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mercredi 28 novembre 2018

Malcolm Middleton - Bananas [Triassic Tusk Records]

Malcolm Middleton n’est pas un homme têtu. Et c’est tant mieux. Sinon 'Bananas' serait sorti sans avoir jamais existé ; la faute à notre façon d’écouter de la musique. Mais rembobinons.

Il y a quelques mois de cela, Malcolm Middleton annonce qu’il va sortir son septième album. Celui-là s’appelle 'Bananas' donc, et fait suite à 'Summer of '13', un disque de 2016, sans doute le moins bon de sa discographie, sauvé tout de même par le bien joli Like John Lennon Said.

Les annonces se multiplient, mais rien de précis à se mettre sous la dent. Quand la date de sortie arrive, on ne trouve rien et nulle part : ni sur les plateformes de streaming traditionnelles, ni sur bandcamp ou soundcloud. Youtube ? Rien, non plus. Quelques rares critiques s’enthousiasment pour ce 'Bananas'. Mais impossible de confirmer la chose en écoutant le disque. Quid donc ?

Quelques temps après m’être étonné sur twitter de l’absence du disque, Malcolm Middleton m’écrit et m’explique que oui, ne pas mettre son disque en écoute sur internet est un vrai choix. Comme il le dit lui-même : « the album was made with vinyl in mind. It’s like making a vase, rather than a photo of a vase » (l'analogie est jolie).

Un choix artistique aussi rare qu’intransigeant (tous les groupes ne sont pas sur Spotify et compagnie, mais mettent au moins leurs disques en écoute sur bandcamp ou soundcloud) et qui renvoie à une époque révolue où on achetait souvent un album les yeux fermés, conseillés par la presse ou notre disquaire.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, cette époque est totalement révolue. Et que commercialement parlant, cette stratégie est du suicide. Et pour un artiste comme Malcolm Middleton, certes pas tout en haut de la vague de la hype mais pas le premier venu non plus, j'ai rarement vu aussi peu de retours.

Depuis, et même s’il l’avait précisé (« I’ll do cd and digital later to keep everyone happy though »), le disque est disponible de partout ! Et vous savez quoi ? C’est une bonne chose tant il est réussi. Après s'être essayé à plusieurs choses, avec plus ou moins de réussites (le réussi projet 'Human Don't Be Angry' et le disque du même acabit avec David Shrigley 'Music and Words', le plus dispensable 'Summer of '13' donc), Malcolm Middleton retrouve ses premières amours, ses mélodies pop pleines de rock et accouche avec 'Bananas' du petit frère de 'Waxing Gibbous', disque adoré dans ces pages s'il en est.

Il y a ici tout ce qui m'a toujours plu dans la carrière solo de l'ex-Arab Strap : des mélodies marquantes, des balades tuantes (il reste un des maîtres en la matière dès qu'il s'agit de composer des chansons belles mais à pleurer, la preuve avec Salamander Gray), du piano, une double-basse, des chansons qui finissent rarement là où elles ont démarré, des chemins de traverses, des tiroirs, des relances de ritournelles lorsqu'on sent qu'elles sont prêtes de s'éteindre, cette façon si délicieuse de dire « fuck-off », des textes aussi drôles que mélancoliques et emplis de peine, ces voix (notamment celle de Kenny Anderson, aka King Creosote) qui viennent sublimer l'ensemble, la production de Paul Savage (ex-Delgados), toujours à la production. Il y a un peu tout cela dans cet album de Malcolm Middleton. Un artiste on ne peut plus attachant à tous les niveaux. Et un putain de songwriter.

Hasard (?) du calendrier, un papier sur un ex-Arab Strap succède donc à un papier sur un ex-Arab Strap dans ces pages. C'est toujours bon à prendre. Encore plus quand, au détour d'une excellente interview (voir plus bas), j'apprends que Aidan Moffat et Malcolm Middleton, sont en train de travailler à un possible nouvel album d'Arab Strap : « so we’re writing at the minute, with a view to recording next year and releasing in 2020. We’ve no idea if it’s going to work, or if it’ll fit with the band or just be myself and Aidan ». Si c'est pas de la news ça. (Sortie : 28 septembre 2018)

Plus :
'Bananas' de Malcolm Middleton est à l'achat sur sa page bandcamp
'Bananas' de Malcolm Middleton est à l'écoute sur sa page bandcamp
'Bananas' de Malcolm Middleton est également en écoute chez, notamment, Spotify et Deezer
Longue et très intéressante interview de Malcolm Middleton parue sur For The Rabbits. A propos de 'Bananas' mais de beaucoup d'autres choses. Et on y apprend donc qu'un nouvel album serait, possiblement, dans les tuyaux.

