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jeudi 13 mars 2008

Cunninlynguists – Dirty Acres [APOS Music]

Hormis dans la partie ‘Track of the day’, cela faisait un petit bail que je n’avais pas parlé dans ces pages de hip-hop. Il faut dire aussi que depuis quelques temps déjà, rien ne m’avait chatouillé l’oreille avec intérêt. La découverte (avec retard) de ce quatrième album des Cunninlynguists (soit dit en passant, le meilleur nom de groupe du monde), ‘Dirty Acres’, a donc été un petit choc et un vrai ravissement. Et l’occasion de pousser un bon gros «s’pas trop tôt» de soulagement.

Ce n’est pas la première fois que les trois compères Deacon The Villain, Natti et Kno m’enchantent. Leur second opus en 2003 ‘SouthernUnderground’ m’avait vraiment marqué à l’époque. Depuis, cinq ans ont passé, j’ai perdu cet album là, je n’ai jamais réécouté les Cunninlynguists qui ont continué leur route, sortant même, si l’on en croit les spécialistes, leur chef d’œuvre en janvier 2006, ‘Piece of Strange’.

Je ne sais pas si ce ‘Dirty Acres’ sera leur apogée discographique, s’il dépasse son prédécesseur ou s’il marquera l’histoire de la musique dite urbaine. Mais en tout cas il a du coffre. Il en résulte un mélange subtil de prod à la Madlib, de sons tout droit sorti des années 90 (le titre éponyme, c’est du Warren G époque ‘Regulate… G-Funk’, un des disques qui a bercé mon adolescence), de samples venant directement du début des années 70 et d’hip-hop plus indé (une musique très ouverte, qui pioche l’inspiration à droite et à gauche). Bref un petit bonheur d’idées éparses mais qui finissent par faire un ensemble homogène.

Ajoutons une bonne dose d’engagement politique sur ce ‘Dirty Acres’ (une constante chez le groupe) – il faut entendre Kno déclamer sur Georgia (voir plus bas) chanson hommage à son état de naissance “Do yall have time to discuss God's grace – if you're too busy studying the color of a face? – I don't follow man to avoid the disgrace – of the closed-minded culprits of Southern mistakes” - ou écouter ce K.K.K.Y qui évoque les abrutis blancs à capuches blanches à pointes – et vous obtenez un disque hip-hop de grande qualité et qui aurait mérité qu’on fasse un peu plus de bruit à son propos.

Car oui, ce voyage dans le monde merveilleux (?) des États-Unis d’Amérique des Cunninlynguists est savoureux. ‘Dirty Acres’ est le genre d’album doux et délicat : les flows sont posés, en rien agressifs et caressent littéralement les beats dans le sens du poil. Le tout recèle de petites perles – disséminés pour la plupart en fin de d’album – et qui ne demande qu’une chose : qu’on appuie toutes les 40 minutes sur play, à nouveau. (sortie : 27 novembre 2007)

Son :
Myspace (4 titres de ce ‘Dirty Acres’, 2 de ‘Piece of Strange’)

Deux titres pour cet album : un Dirty Acres qui m’évoque donc quelques prods West Coast du milieu des années 90 et un Georgia, mélodiquement imparable (malheureusement plus en ligne).

Et pour finir, la video de K.K.K.Y, single de l’album (malheureusement plus en ligne).

mardi 29 janvier 2008

Fortune - Fortune Ep [Disque Primeur]

Qu’est ce que font deux mecs talentueux quand l’entité qu’ils avaient créée finit par rendre l’âme, faute de projet et/ou d’envie commune ? Ben ils partent faire autre chose, chacun de leur coté.

Prenons donc Abstrackt Keal Agram, groupe bretonnant d’abstrackt hip-hop, plutôt très talentueux, dont les deux derniers (sur un total de trois) opus sont des disques que j’aime bien retrouver à intervalle régulier sur ma platine – et pas que pour Rivière, leur tube qui aurait du, si la vie était mieux faite, leur ouvrir les portes du succès.
Après quelques années de chouettes productions et de bons délires sonores, l’ami Lionel Pierres (My Dog is Gay) et le copain Tanguy Destable (Tepr) ont mis la clé sous la porte, partant tenter une aventure en solo chacun de leur coté.

Tandis que Tepr prend plaisir à s’acoquiner avec un son dancefloor aux relents eighties grandement efficaces (des titres comme Muchas Tetas, Poco Sexo, pour ne citer que le plus connu, ça vaut son pesant de beats), My Dog is Gay troque son nom contre celui de Fortune, s’éloigne lui aussi du hip-hop, se met à chanter (!) et pond un Ep chez Disque Primeur : Fortune Ep.

Ce disque là compte quatre compositions originales et trois remix (dont un de Tepr, assez fameux, voir plus bas) qui navigue entre pop-electro et electro-rock, avec au moins un tube, le génial Bully (voir plus bas bis), sautillant à souhait et véritable mine à remix. Fortune (puisque c’est son nom) y chante donc, et y est très convaincant, loin de l’image du grand timide derrière sa gratte et sa barbe que l’on pouvait avoir de lui à l’époque d’Abstrackt Keal Agram. Une grande surprise.

Bref, un Ep assez efficace, d’une trentaine de minute, plutôt bien construit, aux remix pertinents et réussis (celui de Mission de M83 particulièrement) et qui lance bien la carrière solo de Lionel Pierres. Enfin, solo... Quand on écoute le single Bully, on se dit que si Abstrackt Keal Agram est mort et enterré, les collaborations entre Fortune et Tepr, elles, continuent. Et ne semblent pas prêtes de s’arrêter de si tôt. Ils auraient tort en tout cas. (sortie : 22 octobre 2007)

Son :
Myspace (dont trois titres de l’Ep)

Et pour finir, deux titres en écoute : Bully bien sûr et Shadow, remixé par Tepr (malheureusement, plus en écoute).

jeudi 17 janvier 2008

Eddie Vedder – Into The Wild OST [RCA]

En 2008, que serez-vous ? Qui serez-vous ? Et où serez-vous ? Questions existentielles à la mords-moi-la je veux bien l’avouer, mais qui ont le bon goût de changer un peu des traditionnelles et sempiternelles « cette année, j’arrête de fumer » et autre « en 2008, j’arrête de faire de la merde, à tous les niveaux », résolutions aussi révélées aussitôt abandonnées.

Ces questions, Christopher McCandless se les est posées. Ce gamin de 22 ans, étudiant modèle qui, une fois ses diplômes en poche, décide de partir. De tout plaquer. De tout quitter. Cette vie moderne, étouffante, toute tracée qui s’avance devant lui. Sans prévenir personne, il vide son compte en banque, n’en garde que 500$, détruit ses cartes de crédit, ses papiers d'identités et part vivre une vie de nomade, dont le bout du chemin est l’Alaska, là il pourra être libre, seul et loin des hommes.

