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jeudi 12 novembre 2009

Black Swan Green - The Ruin Gaze... [Self-released]

Cela fait bien six mois que je cherche une vraie idée pour vous parler de Black Swan Green. Quelque-chose qui ait de la gueule. Qui dépote.
Mais je n'ai pas d'inspiration. Enfin, je n'en ai plus, si tant est que j'en ai déjà eu.

Et pourtant, dieu sait que j'aimerais pouvoir vous parler avec emphase de ce quatuor originaire de Brooklyn, qui titre son nom d'une nouvelle d'un auteur américain qui m'est totalement inconnu, David Mitchell. Pouvoir arriver à vous faire aimer leur premier album 'The Ruin Gaze' autant que je l'aime.

J'aimerais crier à la face du monde que de tous les groupes qui ont émergés et fait parler d'eux ces derniers mois (de The Pains of Being Pure at Heart à Crocodiles), les Black Swan Green font partie du haut du panier; voire un peu au-delà.

Je voudrais évoquer ici leur mélange habile de noise, shoegaze et dream-pop.
Je rêverais pouvoir vous dire combien ces Black Swan Green me font penser tantôt à Jesus and Mary Chain (souvent), tantôt à U2 (parfois, notamment sur Pilgrim's Regress) et même à Puressence (ces mélodies).

J'adorerais pouvoir cette rythmique qui jamais ne faiblit, cette voix qui semble être sortie tout droit d'un album de la fin des années 80, ces guitares qui n'arrêtent pas de crier, ce besoin mélodique qui entoure chaque chanson, cette noirceur et cette mélancolie qui se dégage de chacune des compositions du groupe.

Et surtout, j'aimerais comprendre comment un tel groupe, respirant autant la classe, dont le premier album regorge de vraies chansons, et, ce qui ne gâche rien, orne son premier album d'une jolie pochette, n'est pas signé en 2009 (l'excuse du "c'est trop récent" ne tient pas: ce disque est sorti en octobre… 2008!).
Comprendre comment on peut laisser un tel groupe dans cet anonymat (3 votes, dont le mien, chez Rate Your Music, rien chez Metacritic, pitchfork et compagnie) alors qu'il a sûrement tout pour devenir un des groupes les plus intéressants qui soit s'il continue dans la lignée de ce 'The Ruin Gaze'.

J'aimerais. Mais j'ai du mal. Reste donc la musique. A vous de (re)tomber dans le noir et délicieux piège des Black Swan Green. (sortie: 21 octobre 2008)

NB: Vous pouvez vous procurer cet album chez cdbaby ici, pour 8€ (12$), sans compter les frais de port.

Son:
Myspace (Trois chansons en écoute de 'The Ruin Gaze')

Deux chansons en écoute. Santa Cruz à l'intro rappelant le '23' de Blonde Redhead, et Abel Song, une de leurs chansons les plus maitrisées (malheureusement plus en écoute).

mardi 6 janvier 2009

Speedmarket Avenue – Way Better Now [Elefant]

Quoi de plus frustrant qu’entendre monter une mélodie, la voir exploser un à un les étages des émotions avant de s’écraser telle une crêpe, comme en panne d’idée et d’envie alors qu’elle était en train de tutoyer les sommets? Surtout quand nous, simples auditeurs, lui avons imaginé une suite et une chute? Rien, à bien y réfléchir, non?

Pitseleh, grand amateur de pop devant l’éternel, surtout si elle est scandinave ou écossaise, vient donc à notre secours. Le bougre s'est fendu d'un billet quelques heures avant noël sur son blog à propos de Speedmarket Avenue, un groupe suédois qui est la réponse à cette frustration que l’on ne connaît que trop bien.

Signé chez Elefant Records (pourvoyeur de douceurs pop et maison mère de Camera Obscura), Speedmarket Avenue a sorti l’an passé son deuxième album, passé assez inaperçu ici (mais aussi ailleurs), ‘Way Better Now’. Un disque qui ne s’embarrasse pas de détours ni de circonvolutions et va droit au but. Dix titres, 37 minutes au compteur, ce qui nous fait une moyenne de 3’40 par chanson : bref, du franc du collier, du direct, du sans fioritures inutiles.

Speedmarket Avenue est un groupe a deux faces : une pop débridée conviant guitares électriques, batteries lourdes et trompettes, le tout dans un style très Belle and Sebastian/Camera Obscura version doigts-dans-la-prise d’un coté, pop éloquente et évocatrice, pleine de générosité et de retenue (splendide The State of Harmony avec le mariage des deux voix), un peu à l’image des Weepies, de l'autre. Et comme je l’expliquais, ce qui est fou c’est que leurs ébauches de mélodies se terminent à chaque fois admirablement, comme dans un rêve.

Un joli disque donc, qui ne renversera pas les codes établis et qu’on aura peut-être/sûrement oublié dans quelques années. Il n’empêche, en ce 6 janvier 2009, c’est un partenaire de rentrée assez idéal. (sortie: 5 mai 2008)

Son:
Myspace (5 titres de 'Way Better Now' en écoute)
Site officiel

Et deux titres en écoute, pour fêter comme il se doit 2009, le guilleret Accident et le sublime The State Of Harmony (malheureusement plus en écoute).
Pour finir, les deux clips des deux premiers singles de cet album :

Speedmarket AvenueWay Better Now



Speedmarket AvenueDon’t Fall In Love


mardi 9 décembre 2008

Eugene McGuiness – st [Domino]

Il est quand même assez surprenant que le premier vrai album d’Eugene McGuiness (son premier effort, ‘The Early Learnings Of’, n’était qu’un mini-lp) ne fasse pas plus parler de lui que cela. Pourtant, derrière sa belle gueule et sa ressemblance avec Alex Turner, le leader des Arctic Monkeys et des Last Shadow Puppets, notre homme laisse percevoir à travers ce premier album, sobrement intitulé ‘Eugene McGuiness’, un certain de nombre de qualités et un songwriter qui ne s’ignore plus.

Ce disque là est un concentré assez énergique de 12 morceaux, qui émergent tous dans un format classique de trois à quatre minutes. Au programme, une plongée dans les années 60, aussi bien du côté anglais (ça tombe bien, lui qui déclare avoir «toujours aimé les Kinks») que du côté américain.
Entre rock, pop, glam, rockabilly, balades touchantes et belles orchestrations, Eugene McGuiness sort de sa besace un disque où chaque titre à sa couleur, chaque morceau est vraiment différent du précédent ; mais, et c’est sûrement son plus grand talent, il en résulte pourtant un album des plus homogène. Que Nightshift – superbe titre urgent et court, emmené par une guitare sautillante – précède une chanson à la mélodie aussi fine qu’Atlas n’est pas choquant : bien au contraire, tout coule de source.

Signé chez Domino, pourvoyeur de talents par excellence, Eugene McGuiness me fait penser à une sorte d’Elliott Smith version 2010 (toutes proportions et tous styles gardés bien sûr): un même don pour la composition, une même voix pas anodine et un touché mélodique assez imparable (son Moscow State Circus en est l’exemple type, voir clip plus bas).

