En 2006, Hot Chip chantait « Hot Chip will break your legs, snap off your head » sur la chanson titre de 'The Warning', leur deuxième album. Des mots en forme de menace, pourtant bien peu utiles vu la qualité de leurs compositions, leur capacité à faire danser les foules, leur lap-top pop mélodique, symbolisée par Over and Over, clé de voute du disque et tube immense parmi les tubes immenses - et qui n'a pas pris une ride.
Vingt ans plus tard, Hot Chip existe toujours mais c'est Alexis Taylor, un de ses leaders, dont on parle actuellement le plus. La faute à 'Paris in the Spring', son nouvel album solo publié à l'orée du printemps dernier, sans doute pas mémorable pour un sou mais qui a ses moments. Et comme notre homme a de la suite dans les idées, il s’apprête à sortir un 12" de remixes d'un tout nouveau single, Time (en écoute aujourd'hui), chanson enregistrée avec la DJ américaine The Blessed Madonna et le producteur argentin Pat Alvarez. Un morceau superbe entre synth-pop et indietronica, mélancolique et dansant, mélodieux et lascif, au refrain répétitif entêtant, qui a beaucoup de Hot Chip en lui, et pas uniquement à cause de la voix d'Alexis Taylor - qui fait ici merveille, elle qui ne semble pas avoir bougé d'un iota en deux décennies.
Album : Time (Remixes) 12" Année : 2026 Label : Night Time Stories
Derrière le nom à consonance néerlandaise de Lande Hekt (en réalité, sa famille a des origines allemandes) se cache une jeune anglaise d'Exeter, ancienne chanteuse de Muncie Girls, qui a publié en tout début d'année 'Lucky Now'. Son troisième album solo - le premier pour Tapete Records, très réussi d'ailleurs, plein qu'il est de jangle/indie/twee-pop lorgnant vers l'indie-rock sacrément bien menée, troussée et enlevé, qui ne manque pas de belles chansons. Un disque que Lande Hekt va prochainement compléter avec 'Threadbare Ep', un quatre titres dans la même lignée, en tout cas à en croire le premier single Circles (en écoute aujourd'hui), remarquable chanson qui, bien que plus nerveuse, aurait mérité une place de choix sur 'Lucky Now'.
Et à quelle date est prévue la sortie de 'Threadbare Ep' ? Le vendredi 25 septembre prochain. Soit le lendemain du concert de Lande Hekt au Hasard Ludique, où elle ouvrira d'ailleurs le Paris PopFest 2026. La huitième édition pour le festival de pop parisien, toujours à taille humaine, toujours à prix mini (20€ la soirée, 50€ le pass 3 jours), toujours aussi généreux, toujours avec une programmation sûre et de belle tenue (Freshberry, Tchotchke, les revenants Dorian Pimpernel, The School, The Popguns pour ne citer qu'eux) dans laquelle les chansons de Lande Hekt ne dépareilleront pas, bien au contraire.
Jeudi 24/09 : Lande Hekt / Freshberry / Tchotchke Vendredi 25/09 : Language of Flowers / Laundromat Chicks /Brezel Göring & Pyschoanalyse / Dorian Pimpernel / Jan Dark Piano Karaoke Samedi 26/09 : Bona Rays / Coup Dur / The School / The Popguns / Luis Elefant (DJ)
Album : Threadbare Ep Année : 2026 Label : Tapete Records
Sorti un peu à l'improviste jeudi 20 août dernier, 'Gentlewoman' est le cinquième album de Cleo Sol, tête de proue du collectif SAULT dont elle est la chanteuse. Et évidemment, derrière la neo-soul très smooth de l'anglaise, on retrouve Info, producteur émérite et doué dont le talent n'est plus à prouver - des albums comme 'Love & Hate'de Michael Kiwanuka ou, évidemment, 'Sometimes I Might Be Introvert'de Little Simz où ses productions tutoient les étoiles, s'en chargeant très bien pour lui.
Car s'il est fâché depuis avec la rappeuse de Islington pour une sombre histoire de prêt non
remboursés et de frais de management impayés, Info n'a jamais lâché Cleo Sol - logique me direz-vous puisque, en plus d'être talentueuse, elle est son épouse et la mère de ses deux enfants (on peut d'ailleurs
supposer que celui qu'elle tient dans ses bras sur la pochette de
'Gentlewoman' est le dernier, né il y a seulement quelques semaines).