Trois chansons de ce 'Bananas' de Malcolm Middleton en écoute. Tout d'abord, Salamander Gray (également en écoute dans les playlists Spotify et Deezer), le père Middleton se pose là. Puis, Love Is A Momentary Lapse In Self-Loathing, sans doute le tube de l'album. Et pour finir Buzz Lightyear Helmet, longue de plus de 8mns :






vendredi 2 novembre 2018

Car Seat Headrest - Twin Fantasy (Face to Face) [Matador]

Quand sort en novembre 2011 'Twin Fantasy', Will Toledo n’a que 19 ans. Et pourtant, ce disque est déjà son 6è (auquel il faut ajouter un Ep et une compilation de raretés qu’il met à jour depuis) sous le nom Car Seat Headrest (qui, rappelons le, signifie « appui-tête de voiture ») . Un disque qui fera trembler d’émoi toute la fan-base qui ne cesse de grossir et qui a vu, bien avant beaucoup de monde, de Matador à l’auteur de ces lignes, le talent de cet américain à - grosses - lunettes.

Juillet 2016. Pour les ignorants dont je fais partie, 'Teens of Denial' est une révélation. Premier album de Car Seat Headrest signé sur un label (Matador donc, excusez du peu), la claque est immense (lire ici). Voilà donc un jeune homme de 24 ans, qui met un coup de pied formidable dans un rock qui tourne plus souvent en rond qu’à son tour, en y apportant une grande fraîcheur.

Février 2018. Alors qu’on attend un nouvel album de sa part, Will Toledo sort 'Twin Fantasy', qu’il affuble entre parenthèses de « Face to Face ». Non pas un simple re-pressage de son album de 2011, mais un ré-enregistrement complet. Comme il le dit dans un court documentaire de Tidal "I Haven't Done Sh*t This Year" (voir au bas de ce papier), 'Twin Fantasy' est le premier bon album de Car Seat Headrest. D’où l’intérêt de le ré-enregistrer, surtout depuis que Car Seat Headrest est passé de projet solo à groupe à part entière (ils sont désormais six à entourer Will Toledo).

La première version de 'Twin Fantasy' (désormais sous-nommé « Mirror to Mirror ») est un disque excellemment lo-fi, fait à l’arrache mais où les chansons sont déjà là. En ré-enregistrant le tout, Will Toledo a bien modifié quelques structures, mais cela reste à la marge. Il en a bien changé quelques paroles (il en parle sur le tout dernier morceau Twin Fantasy (Those Boyes)), mais toujours de façon assez fine - en 2011, sur Cute Thing, Will Toledo souhaitait qu’on lui donne la voix de Dan Bejar (Destroyer) et la présence scénique de John Entwistle (The Who). En 2018, il ne rêve que d’avoir la voix de Frank Ocean et la présence de James Brown-. Mais, globalement, on est sur le même matériau de base.

Sauf qu’accompagné de six comparses, il lui donne une ampleur insoupçonnée et une profondeur impressionnante. Portées par sa voix toujours trainante et qu'on sent pleine de morgue, les mélodies bien plus mises en valeur qu’en 2011 et donc bien plus marquantes. Les chansons à tiroir ont désormais une justesse et une logique implacable. Et les paroles pas particulièrement enjouées (peur d’être quitté, peur de la mort, peur de voir les autres mourir) prennent une autre dimension.