Toutefois, avant de rejoindre le cercle fermé des artistes au talent aussi grand qu’Elliott Smith, il reste encore du chemin à parcourir à Eugene McGuiness. Mais ce départ est des plus réussi. Car à 22 ans et en même pas quarante minutes, l’Irlandais prouve et assure par son songwriting qu’il faudra compter sur lui dans les prochaines années. (sortie : 12 octobre 2008)


Son :
Myspace (Trois titres de ce ‘Eugene McGuiness’, ainsi qu’une version alternative de Nightshift)


Deux titres en écoute : Wendy Wonders, bluette pop aux jolis chœurs et God In Space, qui ferme l’album, dans le luxe, le calme et la volupté (malheureusement plus en écoute).
 

Et pour finir, le clip du premier single extrait de ce ‘Eugene McGuiness’, Moscow State Circus : une joyeuseté pop qui a le bon goût de s’emballer à chaque nouvelle mesure. Euphorique :


jeudi 4 décembre 2008

The Welcome Wagon – Welcome to The Welcome Wagon [Asthmatic Kitty]

Depuis que Sufjan Stevens a décidé d’être une vieille feignasse après deux années de sorties en tous genres, il a fallu me rabattre sur d’autres disques, d’autres artistes, capable de me rappeler en quelques notes tout le talent de l’auteur de ‘Come On Feel The Illinoise’.

Faites donc place à ‘Welcome to The Welcome Wagon’ de The Welcome Wagon, duo formé par le Reverend Thomas Vito Aiuto et sa femme Monique, dernière sortie en date de chez Asthmatic Kitty. Elle, a une voix qui rappelle celle de Deb Talan de The Weepies. Lui possède un timbre qui pourrait facilement le faire passer pour le frère de Sufjan Stevens (c’est affolant sur certains titres).

Et c’est tout sauf surprenant vu que l’on retrouve ce dernier à la production de ce ‘Welcome to The Welcome Wagon’. Et au-delà de se voir (la pochette fait furieusement penser à celle de 'Greetings from Michigan, the Great Lake State'), cela s’entend, que cela soit dans le son de la batterie, la simplicité et la beauté des mélodies, le touché de banjo et jusque dans les notes de xylophone (il faut écouter American Legion, le titre qui a le plus de similitudes avec le songwriting de Sufjan Stevens). A tel point que si l’on tombait sur un titre de ce groupe sans savoir de qui il s’agissait, on jurerait ses grands dieux qu’il s’agit de Sufjan.

L’idée de The Welcome Wagon semble simple : sortir le disque pop délicat de cette fin d’année, avec des cordes par ci, des cuivres par là. Mais surtout y insuffler un peu de soul. But For You Who Fear My Name (voir plus bas) avec ses notes de banjo, ses chœurs quasi-gospel couplés à des clappings incessants, est une réussite totale à ce niveau. Tout comme I Am A Stranger, mais dans un genre totalement différent, guitare et chœurs qui n’arrêtent de chanter au diapason.

Alors oui, comme tout groupe qui compte en son sein un révérend qui se respecte, The Welcome Wagon parle beaucoup de Dieu et de religion dans ses compositions. Énormément même. Mais ce n’est pas forcément gênant, tant leur musique adoucit les mœurs et les possibles griefs. Donc pour une fois, zappons les paroles et concentrons-nous sur la musique, qui a un côté divin par moments.

Bref, que dire en conclusion à part ce que me faisait remarquer dernièrement Bopper à propos de ce ‘Welcome to The Welcome Wagon’ : «Ca sonne comme du Sufjan... C'est signé sur le label de Sufjan... Mais ce n'est pas du Sufjan... Mais ça y ressemble quand même drôlement... Normal c'est produit par Sufjan...». CQFD. Et sacré disque en tout cas. (sortie : 9 décembre 2008)

Son :
Myspace (Deux titres de ce ‘Welcome to The Welcome Wagon’ en écoute)
Site officiel (le titre Sold! To The Nice Rich Man est en téléchargement gratuit et légal en faisant "click-droit-enregistre-sous" ici.

Et deux titres en écoute : Up On A Mountain, balade on ne peut plus Sufjanienne et But For You Who Fear My Name, le titre le plus gospel de l’album (malheureusement plus en écoute).

mardi 2 décembre 2008

The Decemberists – Always the Bridesmaid: A Singles Series [Rough Trade]

(suite à la suppression du texte par blogger (voir 'WebSheriff fais moi peur'), je le reposte donc, à la date initiale. A la différence près que les deux titres en écoute se trouvent au format deezer. Bonne lecture!).


On avait laissé The Decemberists avec un ‘The Crane Wife’ en 2006, concept album plutôt réussi n’hésitant pas à aller lorgner prêt d’un rock rappelant tantôt les Pink Floyd, tantôt les Who. Mais on gardait surtout en tête leur ‘Picaresque’ l’année d’avant ou même leurs deux premiers albums. Car ils ne sont jamais meilleurs que quand ils officient dans ce qu'ils ont toujours fait: du pop-folk teinté de rock, de cuivres, de cordes et d'extravagance.

Deux ans donc plus tard, revoilà la bande à Colin Meloy. Avant de sortir son nouvel album – un opera-rock qui portera le nom de ‘Hazards of Love’ (où l’on devrait retrouver Shara Worden de My Brightest Diamond et Becky Stark, la voix de Lavender Diamond) – qui devrait être disponible au printemps 2009, The Decemberists sortent trois singles-eps sous le nom 'Always the Bridesmaid: A Singles Series'. Sept titres au total, trois disques différents (et collector) qui résument en quelques notes la discographie du groupe.

Premier seven-inch, ‘Valerie Plame’ est un duo de chansons qui rappelle les premiers albums jusqu'à 'Picaresque', avec notamment un titre éponyme (du nom de l’agent de la CIA dont l’identité avait été révélée par le New-York Times) enlevé qui se finit avec des chœurs qui ont un je-ne-sais-quoi de ceux de Hey, Jude des Beatles.

Le volume II de ces 'Always the Bridesmaid: A Singles Series', ‘Days of Elaine’, se rapproche plus de ce que le groupe proposait sur ‘The Crane Wife’. Les deux titres sont excellents (Days of Elaine et sa guitare électrique pleine de riffs est addictive), notamment la reprise du Velvet Underground, I'm Sticking With You, qui résonne encore plus que l’originale comme une jolie comptine.

Enfin le dernier volume, ‘Record Year’ (du nom du premier morceau), est moins nerveux, moins fougueux que le reste. Record Year est une chanson calme, d’une beauté fracassante (le mélange des cordes, des notes du banjo et de la voix de Meloy fait merveille) tandis que Raincoat, qui finit l’affaire, n’est rien d’autre qu’un guitare-voix absolument délicieux.