Cette histoire vraie est l’objet du tout nouveau film de Sean Penn, ‘Into The Wild’. Un film brillant, dérangeant, plein de questions, superbement réalisé, touchant et qui ne laisse pas insensible. Un road movie épatant sublimé par la musique d’Eddie Vedder.

Ah, Eddie Vedder. Le leader de Pearl Jam. Un des groupes qui n’a jamais provoqué autre chose chez moi qu’un ennui poli ou profond, c’est selon. Même 'Ten', pour dire. Oh, bien sur, il y a bien quelques titres ici et là qui ont fait vibrer le fan de musique que je suis. Mais pas tant que ça.

Et puis là, gros changement de registre. Notre homme compose la bande originale d’’Into The Wild’ et se mue en Bruce Springsteen, période ‘Nebraska’ ou ‘The Ghost of Tom Joad’. Si le début de l’album, enlevé comme des Jayhawks un peu énervés, convainc moyennement, les huit titres suivants sont de grandes réussites, rappelant à chaque accord une scène, une phrase ou une photographie du film. Mention spéciale à Rise et Society (voir plus bas), deux vrais bijoux que je ne me lasse pas d’écouter depuis que j’ai eu le plaisir de visionner cette petite merveille.

Alors oui, cette BO n’est pas un disque indispensable (d'ailleurs, pour être honnête, j'ai écrit ce papier en premier pour mettre en avant ce film). Même pas de 2007. Est-ce que j’aurais autant aimé cet album si je n’avais pas autant été touché par le film de Sean Penn ? Certainement pas, à bien y réfléchir. Mais l’alchimie est telle qu’on ne peut qu’applaudir des deux mains et se repaître jusqu'à plus soif de ces belles mélodies, de ce folk tout simple mais vraiment lumineux. Eddie Vedder n’en fait pas trop. A tel point qu’à l’écoute du disque, on ne pense pas une seconde au leader de Pearl Jam mais plutôt à la destinée de Christopher McCandless, ce jusqu’au-boutiste de la liberté. (sortie le 18 septembre 2007)

Ps : Lors de mon premier papier de 2008, j’ai oublié, honte à moi, de vous présenter mes meilleurs vœux pour l'année qui s'ouvre. Donc je le fais maintenant. Et j’en profite en deux mots pour faire de la pub (même si elles n’ont pas vraiment besoin de cela) pour deux bloggueuses au talent culinaire certain et au touché gustatif délicieux. Ces deux jeunes femmes ont été les cuistotes de mon réveillon 2008. Et je dois avouer qu’à relire le menu de cette soirée là, je m’en pourlèche encore les babines. Donc je fais du copinage. Et je vous encourage fortement à aller jeter un palet sur le blog de la Turtle ainsi que sur celui de Chocolat et Caetera. Conseil d'ami.

Son :
Site Officiel du Film
Lecteur streaming Officiel

Pour ne pas vous laisser sur votre faim, deux titres en écoute comme d’habitude, Rise et Society (malheureusement, plus en écoute).
Pour finir, et au cas où, la bande-annonce d’’Into The Wild’, avec un bout de Calexico and Iron & Wine, histoire de motiver les plus réticents d’entres vous :


mardi 15 janvier 2008

Yeasayer – All Hours Cymbals [We Are Free]

Entre noël et le jour de l’an dernier, alors que ma petite cousine Stella, avec une guitare-jouet électronique, se prenait pour Hendrix au niveau de la gestuelle et pour Lee Ranaldo pour le riff tortueux (cette jeune fille sera fan de Sonic Youth, foi de -Twist-) et qu’une grand-mère merveilleuse préparait le traditionnel repas du 25, je m’échenillais à finir mon top 50 de l’année. Un vrai sacerdoce. Un travail de titan. Ou de gros débile. Ou un peu des deux. Il n’empêche, ce (que dis-je, ces) top de l’année 2007, m’a pris du temps, entre réécoute, choix difficiles et sélection interminable.

Alors que j’arrivais à la fin de ma tâche et vu qu’il m’est impossible (ou quasi) de travailler sans musique, j’ai lancé un disque dont on m’avait vanté les mérites et que j'avais laissé de côté pour je ne sais quelles obscures raisons : ‘All Hours Cymbals’ de Yeasayer. Après avoir tant bien que mal tenté de trouver une prononciation adéquate au nom du groupe, je suis tombé sous le choc. Une écoute m’aura fallu pour me dire que «oula, ça, c’est du lourd, ça va me plaire. Et pas qu’un peu». J’ai même failli en manger mon chapeau, que j’ai toujours malheureusement paumé, et remettre en cause ce classement qui m’avait pris tant de temps à monter.
Mais comme l’affaire était lancée et comme je suis un garçon soucieux d’une certaine cohérence, je me suis dit qu’il me faudrait bien plus qu’une écoute, même attentive, pour savoir si oui ou non, cet album était un des grands disques de 2007.

Quinze jours plus tard, une seule réponse possible : oui. Mais alors un grand oui, de ceux qu’ont surligne avec le pouce le levé et quelques «fouyayas» estomaqués. Car ‘All Hours Cymbals’ est renversant, sorte d’Animal Collective (et surtout Panda Bear) en beaucoup moins barré et en bien plus accessible, très mélodique, auquel viendrait se mêler clappings, chœurs gospels, ambiances orientales et rythmiques entêtantes.
Ajoutez à cela un peu de Tv On The Radio par ci (Sunrise), un brin de Jane’s Addiction par là (Wintertime), un peu de Battles aussi (dont ils sont presque frères de label) et quelques riffs circa-1980s (No Need to Worry) pour parfumer le tout et vous obtenez un groupe (et un disque) qui regorge de références, totalement assumées et assimilées.

‘All Hours Cymbals’ est un album qui passe d’un genre à l’autre, de la pop au rock, du folk décharné à l’expérimental soft, sans qu’il y ait le moindre souci de cohérence dedans. Au contraire même. Ce disque est d’une qualité folle, d’une richesse incroyable qui se nourrit du passé pour mieux composer la musique du futur. Des titres comme Red Cave (un canon à tomber, voir plus bas), Sunrise (qui ouvre l’album) ou 2080 (peut-être le tube du disque) envoient ce ‘All Hours Cymbals’ au firmament des grands albums des années 2000. Puissant. Déroutant. Les qualificatifs d’enthousiasme ne manquent pas pour décrire ce petit bijou de Yeasayer.

Je ne sais pas si ma petite cousine aimera ce disque, mais même à 3 ans, elle l’écoutera, je me le promets. Quant à moi, quand je remettrais mon classement 2007 à jour, cet album là intégrera sans problème mon top 5. Voire même encore plus haut. (Sortie le 23 octobre 2007)

Son :
Myspace (4 titres en écoutes)
Site Officiel
 

Deux titres en écoute, avec un Red Cave tout en canon et un Wait For The Summer aux sonorités orientales (malheureusement, plus en écoute).

mardi 11 décembre 2007

Apples in Stereo – New Magnetic Wonder [Simian]

C’est dingue comme en deux temps, trois mouvements et une lecture de leur bio, les Apples In Stereo m’ont paru éminemment sympathique. Et ce, avant même d’écouter une seule de leurs chansons. Jugez plutôt.

