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lundi 24 décembre 2007

Top 10 'Concerts 2007'


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007 touche ENFIN à sa fin! Pas trop tôt! Vraiment il était temps. Oui, vraiment. Pourtant, elle avait tout pour être aimée, appréciée, et tout et tout cette année là. Sauf que non, elle a tout fait à l'envers. Tout fait pour me contrarier. La coquine.

Afin donc de clore cette année que l'on pourra qualifier de "pourrave" les jours sans et de "bof bof" dans les jours avec, je viens, devant vos yeux encore pleins de foie gras vous présenter, en plus de mes voeux de fin d'année, mes tops 2007.
La période est propice à l'affaire, la tradition est tenace et, en bon geek qui se respecte, je m'y suis attelé tout ce mois de décembre, réécoutant des disques que j'avais laissé passer, changeant d'avis comme de chemises, remisant au placard des albums qui m'avaient touchés dès les premiers accords avant de m'ennuyer profondément au bout de dix. Bref, un bilan de 365 de musique, de son.

Et pour commencer en douceur, le top concert. Seulement dix (sur une trentaine de show, c'est déjà beaucoup) mais quelques belles claques (avec, dans la mesure du possible, quelques extraits, courts la plupart du temps, des dits concerts). Le quatuor de tête se tient dans un mouchoir de poche, tel Laurent Fignon et Greg Lemond au Tour de France 1989. Soyons clair, ils m'auront procuré eux quatre des émotions bien différentes, mais surtout bien réelles.


01. Damien Rice @ Transbordeur, Lyon - 6 mars 2007
Et à ce petit jeu, le concert de Damien Rice au Transbordeur, un soir de retour (perdu) de 1/8è de finale de Ligue des Champions, remporte la palme. Ce concert était somptueux, touchant et, si l'on en croit quelques articles, le dernier de la belle Lisa Hannigan. Bref, déjà mythique. Ajoutez à cela The Magic Numbers venus assurer la première partie avec des tubes péchus dans tous les sens, un final en apothéose (I Remember/The Blower's Daughter) et vous avez une soirée de rêve, ou quasi.

Damien Rice - The Professor



02. Arcade Fire @ Amphithéâtre de Fourvière, Lyon - 18 juillet 2007
Dans le genre soirée très réussie, le concert des Arcade Fire dans ce lieu magique qu'est l'amphithéâtre de Fourvière se pose là: un groupe ravi d'être là, halluciné par la beauté du lieu, des tubes à la pelle, une belle assurance. Moins foufou que leur premier passage français au Nouveau Casino il y a deux ans (où ils avaient fini dans la rue Oberkampf!). Mais quand même, un trip continu et bandant dans une ambiance survoltée.

Arcade Fire - Wake Up



03. Laurent Garnier @ La Plateforme, Lyon - 13 décembre 2007
Ambiance survoltée, la Plateforme elle connaît. Voir Laurent Garnier n'était pas forcément une priorité, car je l'avais déjà vu au Rex à Paris il y a quelques années. Sauf que si on peut, on y va: Laurent Garnier quoi. Je dois avouer ne pas m'être attendu une seule seconde à ça.
Il aurait du jouer de 1h30 à 4h30. Il aura joué de 0h50 à 6h20. Il aura pris son pied avec un set tout en montée qui se termine par quelques remix de tubes mondiaux (du New Order, un peu de Blur, du Nirvana, les Berus aussi...). Une claque monumentale. Grand monsieur qui se sera tapé un smile toute la soirée.

Les Béruriers Noirs - Salut à Toi



04. !!! @ Rail Théâtre/Grrrnd Zero, Lyon - 4 novembre 2007
Grâce à l'annulation d'une date chez nos voisins Suisse (si j'ai bien tout compris) et surtout grâce à l'entêtement des très sûrs Grrrnd Zero, les New-Yorkais débarquent à Lyon pour un concert d'1h30, bon comme du pain chaud, funk à souhait dans une ambiance électrique. Un groupe de scène ahurissant, dynamité par une chanteuse au charisme et au caractère bien trempé.



05. Liars @ Rail Théâtre/Grrrnd Zero, Lyon - 21 novembre 2007
Concernant les Liars, j'ai pris la baffe attendue: on m'en avait tellement parlé que je n'ai pas été surpris. Un groupe déjà culte, qui a une énorme présence scénique, dont on reparlera dans une vingtaine d'années. Et qu'on se targuera d'avoir vu en concert à l'époque. Grand moment.