Bref, en sept titres (dont une version longue de Days of Elaine) et 3 Eps, The Decemberists font une sorte de tour d’horizon de leur discographie et rassurent tout leur monde en prouvant qu’ils n’ont rien perdu de leur songwriting. On peut attendre avec calme – mais impatience – ce 'Hazards of Love'.

(Sortie :
Volume I ‘Valerie Plame’ : 14 octobre 2008
Volume II ‘Days of Elaine’ : 4 novembre 2008
Volume III ‘Record Year’ : 2 décembre 2008)

Son :
Myspace (un titre de ces ‘Always The Bridesmaid: A Singles Series’ en écoute).
Site officiel

Et deux titres en écoute. Le déjà classique dans leur discographie Valerie Plame ainsi qu’un Days of Elaine très réussi, pour cette fois dans un lecteur deezer (malheureusement plus en écoute).

jeudi 27 novembre 2008

Willard Grant Conspiracy – Pilgrim Road [Loose]

Depuis quelques jours, les tops de fin d’année tombent les uns après les autres. Mojo, Paste Magazine, Q. Nous ne sommes même pas fin novembre, que ça y est ; chaque année un peu plus tôt que la précédente. Si tout va bien, en 2015, on aura les listes des meilleurs albums de l’année en août!

Connerie assez insupportable, surtout quand on sait combien on peut tomber amoureux d’un disque en un rien de temps. ‘Pilgrim Road’, dernier album en date des Willard Grant Conspiracy, en est le meilleur exemple. Voilà un disque sorti à la fin de l’hiver dernier et qui ne vient d’arriver dans mes oreilles qu’aujourd’hui, mis de côté pendant six mois pour je ne sais quelles raisons.

Et puis, en cette période de fin d’année, je l’ai enfin écouté. Et m’en suis voulu de ne pas en avoir parlé plus tôt. Il faut dire que je restais sur leur ‘Let It Roll’ de 2006, un disque naviguant entre blues et rock’n’roll. Un bel album mais pas franchement transcendant, trop long pour être honnête et loin de leurs élans passés.

Pour ce ‘Pilgrim Road’, Robert Fischer, tête de proue du bateau Willard Grant Conspiracy, a décidé de remiser les guitares au placard. A la place, il en a ressorti le piano, convoqué un ensemble de cuivres, de bien belles cordes et une chorale pour lui donner le la. Et le bougre a bien fait.

Avec ses faux airs de Robert Wyatt et sa voix matinée de Nick Cave et Stuart Staples, Robert Fischer emmène ses Willard Grant Conspiracy pour un voyage entre ombre et lumière, dans un monde ténébreux, un brin lugubre même (écouter Vespers et comprendre). Tout au long des onze morceaux de ce ‘Pilgrim Road’, le groupe aligne les morceaux pleins de mélancolie, où les arrangements font merveille.
A chaque titre, son lot de touches mélodiques. A chaque morceau, d’accords lumineux. Jamais Willard Grant Conspiracy ne laisse retomber une chanson: à chaque fois, il sait la remonter, la faire décoller et atteindre des cimes assez improbables, faites de chœurs somptueux et à l’unisson (The Great Deceiver, voir plus bas). Miracle on 8th Street avec son mélange de cordes, de cuivres, de batterie et de piano, avec pour lumière dans la nuit la voix de Fischer, en est l’exemple le plus frappant.

‘Pilgrim Road’ est un album qui vit et qui marque une rupture dans la discographie du groupe. Avec ces compositions et ce travail d’écriture, Willard Grant Conspiracy crée une sorte d’opéra pop, où l'on imagine Robert Fischer et sa voix profonde, raconter des histoires, au milieu d’une scène, un piano à queue dans un coin, son orchestre à ses pieds. Un très bel album donc (peut-être leur meilleur), ambitieux, et qui rappelle par moment l’œuvre de David Ackles. On a vu pire compliment. (sortie: 3 mars 2008)


Son :
Myspace (trois titres de ‘Pilgrim Road’ en écoute)
Site officiel

Deux titres en écoute. Un premier, The Great Deceiver, avec sa montée progressive qui finit par l’arrivée de chœurs majestueux, puis un second avec Painter Blue et son côté opéra-pop délicieux (malheureusement plus en écoute).

mardi 25 novembre 2008

Adrian Crowley – Long Distance Swimmer [Tin Angel]

Il y a quelques semaines de cela, alors que je me préparais à partir à la découverte d'Edimbourg, j’entretenais une discussion fort intéressante avec Bopper sur son dernier pays d’adoption, l'Écosse. Nous parlions alors d'un artiste dont le dernier album n’arrêtait pas de revenir dans mes oreilles : ‘Long Distance Swimmer’ d’Adrian Crowley. Un Irlandais de Dublin. Et qui fait dans le folk.
Ce à quoi Bopper répondit : «Encore un folkeux irlandais ? Ils ont des usines là-bas, c’est pas possible!».

Je ne vais pas dire le contraire. Car l’Irlande est un des berceaux du moment pour les folkeux du monde entier, de Fionn Regan à Damien Rice. Et donc aujourd’hui Adrian Crowley.

Pourtant, notre homme n’est pas un nouveau venu sur la scène indé folk de son pays. ‘Long Distance Swimmer’ est même son quatrième album. Les trois premiers n’ont pas eu un écho énorme (même si Steve Albini s’est chargé de la production du second). Et ce n’est malheureusement pas sûr que celui-ci fasse exception (il est sorti fin janvier 2008 et les chroniques ne se bousculent pas au portillon). Et pourtant, il a vraiment tout pour plaire.

‘Long Distance Swimmer’ est un disque habile, mené par un multi-instrumentiste de talent. Un album qui est bâti sur des bases folk mais qui n’hésite prendre des chemins nerveux l’histoire de quelques titres, comme sur Brother at Sea aux guitares affûtées comme celles de I’m Waiting For My Man du Velvet Underground.
Mais surtout, Adrian Crowley a le sens de la mélodie. Sur chacun des douze morceaux de ce ‘Long Distance Swimmer’, il trouve toujours une manière ou une autre pour faire repartir le titre. Quand celui-ci va tourner en rond, il reprend les choses en main et fais décoller le tout par une arrivée de cordes (sublime Walk On Part, voir plus bas) ou d’un cuivre (Harmony Row, voir plus bas bis). Et jamais il ne tombe dans la facilité.

Disque d’une homogénéité pleine de diversité, ‘Long Distance Swimmer’ rappelle l'œuvre de James Yorkston and The Athletes, mais avec un côté plus noir. Le genre d’album aux contours habités mais doux. Concis, précis, chaque titre fait mouche, emportés qu’ils sont par la voix et les arrangements d’Adrian Crowley. Irlande of folk en gros. (sortie : 21 janvier 2008)

Son :
Myspace (2 titres de ‘Long Distance Swimmer’ en écoute)

Deux titres en écoute. Selon moi, les deux plus beaux. L’un, très habité, Walk On Part, aux contours mélodiques somptueux, et Harmony Row, balade pop menée par la guitare électrique d’Adrian Crowley (malheureusement plus en écoute):

jeudi 20 novembre 2008

Pivot – O Soundtrack My Heart [Warp]

Il y avait déjà eu Maxïmo Park, dont le premier album 'A Certain Trigger' était un bijou de rock teinté de wave injustement mésestimé. Puis vint le tour de Gravenhurst, faux-folkeux et vrai-noisy-rock-boy et de Battles, super groupe mélangeant habilement post-rock, jazz et electro sur fond de hardcore.

