer). Puis, les tubes pop de l'album, Wake Up to This et Love Life :




mardi 29 novembre 2016

Gaye Su Akyol - Hologram Ĭmparatorluğu [Glitterbeat Records]

Après les grecs de Bazooka, continuons nos pérégrinations musicales encore plus à l'est et posons nous quelques minutes pour parler de Gaye Su Akyol, une artiste turque, fille d'un célèbre peintre (Muzaffer Akyol), qui vient de sortir son deuxième album, 'Hologram Ĭmparatorluğu' (soit Empire Hologrammique en français).

Un disque découvert via cet article de The Quietus (dont la qualité des articles ne se dément pas) et finalement assez surprenant. Apparaissant de prime abord comme de la musique traditionnelle turque ou moyen-orientale, il s'avère très vite comme un mélange de celle-ci et de sonorités plus occidentales.
Influencé par les années 80, que ce soit stylistiquement (la pochette, affreuse, faite de collages criards, le clip totalement Do It Yourself de Eski Tüfek) ou par la musique de ces années là (celle de par chez nous s'entend), Gaye Su Akyol n'hésite pas à ramener guitares, basses et post-punk de cette époque là et de les distiller tout au long de ces compositions (les guitares de Fantastiktir Bahti Yarimin ou de Eski Tüfek, le sombre Dünya Kaleska, les basses de Nargile ou de Berduş, en écoute aujourd'hui).

Difficile de comprendre un traitre mot de ce que chante Gaye Su Akyol vu qu'elle le fait dans sa langue maternelle, mais il semble que ses paroles aient une vraie visée politique (et les sujets ne manquent pas en Turquie depuis quelques mois), tout au moins sur quelques morceaux.

Je n'en dirais pas plus histoire de ne pas évoquer quelque-chose de rapporté et insisterais plutôt sur le fait que que 'Hologram Ĭmparatorluğu', tout « difficile » d'accès qu'il est pour le français que je suis (et qui n'a pas un engouement particulier pour les musiques du monde), est pourtant un album sur lequel je me suis surpris à revenir plus que régulièrement. Il y a ici une belle osmose qui s'opère entre deux univers musicaux sur le papier assez distant et au final plus proche que cela. Sans doute cela la marque des grands disques en somme. (Sortie : 11 novembre 2016)


Son :
'Hologram Ĭmparatorluğu' de Gaye Su Akyol est à l'achat sur le bandcamp de Glitterbeat Records
Le site de Gaye Su Akyol, tout aux couleurs de 'Hologram Ĭmparatorluğu'
'Hologram Ĭmparatorluğu' de Gaye Su Akyol est en écoute sur Spotify et Deezer

Trois titres en écoute : Berduş, en écoute également dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche, et qui clôt de belle façon 'Hologram Ĭmparatorluğu' de Gaye Su Akyol ; Eski Tüfek (je vous conseille le clip plus bas également) et enfin Kendimden Kaçmaktan :




Et comme ci cela ne suffisait pas, voilà le clip entre DIY et WTF de Eski Tüfek, premier single tiré de 'Hologram Ĭmparatorluğu' de Gaye Su Akyol :

mardi 22 novembre 2016

Cloud Cult - The Seeker [Earthology]

Groupe chéri de ces pages depuis la sortie de 'The Meaning of 8', Cloud Cult est revenu en février dernier avec un nouvel album, 'The Seeker'.

Totalement inconnu (ou presque) dans nos contrées européennes, la «faute» à un engagement environnemental de chaque instant qui les empêche de venir jouer chez nous (tout chez eux est pensé écologiquement : de leur studio d'enregistrement aux boîtiers de disques en carton recyclé en passant par les encres vegan utilisés pour l'impression), le groupe de Duluth au Minnesota, mené par le couple Minowa continue son petit bonhomme de chemin aux États-Unis, à l'abri des spotlights (ce dixième album n'a pu voir le jour que via un financement via Pledge Music) et d'une reconnaissance qu'il mériterait tant.

Car Cloud Cult est un groupe qui aura sorti, et peu peuvent en dire autant, un des tous meilleurs disques des années 2000, 'The Meaning of 8'. Un album de pop et de rock-indé, baroque et mélancolique, nerveux comme délicat, qui venait confirmer (et de quelle façon !) un début de carrière discographique parfait.