1 - leur nom leur vient d’une chanson de Pink Floyd. Mais pas tirée d’un album des années 70 ni même de 'The Wall' ou de 'The Dark Side of The Moon'. Que nenni chez ces Américains originaires du Colorado et de Denver : leur nom vient d’Apples and Oranges, un des tous premiers titres du Floyd, quand Barrett était encore aux commandes. On a vu pires références.

2 - le leader des Apples in StereoRobert Schneider – est le créateur d’Elephant 6, label ricain qui, depuis le début des années 90 (et malgré une interruption de quelques années), propose une structure pour indie bands talentueux et qui en veulent. Un collectif qui peut se targuer d'avoir dans ses rangs des groupes comme Olivia Tremor Control, Neutral Milk Hotel, Of Montreal et autres Beulah. Bref, du lourd.

3 - Robert Schneider, toujours lui, est un très grand fan de l’œuvre Beach Boys-ienne, allant même jusqu’à nommer son (puis celui d’Elephant 6) studio d’enregistrement "Pets Sounds Studio". Classe.

Bref, avant même d’avoir posé une esgourde sur ce ‘New Magnetic Wonder’, je savais déjà que j’allais aimer les Apples In Stereo. Une écoute complète de cet album, à première vue copieux mais seulement long d’une cinquantaine de minutes, plus tard, j’étais totalement conquis.

A l’heure où l’on se retrouve sans véritable meneuse de revue power-pop après l’abandon de Nada Surf l’an passé (avec un album bien décevant), la découverte des Apples in Stereo (qui compte toutefois déjà six albums à leur actif) est une bénédiction pour votre serviteur. Pop, pop-power, rock, la bande de Schneider arrive à faire de tons différents un disque d’une grande cohérence, avec des chansons à vous redonner le sourire, juste aérées par quelques plages de repos et/ou de transition façon interlude instrumentaux.

Et entre voix passées aux vocoder, chœurs dans tous les sens et guitares sautillantes partout, ‘New Magnetic Wonder’ est un disque qui fait du bien. De la power-pop de qualité. Pas étonnant que l’homme de goût qu’est Elijah Wood (le Frodon Saquet du Seigneur des Anneaux) ait fait de ce disque la première sortie officielle de son tout jeune label Simian Records. (sortie le 6 février 2007)

Son :
Myspace (Trois titres de cet album là et un autre de leur 'The Discovery of a World Inside the Moone’ de 2000)
Site officiel

Can You Feel It ouvre 'New Magnetic Wonder'. Beautiful Machine, Pts. 3-4 le (presque) referme. Une sorte de tour horizon rapide du disque avec deux titres sensiblement différents. (malheureusement plus en écoute).

Pour finir ce long post, deux vidéos, deux clips. Le premier est celui de 'Same Old Drag', assez hilarant. Et juste en dessous, celui d'Energy, tourné par Elijah Wood en personnne. Vintage 70s powa !





mardi 27 novembre 2007

Thee, Stranded Horses – Churning Strides [Talitres]

Vous savez ce qu'est une kora? Non? Ca tombe bien, moi non plus. Enfin, pas avant d'avoir écouté Churning Strides de Thee, Stranded Horses (aka Yann Tambour, l'homme derrière le groupe Encre). Parce que maintenant, je le sais. Vu que je suis amoureux de cet album, entièrement basé dessus.

La Kora donc. Un instrument Malien, qui a sa légende propre (basée autour d’une femme génie), et que l’on pourrait rapprocher de la harpe, dont il aussi éloigné de par sa forme que proche de par le son qu’il dégage. Il faut dire que les 21 cordes qui la composent aident à retrouver ce son mélodieux et aérien qui caractérise tant l’instrument chéri par Joanna Newsom.

D’ailleurs, si l’on osait, 'Churning Strides' serait un peu la réponse masculine aux disques de la belle américaine. Car ici aussi, tout y est beau. Lumineux. Avec ces cordes pincées, touchées, effleurées qui font d’un rien un tout. Et pour ceux pour qui la voix de Joanna Newsom est une barrière malheureusement indépassable à l’écoute de ses albums, celle de Yann Tambour est beaucoup moins nasillarde, beaucoup plus accessible. Un chant en anglais (sauf sur un titre), assez profond et très respectueux de l'instrument sur lequel il se pose.

Il n’y a donc pas d’excuse pour ne pas se jeter à corps perdu dans cet album là. Car Thee, Stranded Horses a sorti en cette année 2007 un grand disque. Qui pourtant, sur le papier, aurait du être ennuyeux comme un soir de pluie dans l’Ardèche profonde.
Notre homme propose en effet huit morceaux pour 42 minutes, assez linéaires. Et la plupart du temps instrumentaux. Bref, un postulat de base pas forcément bien aguicheur. Il aurait pu se regarder jouer comme certains artistes folk d’aujourd’hui pour qui l’adage «plus c’est long plus c’est bon» est le credo numéro un (même si on a souvent du mal à comprendre le «plus c’est bon»).

Or, ici, rien de tel. Au contraire même, tout est assez envoûtant, une ode au voyage porté par cet instrument d’une pureté folle, entre harpe et mandoline, intimiste et bouleversant (à peine aidé par une guitare acoustique). Pas une once d’ennui, pas un doigt de soupir, juste une fascination assez dingue à l’écoute de ce disque et surtout de cet instrument qui n’est que trop peu connu dans nos contrées occidentales, entre calme et volupté.

Il est venu à l’idée de Yann Tambour de sortir ce disque suite au choc qu’il avait éprouvé lorsqu’il avait découvert la kora pour la première fois. Je vous mets au défi de ne pas être subjugué vous aussi à l’écoute de ce 'Churning Strides' absolument divin. Entre découverte instrumentale et envoûtement irrépressible. (sortie le 26 mars 2007)

Son :
Myspace (3 titres en écoute)
Site Officiel

Et deux morceaux, deux splendeurs. Notamment Swaying Eel, d’une beauté, je ne vous dis que ça (malheureusement plus en ligne).

mardi 20 novembre 2007

Delphine Dora & The Unexpected – We're All Of This [Greed Recordings]

J’ai déjà exprimé mon amour inconditionnel dans ses pages pour un petit label français, Greed Recordings, à l’occasion de la chronique du splendide /magnifique /formidable /génial /cétrodlabal (rayer les mentions inutiles) deuxième album de Moonman, 'Necessary Alibis'. Bizarrement, cet amour n’aura pas faiblit en 2007. Tout le contraire même tiens.

La faute à un joli OVNI dans la musique française, 'We're All Of This' de Delphine Dora & The Unexpected. Le deuxième album de la demoiselle (dont je n’avais jamais entendu parler jusque là), cette fois accompagnée de deux compagnons de route (Valérie Leclercq d’Half Asleep ainsi que de Jullian Angel).