Une des dernières signatures en date de Warp, Pivot, groupe Australien désormais domicilié à Londres, peut être rangé dans cette catégorie d'artistes, celle des groupes ovnis d’un label ô combien mythique et important de l’histoire de la musique électronique. Il pourrait même être le point de jonction, le fil d’Ariane reliant le passé et le présent.

Car Pivot n’est pas du genre à s’enferme dans un carcan. Bien au contraire. A l’écoute de ce ‘O Soundtrack My Heart’, il y a de tout et pour tous les goûts. Du rock bien sûr, mais aussi du funk (certes froid mais du funk quand même), de l’électro minimale et de longues vagues de nappes recouvrant le tout. Ajoutez à cela un poil d’expérimentations, et vous aurez une idée assez précise de ce à quoi la musique de Pivot peut ressembler.

Et si je devais oser quelques comparaisons pour décrire un peu plus ce ‘O Soundtrack My Heart’, je dirais que c’est le mélange de l’ingéniosité de Battles, du funk des !!! et de l’electro à la Autechre. Le tout sans parole, vu que le disque est uniquement instrumental (c'est un des points forts du disque d'ailleurs: sur plusieurs morceaux, leurs sons sont si travaillés qu’on a l’impression une fois l’écoute terminée qu'il y a une voix qui se balade sur au long du disque).

La grande force de ‘O Soundtrack My Heart’ est aussi son unité. Là où le ‘Mirrored’ de Battles (ceux à qui on les comparera le plus sans nul doute) péchait par un certain manque de cohérence, écrasé qu’il était par le tonitruant Atlas, cet album étale sur 48 mns une musique sûre d’elle, de son fait et d’une homogénéité folle.

Dans tous les cas, une chose est sûre : ce groupe devrait faire parler de lui. Totalement euphorisant, assurément addictif, il faut écouter ‘O Soundtrack My Heart’ de Pivot : un groupe qui reste en famille et qui a bien raison. Pourquoi iraient-ils ailleurs ? Ils ont toutes leurs influences à portée de main. (sortie : 18 août 2008)

Son :
Myspace (5 titres de ‘O Soundtrack My Heart’ en écoute).
Site officiel
 

Et en écoute, deux titres, comme toujours : le plutôt calme et planant Fool In Rain et le terriblement funky Sweet Memory (malheureusement plus en écoute).

Pour fini, le titre ‘O Soundtrack My Heart’, version live, cet été, à la Route du Rock. Hypnotique :


mardi 18 novembre 2008

Fleet Foxes – st [Sub Pop]

Il était une fois l’histoire de deux jeunes femmes dont la cuisine était la passion. Vu que Saint Euphrosyne (le patron des cuisiniers) et Saint Honoré (le patron des pâtissiers) avaient eu la bonne idée de se pencher sur leurs berceaux respectifs lors de leur arrivée dans ce bas monde, elles avaient hérité d'un don pour faire saliver les papilles d’amis, de parents, de cousins ou de parfaits inconnus.
Un jour, la passion les poussa, l’une et l’autre, à ouvrir un blog. L’une pris le nom de A Turtle In The Kitchen et l’autre de Chocolat & Caetera. Et très rapidement, ces derniers devinrent des endroits courus de la blogosphère culinaire (et pas que d’ailleurs).

Une après-midi, devant un café, un thé ou une bière (la légende diffère selon que l’on parle à l’une ou à l’autre), elles décidèrent d’un commun accord qu’un blog c’était bien, mais qu’un site c’était mieux. Elles s’imaginaient déjà pousser les murs, embellir leurs templates, mettre un peu plus de clarté et rendre le tout encore plus lisible.

Ces deux jeunes femmes étant têtues, elles décidèrent de se lancer ce défi dans la minute suivante. Et ni une ni deux, en 9 jours, chrono en main et en grandes autodidactes du CSS, elles transformèrent leur désir en réalité.
C’est ainsi que naquirent les sites de A Turtle In The Kitchen et de Chocolat & Caetera. Deux sites réussis, à dévorer et que je vous conseille grandement, que vous soyez salés, sucrés, un peu des deux, et dans tous les cas pas contre faire du bien à votre palais.

Il était une fois l’histoire d’un autre blogueur, –Twist–, qui, tel un papy, faisait de la résistance à l’écoute du premier album des Fleet Foxes. Un disque qu’il trouvait charmant certes mais loin des éloges qui lui tombaient dessus depuis des semaines. Disons que –Twist– avait du mal à comprendre cet engouement. Certes la musique de ces hippies barbus était belle. Mais de là à faire chavirer les cœurs et les âmes…
Et puis il y a quelques jours de cela, malade et grincheux, –Twist– remis le premier album des Fleet Foxes dans le lecteur, tourna sa veste, retrouva le temps d’un instant son chapeau et vit, après des mois dans l'obscurité, la lumière. Celle d’un disque somptueux en tous points, du sillon à l'artwork.

Les Fleet Foxes sont divins. De la pop américano-americana qui transcendent le passé pour mieux coller au présent, avec du Crosby, Stills, Nash and Young (mais pas forcément en bande), du Beach Boys, du Byrds voire même du Simon & Garfunkel dedans. Du folk pastoral à rendre tous les athées du monde fou de dieu. De la pop un peu baroque mais sacrément harmonieuse. Un disque magistral, habité et produit à la perfection.

Il était une fois un dimanche. Ou un mercredi. Il était une fois un apéro fait de crème brûlée de butternut, vanille, graines de fenouil et thym, de boulettes keftas, blinis au maïs et purée d’aubergine acidulée aux pommes, pétales de saumon, de caramels mous au chocolat noir et au beurre salé, de pavés au toblerone et de Halva au caramel. Et comme douceur auditive, l’album éponyme des Fleet Foxes. Bref, il était une fois le paradis. (sortie: 3 juin 2008)

Son :
Myspace (trois titres de l’album en écoute)
Deux titres en écoute. Tous sont vraiment très beaux, mais à choisir, ces deux là sont mes préférés : le presque pop Your Protector et Oliver James, d’une douceur à fondre en larmes. Malheureusement, plus en écoute.

Et pour finir, le sublime (et le mot n'est pas trop fort) clip de White Winter Hymnal. Ce groupe est dingue :



jeudi 13 novembre 2008

Aidan Baker & Tim Hecker – Fantasma Parastasie [Alien 8]

Si j’osais une comparaison foireuse, une collaboration Aidan Baker/Tim Hecker aurait pour équivalence indie-rock Arab Strap/Tindestricks ou Arcade Fire/Sufjan Stevens. Rien que ça. Car ces deux là, s’ils ne disent peut-être pas grand-chose au grand public, sont deux artistes qui règnent plus ou moins sur leurs catégories.

