Les remarques et les critiques (faciles) avaient-elles été les mêmes en 1979 quand, sur les cendres de
The Outsiders,
Adrian Borland avait monté un nouveau groupe,
The Sound ? Pour être honnête, je n’en sais strictement rien. On peut toutefois penser qu’il n’en a rien été, le groupe restant toujours dans l’ombre de ses partenaires de label de l’époque,
Echo and The Bunnymen et
The Chameleons (pas moins). A l’affût. Et ne sautant jamais à la gorge d’un public et d’une époque qui n’attendait pourtant que cela.
Et pourtant,
The Sound avait tout pour plaire. Séduire. Et connaître un succès mondial. Leur musique était dans l’air du temps (post-punk, cold-wave), d’une qualité irréprochable et soutenu par les plus grands médias du Royaume-Uni (le NME a toujours chroniqué leurs disques de manière très positive,
John Peel leur a fait enregistrer des Peel Sessions). Pis : malgré les ventes moyennes de leurs cinq albums (de 1980 à 1987), les maisons de disques (et pas des moindres) ont toujours cru en
The Sound.
Alors que s’est-il passé ? Plusieurs choses peuvent expliquer ce manque de succès : un manque de personnalité, un groupe plutôt sain et sans leader charismatique et torturé (tout le monde ne compte pas un
Ian Curtis en son sein), une certaine facilité à ne pas vouloir (pouvoir ?) percer ailleurs qu’en Angleterre et au Bénélux, (leur dernier album sortira d’ailleurs sur le label belge Play It Again Sam mais aucun ne verra le jour aux Etats-Unis) et un manque de singles forts, capables de truster les charts. Pourtant, d’excellents titres,
The Sound n’en manque pas. Ils sont justes moins immédiat qu’un
Love Will Tear Us Apart ou
The Cutter, grands succès des deux groupes auxquels
Borland et ses amis peuvent être rattachés,
Joy Division et
Echo and The Bunnymen.
‘From The Lion’s Mouth’ est le second album du groupe. Un disque qui sort en 1981 et qui, 27 ans plus tard, s’il a ce son typique de l’époque, assez froid, ténébreux et désespéré, a très bien vieilli, mieux même que certains des disques, par exemple, de la bande à
McCulloch. La «faute» – notamment – à
Hugh Jones, le producteur de
‘Heaven Up Here’ des
Echo and The Bunnymen, et aux manettes pour ce disque là, et à une qualité mélodique assez forte et qui tranche assez avec leurs compères de cette période là.
Ici,
The Sound, en moins de quarante-six minutes qu’il ne faut pour le dire, livre un disque d’une qualité dingue, naviguant entre post-punk, new-wave et cold-wave, rappelant (ou influençant, c’est selon)
New Order,
Wire ou
The Cure, avec un je-ne-sais-quoi de
U2 des débuts (si si !). Un melting-pot très maîtrisé, que des groupes comme
Interpol ou
Bloc Party - l'intro de
Skeletons (voir plus bas) fait furieusement penser à celle de
Banquet - voire, à un degré moindre,
Editors, a du énormément écouter à l’époque.
En 1987, et après un ultime (et de qualité) baroud d’honneur avec
‘Thunder Up’,
The Sound met la clé sous la porte, laissant donc, et pour l’éternité, un vrai chef d’œuvre,
‘From The Lion’s Mouth’, leur grand œuvre. Douze ans plus tard, en 1999,
Adrian Borland, dépressif, met un terme définitf à l’affaire en se jetant sous un train. Triste fin pour un songwriter de talent et pour un groupe qui n’aura jamais vraiment eu le succès qu’il méritait, malgré des compositions solides et qui, encore aujourd’hui, restent des joyaux d’une époque souvent – à tort – critiquée et démolie mais qui a su engendrer bon nombre de groupes incroyables.
(Nb : la découverte de ce disque, je la dois à l’ami Raoul qui, sur le blog essentiel Ordet Blog, avait déjà pondu une fort belle chronique de ce ‘From The Lion’s Mouth’. On peut la lire en cliquant là).
Première sortie : 1981 (Korova)
Dernière réédition : 2002 (Renascent)
Son :
Myspace non-officiel
Trois titres en écoute de ce ‘From The Lion’s Mouth’. Trois morceaux qui montrent toute l’étendue du talent de The Sound, entre cold-wave (Sense of Purpose), post-punk (Skeletons), et cold-wave (splendide New Dark Age) :