Liars - The other side of mt. heart attack



06. Thee Silver Mount Zion @ Rail Théâtre/Grrrnd Zero, Lyon - 19 avril 2007
Deuxième concert du groupe pour ma pomme. Et même si la claque de la première fois n'est pas là, il n'est reste pas moins que Efrim et ses amis ont un don: celui de subjuguer une salle comme personne. Des amis qui ne connaisssaient pas le groupe sont ressortis abasourdis.



07. La Blanche @ Médiathèque de Meyzieux - 23 novembre 2007
Une médiathèque, une salle remplie à 90% de personnes que nous qualifierons d'âgées et un groupe de pré-trentenaires venu en découdre avec La Blanche. Un concert acoustique (lui au chant, un guitariste, une violoncelliste) où Eric La Blanche déclame ses chansons d'amour, ses poésies d'aujourd'hui avec un vrai plaisir. Et quand la sono fait des siennes, il décide de la jouer sans micro, juste à la voix. Bref, un énorme pied. Et la confirmation que ce mec là a une des toutes meilleurs plumes de ce pays.


08. Apparat + Modselektor @ La Plateforme, Lyon - 27 septembre 2007
Enième soirée électro à La Plateforme et énorme moment aussi. Si le set d'Apparat est de qualité, que dire de celui des Modselektor qui vont poser un set hip-hop affolant! Les reviews des concerts du groupe avant et après Lyon confirmeront ces dires: les allemands sont au sommet et s'ils avaient voulu, ils auraient coulé la péniche à faire danser les gens. Fichtre.


09. Volcano The Bear @ Rail Théâtre/Grrrnd Zero, Lyon - 5 décembre 2007
L'expérience de l'année. Poussé à aller les voir par deux marseillais frappés (et fans), Volcano The Bear s'est avéré être un grand moment. Certes très loin d'être accessible. Mais quand même: une vraie musicalité, un vrai don pour faire avancer un morceau dans ses derniers retranchements et un jeu de scène complètement déjanté. Hypnotique.


10. Souvaris @ Le Sonic, Lyon - 16 avril 2007
Groupe ami anglais, Souvaris a organisé son petit tour de France à sa sauce, faisant le temps d'une soirée escale à Lyon. Un Sonic vide comme c'est pas permis (23 personnes en comptant les gens du Sonic, les membres du groupe et des premières parties) mais un concert violent et maîtrisé. Du post-rock comme ça, on en redemande.






(... à suivre: top singles...)

samedi 5 janvier 2019

Bilan 2018 : « Albums » (20-01)



Après le Top 15 « Ep, 7", Compilation & Réédition », après le Top 50 « Chansons » (en écoute ici) et après la partie partie du top albums avec les disques classés de la 40ème à la 21ème place, finissons ce récapitulatif/bilan de l'année 2018 avec les 20 disques qui auront marqué mon année musicale.

Mais avant de se plonger dedans, prenons du temps pour avoir voir ce qu'il se dit du côté des blogs et autres sites amis (ou non) :
Vingt albums donc pour finir l'année. Une excellente année d'ailleurs, rock au possible (qui a dit qu'il était mort ? Parce qu'il avait tort, disons le clairement), particulière car ça doit faire bien longtemps qu'un de mes tops albums ne comporte pas un album de chez Domino.

Une année marquée surtout donc par un album dingue (qui aurait mérité de faire les unes de magazine et qui il y a quelques années auraient enfanté une génération de futurs musiciens), le disque d'un australien qui vit à Berlin auteur d'un album sidérant de beauté, de retrouvailles avec un groupe perdu de vue depuis 15 ans, de l'épitaphe d'un groupe français, brillant comme bruyant, d'un groupe mythique qui se réinvente sans cesse  et autres folk éthérée canadienne. Entre autres, et beaucoup de choses.


Évidemment, lire c'est bien, écouter c'est mieux. Donc au bas de ce papier se trouvent deux lecteurs (un Spotify, un Deezer) proposant - dans l'ordre croissant - une chanson de chacun des albums présentés ci-dessous. Bonne(s) écoute(s) et à très vite dans ces pages !