Et Inflo de proposer ici, à nouveau, des productions qui siéent très bien à la voix belle et douce de Cleo Sol, soignées et jamais tape à l’œil, ouatées et smooth au possible. Sans doute trop d'ailleurs. Car si les fans de la première heure seront évidemment conquis et charmés, les autres, comme moi, trouveront l'ensemble, à l'instar des précédents albums,
trop redondant et très vite ennuyeux (qui plus est sur soixante-deux
minutes) pour vraiment emballer son monde ; ce, quand bien même les quelques petits
miracles qui le parsèment, comme la somptueuse Their Smiles Are Not The Same (en écoute aujourd'hui), chanson à l'orchestration renversante de beauté et de douceur où la voix de Cleo Sol fait merveille.
Album : Gentlewoman Année : 2026 Label : Forever Living Originals
Mois après mois, single après single, Brooke Combe devient une habituée de ces pages. Il faut dire que, si elle ne réinvente pas la soul tant elle sonne comme échappée d'un studio Motown des années 60, les chansons de l'écossaise font mouche à chaque fois. Il y avait eu la découverte du très catchyHow Can I Tell You? (To Love Me More) l'an passé, le Tears Won’t Lie à la vibe Marvin Gaye/ Tamm au printemps dernier ; il y a maintenant Love Was Made of Stone (en écoute aujourd'hui), dernier single en date paru début août, toujours produit par James Skelly de The Coral, et qui fait montre à nouveau ou plutôt qui confirme, s'il était besoin d'ailleurs, que Brooke Combe a un truc en plus. Et si d'aucuns argueront que ses compositions restent jusque là très
scolaires et/ou trop sous influence, on leur répondra qu'il y a ici une élégance dans le chant, une idée sûre de composition, des orchestrations soignées et une voix délicieuse. Ce n'est pas donné à tous.
Quatre heures du matin ce dimanche. La cousinade annuelle touche à sa fin dans un parc arboré et plutôt vert de la campagne ardéchoise. Le gin fizz coule à flots et nous sommes encore une quinzaine vaillants à bavasser et danser sur une playlist concoctée par une cousine de 22 piges, douée, dj autant dans l'âme et dans les faits (elle mixe régulièrement et commence à composer) qui, pendant son enfance, passait les mêmes soirées sur les genoux de votre serviteur à faire danser la famille. Soudain, voilà que se lance une chanson étonnante, très électro mais pop à la fois, mené par un chant spoken word en contrepoint d'une voix féminine lascive. Étonnante mais surtout aussi belle qu'efficace, à la production mouvante et cotonneuse.
Elle s'appelle Schadenfreude (en écoute aujourd'hui), porte très bien son nom et est l'œuvre de Baxter Dury, fils de Ian et artiste anglais que je ne fréquente plus depuis son 'Floor Show' de 2005 (et pourtant Cocaine Man, quelle chanson) sans trop savoir pourquoi (à dire vrai, j'ai même l'impression de systématiquement et volontairement zapper ses disques dès qu'ils me tombent sous l'oreille). Le morceau se trouve sur 'Allbarone', son dernier album en date publié il y a un an. Un disque magnifique et immédiat, très électro, plein de beats soignés et accompagnées de mélodies marquantes qui, si j'avais pris le temps de m'y intéresser, aurait fini sans doute dans le haut de mon panier 2025. Tout comme Schadenfreude, tube absolument irrésistible qui, sous ses airs torturés, ne veut vous aucun mal, bien au contraire.
Album : Allbarone Année : 2026 Label : Heavenly Records / PIAS
Savez-vous ce que l'on obtient lorsque l'on mélange le groupe Modest Mouse et la série Seinfeld ? La chanson en écoute du jour, I Will Do The Opposite ! L'œuvre d'un certain Peter Martin,
créateur de contenu américain qui, au moment de la crise de COVID, a vu
ses saynètes quotidiennes et humoristiques lui ouvrir la voie du succès
et de la médiatisation. Puis celle de la musique, où il se produit
depuis 2021 sous le nom de Petey, choix artistique tout sauf anecdotique puisque Petey USA (il vient récemment
d'accoler l'acronyme de sa patrie à son alias, comme ça, sans vraie raison) vient de publier 'oooo', son cinquième album en six ans, rien que ça. Mais cette fois, sans l'aide d'un label (il était tout de même signé chez Capitol Records), deal beaucoup trop contraignant pour quelqu'un qui fait tout cela avant tout pour le fun.