A ma droite, Aidan Baker, artiste prolifique et multi-instrumentiste qui, en 8 ans de productions (si l’on en croit la page wikipédia qui lui est consacré), a à son actif la bagatelle de 113 sorties discographiques! Vingt-et-un avec Nadja (duo d’expérimental ambiant très noisy qu’il forme avec Leah Buckareff), 9 avec ARC, 2 avec Mnemosyne et 81 (!!) en solo. Ce qui nous fait une belle moyenne de plus de 14 disques par an depuis 2000. Rien que ça!
Je suis très loin de tout connaître de l’œuvre d’Aidan Baker comme vous pouvez vous l’imaginer, mais le seul disque du monsieur qui ait jamais traversé mes oreilles est un de 2006, ‘The Sea Swells a Bit’, grand album composé de trois longues plages instrumentales basé essentiellement sur la guitare, où l’auditeur évolue dans un univers ouaté et ambiant, où tout flotte, et que j’avais inséré à juste titre dans mon top 2006.

A ma gauche, Tim Hecker, canadien comme Aidan Baker dont j’ai déjà parlé dans ces pages à l’occasion de la sortie de son ‘Harmony In Ultraviolet’ en 2006. Beaucoup moins prolifique que son partenaire («seulement» onze albums à son palmarès), Tim Hecker est celui qui, à mes yeux, représente ce qui se fait de mieux dans la musique ambiante aujourd’hui. Un artiste au talent incroyable dont la sincérité et la qualité de ses disques ne fait aucun doute. Découvert via ‘Radio Amor’ en 2003, j’ai depuis toujours suivi son évolution et je n’ai jamais été déçu.

Alors quand j’ai appris, au détour d’un blog, que les deux canadiens sortaient un disque ensemble, qui plus est chez Alien 8, mon sang n’a fait qu’un tour. Car deux artistes de cette qualité, réuni sous la même bannière, avait de quoi faire frétiller mon subconscient. Résultat ? ‘Fantasma Parastasie’ est au-delà de mes espérances. Un disque où les deux influences se mélangent avec une pureté insolente. D’un côté, les guitares noisy d’Aidan Baker, son côté doom, de l’autre les plages planantes et ouateuses de Tim Hecker.
La production est vraiment à la hauteur car rien n’est laissé au hasard. Chacun des deux comparses apporte sa pierre à l’édifice, ses propres sons à la cathédrale sonique qu’ils sont en train de construire. Tout est une question d’équilibre où pas un son ne prend le pas sur l’autre. Tout est en apesanteur, dans un déluge de riffs, de drones contemplatifs et d’électro ambiante.

Inspiré, évocateur (chaque plage emmène l’auditeur dans un monde imaginaire), ‘Fantasma Parastasie’ est une réussite totale et à tous les niveaux (la pochette est somptueuse). En sept titres et 35 mns, les deux canadiens apposent leur sceau et imposent leur aura. Chef d'œuvre du genre de 2008. Vivement la suite. (sortie: 14 octobre 2008)


Son :
Myspace Aidan Baker (un titre de 'Fantasma Parastasie' en écoute)
Site officiel Alien 8 (l'album en écoute)


Deux titres pour vos esgourdes: le docile Auditory Spirits et le noisy Skeleton Dane, qui s'enchaîne sur l'album, malheureusement plus en écoute.

mardi 11 novembre 2008

Guernica - Who Are Your Songs For? [Greed Recordings]

Si j’osais, pour chroniquer cet album, j’aurais évoqué mon voyage à Madrid en mai 2005. J’aurais parlé de cette ville formidable, de son architecture, de ses grandes artères, et de ses musées. Notamment celui de la Reina Sofia, un des plus grands musées qu’il m’a été donné de visiter. Et pas seulement parce qu’on y trouve le plus tableau du monde, le Guernica de Pablo Picasso.
Certes, c’est un peu cliché de dire cela. Mais le problème c’est que c’est vrai. Sa taille imposante, ses vérités cachées dans tous les coins, la souffrance qui en ressort, tout ceci m’avait soufflé, scotché, perturbé. J’étais resté un long moment stoïque à essayer d’en admirer les moindres recoins et d'en comprend tout le sens.

J’aurais pu dire tout ça pour parler de la première sortie discographique de Guernica, groupe belge responsable d’un petit buzz Outre-Quiévrain en début d’année lorsque leur premier mini-album ‘Who Are Your Songs For?’ avait suscité bien des commentaires élogieux.

Et à l’écoute il y a de quoi. Post-punk teinté d’avant-rock, la musique de Guernica est du genre explosive, nerveuse, acérée, avec cette voix qui rappelle tantôt Tom Smith (Editors) tantôt Tom Barman (dEUS). ‘Who Are Your Songs For?’ tient vraiment la route, mené tout du long par une volonté mélodique implacable, comme souvent avec les groupes du plat pays qui n'est pas le nôtre.

Ce disque se veut à l’image du tableau dont il reprend le nom, distordu mais cohérent, chaotique mais pertinent. Le dernier titre de ‘Who Are Your Songs For?’ en est peut-être la meilleure preuve. Concluant l’album, ce n’est rien de moins qu’un chef d’œuvre belge de post-punk. Et je n’ai pas abusé de substance illicite avant de dire cela : que ce soit dans sa construction – et ses multiples renversements de riffs – ou dans sa mélodie imparable, Conscientiously Escaping The Chains Of Western Civilization I Am What You Could Call A Postmodern Houdini est un titre grand, très grand, capable de retourner le cerveau des plus blasés d’entres nous.

Quelques mois après sa sortie chez Vlas Vegas, c’est au tour de Greed Recordings de sortir le disque en France. En espérant le même succès pour le petit label parisien, qui une nouvelle fois illumine mes journées de par ses choix discographiques. La France a toujours réservé un accueil très chaleureux aux groupes Belges. Je ne vois pas comment elle pourrait passer à côté de ce mini-album là. (sortie française : 10 septembre 2008)

Son :
Myspace (Deux titres de ‘Who Are Your Songs For?’ disponible).
Page officielle sur le site de Greed Recordings (Deux titres en mp3 à télécharger)

On peut acheter le disque ici.

Et deux titres en écoute. I Wish I Was American, qui ouvre l’album et Conscientiously Escaping The Chains Of Western Civilization I Am What You Could Call A Postmodern Houdini dont j’ai tenté de conter plus haut les qualités, qui ferme ce ‘Who Are Your Songs For?’ détonnant (malheureusement plus en écoute).

jeudi 6 novembre 2008

Breathe Owl Breathe - Ghost Glacier Ep [Fox on a Hill]

1966. Bob Dylan sort ‘Blonde on Blonde’ et avec lui termine sa trilogie commencée quelques mois plus tôt par ‘Bringing It All Back Home’. Surtout, Bob Dylan créée l’évènement en faisant de son plus grand disque le premier double album de l’histoire du rock. Rien que ça! Cette fois, tout tient sur deux vinyles. Et les possibilités s’ouvrent pour des artistes qui jusque là n’osaient pas franchir le cap.