Un disque dont il faut dire le plus grand bien, même si l'immédiateté n’est pas sa principale qualité. 'We're All Of This' est un album assez bizarre et dans lequel on ne rentre pas comme cela. Enregistré en trois jours, largement improvisé, ce disque est atypique, brinquebalant et intriguant ; il étale une vision artistique sur le fil, faite de voix susurrées, de boites à musiques sans âge et de piano presque désarticulé mais toujours très mélodique. Une sorte de pop minimale assez barrée mais toujours très belle et pas difficile d’écoute.

Toujours sur la corde, 'We're All Of This' est un album qui dévoile touche par touche son univers, son ambition artistique. Et au bout de quelques écoutes, la sentence tombe : Delphine Dora est grande et ses deux Unexpected sont vraiment à la hauteur. Improvisé mais inspiré, baroque mais tordu, home-made mais hors du temps. Et fragile aussi. Oui. Mais surtout beau en fait. (sortie avril 2007)

Son :
LastFM (l’album est en écoute complète, avec, en prime, quelques mp3 en téléchargement libre. Vous n’avez donc aucune excuse).

Pour autant, je mets deux titres en ligne, pour les feignants. Et histoire de tenter de vous appâter (malheureusement plus en écoute).

jeudi 15 novembre 2007

Radical Face – Ghost [Morr Music]

De tous les disques que j’ai pu écouter et aimer cette année, celui-là est le premier qui m’a renversé. Mis les larmes aux yeux. Procurés des frissons dans le dos, dans les bras, au bout des doigts. De partout. Mon premier choc musical de 2007.

De tous les disques que j’ai pu écouter et aimer cette année, l’album de Radical Face (alias Ben Cooper) est sans conteste celui sur lequel j’ai mis le plus de temps à me jeter. Le nom m’a rebuté : j’avais peur de me trouver face à un album de gangsta rap mal torché. Je ne sais pas d’où cette idée un peu incongrue m’est venue. Mais j’ai pensé à cela. Et j’ai laissé traîner l’écoute. Avant de me rattraper, comme un fou désespéré de ne pas avoir compris plus tôt.

De tous les disques que j’ai pu écouter et aimer cette année, 'Ghost' est, avec l’album de Rien, un petit bijou d’objet : un artwork splendide, un packaging cartonné et léger, à trois volets, contenant un petit livret, tout de couleur or vêtue. En ces temps où l’industrie du disque vend de moins en moins, cet album est une preuve qu'il faut garder foi en l'objet ; loin des boîtiers en plastoc tout moche, des livrets de quatre feuillets et des pochettes hideuses, qui se détachent et donnent envie de vomir sur le pas que prend chaque jour un peu plus la numérisation de la musique (dans un but commercial) sur l’objet physique.

De tous les disques que j’ai pu écouter et aimer cette année, 'Ghost' de Radical Face est indubitablement un des tous meilleurs. Si ce n’est le meilleur. Pop planante atmosphérique et romantique, folk serein et céleste, accordéon en bandoulière, piano délicat, rythmiques et clappings endiablés et embruns en fond sonore. Un peu comme si Why? (hip-popeur de chez Anticon) avait enregistré son 'Elephant Eyelash' de l'an passé chez Morr Music avec Page France en charge des chœurs.

De tous les disques que j’ai pu écouter et aimer cette année, cet album est celui dont j’aurais aimé pouvoir parler beaucoup mieux que je ne le fais actuellement. Histoire d’insister sur des titres comme Glory (voir plus bas) – une des perles de 2007 avec ce rythme quasi militaire auréolé de sifflements tout en cadence –, sur ces morceaux à géométrie variable qui se finissent rarement là où ils ont commencé ou sur ces paroles oniriques comme jamais.

De tous les disques que j’ai pu écouter et aimer cette année, ce premier album de Radical Face est une (avec le Cloud Cult) de mes plus grandes découvertes. Touché, retourné, subjugué le Twist. 'Ghost' est un chef d’œuvre. Frissons garantis. (Sortie : 20 mars 2007)

Son:
Myspace (deux titres en écoute)
Site Officiel (carnet de bord, titre en écoute, un vrai petit régal)


Deux titres en écoute. Déjà, la merveille qu'est Glory (je pèse mes mots) et le très beau Wrapped Up In Strings (malheureusement plus en ligne).

mardi 13 novembre 2007

C-Rayz Walz and Parallel Thought – Chorus Rhyme [Urchin Studios]

Ami poppy/poppeux, ne quitte pas cette chronique qui débute à peine, effrayé que tu es par cette pochette qui appelle tout sauf des balades au piano aux contours de guitares acoustiques. Toi qui n’aimes pas ce qui ressemble de près ou de loin à du hip-hop et à un flow soutenu, ne pars pas. Reste même. Car ce disque est fait pour toi. Et parce que ce disque est grand. Le meilleur en tout cas dans le genre en cette année 2007. De loin. Et qu’il t’ouvrira sûrement les yeux sur le monde merveilleux du hip-hop.

C-Rayz Walz. Le genre d’artiste à côté duquel on passe sans vraiment savoir pourquoi. J’ai dans un coin de ma cédéthèque un album de lui, son deuxième, 'Year of the Beast', récupéré à je-ne-sais-plus-quel destockage. Et bien qu’il soit sorti chez Definitive Jux, label référent dans le genre (certes, avec d’autres, mais quand même), je n’y ai encore jamais posé une oreille. Pas une. Pas l’once d’un lobe. Rien. Je trouvais la pochette hideuse et cela a suffi à briser le peu de curiosité qui m'habitait. Quant à Parallel Thought, je n’en avais pour ainsi dire jamais entendu parler.

Pourtant, quand ce 'Chorus Rhyme' m’a été conseillé par Knight of Ni, j’y suis allé les yeux fermés. Va comprendre Charles. Et je n’ai pas été déçu. Quelles productions ! Quel flow ! Quelles lyrics ! Et quelle intelligence dans la conception du disque!

Reprenons : déjà, au niveau de la production, tout est tellement juste et dans le ton que ça en est stupéfiant. L’album s’ouvre sur une ambiance très soul avec en guise de métronome une trompette répétitive. Le second morceau, Chorus I, s’annonce par quelques notes de guitare acoustique. Et tout au long du disque, c’est la même chose : du hip-hop oui mais qui vit avec son temps, qui se marie avec d’autres rythmes et d’autres influences, comme savent le faire les artistes du genre les plus intéressants depuis quelques années (on pense souvent ici à 'Ghetto Pop Life' de Danger Mouse & Jemini, un des mètres étalon des années 2000).

Mais en dehors de cette ouverture, on retrouve dans ce 'Chorus Rhyme' tout ce qu’on aime dans le hip-hop : ces flows qui se croisent sans jamais se marcher dessus dans une sorte de ballet auditif, ces scratches dans tous les sens (et pour être honnête, cela faisait un moment que je n’avais pas écouté un titre aussi bien scratché que DJ Chorus, voir par ailleurs), ces mouvements musicaux répétitifs (ces passage de violons en boucle) et ces punch-line, ces paroles, ces rimes percutantes. Bref, du grand art.