Certains critiques (notamment de fans) reprochaient à Will Toledo d'avoir choisi la facilité en ré-enregistrant un ancien album plutôt que de sortir de nouvelles compositions. Très sincèrement, elles sont nulles et non avenues. Car 'Twin Fantasy (Face to Face)' est un vrai nouvel album, pas une resucée quelconque. Il est même la version adulte de 'Mirror to Mirror'.
Mieux, malgré sa longueur (71 minutes pour 10 chansons), ce disque n’est en aucun cas ennuyeux et ne s’étire pas plus que de raison. Alternant balades (sublime High to Death) et purs moments de rock'n'roll, il est surtout un album d’une grande unité, cohérence et homogénéité, qui balaye tout le spectre de la musique rock des années 60 à nos jours, pour mieux l’assimiler voire la synthétiser (les différentes influences des membres de Car Seat Headrest n’y sont sans doute pas étrangères).

Sorti dans une édition proposant la version 'Face to Face' et la version 'Mirror to Mirror' (une sorte de réédition anticipée, avec l’album et les démos) en février dernier, ce 'Twin Fantasy' de Car Seat Headrest a désormais neuf mois. Et depuis neuf mois, il revient invariablement dans mes oreilles et s’affirme à chaque nouvelle écoute comme un disque absolument brillant et essentiel. J’ose même le dire, il est au rock ce que furent en leur temps 'Late Registration' de Kanye West et 'Speakerboxxx/The Love Below' d’Outkast à la musique noire : un album synthèse. Et plus que l’album de l’année à mes oreilles, il pourrait être l’album d’une vie. A une autre époque, nul doute qu’il aurait même été l’album d’une génération. (Sortie : 16 février 2018)

Plus : 
'Twin Fantasy (Face to Face)' de Car Seat Headrest est en écoute sur sa page bandcamp
'Twin Fantasy (Face to Face)' de Car Seat Headrest est à l’achat sur sa page bandcamp
La version 2011 de 'Twin Fantasy (Mirror to Mirror)' de Car Seat Headrest est également en écoute et à l’achat sur sa page bandcamp
'Twin Fantasy (Face to Face)' de Car Seat Headrest est, notamment, en écoute sur Spotify et Deezer
Très longue et intéressante interview de Will Toledo sur le process de ré-enregistrement de 'Twin Fantasy (Fate to Face)' de Car Seat Headrest


Trois chansons de 'Twin Fantasy' de Car Seat Headrest en écoute aujourd’hui. Commençons par Bodys, le tube évident de l'album et son riff implacable (en écoute également dans les playlists Spotify et Deezer dans la colonne de gauche de ce blog). Puis Cute Thing, chanson qui se relance par un break imparable (à partir de 3'22") et où Will Toledo rêverait d'avoir la voix de Frank Ocean. Enfin, la balade sublime qu'est High to Death :

 




Pour finir, voilà le clip de Nervous Young Inhumans, l'autre tube de 'Twin Fantasy (Face to Face)' de Car Seat Headrest. Et unique single sorti à ce jour :



Tidal a sorti un court documentaire (17 mns) sur Car Seat Headrest en studio, répétant avant de partir en tournée. Alternant répétitions et discussions sur l'histoire du groupe ou de l'intérêt d'un concert, ce 'I Haven't Done Sh*t This Year' est à voir ci-dessous :



EDIT 17 novembre 2018 : Tidal vient de sortir la partie 2 de son documentaire sur Car Seat Headrest, qui se concentre sur le concert du groupe à The Fillmore à San Francisco (avec notamment une version live complète de Beach Life-in-Death) :




lundi 10 septembre 2018

Deafheaven - Ordinary Corrupt Human Love [ANTI-]

Il y a des chansons qui vous font prendre conscience de la force d’un disque. Oh, pas celles qui sont tellement au-dessus qu’elles écrasent le reste des compositions. Non, celles qui subjuguent, celles qui ont ce petit quelque-chose un plus, un rien, ce moment où tout bascule, et qui font passer un album de « réussi » à « mémorable ».

Canary Yellow est de celles-ci. Elle se trouve sur le dernier album de Deafheaven, quatuor de San Francisco, auteur en 2013 de 'Sunbather', disque absolument fascinant, incroyable maelström musical de post-rock, guitares shoegaze, black métal et voix d’outre-tombe.