Et donc, dans ce 'oooo' tout frais (le disque est sorti le 14 août), on trouve en sixième position I Will Do The Opposite. Une chanson qui sonne bon Modest Mouse (l'exubérance du chant, la puissance de sa production, sa mélodie, sa rythmique) et qui a été profondément inspiré par l'épisode "The Opposite" de la série Seinfeld, où Georges Constanza, bougon et déprimé comme à son habitude décide de faire exactement l'inverse de ce qu'il a toujours fait pour enfin s'en sortir. Une sorte de mise en abîme de la célèbre maxime attribuée à Albert Einstein « La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent », évidemment hilarante à l'écran. Bien plus en tout cas de la chanson de Petey USA, qui est, elle, bien moins drôle, plus déprimée (« And I hate everything about my own life / Probably why I never get to sleep at night / Take me to the well / If memories are heaven then I wanna go to hell ») mais pourtant sacrément addictive. Merci George Constanza. Merci Isaac Brock et consorts.
Des artistes qui prennent des noms abscons ou d'autres qui s'affublent de noms si banals que trouver des informations à leur propos relève de la gageur, je connaissais. Mais ce que proposent aujourd'hui l'américain Shane Lavers au travers de son projet Chanel Beads (qui est un trio au final), je n'avais - de mémoire - jamais vu ça. Car dans le genre, pour tromper et/ou embrouiller son monde, c'est parfait. Ainsi, au début de l'été, Chanel Beads a publié 'Your Day Will Come', son deuxième album, deux ans seulement après … 'Your Day Will Come', son premier album. Soit, le même et exact même nom. Et rien à voir ici avec une ressortie agrémentée de quelques inédits après une signature sur une plus grosse structure : Chanel Beads est signé chez Jagjaguwar depuis ses débuts. Non, c'est un choix, conscient et volontaire. Une volonté affichée qui s'expliquerait par l'idée de recommencer une histoire mais de façon différente. N'ayant pas écouté à ce jour le premier, je ne saurais le confirmer mais après tout, pourquoi pas ? Et puis, ils ont eu au moins le goût de ne pas publier la même pochette, c'est déjà ça.
Et donc ce 'Your Day Will Come' 2026 ? Un bel album de dream pop lancinante et texturée à mes oreilles, plus sûrement de l'hypnagogic pop si j'en crois les spécialistes, très Jagjaguwar dans l'esprit mais surtout très bien produit, aux rythmiques soignées, aux ambiances éthérées autant que surréalistes dans lequel on relèvera notamment Outside Your Life (en écoute aujourd'hui), chanson dont on croirait la mélodie langoureuse avoir été écrite par James Murphy et ses LCD Soundsytem.
Album : Your Day Will Come Année : 2026 Label : Jagjaguwar
Groupe anglais originaire de Bradford-on-Avon et mené par Will Southward, laissez moi vous présenter Wasuremono (qui signifie « objet oublié » en japonais). Quatuor que je découvre sur le tard (leur première sortie remonte à 2018) et qui s'apprête à publier dans dix jours son cinquième album, 'Me And The Noise'.
Un disque qui s'annonce de la plus belle des manières avec Welcome Back (en écoute aujourd'hui), superbe chanson pop, entêtante à souhait, qu'on a envie d'embrasser et d'enlacer tant elle est joyeusement lumineuse, pleine d'emphase et de « na na na na na » qui ne demandent qu'à être chantés à tue-tête.
Album : Me And The Noise Année : 2026 Label : Revolver Records / The Wilderness Records
Si, comme moi, le nom de Blaze Foley ne vous dit rien, alors la chanson du jour est faite pour vous. Et le disque dont elle est tirée également. Car Blaze Foley fait partie de ces légendes américaines méconnues de la country et folk music, qui n'a pas eu une vie facile et dont la notoriété fut essentiellement postérieure à son décès. Une sorte de Jackson C. Frank américain, avec qui il partage une trajectoire anonyme et tragique.