Quarante-deux ans plus tard, tout change. Et l’histoire se réécrit à l’envers. Lors de l’arrivée du compact-disc et sa capacité à stocker près d’1h20 de musique, tout a explosé, les groupes (et surtout les maisons de disques) ont rempli jusqu’à la gueule ce nouveau support, comme s’il fallait en donner pour son argent à l'amateur lambda. En oubliant que, par exemple, le plus bel album de la chanson française, 'L'Histoire de Melody Nelson', ne dure même pas 28 mns. Une technique malheureuse, qui plombera quelques chef d’œuvres en devenir, trop insignifiants et inutiles sur un quart du disque pour être considéré comme tels.

Mais aujourd’hui, la tendance s’inverse. Les albums, mis à part certaines exceptions, font tous entre 30 et 40 minutes, gagnant en concision et réservant leurs titres faibles à quelques faces-b. Un retour en arrière inattendu. Mais salvateur.

Surprenant donc de voir débarquer Breathe Owl Breathe, un trio américain du Michigan, avec un disque de 32 mns, ‘Ghost Glacier Ep’, pourtant affublé du suffixe EP. Déroutant presque. Comme si ces jeunes gens ne s’en laissaient pas compter. Quoiqu’il en soit, album, Ep ou mini-album, Breathe Owl Breathe est une belle découverte. Un groupe qui creuse son sillon dans un folk très mélodique, qui aime à toucher la musique celtique du doigt le temps de quelques accords.
‘Ghost Glacier Ep’ mélange trois voix (dont une féminine à tomber qui rappelle celle de Dawn McCarthy, qui officiait notamment sur ‘The Letting Go’ de Bonnie Prince Billy, disque auquel on pense assez ici), de guitare, de banjo, de violoncelle, de glockenspiels ou de plastic toys, avec le piano en meneuse de revue.

Un bien beau disque de folk délicieux et mélancolique, assez sombre mais qui donne envie d'en savoir plus sur ces jeunes gens du Michigan, auteur de trois autres albums si l’on en croit leur site internet. Expirez. Inspirez. Plongez. (sortie: juillet 2008 )


Son :
Myspace
Site officiel

On peut acheter ce 'Ghost Glacier Ep' ici.

Deux titres pour découvrir l’univers de Breathe Owl Breathe. Ghost in the Morning Moon, chanson à deux visages et un sublime Toboggan tout au banjo, malheureusement plus en écoute.
 

jeudi 23 octobre 2008

Jeremy Messersmith – The Silver City [Princess]

Des fois, on tombe sur une pochette d'un disque. Et, sans avoir entendu le moindre son, la moindre note, on veut jeter une oreille sur l’album en question. Et dans son entier. Rien de bien rationnel me direz-vous mais c’est comme ça.

L’artwork de ‘The Silver City’, le second album de Jeremy Messersmith, n’a rien d’extraordinaire. Un dessin, avec quelques personnages qui gambadent le long d’une rivière et d’arbres ronds, en direction d’un château-fort lointain et imposant. Les couleurs sont très sobres, limite effacées. Et pourtant, cette pochette a attiré mon œil et mon attention. Et je me suis dit, bêtement, que ce disque devait être beau. Je ne sais pas d’où j’ai pu sortir ça. Mais c’est ce qui s’est passé.

Et mon intuition première était la bonne. Car ce ‘The Silver City’ est un bien joli disque. Même plus que ça. Jeremy Messersmith, qui a pris des cours de songwriting (!) à la North Central University de Minnesota, y convoque les fantômes de Brian Wilson et des Beach Boys (superbes chœurs de Welcome to Suburbia, voir plus bas), des Beatles, de Jude, d’Elliott Smith (incroyable ressemblance sur Franklin Avenue, tant au niveau des mélodies que de la voix !) ou même de The Postal Service (Miracles) et sort un album court (à peine 35 mns) où il raconte et évoque, à la manière d’un Sufjan Stevens, sa ville, celle de Minnesota et de Saint-Paul, The Twin Cities.

Un disque qui n’a aucune prétention. Juste celle d’être cohérent, d’égrener des histoires touchantes sur fond de guitare et de pop mélancolique que Jeremy Messersmith habille de cordes et de quelques cuivres pour l'hiver. ‘The Silver City’ est un album beau, bien enregistré et joliment produit, dans lequel il est facile de rentrer, dont on tombe rapidement amoureux et que, contrairement aux apparences, on n'oubliera pas rapidement.

Il n'est pas dit que Jeremy Messersmith connaisse un succès énorme dans son pays d'origine. Les faiseurs de pop délicate comme celle-ci n’ont que peu droit de cité. Mais dans tous les cas, il sait qu'en France, la patrie d'accueil d'artistes anglo-saxons honnis (ou ignorés), de Jeff Buckley à Jude, il sera toujours bien accueilli. Ou alors, c'est à n'y rien comprendre. (sortie : 9 septembre 2008)


Son :
Myspace (Trois titres de ‘The Silver City’ en écoute)
Site officiel

Ci-dessous, deux titres en écoute. Welcome to Suburbia, le premier vrai titre de ‘The Silver City’, avec ses chœurs magnifiques, et Breaking Down où l’on sent clairement planer l’influence de Sufjan Stevens, malheureusement plus en écoute.

jeudi 16 octobre 2008

Arnaud Cathrine et Florent Marchet – Frère Animal [Editions Verticales]

‘Frère Animal’, c’est l’histoire d’une ville imaginaire inventée par Arnaud Cathrine et Florent Marchet. Un endroit où la SINOC (Société Industrielle Nautique d’Objets Culbuto) règne en maître, pourvoyant emplois, salaires et cadre de vie à ses habitants, telle une Mère Nourricière comme l’appellent ses employés.

‘Frère Animal’, c’est surtout l’histoire de Thibaut, jeune garçon un brin déprimé, qui se laisse vivre, et dont l’envie de travailler chez SINOC est aussi forte que de rencontrer le Père Recruteur, le très arrogant DRH.
Thibaut, c’est un peu tout l’opposé de Benjamin, son ami d’enfance, un gros con démago qui voit son poste chez SINOC comme l’aboutissement d’une vie, se voilant la face sur le pouvoir et l’omnipotence que peut avoir cette entreprise sur ses employés, semblable à celle que peut avoir une secte sur ses fidèles. Un gentil soldat au service d’une logique économique implacable qu’il n’imagine pas en somme.
Il y a aussi Renaud, le frère de Thibaut. Un homme qu’il déteste pour tout ce qu’il représente. Cette ville. Ses échecs. Ce chemin de vie tout tracé qui lui intime de mettre ses pas de ceux de son père. Et il y a Julie, la petite amie de Thibaut (chantée par Valérie Leulliot d’Autour de Lucie), seule lumière dans sa nuit, amoureuse comme jamais et qui ne rêve que de Bruxelles, d’arts et de culture.