Bilan 2018 : 
Top « Albums » (40-21)
Top 50 « Chansons »
Top 15 « Ep, 7", Compilations & Rééditions »

20. Dakota Suite, Dag Rosenqvist and Emanuele Errante - What Matters Most [Karaoke Kalk]
De mémoire, la dernière fois que j’ai écouté Dakota Suite ce devait être pour leur 'This River Only Brings Poison' de 2002. Sachez donc que 16 ans plus, au-delà de la surprise de les savoir toujours actifs, leur musique, entre ambiant-pop et drone, est toujours aussi belle et évocatrice. Et rappelle énormément Jesse Poe, l'homme derrière ce fabuleux groupe qu'était Tanakh.


19. Adrian T. Bell - The Navigator [-]
Découvert par le biais de « J’écoute une K7 de la vedette » (dont j’avais parlé ici), ce disque d’un musicien anglais parti vivre à Prague - et accessoirement leader du groupe The Prostitutes - m’aura saisi immédiatement, quand bien même sa production m’a plutôt dérouté. Mais il a pour lui une voix, des mélodies captivantes et de vraies bonnes chansons. Et quand il marie son timbre à une voix féminine (voir ici), ce sont les images de certains des plus beaux duos de l’histoire qui ressurgissent. Pas mal pour un disque aussi confidentiel.


18. The Limiñanas - Shadow People [Because Music]
Après un 'Malamore' décevant, les Limiñanas retrouvent hargne, fougue et une production tout sauf lisse et qui leur va bien - mieux - au teint. Sur ce disque, on trouve plein de superbes chansons, d’invités de marque apportant tous leurs pierres à l’édifice et un tube vénéneux et presque drogué (écouter ici). Plus que jamais, leur psychédélisme sixties (d'aucuns diront yé-yé) est imparable.


17. Soft Kill - Savior [Profound Lore]
Album marqué par le décès prématuré du fils du leader du groupe, il s’en dégage une atmosphère assez mélancolique. Pour autant si l’on est en plein post-punk, shoegaze et tout ce qui peut s’y accrocher, il ressort de ce disque un côté lumineux. Mélancolique certes mais lumineux.


16. Dominique A - La Fragilité [Cinq7]
Grosse année pour Dominique A qui aura sorti deux albums, un « électrique », l’autre plus « acoustique ». Et c’est le second qui nous intéresse, le premier étant un peu décevant. Mais ce 'La Fragilité' rattrape le tout, avec une simplicité et une beauté fascinante. Monsieur Ané à son meilleur.


15. Marissa Nadler - For My Crimes [Bella Union / Sacred Bones]
Huitième album pour la formidable Marissa Nadler. Un disque à la très belle pochette et à la beauté renversante, comme à chaque fois. Mélancolique, blues-folk (ce Blue Vapor !), il confirme que l’américaine est l'incarnation musicale de la beauté.


14. The Innocence Mission - Sun on the Square [Bella Union]
Malgré ses trente années d'activité, et contrairement à pas mal de leurs contemporains, on dirait que les nouveaux disques de The Innocence Mission sont encore plus beaux que les précédents. La preuve avec ce 'Sun on the Square' qui reprend les mêmes recettes, mais en mieux. Toujours la voix de Karen Peris, toujours ces compositions au charme incroyable, toujours ces arrangements soyeux et soignés, toujours ces textes aussi tristes que plein d’espoirs.


13. The Beths - Future Me Hates Me [Carpark Records]
Sans conteste la découverte power-pop de l’année. Un disque pied au plancher de la part de ces néo-zélandais qui tombent l’album le plus efficace de 2018, où derrière l’énergie et les mélodies se cachent parfois des histoires pas si ensoleillées.


12. Iceage - Beyondless [Matador]
Album de rock absolument terrible, 'Beyondless' est d’une justesse et d'une efficacité quasi sans égal cette année : proto-punk, punk-soul, rempli de mélodies marquantes (écouter ici), fortes et évidentes et portées par un chant toujours aussi impressionnant. Le tout sans jamais aucune compromission. On l'oublie souvent, mais Iceage est décidément un des groupes majeurs de la décennie en cours.


11. IDLES - Joy as an Act of Resistance. [Partisan Records]
LA confirmation de l’année, après le très prometteur 'Brutalism'. Que ce soit sur disque ou sur scène, le quintet de Bristol aura plus qu’animé cette année musicale - que ce soit sur disque ou sur scène. Et aura prouvé (avec d’autres) que le rock, dans son assertion la plus large évidemment, est décidément une bien vilaine bête qui ne veut vraiment pas mourir.