Sans faire sa biographie tant il y a des choses à dire, sachez que Blaze Foley est né sous le nom de Michael David Fuller un jour de décembre 1949 en
Arkansas mais qu'il a passé la majeure partie de sa vie au Texas, qu'il est le fils d'un père alcoolique, que dès l'âge de sept mois, il est atteint de la polio et que la maladie lui laissera
une jambe plus courte que l'autre, qu'il tire son nom de scène du musicien de country Red Foley et de la stripteaseuse (mais pas que) Blaze Starr, qu'il a vécu un temps dans une maison dans les arbres avec l'amour de sa vie, Sybil Rosen, que la boisson a sans doute causé son insuccès et sa perte, qu'il était l'ami de Townes Van Zandt (ces deux dernières informations ont sans doute un lien d'ailleurs), qu'il n'a connu la notoriété que sur le tard grâce à la reprise à succès de son If I Could Only Fly par le duo Merle Haggard / Willie Nelson, qu'il n'a quasiment rien publié de son vivant, et qu'il est mort assassiné par le fils d'un ami au petit matin du 31 janvier 1989.
Mais depuis son décès, les choses ont changé. Reconnu, révéré (Lucinda Williams lui écrira une chanson dix ans après
sa mort et dira de lui qu'il était « un génie et un perdant
magnifique »), repris sur album (Kings of Leons, Whitney, Michael Cera) comme sur scène (The Tallest Man on Earth, Band of Horses, Great Lake Swimmers, Steve Gunn et j'en passe), Blaze Foley a même fait l'objet d'un biopic en 2018, "Blaze", encensé par la critique et réalisé par Ethan Hawke.
Quarante ans après son décès, il a donc droit à une nouvelle compilation hommage, 'Sittin’ with Blaze : A Tribute to Blaze Foley'. Treize compositions du
texan reprises par, dans l’ordre d’apparition au tracklisting,
Phosphorescent, Willie Watson, Cactus Lee et David Amram, Dylan Earl,
Uncle Lucius, Riley Downing, Joshua Ray Walker, Twain, Angela Autumn,
John R. Miller, John Moreland et Lydia Loveless, Lucinda Williams et,
Lucy Dacus, qui reprend ici une des, semble-t-il, plus célèbres chansons
de Blaze Foley, Clay Pigeons (en écoute aujourd'hui). L’histoire d’un homme qui prend un bus
pour fuir ses problèmes et démarrer une nouvelle vie. Lucy Dacus
en donne une version presque aussi dénudée que
l'originale, mais que sa voix embellie encore plus de mélancolie. Une très jolie reprise, sans doute la meilleure du disque d'ailleurs, et une très belle
porte d'entrée vers un artiste maudit que seule la mort aura su faire émerger de l'anonymat et des ténèbres.
Album : Sittin’ with Blaze : A Tribute to Blaze Foley Année : 2026 Label : Lost Art Records
Est-ce une simple coïncidence ? Un plan marketing bien ficelé ? Une volonté des deux compères de se retrouver en compétition, face à face, juste pour se marrer ? Difficile à savoir. Mais les deux anciens d'Okkervil River, Will Sheff et Jonathan Meiburg (on oublie que celui-ci n'est plus membre du groupe depuis 2008 et la sortie 'The Stands-In', quand bien même il a joué un petit rôle sur chaque disque suivant, aux chœurs là, au banjo ici) viennent de publier les nouveaux albums de leurs projets personnels respectifs à quelques semaines d'intervalle, après pourtant quatre ans d'absence de chaque côté.
Si l'on reviendra prochainement sur le nouveau Shearwater, disque très Talk Talk / Mark Hollis qui prend une belle épaisseur à chaque écoute, évoquons tout d'abord 'Extra Mile', le second album solo de Will Sheff (au look de plus en plus Lennon-ien) à travers Always Everything (en écoute aujourd'hui). Un morceau qui démarre comme une balade acoustique déprimée mais lumineuse et qui n'a de cesse de déployer ses ailes pour terminer sous la forme d'un blues héroïque et euphorique. Une chanson superbe qui, avec celle d'ouverture Extra Mile, tient le très haut du pavé de ce joli album, qui rappelle à ceux qui l'auraient oublié à quel point Will Sheff est un compositeur talentueux et soigné.