Canary Yellow est le troisième morceau de 'Ordinary Corrupt Human Love' et le plus long de ce quatrième effort de Deafheaven. C’est surtout une chanson en trois temps. Un début post-rock avec une lente montée progressive qui amène à un déferlement de guitares et de hurlements. Et puis arrive cette huitième minute. La fureur se calme sur quelques accords de guitares ; ce sont ces accords là qui font passer la chanson - et donc l’album - dans une autre dimension. Car si le feu des guitares et le martèlement de la batterie reprennent de plus belle, la mélodie, elle, reste et va mener les 4 dernières minutes à la baguette. Mieux, sur la fin, Deafheaven rajoute encore des couches de guitares, augmente la puissance du son et amène des chœurs inattendus et à faire frissonner d’émoi. Et quand les dernières notes de guitares s’évanouissent, le choc est total. Canary Yellow est sans doute la chanson de l'année. Une sorte de The Pecan Tree mais puissance 10.

C’est donc cette deuxième partie qui envoie 'Ordinary Corrupt Human Love' parmi le sommet des disques écoutés ces derniers temps - et par « derniers temps » je ne parle pas de quelques semaines ou de quelques mois. Car le reste est au même niveau que Canary Yellow. Sans doute plus facile d’accès que ses prédécesseurs, il tranche avec le reste de la discographie de Deafheaven. Post-rock, black-metal, hard-rock, presque prog par moments, limite pop (You Without End qui ouvre notre affaire ou Night People pour un duo avec Chelsea Wolfe tout en retenue) et toujours avec ce « chant » guttural et hurlé, 'Ordinary Corrupt Human Love' est surtout un album clair-obscur incroyablement mélodieux, à la puissance époustouflante. Jamais guitares et hurlements n’auront été aussi lumineux et mélancoliques. (Sortie : 13 juillet 2018)

Plus :
'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven est en écoute sur leur bandcamp
'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven est à l’achat sur leur bandcamp
'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven est en écoute (notamment) chez Deezer et Spotify
Si vous ne deviez lire qu'une seule chronique de 'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven, celle de pitchfork est particulièrement conseillée

Trois titres en écoute de 'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven, et pas les plus courts évidemment. Forcément, à tout seigneur tout honneur, Canary Yellow et ses 12'17" est essentielle. You Without End, presque pop, est une très belle porte d'entrée pour un album comme celui-ci. Et tant qu'à faire, finissons par Worthless Animal, la chanson qui clôt le disque :




Et pour finir, voilà le clip de Night People, sans doute la chanson la plus calme jamais enregistrée par Deafheaven, et, ce qui ne gâche rien, avec la participation de Chelsea Wolfe. Et premier single de 'Ordinary Corrupt Human Love' :



vendredi 3 août 2018

jeremy messersmith - Late Stage Capitalism [Glassnote]

Les années passent et la reconnaissance semble fuir Jeremy Messersmith. Chouchou de ses pages depuis la sortie de son deuxième album, l'américain a pourtant tout ce qu'il faut de pop pour devenir, si ce n'est un acteur majeur de la scène actuelle, au moins un outsider plus que crédible.

Surtout que depuis 'The Silver City' en 2008, Jeremy Messersmith n'a eu de cesse de faire progresser sa musique. Et de la rendre encore plus orchestrée à chaque fois, et d'autant plus belle. 'The Reluctant Graveyard' (2010) changeait déjà de braquet. Et sa signature chez Glassnote en 2014 pour 'Heart Murmurs' (première sortie internationale) le voyait creuser ce sillon, porté qui plus est par quelques singles de haute volée. Pourtant, rien ou pas grand-chose, en tout cas en France, à quelques disques près vendus pour trois fois rien dans quelques bacs à soldes.

Depuis 2014, celui que l'on doit désormais appeler jeremy messersmith (sans majuscule donc) n'a pas chômé, a pas mal tourné (mais aux États-Unis) et a sorti l'an passé un '11 Obscenely Optimistic Songs For Ukulele: A Micro Folk Record For The 21st Century And Beyond' (tout ça oui), un album au ukulélé donc, et dont il était possible de télécharger le songbook pour que tous puissent proposer leurs versions des 11 chansons en question.