Une carrière marquée à vie par la mort de leur fils de 2 ans en 2002. Pendant très longtemps, le couple Minowa s'est longtemps servi de la musique comme thérapie. Puis, le temps a passé et les sujets ont commencé à tourner autour d'autres choses, sans jamais vraiment trop s'en éloigner.

C'est un peu ce qu'on ressent à l'écoute de 'The Seeker'. Car si l'histoire de l'album est celle d'un homme qui aime, qui est heureux, qui souffre, qui cherche un sens à la vie et tout ce qui l'entoure, que ce soit dans Dieu ou dans les étoiles, on sent poindre des références au drame qui les a touchés il y a 15 ans.

Cette homme trouvera t-il les réponses à ses questions, toute la question est là. Ce qui est cependant clair, c'est qu'après deux albums moins inspirés ('Light Chasers' et 'Love'), Cloud Cult connaît un retour de flammes magnifique. Il y a ici une cohérence, une grande habilité pour faire vibrer les cœurs, et surtout un retour vers des mélodies qui rappellent leurs meilleures productions.

Entre chansons pop divines (No Hell), mélancolie toujours à fleur de peau (touchant Come Home), guitares de sorties (To The Great Unknown), folk-songs (Time Machine Invention) et titres quasi- instrumentaux composés à grands renforts de cordes et de cuivres (Living in Awe) ou totalement instrumentaux (Chromatica et son ambiance naturelle), Cloud Cult retrouve un élan qu'on ne lui avait pas connu depuis 'Feel Good Ghosts (Tea-Partying Through Tornadoes)'
'The Seeker' est un disque épatant et qui s'accompagne d'un film musical du même nom, d'une durée d'une heure, sans dialogue, juste habillé par les chansons de l'album et qui peut compter dans les rôles titres Alex McKenna et Josh « Ted Mosby » Radnor, excusez du peu. Un film qui raconte l'histoire d'une jeune fille, marquée par un drame pendant son enfance, et qui doit apprendre à vivre avec en grandissant et en devenant femme.

Alors 'The Seeker', un album original de Cloud Cult ou une simple bande-originale de film ? A l'écoute des nombreux titres marquants de l'album, et quand bien même les passages instrumentaux, je penche pour la première solution. Parce que Cloud Cult n'a jamais été aussi proche de son inspiration des débuts. Et surtout parce qu'il y a une cohérence et une ambition créative qui me font dire que 'The Seeker' a été vu avant tout comme un disque, auquel vient se greffer un film, plutôt que l'inverse.

Mais quoiqu'il en soit, qu'il est bon de les retrouver à un tel niveau. Ils sont rares les artistes à avoir autant intégré ma vie. Ils sont rares ceux qui continuent à le faire, malgré quelques années de séparation artistique. Cloud Cult est un de ceux-là. (Sortie : 12 février 2016)

Son :
'The Seeker' est à l'achat sur le site officiel de Cloud Cult
'The Seeker' de Cloud Cult est en écoute sur Spotify et sur Deezer
A lire, une interview de Josh Radnor à propos de l'album et du film 'The Seeker' de Cloud Cult

Trois chansons en écoute comme le veut la tradition. No Hell, premier (et a priori seul jusque là) single de 'The Seeker' (en écoute dans le lecteur Spotify et Deezer à gauche). Ensuite, 'You Were Never Alone'. Enfin, Through The Ages (merci à Paste Magazine), chanson qui conclu ce dixième album de Cloud Cult :






Pour finir, une homemade lyric vidéo de No Hell :


Enfin, le trailer de The Seeker, le film de Cloud Cult avec Josh Radnor et Alex McKenna :


jeudi 17 novembre 2016

Michael Kiwanuka - Love & Hate [Polydor]

La première chose qui frappe à l'écoute de 'Love & Hate', le deuxième album de Michael Kiwanuka, c'est que cet homme est couillu. Et même doublement couillu. Car sortir un disque en plaçant en chanson d'ouverture un titre de 10 mns est déjà une chose peu commune pour un artiste signé chez une major. Mais si vous ajoutez à cela qu'il faut attendre 5 minutes (tout pile !) pour entendre la belle voix de Michael Kiwanuka chanter ses premiers mots, vous admettrez que l'on est dans l'improbable le plus total.
Pour autant, impossible de lâcher ce Cold Little Heart. Ces chœurs, cette guitare particulièrement Gilmour-ienne, tout est fait pour amener sur un plateau d'argent la voix suave pleine de grâce de  Michael Kiwanuka. Et il faut bien avouer qu'on ne l'a pas vu venir.