L’album me plairait déjà assez s’il était dans ce genre là. Sauf qu’histoire d’enfoncer le clou, le duo propose un Chorus Collection dément. Oui oui, d-é-m-e-n-t. Quinze minutes barjots avec plus de trente emcee (et pas les plus mauvais !) qui se succèdent au micro pour, à chaque fois, le même nombre de rimes. Et ce qui aurait pu être LE projet casse-gueule par excellence se révèle être un moment purement génial où chaque featuring est au diapason de son prédécesseur. Un titre grand comme ça, vraiment affolant qu’on se surprend à écouter et réécouter plus souvent que de raison.

Ajoutez à cela que MF Doom est présent sur Vomit Chorus, posant comme à chaque fois avec une classe folle (on n’est pas le meilleur rappeur du monde pour rien) et vous obtenez sans conteste le disque hip-hop de l’année. Et l'un des tous meilleurs disques de 2007. C-Rayz Walz and Parallel Thought ou comment rendre mon mois de novembre plus beau! « I Love My Life I Live My Soul » comme ils disent. (Sortie : 31 juillet 2007)

Nb: pour information, ce disque là n’est que le deuxième opus d’un triptyque, commencé fin 2006 avec 'The Dropping' et qui s’achèvera dans quelques semaines avec la sortie de ‘Angel & Preacher’. Trois sorties, toutes en éditions très limitées (3000 copies monde). Donc pour ceux qui veulent leur copie, jetez-vous là. Histoire de.

Son :
Myspace de C-Rayz Walz (un titre en écoute).

Vu qu'il faut au moins avoir écouté ce titre une fois en 2007, voilà donc ce Chorus Collection (dont voici la liste complète des featurings: Levi, Hykoo, Messiah-J, Icon The Mic King, Kwote Scriptures, MC Caness, Wordworth, Karniege, Double AB, Dusted Dons, Tame One, Glock Rockwell, R.A. The Rugged Man, Stahhr the Femcee, L.I.F.E. Long, Sha-Dula, Marq Spekt, C-Rayz Walz, Thirstin Howl III, KLU Sheisty, Sean Price, Swave Sevah, Poison Pen, Chan, MC Unknown, Kosha Dillz, Block McCloud, Many Styles, Omega Moon, Immortal Technique). Ainsi que Dj Chorus, qui clôt le disque, histoire de. Prenez-en plein la tronche. Ouch (malheureusement plus en écoute).

jeudi 8 novembre 2007

Blood Red Shoes – I'll Be Your Eyes Ep [V2]

200 concerts. 4 labels. 5 singles. Et un Ep. Même pas d’album. Voilà pour le moment la carrière courte (mais prometteuse) des Blood Red Shoes, duo mixte de Brighton, célèbre cité balnéaire anglaise aux longs et majestueux piers, plutôt habituée aux charmes brutaux de l’électro made in UK qu’aux riffs tendus du rock indé.

Un duo qui a de l’avenir. Si si. Loin des phénomènes éphémères aussitôt-écouté-aussitôt-oublié (ajoutes ici le groupe de ton choix), les Blood Red Shoes devraient encore faire parler d’eux dans les mois et les années à venir. Et ce, pour plusieurs raisons.
Premièrement parce qu’ils ont un nom qui a de la gueule : il vient de l’actrice Ginger Rogers qui, dans les années 50, finit un jour une journée de travail, les pieds en sang, suite à un nombre de prise incalculable de plans pour une séquence de danse pour un film.

Deuxièmement, parce qu’ils ont du talent. Steve Ansell, à la batterie, semble avoir fait ça toute sa vie et Laura-Marty Carter – à la guitare – n’est pas la dernière pour placer ici et là quelques riffs bien sentis et hargneux.

Vu que le talent ne suffit pas (cf. partie Oldies de ce blog), la troisième raison du futur radieux qui leur tend les bras est leur songwriting. Car ces jeunes là savent écrire des chansons. Des vraies. It's Getting Boring By The Sea ou Box Of Secrets sont des morceaux qui luttent dans la catégorie haut-du-panier des groupes émergeant.

Comme tout ceci n’est pas forcément (et malheureusement) suffisant à faire d’un groupe talentueux un groupe à succès, ajoutons que leurs concerts sont de très bons moments. Pour les avoir vu, au Sonic à Lyon, mardi dernier, les Blood Red Shoes ont une présence sur scène assez dingue. Ils sont deux, elle à la guitare et lui à la batterie. Et pourtant, on dirait qu’ils sont trois ou quatre. Ils ont un tel magnétisme, un tel son, qu’ils rendent leurs prestations ébouriffantes. Et moins rock que sur leurs enregistrements disques, ils sont beaucoup plus punk et ce n’est finalement pas plus mal.
Alors oui, certes, leurs sets sont un peu courts (une cinquantaine de minutes). Mais qui pourrait les blâmer ? Ils n’ont que quelques singles et ce 'I'll Be Your Eyes Ep' sorti chez V2 en juin dernier à leur actif (un premier album devrait voir le jour au début 2008). Rien de plus normal donc.

Ceci posé, il semble donc évident que leur rock nerveux, bien plus intéressant et bandant que celui des gentils (mais chiants) White Stripes (pour citer un autre duo célèbre… même si j’aurais pu parler de The Kills, mais j’ai une petite tendresse pour le groupe de VV. Bon, ok, pour VV tout court), va percer. Mais comme on n’est jamais sûr de rien, on ajoutera l’argument fatal. Imparable. Celui du charisme de Laura-Marty Carter qui assure une partie des chants. Cette jeune fille respire la musique. La voir tenir sa gratte et la faire hurler avec une classe et une énergie folle est assez jouissif. Et puis la demoiselle est belle comme chou, anglaise jusqu’au bout du riff, avec cette jolie mèche qui lui tombe sur les yeux, cet air hautain mais coquin et cette petite poitrine qui sautille à chaque nouveau déferlement d’accords.

Bref, les Blood Red Shoes ont tout pour réussir. Ce 'I'll Be Your Eyes Ep' le prouve cent fois. On attendra leur premier album pour confirmer tout ça. Mais à moins de tomber dans le piège de l’industrie musicale et de faire un gros fuck à leur intégrité, il n’y a pas de raison qu’on n'entende pas parler d’eux dans le futur. Riot.

Son :
Myspace (4 titres en écoute)
Site Officiel

Deux morceaux pour se faire une idée (
malheureusement plus en ligne).

Et le clip de It's Getting Boring By The Sea, tube en puissance :


mardi 6 novembre 2007

Psykick Lyrikah – Acte [Idwet]

2 mai 2006. J’ai la chance de participer (modestement) à l’organisation de la neuvième édition du festival Panoramas, à Morlaix, charmante bourgade perdue au fin fond du Finistère (ou pas loin).