10. Thousand - Le Tunnel Végétal [Talitres]
Alors que j'étais totalement passé à côté du premier album de Stéphane Milochevitch, aka Thousand, rattrapage complet avec 'Le Tunnel Végétal', disque de chanson française comme on en fait plus (ou peu). Pop pleine de spleen, parlé plus que chanté, aux textes riches et foisonnants, ce disque s’il évoque aussi Bashung, Murat que La Blanche, est avant tout un disque vraiment unique.


09. The Dead Mantra - Saudade Forever [Cranes Records]
Fin de partie pour les manceaux de Dead Mantra. Mais quelle épitaphe. Un album aussi brillant que bruyant, avec des sonorités maltraités, un shoegaze concassé, une noirceur à tous les étages, pour un résultat puissant, puissant et encore puissant. Incroyable de bout en bout. C'est quand même rageant de tomber fou d'un groupe qui met la clé sous la porte.


08. Fog Lake - Captain [Stack Your Roster]
Découvert grâce à Ninie, derrière Fog Lake, il y a Aaron Powell, canadien de talent (parfois entouré) qui aime la folk éthérée, placer sa voix comme en deuxième rideau et dérouler des chansons poignantes qui rappellent We Are Catchers. Un des plus « beaux » disques de l’année.


07. Tim Hecker - Konoyo [Kranky]
Retour chez Kranky pour Tim Hecker, avec pour une fois une pochette particulièrement laide. Tout le contraire de l’album et ses sonorités cristallines au possible. Un commentaire sur sa page bandcamp résume bien l’affaire : « heartbreaking, mesmerizing, terrifying and beautiful all at once ». Et pour en savoir plus sur ce nouveau très brillant nouvel album, lisez l’excellente chronique ci-dessous.


06. Tony Molina - Kill The Lights [Slumberland]
Quatorze minutes et 30 secondes de musique, 10 chansons. On a vu des Ep plus remplis. Et pour autant, difficile de ne pas tomber sous le charme de ce disque si l’on aime la belle pop, celle des Beatles et d’Elliott Smith, les guitares de Teenage Fanclub et celles de David Gilmour, ou plus simplement si l’on aime les Byrds et Nick Drake. Un medley-album presque frustrant mais passionnant.


05. Smokescreens - Used to Yesterday [Slumberland]
Énième disque de pop à guitares ? Aucunement tant 'Used to Yesterday' s'échappe de la masse du genre par la qualité de son écriture, de ses guitares, de sa basse et de ses mélodies sur lesquelles il serait insultant de ne pas se déhancher.


04. Low - Double Negative [Sub Pop]
Il y a des groupes qui continuent leur carrière dans une indifférence générale, à force de redite et de manque d’inspirations. Et puis il y a Low. Le trio de Duluth au Minnesota n’en finit plus de surprendre. Sur 'Double Negative', ils malmènent leur traditionnel slowcore avec une production lourde et pleine d’aspérités. Un disque étouffant, parfois expérimental. Et absolument brillant.


03. Deafheaven - Ordinary Corrupt Human Love [ANTI-]
Porté par une chanson phénoménale (Canary Yellow, écouter ici), le quatrième album du quatuor de San Francisco est disque remarquable mariant post-rock, black-metal, hard-rock, prog, pop, avec toujours ce « chant » guttural et hurlé. Un album clair-obscur incroyablement mélodieux, à la puissance époustouflante. Jamais guitares et hurlements n’auront été aussi lumineux et mélancoliques.


02. Ned Collette - Old Chestnut [It Records]
Australien vivant à Berlin, Ned Collette est la révélation de cette année. Une révélation qui n'a failli jamais avoir lieu, tant le premier morceau de l'album est déroutant... avant d'enchainer avec un sublime deuxième titre, bouleversant, renversant. De la folk qui démarre de façon basique mais qui prend au fur et à mesure une ampleur insoupçonnée. Soixante-dix minutes pour 14 chansons, notre homme ne fait pas dans la demi-mesure. Mais le voyage musical (et bien plus) qu'il propose est tellement hypnotisant, charmant et vibrant, qu'il est impensable de passer à côté. Et si en plus vous rajoutez qu'il a ce je-ne-sais-quoi de Leonard Cohen, alors là...