Car si ses premières sorties furent saluées avec l'enthousiasme qu'il se doit dans ces pages (voir , ici ou encore ), le premier album de Michael Kiwanuka ne m'avait pas vraiment retourné. Un disque propret, gentillet, faisant la part belle à une certaine idée de la soul des années 70, mais rien de plus. Rien d'infamant, bien au contraire, mais un ensemble sans vrais coups d'éclats.

C'est donc une sacrée surprise de tomber sur une chanson aussi ambitieuse que Cold Little Heart en ouverture de ce 'Love & Hate'. Un disque qui va garder globalement tout du long de ses 10 chansons le niveau de ce premier titre. Car qu'il s'agisse de changer de tempo (le tube potentiel qu'est One More Night, que l'on aurait pu imaginer dans la bouche de Aloe Blacc), d'inviter quelques parties de cordes à venir fricoter avec ses belles mélodies (sublime Love & Hate, en écoute aujourd'hui), ou de s'entourer de musiciens au garde à vous, qu'il soit mélancolique, engagé (Black Man in a White World, Love & Hate) ou qu'il sorte les guitares fuzz, tout lui réussi.

Autre point fort du disque, sa production. Laissée à Danger Mouse, ce dernier donne à 'Love & Hate' un son plein de rondeur tout et qui se rapproche du blues. Mieux, en sachant trouver le juste écart entre la voix de Michael Kiwanuka et celles de ses choristes (ceux-ci ayant une importance fondamentale sur la beauté de cet album), en ne reléguant pas la rythmique au rôle de simple faire valoir et, surtout, en donnant - plus qu'- une teinte très seventies à l'ensemble (et pas que pour la guitare, essentielle dans l'album), Danger Mouse, comme souvent, sublime ce qu'on lui met dans les mains.

Finalement, la seule déception de ce 'Love & Hate' de Michael Kiwanuka, c'est sa pochette, tant elle est passe-partout est bien loin de ses premières sorties, où le vintage se mêlait à une classe naturelle. Dommage oui, car bien que dominé par les deux chansons écrasantes que sont Cold Little Heart et Love & Hate, tout est bon dans cet album. Un disque jamais tape à l’œil mais juste très beau, soul mais pas que, et même rapidement évident. Une consécration pour un artiste dont le potentiel semblait évident. Et Dieu qu'il chante bien ! (sortie : 15 juillet 2016)

NB : En tournée en France actuellement, il faut foncer voir Michael Kiwanuka. Les retours sont excellents. Et bientôt ce grand et talentueux ne jouera pas dans d'aussi petites salles.
Vendredi 18/11 - Rock School Barbey, à Bordeaux
Dimanche 20/11 - L’Épicerie Moderne, à Feyzin (Lyon)
Lundi 21/11 - La Laiterie, à Strasbourg

Son :
'Love & Hate' de Michael Kiwanuka est en écoute aussi bien chez Spotify que chez Deezer.
Vous pouvez vous procurer 'Love & Hate' de Michael Kiwanuka (notamment) ici ou


Trois chansons en écoute donc, comme l'exige la tradition, de ce 'Love & Hate' de Michael Kiwanuka. Mais exceptionnellement, pas des versions tirées de l'album. Les trois sont tirées d'une live-studio-session. Au programme donc, Love & Hate (dont la très belle version album s'écoute dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche). Puis le magnifique Cold Little Heart (le fameux titre d'ouverture). Et enfin Rule The World :








Pour finir, deux clips. Tout d'abord celui de One More Night, possible tube de ce 'Love & Hate' de Michael Kiwanuka :


Et celui de Black Man In A White World, premier single de ce 'Love & Hate' de Michael Kiwanuka


jeudi 10 novembre 2016

Titus Andronicus - S+@dium Rock: Five Nights at the Opera [Merge]

L'an passé, alors que mon blog vivotait tout juste, je n'avais pas su prendre le temps d'écrire tout le bien que je pensais de l'énorme disque que les Titus Andronicus avaient sorti. Car oui, en 2015, peu d'albums m'ont autant retourné que 'The Most Lamentable Tragedy'. Un disque faramineux, très long (29 chansons pour plus de 93 mns de musique !), épique et bordélique à souhait. Un opéra tantôt rock, tantôt punk, avec des élans à la Springsteen, des riffs bons comme du AC/DC et dont les chansons brillantes pullulent (grosse préférence pour l'enchainement imparable Fired Up / Dimed Out).