C’est à Olivier Mellano d’ouvrir le bal et de lancer les hostilités au théâtre de la ville. Toujours aussi juste dans leurs choix, les organisateurs ont en effet décidé de lui dédier une carte-blanche. Et le bras droit de Dominique A va prouver qu’il a du goût. Son ami qui trouve que les oiseaux ont du courage est là donc. Tepr et My Dog Is Day, les deux Abstrackt Keal Agram, sont de l’expérience également. Et tout sonne juste. Vrai.

En fin de set, Arm, le emcee de Psykick Lyrikah, se présente sur scène. Un flow dense mais éloquent face à quelques accords racés. Les deux artistes proposent alors un titre qu’ils ont composé rapidement, quelques temps avant cette carte blanche. Et le morceau de se terminer devant une salle subjuguée, abasourdie par cette classe, ce duo qui tombe sous le sens.

2 mai 2007. Un an, jour pour jour, plus tard, Psykick Lyrikah sort son nouvel album. Chez Idwet à nouveau. Il s’appelle 'Acte'. Et a été enregistré en deux jours. Cette fois-ci, seul Arm est de la partie, Teddy Bear étant logiquement absent. A ses côtés, Olivier Mellano. Derrière la vitre, Dominique Brusson, ingé-son de Dominique A. Un micro, une guitare. Un bouton. Et roulez jeunesse.

Quelques secondes après avoir pressé « play », les premiers accords de Mellano m’ont ramené directement à mai 2006. A mes grands yeux ronds. A ma bouche un peu ouverte, statique et bée. Ce morceau qui ouvre Acte a pour titre Près d'Une Vie (L'Air De Rien) et comme en 2006, c’est une nouvelle fois un choc. Une révélation.

Les mots d’Arm semblent avoir été écrits pour la guitare de Mellano. Et les accords de ce dernier semblent n’avoir jamais cherché autre chose que le flow d’Arm pour les enrober. Près d'Une Vie (L'Air De Rien) est un titre d’une puissance barge basé sur une construction assez simple. Mais tout est tellement évident que l’alchimie est juste parfaite et donne au morceau une force incroyable.

Alors oui, après ça là, il reste 34 mns des mêmes duo : du hip-pop-rock, brut de décoffrage. Du slam vivant et pas vulgaire. Des textes, un flow, quelques accords de guitare. Neuf morceaux au final (dont trois reprises du précédent album du groupe, 'Des Lumières Sous La Pluie', le genre de disque essentiel de l'histoire du hip-hop français, en gros), tous de très bonne tenue mais qui n’ont pas la puissance, la classe ou le génie de Près d'Une Vie (L'Air De Rien). Faut dire qu’ils vont tellement haut aussi avec ce titre là… (Sortie : 2 mai 2007)

Son :
Myspace (deux titres en écoute)
Site Officiel (album en écoute partielle)

Deux titres en écoute. Près D'Une Vie (L'Air De Rien), forcément. Et Patience (Des Lumières Sous La Pluie), une des trois reprises de l'album précédent du groupe (
malheureusement plus en ligne).

jeudi 1 novembre 2007

Joe Henry – Civilians [Anti-]

La fille de la pochette (qui rappelle PJ Harvey) est dans une calèche, l’air ailleurs, avec dans la main des fleurs blanches que l’on jurerait funestes. Derrière elle, les tours s’élèvent. On est à New-York. Boston. Chicago. Ou Washington. En tout cas aux États-Unis.

Dans son nouvel album, 'Civilians', Joe Henry y raconte son pays. Ses États-Unis. Et le fait entouré de compagnons de route triés sur le volet. Et quel volet ! Jugez plutôt : Van Dyke Parks, l’ami des Beach Boys, Bill Frisell (dont on se souvient avec délice de son 'The Intercontinentals' de 2003) ou Loudon Wainwright III (le père de Rufus et de Martha et, surtout, songwriter folk de talent) sont de la partie. Bref, Joe Henry n’a pas lésiné sur les invités de marque à la valeur ajoutée artistique énorme.

Mais on n’en doutait pas. Personnellement découvert lors de la sortie de son 'Tiny Voices' en 2003 (bien qu’il comptait déjà 15 ans de carrière derrière lui), qui avait connu à l’époque un joli succès d’estime et des louanges de critiques tombés, comme moi, sur le cul, voir ainsi un casting de cette qualité est tout sauf une surprise.

Comme ne l’est pas non plus la qualité de ce 'Civilians', qui tourne plus que de raisons dans mon lecteur depuis sa sortie en septembre dernier. La voix profonde est toujours la même, touchante, juste, pleine d’émotion et romantique. Ses morceaux, mix pile-poil-ce-qu’il faut de pop suave et d’empreintes jazzy – aux accents parfois folk avec une mandoline du plus bel effet –, ont une classe dingue, enrobés qu’ils sont par une production ronde comme un ballon mais légère comme de l’hélium. Et puis derrière, au niveau des musiciens - le jeu du batteur, les cordes - , tout est du très haut niveau.

Bref, en ce jour béni (oui, il est férié : contentons-nous de peu, c’est déjà beaucoup), 'Civilians' de Joe Henry est le disque idéal très franchement. Le soleil va pointer le bout de son nez et le froid sera vivace. Le contexte idéal pour écouter cette petite douceur poppy-jazz inspirée. Qui finira bien haut dans tout top de fin d'année de qualité et qui se respecte. (Sortie : 11 septembre 2007)

Son :
Myspace (2 titres de Tiny Voices)
Site Officiel (album en écoute intégrale ou quasi).


Deux facettes dans les titres proposés ci-dessous. Un Joe enlevé et un Henry posé et impliqué (magnifique Our Song, finement politisée) (malheureusement plus en ligne).

mardi 30 octobre 2007

Rosie Thomas - These Friends of Mine [Nettwerk]

C’est fou comme on peut-être sur les nerfs pour on ne sait quelle futile raison : un café renversé, un embouteillage interminable, des pensées négatives qui n’ont pas lieu d’être, un temps dégueulasse et particulièrement froid. Sans se mentir, on va s’avouer que ça nous arrive à tous, au moins une fois par année.

Pour être quelqu’un d’extrêmement positif, je suis pourtant dans cette phase un peu nerveuse ces derniers temps. Enfin j’étais. Va comprendre Charles. Et comme dans toutes ces périodes un peu bancales, il n’y a qu’une alternative : soit je trouve quelqu’un sur qui passer mes nerfs, soit je prends des cachets pour passer ma frustration.

Vu que mon physique de joueur de ping-pong m’empêche d’utiliser la violence, ne serait ce que verbale, et vu que la médecine et moi ça fait environ dix-sept au dernier comptage, j’ai préféré me rabattre sur ce 'These Friends of Mine', quatrième album de la charmante Rosie Thomas. A dire vrai, celui-ci est le premier disque de la demoiselle que j’écoute. Et pas le dernier. Car je suis tombé sous le charme. Totalement.