01. Car Seat Headrest - Twin Fantasy (Face-to-Face) [Matador]


L’album évident de l’année, c’est lui. Alors oui, on me rétorquera que ce n’est qu’un simple ré-enregistrement de l’album de 2011. Sauf que ces premières versions lo-fi deviennent de simples démos tant les compositions prennent ici une ampleur folle, accompagné qu’est Will Toledo (ils sont six autour de lui). Long (10 chansons, 71 minutes) mais toujours passionnant, 'Twin Fantasy (Face-to-Face)' est un album d’une grande unité, cohérence et homogénéité, qui balaye tout le spectre de l'histoire de la musique rock, pour mieux l’assimiler voire la synthétiser. Alternant balades et purs moments de rock'n'roll, ce disque est absolument brillant et essentiel. Et bien plus qu’un simple album de l’année, il pourrait être l’album d’une vie.  A une autre époque, nul doute qu’il aurait été l’album d’une génération.
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Bilan 2018 : 
Top « Albums » (40-21)
Top 50 « Chansons »
Top 15 « Ep, 7", Compilations & Rééditions »

Comme promis, voilà donc un player Spotify et un player Deezer proposant - dans l'ordre croissant - une chanson de chacun des albums présentés ci-dessus. La chanson de The Dead Mantra n'étant disponible sur aucune des plateformes, elle est en écoute via leur player bandcamp. Bonne(s) écoute(s) !







dimanche 7 octobre 2007

[Oldies] Evie Sands - Any Way That You Want Me (1969)

Même si les deux histoires n’ont rien à voir, même si elles ne sont pas du tout comparables, l’histoire de la vie d’Evie Sands est un peu un copié-collé de celle de Jackson C. Frank.
La demoiselle le rejoint facilement au royaume des artistes maudits, un royaume où il est écrit à l’entrée « ici reposent des artistes pétris de talent poursuivis par une scoumoune inouïe ».

Car, bien que moins morbides que ceux de l’ami Jackson C. Frank, Evie Sands n’aura pas donné sa part au chien en matière de déboires (essentiellement artistiques toutefois).

Quand en 1965, la jeune demoiselle signe chez Blue Cat Records, elle s’apprête à sortir un single Take Me For A Little While qui doit logiquement la propulser en haut des charts. Malheureusement, le test-pressing du single est dérobé par un producteur peu scrupuleux et transmis à Chess Records et à Jackie Ross qui s’empresse (bien qu’elle assurera toujours qu’elle n’était pas au courant du vol) d’enregistrer le morceau, à sa façon. Le titre sort très rapidement, supplante la sortie de la version d’Evie Sands, est un succès et truste les playlists de toutes les radios américaines. Le mal est fait. Et la version originale passe pour une resucée médiocre et sans saveur.

En souhaitant relancer sa carrière, elle sort ensuite un second single, I Can’t Let Go : nouvel échec cuisant pour elle mais qui deviendra un an plus tard un tube or massif des anglais de The Hollies. Allez comprendre.

Histoire de lui enfoncer une bonne fois pour toute la tête sous l’eau, tout se répète à l’envie. Partant de Blue Cat Records, la belle Evie Sands signe sur Cameo-Parkway et sort Angel of The Morning. Las, triple las : le label met la clé sous la porte, laissant donc les droits sur le morceau libres. Merilee Rush & The Turnabouts sautent sur l'occasion, enregistrent leur version de la chanson et font un carton.

Dépitée mais pas abattue, Evie Sands continue son bonhomme de chemin, croyant que cela tournera bien un jour. Elle signe sur A&M Records et sort donc en 1969 l’album dont il est question aujourd’hui, 'Any Way That You Want Me'.

Un disque… fabuleux. Trente-cinq minutes de soul blanche, très poppy, avec du Dusty Springfield dans tous les sens, un peu de Burt Bacharach (producteur de génie de l’époque, Aretha Franklin, Dionne Warwick et beaucoup d’autres confirmeront), des chœurs à tomber, de la délicatesse dans les arrangements (le mariage piano/violon/cuivre est merveilleux à chaque fois),… Le tout produit tout en rondeur par un Chip Taylor. Et puis surtout ce sentiment bizarre de retrouver quelques mélodies qui trusteront le haut des charts quelques années plus tard (Any Way That You Want Me et son coté Grease, entre autres).
Ce disque sera un échec. Comme le seront ses (rares) sorties discographiques ultérieures. Quand on vous parle de lose…

La grande Dusty Springfield était une fan absolue d’Evie Sands, allant même jusqu’à enregistrer un morceau avec elle au milieu des seventies. Mais rien n’y fera jamais rien. Sans savoir vraiment pourquoi et malgré la qualité des compositions, leur côté plus qu’accessible et leur grand potentiel tubesque (I'll Hold Out My Hand ou But You Know I Love You, pour ne citer que ces deux là), elle ne sortira jamais vraiment de l’anonymat, malgré un retour (rapide) sur le devant de la scène à la fin des années 90.