Une année a passé depuis la sortie de ce disque et les Titus Andronicus remettent le couvert avec cette fois une version live de cet album (10 chansons sur 11 en sont tirées) intitulée 'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera'. Et un rapide aperçu (45 mns quand même) des 5 concerts que le groupe a donné l'été dernier au Shea Stadium, une salle de concert - et d'enregistrement - de Brooklyn qui n'a de stade que le nom (et sans doute nommé en hommage à l'ancien stade des Mets situé dans le Queens à New-York) et dans laquelle beaucoup de membres du groupe, dont un de ses principaux artisans Patrick Stickles, ont des parts.

Une série de concerts assez gigantesques, aux setlists à rallonge qui a vu Titus Andronicus enchainer les shows de 3h et inviter quelques amis à partager la scène avec eux (de Ted Leo sans ses Pharmacists à Craig Finn de The Hold Steady dont il était question ici il y a quelques mois de cela).

De ces 5 concerts, il en ressort donc 'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera', un live totalement à l'image de Titus Andronicus :  foutraque, punk, avec des pains dans tous les sens, des chants faux et essoufflés, des paroles modifiées ou oubliées, beaucoup de sueur (voir à ce propos la version vidéo de ce live, disponible au bas de ce papier) et une surtout une sincérité incroyable. Cet album live n'est peut-être pas le meilleur disque du monde, loin de là (alors que le groupe l'est sûrement), mais qu'il fait du bien ! (sortie : 29 juillet 2016)

Son :
'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera' est à l'achat sur le bandcamp de Titus Andronicus
'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera' est aussi à l'écoute, toujours sur le bandcamp de Titus Andronicus
'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera' de Titus Andronicus est en écoute sur Spotify et Deezer

Trois chansons sont à savourer (ou à hurler c'est selon) : I Lost My Mind (en écoute également dans la playlist Spotify à gauche). Mais aussi Dimed Out (tout de traviole) et Stranded (On Our Own), qui clôt de façon parfaite ce 'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera' de Titus Andronicus :





Pour finir, Titus Andronicus et Merge ont eu la bonne idée de mettre en ligne la version vidéo de ce 'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera'. Cela dure 45 mns. Et c'est jouissif :



mercredi 2 novembre 2016

Tony Molina - Confront The Truth [Slumberland]

Comme peu d'artistes actuellement, Tony Molina continue de tracer sa voie et ne s’embarrasse pas de détails. Car il est un homme qui n'aime pas tourner autour du pot en suivant le sacro-saint dogme couplet / refrain / couplet / refrain / pont / refrain. Non, Tony Molina fait dans le court. Le très court.

Après un premier album 'Dissed and Dismissed' en 2014 de 12 chansons pour 11 minutes et 26 secondes (à la seconde près !), le voilà de retour avec un nouvel Ep de... 605 secondes tout pile et 8 chansons, 'Confront The Truth'
Et cette fois, après avoir creusé un sillon marqué par une certaine idée du rock des années 90, Tony Molina s’attelle cette fois à la pop et les bluettes qui touchent droit au cœur.

Et si l'on entend ici ou là un peu d'Iron & Wine (Old Enough to Know) ou d'Elliott Smith (No One Told He), ce sont surtout les Beatles qui sont omniprésents sur ce 'Confront the Truth'. D'aucuns parleront de plagiat éhonté et crieront au scandale tant certaines mélodies ou accords sont des copies à peine voilées de l’œuvre des Fab Four. Il suffit d'écouter I Don't Wanna Know ou surtout l'intro de No One Told He (où il est difficile de ne pas entendre celle de A Day in The Life) pour s'en rendre compte.