Trente-trois petites minutes de pop/folk songs mignonnettes et sans prétention, entourées d’une jolie voix pas vulgaire pour un sou, avec notamment, deux reprises, une d’REM (The One I Love) et une de Fleetwood Mac (Songbird). Un disque qui exprime grandement tout l’amour de Rosie Thomas pour la grosse pomme, cette ville de New-York qui ne dort jamais.

'These Friends of Mine' est un album joliment troussé sur lequel l’ami Sufjan Stevens, héros de l’auteur de ces lignes, vient donner plus qu’un coup de main. Il partage avec Rosie Thomas un Say Hello (voir plus bas) très proche de ses anciennes envolées de 'Seven Swans' et apporte de temps à autres son banjo ou sa voix (sur le touchant Much Further to Go notamment) et son jeu reconnaissable entre mille (et notamment sur la reprise de la bande à Michael Stipe).

Par deux fois, Rosie Thomas se montre un peu plus ambitieuse et impose le respect, avec un Kite Song plutôt superbe et un These Friends of Mine (voir plus bas-bis) qui décolle vraiment sur la fin où la belle répète à l’envie « Maybe I needed this time to be reminded for myself » avec les chœurs de Sufjan Stevens et Denison Witmer (autre grand contributeur de cet album) en soutien.

Peut-être qu’elle a effectivement, avec ce disque, trouvé matière à ce que l’on se souvienne d’elle pour son talent de chanteuse. En tout cas, sans nul doute, je m’en souviendrai. La beauté et le calme de ce 'These Friends of Mine' apaisent. Et loin d’être ennuyeux, il procure quelques jolis frissons qui viennent se loger le long de votre échine sans que vous n’ayez rien demandé. Merci Rosie Thomas. (Sortie : 13 mars 2007)

Son :
Myspace (deux titres en écoute, dont le splendide Much Further To Go)
Site Officiel (album en écoute)


Deux titres en écoute, comme à chaque fois. Grosse préférence pour le très beau titre avec Sufjan Stevens (malheureusement plus en ligne).

Et en cadeau bonux, non pas un code pour télécharger le dernier tube de
Florent Pagny, mais le clip de Pretty Dress de la même Rosie Thomas, titre sorti sur son précédant album 'If Songs Could Be Held'. Oui ça a le goût de la pop FM, ça ressemble à de la pop FM mais c'est mieux que de la pop FM :


mercredi 24 octobre 2007

The Polyphonic Spree - The Fragile Army [TVT]

Nous sommes lundi matin. Alors que vous vous apprêtez à enlacer la superbe blonde qui vous fait de l’œil depuis une heure et demie, les cheveux au vent, un bruit répétitif vient arrêter net votre progression. Vous vous arrêtez, vous regardez à droite, à gauche. Rien. Le bruit stoppe. Vous vous remettez en route. Et de nouveau, ce son désagréable, stressant. Vous ouvrez les yeux. C’est votre réveil. Vous êtes dans votre lit. Pas de blonde à l’horizon. Par contre il fait froid. Vous vous rappelez qu’il va falloir penser à mettre en route le chauffage une bonne fois pour toute. On est quand même en octobre.

Le carrelage est glacé. « Un coup à attraper la mort » dirait votre grand-mère. La cuisine est en bordel. Vous lavez rapidement un bol, vous avalez votre café. Et foncez sous la douche. Et malgré tout cela, impossible de soulever plus haut ces paupières. Que faire ?

Une seule solution : se jeter sur votre discothèque, trouver le dernier album des Polyphonic Spree, 'The Fragile Army'. Ignorer l’horreur qui lui sert de pochette. Et enfoncer le disque dans votre lecteur.

Et là, l’explosion des sens. Plus fort que le guronsan. Plus puissant que l’acerola : la bande à Tim DeLaughter et leur « choral symphonic rock » (comme ils le disent eux-mêmes). Secte (inoffensive) musicale qui aime les envolées pop-rock lyrique balancées à 2000 à l'heure, les chœurs à droite, au dessus, en dessous et même au milieu. Une musique d’une efficacité à nulle autre pareille, des trompettes, des claviers, des cordes, et puis ces voix par dizaines qui n’en forment plus qu’une.

Un nouvel album qui se révèle particulièrement jouissif. Limite opera-rock une fois de plus. Oui, certes, ami grincheux, ils en font certainement trop à des moments. Mais on les aime pour ça. Et puis c’est tellement trippant qu’émettre une critique serait bien malvenu.

'The Fragile Army' est-il meilleur que les précédents, qui remplissaient déjà leur mission à merveille ? Peut-être pas. Ce nouvel album est-il le disque de l'année ? Sûrement pas.
Mais les questions ne sont pas là. Vous êtes déjà en train de sauter dans tous les sens, vous hurlez à tue-tête, vous faites du air-batterie avec un sourire jusqu’aux oreilles, et vous regrettez de ne pas avoir de toge blanche à enfiler pour aller au bureau. La semaine qui s’annonce vous semble déjà beaucoup plus courte que prévu. Et ce disque qui ferait danser le plus grabataire des hommes y est forcément pour quelque chose. The Polyphonic Spree quoi. Enfin un peu soleil dans un matin embrumé. (Sortie : 19 juin 2007)

Son : 
Myspace (dont la reprise de Lithium de Nirvana)
Site Officiel

Et deux morceaux, à écouter jusqu'à plus soif (
malheureusement plus en ligne).

Et histoire de bien finir ce post, le très bon clip de Running Away (single évident de l'album) composé de 70 000 photos, mises bout à bout : (malheureusement plus en ligne).

mercredi 10 octobre 2007

Panda Bear - Person Pitch [Paw Tracks]

Noah Lennox est un être singulier. Outre le fait d’être une des têtes de proue du combo déjanté Animal Collective, il est surtout un jeune homme avec une vision artistique assez fascinante. Barrée certes. Mais fascinante.

Plus connu sous le pseudonyme de Panda Bear (son animal favori qu’il aimait dessiner sur les premières demos qu’il enregistrait), il sort en 2002 un premier album assez introspectif, chez Paw Tracks déjà (label formé par le groupe), 'Young Prayers', en guise d’exutoire après le décès de son père. Une belle réussite, bourrée d’acid-folk torturé et qui aime partir de traviole (et pas qu'un peu).

Trois ans plus tard, Panda Bear s’échappe une nouvelle fois de la confrérie animale le temps de 45 mns, et s’en va sortir son deuxième effort solo, à la pochette renversante, sorte de Sergent Pepper des années 2000 (en parfaite adéquation avec l'album et que l'on s'amusera à détailler plus souvent qu'à son tour).
Cette fois-ci adieu, introspection et minimalisme ; bonjour pop déglinguée, psychédélique et pastorale en même temps, faite d’écho, de reverb’, de chœurs et de touches expérimentales.