C'est à n’y rien comprendre à l’écoute de cet album doux, délicat, emballant, bien écrit, porté par cette voix « soul-mais-pas-trop », entre Dusty et Nancy Sinatra. Foutus poissards va.

Première sortie: 1969 (A&M)
Dernière réédition: 2005 (Rev-Ola)

Son :
Myspace Non-Officiel (Avec notamment deux titres de cet album ainsi que sa version d’I Can’t Let Go).

Trois morceaux: But You Know I Love You, It's This I Am et Any Way That You Want Me. A vous de tomber sous le charme :





 


mardi 14 février 2017

Top 6 "Break-Up" (Vol. 3)

Le dernier papier dans cette rubrique datait du 14 février 2012. Cinq ans plus tard, l'occasion était trop belle pour ne pas donner une suite aux deux premiers volumes des « Break-Up Songs » (voir ici pour le Volume 1 et là le Volume 2) le jour de la Saint-Valentin 2017.

Cette année encore, alors qu'on célèbre à nouveau l'annuelle fête des amoureux, des roses par bouquets de 10 et des nuits endiablées, célébrons donc les chansons tristes qui parlent d'amours déçus, déchus, de cœurs brisés, de colère, de souvenirs émus et de nostalgie. Parce qu'il faut bien qu'il y ait un équilibre.

A tout seigneur tout honneur, ouvrons le bal avec Sophia ou l'artiste qui  semble être né dans une marmite de potion dépressive. La preuve avec I Left You où il conte une rupture à contre-cœur mais qui semblait inéluctable : « And yeah I left you because it seemed to hurt us less than if I'd stayed ; and yeah I left you but how long will it take for you to forget this hate ».

C'est à Azure Ray de prendre la suite avec November, sublime chanson qui ouvre l'Ep du même nom, dont les paroles « I was afraid to be alone, but now I'm scared that's how I'd liked to be » m'ont longtemps travaillé à une époque.

Jackson C. Frank, sur son essentiel et unique album 'Blues Run The Game' fait le constat que son ex vient de le quitter, qu'elle ne l'avait jamais aimé. Et a cette sentence : « Someday, someone will leave you ; And I know you'll feel the same ».

La Blanche, lui, essaie d'expliquer ses actions qui ont mené à la rupture, le tout dans une vibrante déclaration d'amour entre justifications ratées et amour sincère. Sans doute une de mes chansons françaises préférées : « Comment trouver les mots pour te dire que je t'aimais l'air de rien, que j'en crevais à m'étourdir avec de l'alcool et des putains. J'aurais aimé pouvoir te dire que je crache sur ton chagrin, je n'pensais pas que ça pourrait détruire tout ce que nous avions de bien. Alors je te dis pour finir même si jamais tu ne reviens : tes baisers auraient pu suffire, la douleur ça ne sert à rien ».

Quant à ce très beau groupe qu'était Amandine, il raconte l'histoire d'un homme qui d'un couplet à l'autre voit l'amour de sa vie s'échapper : « And who said distance brings us closer ? Who said hardship makes us strong ? ».

C'est à Jude que revient le soin de conclure ce Top 6, avec I Do, déchirante chanson où un homme reçoit une invitation de mariage de son ex dont il est toujours amoureux, avant de lui souhaiter tout le bonheur du monde : « Ole friendships fade away, love falls apart. And you've not spent a single day outside my heart. But, there's just one more dream that I have left for you : I hope you're smiling when he turns around and says I do... ».

Bref, six chansons sur lesquelles on ne dansera pas la gigue pour sûr. Mais comme souvent, les chansons les plus tristes sont les plus belles. Alors, belle Saint-Valentin !