Album : Extra Mile Année : 2026 Label : Solid Ghosts Records
Découvert grâce à Pierre (With A Messy Head, Carton Sonore) et repéré par le toujours debout et essentiel Hidden Bay Records qui sort le disque, voilà Swash, quatuor danois venu de Copenhague, et leur premier album après quasiment dix ans d'Ep et de singles épars. Un disque qui se nomme 'Powers of Ten' et qui ne compte que… neuf chansons - titre ironique sur la session d'enregistrement où, au bout du compte, un des dix morceaux enregistrés n'a pas réussi à passer le cut final.
En résulte un disque assez court (27 minutes), au son massif, nerveux et exalté, qui se balade de plage en plage dans le rock des années 90, qu'il soit indie, slacker, noise ou power (superbe Clay), le tout avec des élans grunge, des guitares puissantes et fuzz et même du Dinosaur Jr. tout craché (Surface Tension). De la belle ouvrage bruyante où les mélodies ne sont pas prises pour quantité négligeable et ont leur mot à dire. Un des meilleurs albums - et pas que rock - de l'année, sans l'ombre d'un riff.
Après la Nouvelle-Zélande hier, faisons place aujourd'hui au Canada avec Mock Media, quatuor originaire de Vancouver, et à 'Rat Bastard', leur troisième album sorti le 17 juillet dernier chez Mac's Record Label (le label de Mac Demarco) et Meat Machine. En tout cas à toute la partie clairement influencée par le post-punk fin 70s/début 80s et moins celle qui va chercher ses influences dans le reggae.
Ainsi, zappons City's of Fire ou Fell From The Top (mais qui séduiront à coup sûr tous les fans du genre), laissons de côté la bossa pop de White Lion et même Straight Line dont l'introduction me fait penser à Sinsemilia (si si) pour mieux nous concentrer sur les six autres chansons, et notamment ce triptyque d'ouverture Mock City Rock / Take It / Rat Bastard très séduisant, aux mélodies qui savent grandir, des guitares qui post-punk, un chant à plusieurs voix, entre Clash (Mock City Rock et son petit hommage à London Calling, que je ne peux croire autrement que volontaire), Television, Gang of Four et guitares eighties. Un trio très avenant pour débuter ce 'Rat Bastard' de Mock Media, disque qui, pour peu qu'on aime le reggae et ses affidés, devrait largement séduire son monde.
Album : Rat Bastard Année : 2026 Label : Mac's Record Label / Meat Machine Records
Derrière cette silhouette en contre-jour sur fond d'orange flamboyant portant beau le chapeau de cowboy et ce nom d'Hemi Hemingway, ne se cache pas un artiste de country alternative venu du grand ouest américain mais un certain Shaun Blackwell, originaire de Wellington en Nouvelle-Zélande.
L'album habillé par cette bien trompeuse pochette est son second et se nomme 'Wings of Desire'. Un disque écrit avec l'encre des années 80, celles des productions massives qui flirtaient souvent à la limite du bon goût. Il y a un peu tout cela dans ce deuxième album de Hemi Hemingway : un disque moins épique que grandiloquent, qu'aucuns diraient ampoulé, et qui ne brille pas toujours - musicalement en tout cas - par sa finesse. Pour autant, le disque s'ouvre par Wings of Desire (en écoute aujourd'hui), formidable chanson titre qui semble être tout droit sortie de l'esprit de Pulp et/ou de Jarvis Cocker - et pas seulement pour ses accents vocaux - et qui déborde tant de générosité et de classe que même un saxophone typique de l'époque n'arrive pas à la gâcher (et en devient même essentiel).