En février dernier, jeremy messersmith est arrivé avec son cinquième album, 'Late Stage Capitalism'. Un disque sombre et sans doute plus sarcastique que son prédécesseur, qui continue de suivre la trajectoire musicale que l'américain originaire de Caroline du Sud semble s'être fixé. Et sans aucun doute celui le plus orchestré de sa discographie. 
S'ouvrant sur une pétaradante orchestration (Purple Hearts, single évident), il plonge la tête la première dans une certaine idée de la pop de la fin des années 60. Cachant des paroles aigres-douces sur le monde actuel derrière des orchestrations ciselées et emballantes, 'Late Stage Capitalism' voit jeremy messersmith rendre hommage à ce jour maudit de tous qu'est le lundi (« Saturday is overrated Friday night is a drag Sunday mornin's heavy comin' down Don't be sad Monday, you're not so bad »), rappeler les fantômes des Beach Boys (ce piano sur Happy), un rockabilly disparu (Jim Bakker) et convie à la table des festivités une pop 60s à la française (Postmodern Girl et la voix française de Charlotte Savary)

Avec ses intentions mélodiques et musicales toutes Burt Bacharach-iennes, ses paroles ironiques et sa très belle voix, jeremy messersmith vient en tout cas de présenter avec 'Late Stage Capitalism' un disque en tous points remarquables. Puisse-t-il être célébré comme il se doit. (Sortie : 9 mars 2018)

Plus :
'Late Stage Capitalism' est en écoute sur le soundcloud de jeremy messersmith
'Late Stage Capitalism' de jeremy messersmith est à l'achat un peu partout ici
'Late Stage Capitalism' de jeremy messersmith est en écoute sur Spotify et Deezer (notamment)


Trois chansons de ce 'Late Stage Capitalism' de jeremy messersmith en écoute. D'abord, l'évident single, Purple Hearts et son intro tonitruante (également en écoute dans les lecteurs Spotify et Deezer dans la colonne de gauche de ce blog). Ensuite le très beau Monday, You're Not So Bad. Et pour finir Postmodern Girl :





Pour finir, le clip de Purple Hearts, titre d'ouverture et premier single de ce 'Late Stage Capitalism' de jeremy messersmith :




mardi 31 juillet 2018

Tony Molina - Kill The Lights [Slumberland]

Tony Molina est un artiste fascinant. Et sans doute assez unique quand on y réfléchit un peu. Soyons donc précis : Tony Molina, ce sont deux albums ('Dissed and Dismissed' en 2014 et donc 'Kill The Lights' cette année), deux Ep ('Six Tracks E.P.' en 2013 et 'Confront The Truth E.P.' en 2017), un album live ('West Bay Grease' l’an passé) et une cassette à ses débuts ('Embarrassing Times' en 2009). Soit 58 chansons (seulement deux dépassent les 3 mns, dont une reprise de Metallica) pour un total de musique enregistrée de… 75 minutes et 38 secondes.

Michael Gira ne doit rien y comprendre. Et sans aller jusqu'à Swans, à titre de comparaison, 'Come On Feel The Illinoise' de Sufjan Stevens, c’est - précisément - 74'15". Un monde.

Car oui, sur son nouvel album 'Kill The Lights', Tony Molina n’a pas changé : il fait dans le court. Le très court. Quatorze minutes et 30 secondes de musiques, pour 10 chansons. On a vu des Ep plus remplis.

Et pour autant disais-je, Tony Molina est fascinant. Car si son disque est à l’image de 'Confront The Truth E.P.' en 2017, totalement enivrant. Difficile de ne pas être complètement séduit si l’on aime la belle pop, des Beatles à Elliott Smith, des Teenage Fanclub aux guitares Gilmourienne de la fin en passant par les Byrds ou Nick Drake.
Les presque 15 mns défilent toutes seules ici, notre homme composant de magnifiques mélodies. Alors oui, toutes ne sont pas des chansons, plus des couplet/refrain ou pont/refrain. Oui, il y a bien une frustration de ne pas le voir développer ses mélodies plus en longueur tant elles sont bien composées. Mais tout ce 'Kill The Lights' déroule sa musique avec une facilité toute pop que ce n'est finalement pas un frein. Et qu'il se permet d'orner d'une magnifique pochette, comme souvent.