‘Frère Animal’, c’est un peu tout cela à la fois. Un second album-concept de suite pour Florent Marchet et Arnaud Cathrine après le somptueux ‘Rio Baril’ de l’an passé, qui dépeignait, avec talent, la vie, les tourments, les doutes, les peines et les joies d’un jeune homme dans une ville (déjà) imaginaire.
Mais c’est surtout un roman-musical (publiée aux Éditions Verticales, cette œuvre est disponible dans la bibliothèque d’un libraire et non pas dans les bacs d’un disquaire) d’une noirceur incroyable. Une critique virulente et imagée d’un projet industriel où la valeur travail est le socle de tout. Où l’individu n’est rien. Où l’on porte au pinacle des objets à fond ronds en leur faisant croire qu’ils vont sauver l’humanité. Un disque où le cynisme tient le premier rôle. Un livre où les textes, étalés sur 90 pages, prennent encore plus de poids imprimés.

‘Frère Animal’ est un concept-album gigantesque, terrifiant dans sa façon de raconter et de se retrouver confronté à une vie que l’on connaît (ou qu’on a le sentiment de connaître). D’entendre les phrases de ce DRH chargé du recrutement, raciste et odieux. De sentir la détresse de cet employé modèle viré pour cause d’âge avancé. De côtoyer au plus près une machine industrielle qui détruit chaque jour un peu plus des employés en faisant mine de les cajoler. De comprendre la manipulation médiatique.

‘Frère Animal’, c’est tout ça : l’histoire d’un jeune homme qui tente de sortir des griffes d’une broyeuse économique et d’un chemin tout tracé. Le tout posé sur une musique pop, fidèle aux deux premiers albums de Florent Marchet, les orchestrations de cuivres et cordes en moins. ‘Frère Animal’ est un très grand album. Et un livre inspirant. Qui donne à réfléchir. Autant qu’il terrifie, tant la vision est juste et pourrait être transposée au monde réel dans lequel nous nous débattons chaque jour un peu plus. (parution : 6 mars 2008)


Son :
Myspace (Trois titres de ‘Frère Animal’ en écoute)
Site Officiel


Trois titres exceptionnellement. Un titre avec Florent Marchet au micro, pop énervée, pour La Traduction. Un second, Entre Les Mailles du Filet, avec la belle Valérie Leulliot au chant. Et enfin, un morceau plus «parlé» d'Arnaud Cathrine, Le Martinet où le discours du DRH, le Père Recruteur, digne de celui d’un gourou d’une sect (malheureusement plus en écoute).
Ces titres là ont-ils une raison d’exister sans 16 autres ? Peut-être pas. Mais espérons qu’ils vous donneront l’envie de vous jeter chez votre libraire le plus proche.

Et pour finir, le clip de La chanson du DRH :


jeudi 9 octobre 2008

Air France – No Way Down Ep [Sincerely Yours]

S'énerver. Bloquer. Buter sur un problème. Sur des sujets qui n'avancent pas. Qui s'amoncellent. Se plaindre des solutions qui s'éclipsent. Des journées qui n'en finissent pas de s'allonger. De ses matins trop matinaux. Râler contre ce temps qui change. Ces saisons qui se décalent. Cette rentrée qui n'en finit plus de durer. Devenir irascible. Susceptible. Con.

Et puis souffler. Prendre son temps. Se remémorer les doux souvenirs de l'été. Du soleil. Des vagues. De la farniente. S'évader. Changer d'atmosphère. D'horizon. Pour mieux rebondir. Pour mieux redémarrer. Avec un regard neuf. Avec une envie retrouvée.

Fermer les yeux. Embarquer sur un vol Air France à destination de Göteborg, qui promet, sur la brochure, 'No Way Down'. Se mettre en condition avec l'ambiant Maundy Thursday, commencer à lâcher prise sur June Evenings , décoller sur Collapsing at Your Doorstep et son électro-pop sautillante, sourire béatement à l'écoute de sa guillerette petite sœur No Excuses, amorcer une descente en douceur avec le très lounge No Way Done pour finalement atterrir sur Windmill Wedding, annonciateur de la fin du voyage.

Rouvrir les yeux. Sourire. S'allumer une cigarette. Garder en tête ces mélodies qui respirent le bonheur et la simplicité. Se dire qu'Air France est un sacré nom pour un groupe Suédois. S'amuser à imaginer la rencontre entre ces jeunes gens heureux et les trop rares Australiens de The Avalanches, dont ils partagent certaines idées. Regretter la durée limitée de ce 'No Way Down'. Se rappeler que c'est un Ep et que 23 minutes pour un tel format, c'est très honnête.

Se remettre au travail, du soleil plein la tête, du vent plein les cheveux. Se promettre de partir plus souvent en voyage dans le ciel Suédois. Se dire de faire ça vite. Et repartir pour un tour, là, maintenant, tout de suite. Avec Air France pour seule compagnie. (sortie : 17 juin 2008)

Son :
Myspace (deux titres de ce
'No Way Down Ep' en écoute).


Deux morceaux pour s'envoler. L'electro-poppy Collapsing at Your Doorstep et le discret, ambient et atmosphérique Windmill Wedding (malheureusement plus en écoute).

mardi 7 octobre 2008

Cornflakes Heroes – Dear Mr Painkillers [Greed Recordings]

Dans l’absolu, à quoi ressemble un bon groupe – et un bon album – de rock made in France? À des textes forcément en français ? A une bande d’ado qui se veut Libertines mais sonne plus comme les Forbans, sauce années 2000 ? A une suite de paroles débiles posées sur quelques accords on ne peut plus mineurs? A un combat à mort de fourchettes en plastique ?

Malgré ce que peuvent asséner à longueur de unes quelques magazines spécialisés et dits de référence, rien de tout cela finalement. Un peu tout l’opposé même.

Prenons les Cornflakes Heroes, groupe caennais, signé sur le label parisien Greed Recordings (voir ici ou là), petit par la taille mais grand par la qualité de ses sorties, qui sort ces jours-ci son deuxième album, ‘Dear Mr Painkillers’. Malgré leur nom un peu idiot et qui résonne comme celui d’un groupe faiseur de pop échevelée et débridée, les Cornflakes Heroes incarnent totalement la vision que je peux avoir du rock made in France

‘Dear Mr Painkillers’ continue de tracer la voie ouverte avec ‘Off With Your Heads!’. Celle d’un rock chanté en anglais et qui prend ses influences aussi bien outre-manche qu’outre-atlantique. Sur le premier album, on retrouvait facilement celles de Sebadoh, Pavement, Dinosaur Jr, voire même du Velvet Underground ou Nick Drake sur certains passages. Sur ce disque, ces influences sont toujours là, mais encore mieux assimilées et plus discrètes.