Composé de sept morceaux proposant chacun de longues mélopées répétitives et ingénieuses, 'Person Pitch' n'est pas le disque le plus accessible du monde. Certes. Mais il a un pouvoir de séduction assez fou.
Il donne surtout l’impression d’assister, discrètement caché dans le noir au fond d’une vieille église désaffectée, à une jam entre les Beach Boys, Syd Barrett et Animal Collective, tous trois défoncés au LSD sauce champignons hallucinogènes.
Une sorte d’expérience assez déroutante, limite mystique par moment, mais qui se révèle au fil des écoutes tout aussi essentielle que passionnante. Et prouve surtout qu'en cette année 2007, tout ce que touche Panda Bear se transforme en or. Au moins artistiquement parlant. (Sortie : 20 mars 2007)

Son:
Myspace (deux titres en écoute)

Et deux titres ici aussi, parce que. Prenons le temps, faisons chauffer les champi et c'est parti (
malheureusement plus en ligne).


Tiens, le clip de Bro's. Dans le genre barré... Oh, je crois que je viens de voir un panda rose voler :



mardi 9 octobre 2007

Alberta Cross – The Thief & The Heartbreaker [Fiction]

Et si après le revival des années 80 (Editors, Interpol et toute la clique), le revival de la fin de l'âge d'or du punk (on redécouvre les Clash, on vénère Wire, ce genre de choses), ne serait-on pas en train de tomber dans une sorte de retour aux années 70s, l'époque bénie des « riffs longs comme le bras » et des solos de guitare plus « plus c'est long plus c'est bon » ?

Déjà l'an passé, les amis de Midlake avaient tracé la voie avec un très joli 'The Trials of Van Occupanther'. Cette année, Alberta Cross prend la suite avec son premier album 'The Thief & The Heartbreaker'. Mais de façon différente et moins mélodieuse toutefois.

Malgré ce que l'on pourrait croire avec le nom du groupe, pas de hurleuse au micro. Juste un groupe composé de quatre londoniens, aux coiffures et aux barbes vintage, mené par l'écriture et la voix de Petter Ericson, qui sait particulièrement partir dans les aigus quand il le veut (assez souvent) et qui a une voix très féminine et/ou androgyne, même s'il en fait parfois un peu trop.

Un disque entre blues, roots et rock, avec des guitares dans tous les coins – tous ! –, un orgue qui passe dire bonjour de temps à autres, le tout mis au pas par une batterie sans génie mais pas indigne plus, disons classique à défaut de mieux.

Alors oui pour aimer ce disque, il faudra aimer le Neil Young des seventies, celui qui pouvait pondre des titres comme Cowgirl in the Sand, en claquant des doigts. Il faudra aussi aimer The Band (mais qui n'aime pas The Band hein ?). Bref, il faut aimer les morceaux avec de la gratte dans tous les sens.

Parfois, on n'est pas loin de l'overdose à l'écoute de ce 'The Thief & The Heartbreaker'. Mais les Alberta Cross ont eu le bon goût de sortir un premier effort assez court (à peine 28 mns pour sept titres). Et c'est appréciable.
L'odeur d'alcool frelaté et de clope froide, ça fait son petit plaisir. Surtout quand ça faisait longtemps. (Sortie : 2 avril 2007)

Son :
Myspace (trois titres en écoute)

Histoire de bien faire les choses, et comme promis, deux jolis titres. Affûtez les médiators! (
malheureusement, plus en ligne).

Et pour finir, le clip de
Lucy Rider :


vendredi 5 octobre 2007

Dntel – Dumb Luck [Sub Pop]

On ne va pas se voiler la face : avant un second album solo de Dntel, j’espérais vraiment la sortie du deuxième opus de The Postal Service, dont il est une des deux têtes de proue et qui m’avait retourné le cerveau en 2003 (grande année musicale s’il en est par ailleurs).

Et puis j’ai écouté ce disque. Et puis je me suis rappelé que 'Life Is Full of Possibilities', son premier album, m’avait vraiment emballé à l’époque. Et puis j’ai appris au détour d’une interview sur l’industrie musicale et via la voix d’un des dirigeants de Sub Pop que The Postal Service allait sortir son nouvel opus la veille de noël.

Donc finalement, tout ne va pas si mal. Surtout que ce 'Dumb Luck' est bon. Certes pas d’une cohérence folle. Mais bon (voire très par moment) L’ami Jimmy Tamborello (aka Dntel) a rameuté une bande de joyeux drilles pour chanter sur ses productions lap-topiennes qui sont toujours très mélodiques, mais plus torturées que dans The Postal Service et moins éthérées que sur 'Life Is Full of Possibilites'.
Jugez plutôt : Jenny Lewis, sorte d’égérie du monde de l’indie-rock (dont l’album de 2006 comprenait de très bons moments), les Grizzly Bear de chez Warp, le meilleur ami de Why? Fog, Conor Oberst (ou Bright Eyes, on y reviendra), les allemands de Lali Puna (dont le monde musical n’est définitivement pas si éloigné de celui de Dntel) ou les très sous-estimés Mystic Chords of Memory. Entre autres.

Certes, cette liste longue comme le bras a un côté « m’as-tu vu » et qui rappelle certains albums très moyens qui compilaient les featurings pour mieux tenter de cacher la médiocrité du projet. Sauf que là ce n’est pas le cas.

Premièrement, parce que les choix sont judicieux et uniquement dus à des affinités musicales (ou affectives) et non pas dictés ou guidés par je ne sais quel coup marketing. Deuxièmement parce qu’on est chez Sub Pop qui a depuis longtemps prouvé son intégrité artistique. Et troisièmement parce que Jimmy Tamborello est un producteur, un faiseur de lap-pop assez génial mais pas un chanteur (même s’il ouvre superbement ce Dumb Luck en chantant le titre éponyme d’une voix diaphane et touchante). Et parce qu’il préfère laisser ce talent aux autres.

Et puis aussi parce qu’il sait ce qu’il fait. Parce que son mélange d’électronica et de folk, de pop et de boucles est une réussite une nouvelle fois. Parce que les contributions de ses invités sont splendides (le titre de Conor Oberst, Breakfast in Bed, est un bonheur sans fin et d’une finesse dans l’écriture assez incroyable : l’histoire d’un dérapage alcoolisé entre deux amis, du moins suppose t-on, le lendemain au réveil, plein de fatalisme en guise de gueule de bois). Parce qu’il est du niveau (ou presque) de 'Life Is Full of Possibilities'. Parce que.

Comme le chante Bright Eyes, « You said you loved me after fourty five minutes ». Parions qu’il faudra encore moins de temps que cela à n’importe quel lecteur sensé pour (re)tomber dans le piège de la douceur ouatée des productions de Dntel et du mariage avec les voix de ses amis. (Sortie : 24 avril 2007)

Son :
Myspace (4 titres en écoute dont ceux avec
Lali Puna, Jenny Lewis et Grizzly Bear)
Site Officiel (dont quelques titres en téléchargement gratuit. Dont un bien joli D
on't Get Your Hopes Up)

Et deux titres. Donc celui avec
Conor Oberst donc, forcément, et Dumb Luck avec Dntel au chant (malheureusement plus en ligne).


Et pour finir, le clip de Breakfast in Bed (je sais, je bloque vraiment sur ce morceau) (malheureusement plus en écoute).