Tracklisting :
Sophia - I Left You (People Are Like Seasons - 2004)
Azure Ray - November (November Ep - 2002)
Jackson C. Frank - You Never Wanted Me (Blues Run The Game - 1965)
La Blanche - Te Dire (Michel Rocard - 2002)
Amandine - Silver Bells (Solace In Sore Hands - 2007)
Jude - I Do (No One Is Really Beautiful - 1998)




Nb: Tous les Top 6 de ce blog ont été mis à jour. Six chansons à chaque fois, sélectionnées pour leur appartenance aux thèmes suivants:
Top 6 "Eastern Europe"
Top 6 "Emilie"
Top 6 "Weather"
Top 6 "Break-up"
Top 6 "Madeleine"
Top 6 "R.I.P"
Top 6 "Drug"
Top 6 "London Baby, London"
Top 6 "Hot Songs"
Top 6 "Let The Sun Shine In"

Top 6 "Break-Up" (Vol. 2)

mardi 6 novembre 2007

Psykick Lyrikah – Acte [Idwet]

2 mai 2006. J’ai la chance de participer (modestement) à l’organisation de la neuvième édition du festival Panoramas, à Morlaix, charmante bourgade perdue au fin fond du Finistère (ou pas loin).

C’est à Olivier Mellano d’ouvrir le bal et de lancer les hostilités au théâtre de la ville. Toujours aussi juste dans leurs choix, les organisateurs ont en effet décidé de lui dédier une carte-blanche. Et le bras droit de Dominique A va prouver qu’il a du goût. Son ami qui trouve que les oiseaux ont du courage est là donc. Tepr et My Dog Is Day, les deux Abstrackt Keal Agram, sont de l’expérience également. Et tout sonne juste. Vrai.

En fin de set, Arm, le emcee de Psykick Lyrikah, se présente sur scène. Un flow dense mais éloquent face à quelques accords racés. Les deux artistes proposent alors un titre qu’ils ont composé rapidement, quelques temps avant cette carte blanche. Et le morceau de se terminer devant une salle subjuguée, abasourdie par cette classe, ce duo qui tombe sous le sens.

2 mai 2007. Un an, jour pour jour, plus tard, Psykick Lyrikah sort son nouvel album. Chez Idwet à nouveau. Il s’appelle 'Acte'. Et a été enregistré en deux jours. Cette fois-ci, seul Arm est de la partie, Teddy Bear étant logiquement absent. A ses côtés, Olivier Mellano. Derrière la vitre, Dominique Brusson, ingé-son de Dominique A. Un micro, une guitare. Un bouton. Et roulez jeunesse.

Quelques secondes après avoir pressé « play », les premiers accords de Mellano m’ont ramené directement à mai 2006. A mes grands yeux ronds. A ma bouche un peu ouverte, statique et bée. Ce morceau qui ouvre Acte a pour titre Près d'Une Vie (L'Air De Rien) et comme en 2006, c’est une nouvelle fois un choc. Une révélation.

Les mots d’Arm semblent avoir été écrits pour la guitare de Mellano. Et les accords de ce dernier semblent n’avoir jamais cherché autre chose que le flow d’Arm pour les enrober. Près d'Une Vie (L'Air De Rien) est un titre d’une puissance barge basé sur une construction assez simple. Mais tout est tellement évident que l’alchimie est juste parfaite et donne au morceau une force incroyable.

Alors oui, après ça là, il reste 34 mns des mêmes duo : du hip-pop-rock, brut de décoffrage. Du slam vivant et pas vulgaire. Des textes, un flow, quelques accords de guitare. Neuf morceaux au final (dont trois reprises du précédent album du groupe, 'Des Lumières Sous La Pluie', le genre de disque essentiel de l'histoire du hip-hop français, en gros), tous de très bonne tenue mais qui n’ont pas la puissance, la classe ou le génie de Près d'Une Vie (L'Air De Rien). Faut dire qu’ils vont tellement haut aussi avec ce titre là… (Sortie : 2 mai 2007)

Son :
Myspace (deux titres en écoute)
Site Officiel (album en écoute partielle)

Deux titres en écoute. Près D'Une Vie (L'Air De Rien), forcément. Et Patience (Des Lumières Sous La Pluie), une des trois reprises de l'album précédent du groupe (
malheureusement plus en ligne).

lundi 12 octobre 2020

Will Butler - Generations [Merge]