Le groupe se les approprie réellement pour en sortir un son qui lui appartient. En y apportant souvent des touches aux couleurs punk, blues ou pop et en agrémentant beaucoup de titres d’un moog, d’une trompette, d’un ukulele, ainsi que d’une bonne dose d’humour (écouter Let Me Be Your Tamagochi) et de saturations, ‘Dear Mr Painkillers’ s’impose rapidement comme une franche réussite, qui n’hésite pas à reprendre l’ouvrage là où il l’avait laissé pour mieux continuer à avancer.

Les Cornflakes Heroes prouvent surtout (et une seconde fois) qu’il est possible de sortir un disque rock en France, sans être petit bras et/ou ridicule, avec de vrais textes, des riffs tendus, une basse qui sonne et des mélodies torturées, chaloupées qui ne cherchent jamais la facilité mais qui tapent juste. Car ‘Dear Mr Painkillers’ est tout cela à la fois. Un très bon disque rock, qui a du coffre et du chien. (sortie: septembre 2008)

Son :
Myspace (2 titres de ce 'Dear Mr Painkillers')
Site officiel

Deux titres en écoute. Le nerveusement pop Bloody Valentine et le splendide Is Mother Right?, peut-être le plus grand titre composé par les Cornflakes Heroes, jusque là (malheureusement plus en écoute). 

Rajout d'un titre, disponible gratuitement sur le site de Greed Recordings (malheureusement plus en écoute).

jeudi 2 octobre 2008

Max Richter – 24 Postcards In Full Colour [Fat Cat]

Vingt-quatre titres. A peine plus de trente-trois minutes. Qu’est-il donc arrivé à Max Richter, guide de mes nuits de décembre 2004, quand j’avais découvert le bougre, un peu par hasard, via son ‘The Blue Notebooks’, album parfait de post-classicisme à la beauté fracassante. Lui qui aimait prendre son temps pour mieux développer ses mélodies encordées et pleines d’un piano délicat ?

Rien. Ou presque. Il a juste voulu écrire une sorte de concept album sur, tenez-vous bien, les sonneries de téléphones. Partant du postulat suivant «Pourquoi une sonnerie de téléphone devrait-elle être nulle?», il a donc composé 24 morceaux, tous de très courtes durées (de 50’’ à 2’51’’), qui pourraient, pour la plupart, faire office de ringtones (écoutez In Louisville At 7, c’est flagrant): ‘24 Postcards In Full Colour’.

Comme d’habitude, violons, violoncelles et piano sont au rendez-vous, avec en guest une guitare. Les ambiances propres à Max Richter, ces atmosphères planantes, vaporeuses et oniriques, elles aussi. Ce sont d’ailleurs elles qui servent de fil conducteur à cet album, dont chaque titre est différent de son prédécesseur et explore des univers parallèles.

Et si le procédé peut paraître assez frustrant parfois, tant on aimerait que l’Écossais développe ses titres et fasse muer quelques secondes de musique en un ensemble plus consistant, on ne peut quand même que s’incliner devant le talent de Max Richter, compositeur post-classique émérite, qui compose des albums comme d’autres font des rêves, et qui, avec ce ‘24 Postcards In Full Colour’ nous invite à un voyage dans le beau, le doux, le planant et l’éphémère. (sortie : 25 août 2008)

Son :
Site Officiel
Myspace

Vu la longueur des morceaux, trois titres en écoute : The Picture of Us, A Song For H/Far Away et Cradle Song For A [Interstate B3] (malheureusement plus en écoute).

jeudi 25 septembre 2008

Madvillain - Madvillainy 2: The Madlib Remix [Stones Throw]

Madlib et MF Doom sont dans un studio. Madlib et MF Doom fument trop de beuh. Qu'est ce qu'il reste? Un album de remix de 'Madvillain', pour patienter jusqu'au vrai 'Madvillainy 2'. Et vous savez quoi? Ça poutre. Et méchamment!

Mais reprenons les choses dans l’ordre. En 2004, Madlib, producteur émérite et poulain d’or de Stones Throw, s’enferme en studio avec le meilleur emcee de cette décennie, MF Doom, l’homme masqué et à l’histoire ambiguë aussi bien que tenue secrète, ainsi qu'avec une bonne dose de weed. Le résultat sera frappé du nom de Madvillain et ‘Madvillainy’ rentre dans l’histoire de la musique du XXIè siècle en «racontant» l’histoire de Madvillain, personnage de comic books (l’ambiance est vraiment basé là-dessus) entre hip-hop, jazz, sons rétro et samples à gogos. Un grand album, alliage réussit entre le flow de Doom et les prods sur mesure de Madlib, magnifié par une pochette qui en impose.

Encensé par tous (ou presque), le combo Madvillain promet de s’atteler rapidement à une suite des aventures de son «héros». Mais MF Doom se disperse, s’atèle à divers projets (le Danger Doom, des collaborations de tous les côtés) et le projet est remis aux calendes grecques.
Histoire de patienter, Stones Throw sort deux 12’’ de remixes, un concocté par Koushik (terriblement funky) et un second par Four Tet, absolument hallucinant de maîtrise (il faut écouter le remix de Great Day pour le croire) - et qui nous fait, soit dit en passant, plus qu’espérer et souhaiter une collaboration dans le futur entre Kieran Hebden et MF Doom.

Mais à part ça, rien. Madvillain semble s’être évanoui dans un nuage de weed. Et puis, au début de l’été, une newsletter de Stones Throw nous apprend, sans crier gare, que finalement Madlib a décidé, comme pour attendre, de sortir un remix de ‘Madvillainy’. Et qu'il appelle simplement 'Madvillainy 2: The Madlib Remix'.

Remixer son propre disque ? Un choix audacieux mais très risqué. Mais qui s’avère vite être une franche réussite. ‘Madvillainy 2: The Madlib Remix’ est un album de remix mais qui passe surtout pour … un nouvel album. Rien que ça. Madlib a récupéré les parties vocales de Doom et a changé toute la prod. Et part dans un délire complètement différent, plus soul, moins sombre, moins «comic», mais avec toujours ce côté jazzy, ces samples à tout va, ce crépitement continu du début à la fin du disque et ces ambiances qui rappellent certains passages de la série de ses 'Beat Kondukta'.

Bref, une totale réussite. Plus que redécouvrir le premier opus, on tombe vite sous le charme de sa suite. Une suite qui n'en est pas une tout en en étant une. Vous me suivez? Non? De toutes façons, tout deviendra plus clair dans quelques mois: Madlib et MF Doom serait actuellement en studio pour donner naissance au petit frère (officiel cette fois) de ‘Madvillainy’. Croisons les doigts certes. Mais il était temps. (sortie: 23 juillet 2008)

Son :
Myspace (deux titres de
‘Madvillainy 2: The Madlib Remix’ en écoute)
Site officiel

Et deux titres en écoute, plutôt court (même pas 5 minutes en cumulés) mais qui prouve toute l'étendue du talent de
Madlib, Can't Reform Em et Running Around with Another (malheureusement plus en écoute).