Pour autant, à l'écouter chanter ses histoires de cœur brisés, à aller droit à l'essentiel (comment résumer les affres d'une rupture en 62 secondes ? Écouter See Me Fall donne une idée), j'ai davantage l'idée que Tony Molina rend ici un très bel hommage à la pop bien faite, bien écrite et bien mise en musique.

Et si 'Confront The Truth' est un disque très court, il devient rapidement obsédant. On n'ira évidemment pas oser comparer cet Ep au medley d''Abbey Road', mais il y cette idée sous-jacente tout de même. Reste à connaitre la raison de cette écriture si brève, si concise. Ne pas savoir écrire une chanson sur plus de quelques mesures ? Cumuler les écoutes Spotify ? Ouvrir une nouvelle fois dans l'histoire de la pop music ? Qu'importe, l'avenir nous le dira - peut-être. Car au final, la pop est très bien honorée ici ; et on n'aurait pas su choisir meilleurs prisme que celui de ses plus fameux et illustres représentants pour le faire. (Sortie : 28 octobre 2016)

Son :
'Confront The Truth' est en écoute sur le bandcamp de Tony Molina
'Confront The Truth' est même à l'achat sur le bandcamp de Tony Molina
Enfin, 'Confront The Truth' de Tony Molina est en écoute également sur Spotify et Deezer

 
Le disque est court mais pour ceux qui ne voudraient que picorer quelques mélodies, trois chansons à l'honneur. No One Told He, entre intro à la Beatles et chanson à la Elliott Smith (en écoute également dans le lecteur Spotify à gauche). Old Enough to Know où l'on imagine la voix de Sam Beam d'Iron & Wine, venir se mêler à celle de Tony Molina. Et enfin See Me Fall, qui dit tout en 1 mn.





Je ne le fais que rarement, parce qu'un album est souvent trop vaste pour titiller la curiosité de l'auditeur qui veut juste découvrir l'artiste en quelques chansons, mais vu que 'Confront The Truth' de Tony Molina dure exactement 605 secondes, il mérite d'être écouté en entier. Ci-dessous donc. (malheureusement plus en écoute)


jeudi 27 octobre 2016

Bazooka - Useless Generation (Άχρηστη Γενιά) [Slovenly Recordings]

Si on faisait un petit calcul statistique rapide - et au doigt mouillé -, je pense qu'en Europe, 90% des disques appréciés, écoutés, chroniqués et classés dans un top musical de l'année viennent des États-Unis, du Royaume-Uni et du Canada. Les 10% d'albums restant venant sans doute du pays d'origine de l'auditeur, avec parfois quelques disques scandinaves (mais chantés en anglais) qui arrivent à s'immiscer en timides joker de luxe.

Ces pages ne font évidemment pas exception, vu qu'à quelques disques italien, russe ou japonais, toutes mes écoutes se concentrent sur la chanson française mais surtout sur les productions anglo-saxonnes.

Prenons donc le contre-pied pour une fois en parlant d'un disque qui aurait du faire parler de lui depuis bien longtemps dans nos contrées : 'Useless Generation' (ou 'Άχρηστη Γενιά' en version originale) de Bazooka.

Bazooka est un groupe grec, originaire de la ville de Volos en Thessalie. Une cité fondée par Créthée et qui serait le point de départ de l'aventure de Jason et des Argonautes, partis chercher la Toison d'Or ; c'est également la ville qui a vu naître Vangelis. Le point wikipédia étant terminé, retournons à nos moutons - noirs.

Bazooka est un quintette rock qui n'a qu'un seul défaut : son nom. Car Bazooka est un patronyme peu avenant et surtout déjà utilisé à de multiples reprises depuis 40 ans par de nombreux groupes (Rate Your Music compte à lui seul une quinzaine d’occurrences).

Mais à part cela, il n'y a rien de négatif à dire sur ce combo hellène qui compte deux (!) batteries en son sein et qui chante dans sa langue natale (ce qui, pour l'auditeur français que je suis, est une nouveauté). Car leur 'Useless Generation' est un disque épatant, formidable, incroyable et qui, j'ose le dire, s'il venait de Brooklyn ou de Los Angeles, aurait déjà été monté au pinacle par tous les Pitchfork, Stereogum ou Inrocks du monde.