Album : Wings of Desire Année : 2026 Label : PNKSLM Recordings
Quel intérêt y a-t-il en 2026 à écouter le nouvel album des Rolling Stones, qu'on annonce être, comme à chaque fois d'ailleurs, leur meilleur depuis [insérer ici le dernier Stones qui vous a marqué] alors que la réalité est tout autre (il faut d'ailleurs absolument relire à ce propos le fabuleux papier de Fabrice Pliskin dans le Nouvel Obs en septembre 2023, voir plus bas) ? Pire, pourquoi chroniquer, encore plus dans ces pages, une chanson ou un album des Rolling Stones en 2026 ? Parce qu'il y a un côté malaisant qui s'en échappe.
'Foreign Tongues' donc, dernier album en date (voire dernier tout court, ces messieurs ne rajeunissant pas) de la bande à Jagger, soixante-quatre ans après leurs débuts - ce qui, ne nous mentons pas, force le respect. Un disque enlevé, qui sonne bien, qui sonne juste, avec quelques mélodies satisfaisantes (pour ne pas dire marquantes) et enjouées. Du rock'n'roll pas le plus finaud certes, mais moins old'n'roll que ce que l'on aurait pu croire, et qui a du caractère. Certes. Mais - car il y a un mais - tout ceci semble bien trop parfait pour un groupe d'octogénaires dont les chansons intéressantes depuis quarante ans se comptent sur les phalanges du pouce. Il flotte comme un air de tromperie sur la marchandise.
Il y a déjà la durée : une grosse heure, pour douze compositions originales et deux reprises (de Amy Winehouse et Chuck Berry, sans aucun intérêt l'une comme l'autre), soit dans le top 5 des albums les plus longs de leur discographie. Étonnant ce regain d'inspiration non ? Il y a aussi la voix de Mick Jagger, qui vient de fêter ses 83 ans, qui sonne comme s'il en avait trente de moins ; le jeu de Keith Richards, qui entame pourtant sa dix-septième vie à 82 ans, qui ne semble pas avoir pris une ride ; et celui de Ron Wood, 79 printemps, qui se porte comme un charme. Ces gens là auraient-ils trouvé un élixir de jeunesse pour retrouver si ce n'est la verve de leurs vingt ans, au moins le dynamisme de leurs quarante ?
Mais plus globalement, il y a quelque chose de dérangeant à l'écoute de ce 'Foreign Tongues'. Tout sonne trop propre, trop juste, trop parfait, trop carré, trop énergique, trop sémillant et finalement, trop jeune, pour croire que ce ne soit que l'œuvre d'octogénaires. Alors on n'ira pas trop sur la partie intelligence artificielle, nouvelle donne qui commence déjà à infester la production actuelle entre des artistes peu scrupuleux prêts à tout pour retrouver le haut des charts, et des anonymes qui se croient (et se disent !) artistes juste parce qu'ils savent écrire un prompt : Jagger et Richards se défendent que l'IA ait été
d'une façon ou d'une autre intégrée au processus de création (j'ai personnellement beaucoup de mal à y croire, mais bon, laissons leur le bénéfice du doute). Jetons alors un coup d’œil aux crédits de l'album. Et là, le constat est implacable : le personnel qui a œuvré en
coulisse, que ce soit en studio ou derrière la console, est imposant. Et cela explique une bonne partie de ce sentiment de malaise à l'écoute du disque, tant on comprend que chaque chanson a du être décortiquée pour être ajustée au mieux, pour ne pas ternir l'image des Rolling Stones et de leurs 64 ans de carrière.
Bref, c'est tout cela qui m'empêche de prendre trop au sérieux ce 'Foreign Tongues', possible disque de chant du cygne d'un des grands groupes de l'histoire. Un album à la première écoute épatante mais qui très vite devient dérangeante (voire gênante) tant il me semble moins être des Rolling Stones que celui de techniciens de studios - très - doués. Et quand bien même la formidable chanson qu'est Divine Intervention (en écoute aujourd'hui), morceau que je n'arrive pas à ne pas adorer, enregistré avec le concours de Robert Smith (à la guitare)
et Steve Winwood (au piano), qui est d'une efficacité folle (que voulez-vous, je ne suis pas à un paradoxe près). C'est dommage de ne pas accepter de vieillir.
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Divine Intervention de The Rolling Stones, avec la participation de Robert Smith de The Cure à la guitare et de Steve Winwood au piano est également en écoute ci-dessous :