Reste une question : pourquoi composer et enregistrer des chansons aussi courtes ? Parce que Tony Molina préfère frustrer son auditoire plutôt que le lasser avec des chansons qui traîneraient en longueur ? Parce qu'il veut s’échapper du sacro-saint « chanson pop de 3'00 » ? Parce qu'il souhaite laisser une trace dans le grand livre de la pop en « inventant » le concept de medley-album (les Beatles avaient rempli une face d''Abbey Road' pour ce qui reste à ce jour leur meilleure composition. Tony Molina lui en fait un album entier) ? Ou tout simplement engranger les écoutes sur les différentes plateformes de streaming et empocher le jackpot ?

Sans doute un peu de tout cela à la fois. Mais l’important est sans doute ailleurs : 'Kill The Lights' est un album superbe. Qu'il soit long ou court importe peu au final. (Sortie : 27 juillet 2018)

Plus :
'Kill The Lights' de Tony Molina est en écoute sur son bandcamp
'Kill The Lights' de Tony Molina est à l’achat sur son bandcamp
'Kill The Lights' de Tony Molina est notamment en écoute chez Spotify et Deezer


'Kill The Lights' de Tony Molina est court mais pour ceux qui ne voudraient que picorer quelques mélodies, trois chansons à l'honneur. D'abord Look Inside Your Mind / Losin' Touch (en écoute également dans les lecteurs Spotify et Deezer dans la colone de gauche de ce blog), accessoirement la chanson la plus longue du disque. Ensuite, Jasper's Theme. Et pour finir Before You Go :







Et pour ceux qui veulent l'écouter d'une traite 'Kill The Lights' de Tony Molina, ce lecteur est fait pour vous :



lundi 29 janvier 2018

The Yearning - Take Me All Over The World Ep [Elefant Records]

The Yearning, groupe dont je découvre l’existence, est un projet de Joe Moore, qu’il mène avec Maddie Dobie et Mark Kiff. 'Take Me All Over The World Ep' est leur troisième Ep et fait suite à 'Evening Souvenirs', leur deuxième album paru en 2016. Voilà pour les présentations.

Mais qu’est ce donc que The Yearning ? Tout l’opposé de leurs homologues finlandais faisant dans le doom metal atmosphérique. Non, pour le trio anglais originaire de Faringdon, on est plus sur une pop de chambre légère, joliment emballée (piano, trompette discrète, xylophone, haut-bois, etc) et dont les mélodies semblent venir d’une autre époque.

Si l’on devait donner une filiation, sans doute qu'il faudrait citer The Magic Theatre, voire par moment la belle bande-originale de La La Land, même si The Yearning a plus de légèreté. Il y a ici, outre la belle voix de Maddie Dobie (qui a de faux airs de Mélanie Pain), du « chabadabada, chabada-bada », un peu de bossa, des ambiances jazzy et de comédies musicales aussi et au final, une ambiance rétro enchanteresse.

Court (6 chansons pour 17 mns), orné d’une pochette rappelant à l’évidence l’imaginaire des premiers Belle & Sebastian, 'Take Me All Over The World Ep' de The Yearning est le genre de disque parfait pour attaquer un lundi. Sa délicatesse, sa mélancolie, son swing et ses belles mélodies éviteront de pester sur ces week-end qui ne durent que deux jours. Et il est aussi une belle façon de souhaiter la bienvenue dans ce monde de fou à une jolie petite Rose. (Sortie : 19 janvier 2018)

Plus :
'Take Me All Over The World Ep'
de The Yearning est en écoute sur le bandcamp d'Elefant Records
'Take Me All Over The World Ep' de The Yearning est à l'achat sur le bandcamp d'Elefant Records
'Take Me All Over The World Ep' de The Yearning est en écoute également sur Spotify et Deezer

Trois chansons tirées de 'Take Me All Over The World Ep' de The Yearning. Something I Should Know (en écoute dans les playlists Spotify et Deezer dans la colonne de gauche de ce blog), le bossa Everything Is You et enfin le duo réussi de Maddie Dobie et Joe Moore sur Learn To Love :








Pour finir, le clip de Do You Remember? de The Yearning, premier single de 'Take Me All Over The World Ep', à voir ci-dessous :