Car bien que chanté dans la langue - mise à jour - d'Aristote, 'Useless Generation' va piocher ses influences aussi bien dans le garage-rock américain que le punk anglais, le blues-rock ou le psychédélisme le plus fameux. Il y a de tout ici, des Stooges (formidable Lie (Ψέμα en version-originale) en écoute aujourd'hui) aux Clash (Magic Fingers (Μαγικά Δάχτυλα)) en passant par Led Zeppelin ou les Flaming Sideburns (et leur bien trop méconnu 'Hallelujah Rock'n'Rollah').

Alors évidemment, il est difficile de comprendre un traitre mot de ce que racontent les Bazooka quand on ne connait pas le grec - et c'est mon cas, ma mère étant plus latiniste à l'époque de mon adolescence. Il se peut donc que tout au long des 37 minutes de cet album, les Bazooka alignent poncifs gênants, vulgarité misogyne, propos homophobes, racistes ou reprises de chants nazis. Il se peut oui. 
Mais entre son titre 'Useless Generation', sa pochette (un ours en peluche éventré au sol et recouvert de confettis), la situation grecque de ces 5 - au moins - dernières années et les quelques traductions de paroles glanées ici et là, j'ose à croire et espérer qu'il est profondément engagé, intelligent et revendicatif. Ce qui en relèverait encore plus le caractère implacable et parfait (on confirmera en tout cas tout cela en se procurant la version physique de l'album, vinyle ou cd, qui contient les paroles traduites en anglais).

Car c'est cela qui ressort des dizaines d'écoute de 'Useless Generation' : un disque brillant, très bien produit, à la construction parfaite, aux chansons impeccables, aux riffs et à la fougue implacables. Oui, cela fait beaucoup de superlatifs mais cet album des Bazooka le mérite amplement. Depuis dix jours, je n'ai quasiment plus que ça dans les oreilles, mon air-guitare en bandoulière et ma voix de fausset qui hurle du yaourt. Sauf que pour la première fois de ma vie, ce yaourt sonne grec. (sortie : 4 mars 2016)


Son :
'Useless Generation' ('Άχρηστη Γενιά') de Bazooka est à l'achat sur le bandcamp de Slovenly Recordings (20€ le LP, livraison comprise en France, pour info)
Le même bandcamp de Slovenly Recordings met justement quelques chansons de ce 'Useless Generation' de Bazooka en écoute (6 sur 11 pour être précis).
Ce deuxième album de Bazooka 'Useless Generation' ('Άχρηστη Γενιά') est également en écoute chez Spotify et Deezer.


Comme le veut la tradition, trois titres de 'Useless Generation' ('Άχρηστη Γενιά') de Bazooka en écoute aujourd'hui. A tout seigneur tout honneur, le très Stooges Lie (Ψέμα en vo), également en écoute dans la playlist Spotify à gauche. Suit ensuite le punk Repetition (ou Επανάληψη). Enfin, pour clôturer l'affaire, They Travel (Ταξιδεύουν) aux faux-airs pop et aux guitares tonitruantes :





Histoire d'être complet, les deux clips issus de ce deuxième album de Bazooka. Tout d'abord, celui de la chanson d'ouverture et qui porte le nom de l'album, Useless Generation (Άχρηστη Γενιά) :


Enfin, leur deuxième single, intitulé The Screen (Oθόνη) :



vendredi 14 octobre 2016

Islands - Taste [Manque Music]

Pourquoi apprécie t-on un disque ? A quel moment celui-ci passe de quelconque à intéressant à passionnant ? J'ai beau chercher, je n'ai toujours pas trouvé d'explication.

Mais je me pose une nouvelle fois la question à l'écoute de 'Taste', un des deux albums sortis simultanément par Islands cette année, groupe héros de votre serviteur et surtout de mes oreilles au milieu des années 2000.

Entendons-nous bien : bien que les ayant passablement délaissé et ne m'y intéressant que sporadiquement (quoique je me rends compte que j'en parle finalement pas mal dans ces pages), j'ai toujours l'espoir de retrouver la fougue de leur 'Return to the Sea' (voire de  'Who Will Cut Our Hair When We're Gone?' des Unicorns, dont 2/3 d'Islands est à la base originaire).

Et donc, 'Taste' ? Des premières écoutes vraiment pas emballantes, un disque qui déroule sans que l'oreille ne retienne grand chose. Une synth-pop un peu trop marquée à mon goût. Oui mais justement, lequel de goût ? Celui d'un vendredi soir ? D'un samedi après-midi ? Allez savoir.

Car il s'avère que quelques jours plus tard, bien que fatigué par une semaine éprouvante, j'ai lancé à nouveau ce 'Taste', sans trop savoir pourquoi, m'étant alors fait à l'idée que ce disque était raté. Et c'est pourtant là que j'en ai trouvé toute la magie. The Joke déjà m'a définitivement accroché l'oreille. En écoute aujourd'hui, cette chanson est le single qu'Islands devrait sortir pour promouvoir ce disque. Un morceau efficace et aux guitares dansantes, qui a tout d'un tube, certes marqué « années 2000 », mais qui donne envie de plus que dodeliner de la tête.

Le reste ? Finalement, le mélange réussi de sonorités pop « classiques » et d'élan synth-pop de qualité, leurs jolies basses (No Milk, No Sugar), leurs non moins belles guitares (une des forces de l'album de The Joke à Outspoken Dirtbiker, de Snowflake à The Weekend) la folie de leurs compositions (elle est peut-être passagère et bien moins présente que par le passé mais on la retrouve souvent au détours d'un pont ou d'une refrain), la production - parfaite de bout en bout, l'ombre de New Order qui passe dire bonjour de temps à autres, la voix de Nicholas Thorburn (seul rescapé du premier album et de l'aventure Unicorns), tout cela m'a plu.

Deux jours plus tard, le résultat est toujours aussi probant : ce disque d'Islands est - très - bon. Appelez ça de la nostalgie de retrouver un groupe qu'on a beaucoup aimé, parlez d'un alignement de planète fortuit, expliquez cela par une fatigue trop grande : 'Taste', sans être difficile d'accès mérite qu'on creuse plus profondément que quelques rapides premières écoutes. Un vrai grower. Et un vrai beau disque. (sortie : 13 mai 2016)


Son :
'Taste' est en écoute sur le bandcamp d'Islands
'Taste' d'Islands est en écoute également sur Spotify et Deezer
'Taste' est à l'achat sur le bandcamp d'Islands

Trois chansons de ce nouvel album d'Islands, comme le veut la tradition. The Joke, LE tube de 'Taste', également en écoute dans le lecteur Spotify à gauche. Mais aussi Carried Away (la chanson la plus synthétique de l'album avec Weekend) et Snowflake, l'autre titre fort de ces 12 chansons : 








mercredi 12 octobre 2016

Hospital Ships - The Past is not a Flood [Graveface Records]

Course complètement idiote - pour peu qu'on s'amuse à ce petit jeu, le top des meilleurs albums est une récréation assez jubilatoire à faire, en tout cas pour l'auteur de ces lignes (qui, soit dit en passant, a manqué, faute de temps ou d'envie, deux tops albums).

Pourquoi cette introduction ? Car après de très nombreuses écoutes de 'The Past is not a Flood', quatrième album des Hospital Ships, la question mérite d'être posée : et si nous tenions là le meilleur disque de l'année ?

Hospital Ships est un groupe découvert (pour ma part, cela va sans dire) via la compilation 'Weary Engine Blues', sortie en hommage à Jason Molina, quelques semaines après le décès de ce dernier. Le groupe y reprenait Hammer Down, sorti sur le premier album de Magnolia Electric Co. (le groupe succédant nominativement à Songs: Ohia), 'What Comes After the Blues'.

Quatuor à la base, Hospital Ships n'est plus aujourd'hui le projet que d'un seul homme, Jordan Geiger. Mais pour ce 'The Past is not a Flood', ce dernier s'est adjoint pour l'occasion les services de Thor Harris, percussionniste chez feu les Swans de Michael Gira. Un camarade de jeu qu'il connait vu qu'ils ont tous les deux officiés un temps chez Shearwater de Jonathan Meiburg.

La bonne nouvelle, c'est que bien qu'en comité restreint, Hospital Ships ne limite pas ses ambitions musicales et fait de 'The Past is not a Flood' un ravissement de 37 mns. Six chansons qui prennent leur temps (la plus courte, Long May You, fait tout de même 4.55 mns) et qui étirent des mélodies répétitives (ces trois notes de piano répétées à l'envie sur You and I), des ambiances rêveuses, des synthétiseurs profond (Oh My Light) ou encore le fantôme du 'Spoon and Rafter' de Mojave 3 (Long May You). Un ensemble musical auquel vient se marier la voix de Jordan Geiger, qui n'est pas sans rappeler celle de Jonathan Donahue de Mercury Rev (notamment sur Little Flower).

Ici, pas de quoi danser la gigue, car comme l'explique Graveface Records (label historique d'Hospital Ships) : « 'The Past is Not a Flood' is a product of his dealing with trying to break the cycle of years of mental illness, anxiety and depression.». Tout un programme.

Mais il n'en reste pas moins que cet album est vrai voyage, tantôt en apesanteur, tantôt dans des sphères plus heurtées. La fin d'année nous dira au final si 'The Past is Not a Flood' est aussi marquant que je le pense. Mais au final, ceci n'a que très peu d'importance. Car comme le chantent les Hospital Ships sur All in Time : « We're all going to die... we're all going to die... ». (sortie : 11 mars 2016)

Son :
'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est en écoute sur le bandcamp de Graveface Records.
'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est également en écoute sur Spotify et Deezer
Enfin, 'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est disponible à l'achat sur le bandcamp de Graveface Records.

Comme le veut la tradition, trois titres en écoute de cet album d'Hospital Ships : All in Time, LA merveille de ce 'The Past is not a Flood' (en écoute dans le lecteur Spotify à gauche également). Mais également Little Flower et Long May You :







Enfin, et pour finir, la très convaincante version acoustique d'All in Time par Jordan Geiger, l'homme derrière Hospital Ships :


lundi 22 février 2016

Adrian Younge - Something About April II [Linear Labs]

A l'écoute de 'Something About April II' d'Adrian Younge, la première chose qui vient à l'esprit est qu'on est ici en présence d'un disque compilant quelques vieilleries blaxploitation et soul oubliées et dénichées lors d'une obscure brocante à Détroit. Car tout ici sent la musique de cette époque, de la production au chant (rappelant furieusement quelques grands disques des 70s) en passant par la pochette classieuse (et sa typo !) qui enrobe le tout.

Sauf qu'en fait, il n'en est rien. Car 'Something About April II' n'est rien d'autre qu'un album composé entièrement par Adrian Younge et mit en musique par son groupe, Venice Dawn. Le tout en 2015.

Moins marqué « bande-originale de films » que son prédécesseur ('Something About April', tout simplement) présentant plus de chants, des chansons plutôt courtes (sur 13 titres, trois seulement dépassent les 3 mns), une production chiadée et des featurings de qualité (notamment Raphael Saadiq sur Black Magic, et Laetitia Sadier de Stereolab sur plusieurs titres), 'Something About April II' navigue entre soul, funk et black music version 70s, en y incorporant régulièrement une rythmique plus hip-hop.

Bien sûr, beaucoup verront ce disque d'Adrian Younge comme un exercice de style assez vain, tentant de faire renaitre le temps de quelques minutes une période dorée, certes, mais révolue.
Mais à mes oreilles, 'Something About April II' est surtout une formidable machine à remonter dans le temps de 38mns, tout en rondeur, rendant à la fois hommage à une époque bénie pour la musique noire américaine, mais en profitant aussi pour prolonger son aventure. Un album que l'on pourrait mettre en parallèle avec 'Music to Make Love to Your Old Lady By Lovage' de Dan The Automator, les samples en moins. (sortie : 22 janvier 2016)

Son :
'Something About April II' d'Adrian Younge est à l'écoute et à l'achat sur le bandcamp de Linear Labs.
'Something About April II' de Adrian Younge est également en écoute sur Spotify et Deezer.


Trois morceaux comme le veut la tradition pour découvrir ce 'Something About April II' d'Adrian Younge. D'abord Memories of War (avec Laetitia Sadier à la voix), également en écoute dans le lecteur 8Tracks. Mais aussi April Sonata, un presque instrumental centré autour du piano et rappelant - bizarrement Gainsbourg -, et Sittin by the radio, avec la voix de Loren Oden rappelant furieusement les élans de The Dramatics :






Enfin, et histoire d'être complet, les deux clips des deux premiers singles de ce 'Something About April II' : Sittin by the radio et Winter is here (feat. Karolina) :