La sortie de 'Policy' en 2015 m’avait surpris. Sur une belle pochette blanche, un visage. Et quel visage ! Une figure de l’indie-rock du XXIè siècle. Au milieu, on pouvait lire le nom de l’artiste : Will Butler. Surprise. Confusion même. « Hé ho les mecs de la direction artistique, vous vous êtes plantés, c’est Win, avec un N. Ho, les gars du marketing, jamais vous pensez à vérifier le produit fini ? Franchement, ça la fout mal. Le mec est tout de même connu, ne sort pas de nulle part. Faites gaffe merde. Non, mais je vous jure, ces stagiaires » (oui ce sont toujours les stagiaires qui prennent, alors qu’ils n’y sont jamais pour rien).

Sauf que non, évidemment. Il s’agissait bien de Will, avec deux « L ». Comme « le frère de Win ». Ou « l’homme touche à tout d’Arcade Fire », l’hyperactif du groupe, toujours à sauter dans tous les sens sur scène, à passer du xylophone à la guitare, du synthé à la basse. Et le sosie (physique et vocal) du leader du groupe de Montréal - forcément, c’est la famille.

Will Butler s’était donc lancé avant son aîné dans une aventure solo ; d’ailleurs, et c’est à noter, quasiment tous les membres d’Arcade Fire sont partis s’amuser ailleurs pour mieux revenir au vaisseau mère à chaque fois qu’on avait besoin d’eux. Tous sauf les deux têtes de proue du groupe, Win Butler et Régine Chassagne. 

Mais ne digressons pas trop. 'Policy' en 2015 arrive par surprise et fait le boulot. Un joli disque, pas totalement abouti, mais avec de vraies promesses, une grande sincérité et une urgence très appréciable. Cinq ans plus tard, Will Butler est de retour. Son visage n’orne pas la pochette de son deuxième album. Peut-être pour éviter la confusion, ses nom et prénom s'en chargeant bien tous seuls.

Et c’est peu de dire qu’il transforme les espoirs de 'Policy' en certitude. Car 'Generations' fait partie de ces disques qui vous prennent le tympan pour ne plus le lâcher. Dix titres, 44 mns, très bien construit, où les styles s’entrechoquent, se bousculent et s’unissent au son de mélodies emballantes. Il y a ici de la bluette pop à chanter à tue-tête (sublime Surrender), du synthé en pagaille (Outta Here, Hard Times, Promised et j’en passe), un titre renversant d’indie-rock (Bethlehem), des nappes profondes (Hide It Away), des morceaux qu’on dirait tout droit sortis des années 70 (Not Gonna Die, ce rythme, ce piano, cette production) et même des chansons aux faux-airs de cabaret (Fine, consacré à Georges Washington, qui ferme l’affaire). 

Si sur 'Policy', Will Butler s'éloignait de l'auguste groupe qui l'a fait star, s'il y a un peu de Bowie ici et là, difficile surtout de ne pas sentir ici l'influence d'Arcade Fire, qui infuse régulièrement dans ce 'Generations' : dans la construction des morceaux, dans ces chœurs qu’on dirait menés par Régine (ce n’est pas le cas), dans ces mélodies. Mais Will Butler s'affranchit de tout cela, s'inspire, analyse, ingère mais ne recrache pas bêtement. S'émancipe pour mieux créer son propre univers, tracer son propre chemin. Et il le fait en composant un grand disque pop, efficace comme jamais, qui malgré quelques moments calmes semble toujours vouloir aller plus vite, plus loin, plus fort et qui, en plus de respirer le plaisir et la sincérité, a les deux pieds bien ancrés dans son époque. 'Generations' ou un album fulgurant. (Sortie : 25 septembre 2020)

Plus :
'Generations' de Will Butler est en écoute sur sa page bandcamp
'Generations' de Will Butler est à l'achat sur sa page bandcamp
'Generations' de Will Butler est également en écoute (notamment) sur Deezer et Spotify
 

Trois chansons de 'Generations' de Will Butler en écoute aujourd'hui. Tout d'abord le pop jusqu'au bout des ongles Surrender et ses chœurs parfaits (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Youtube et Qobuz). Puis Bethlehem, autre tube imparable de 'Generations'. Et enfin Hard Times :

 




 

Trois singles sont tirés de 'Generations' de Will Butler. Et trois clips, que voilà. Avec dans l'ordre d'apparition : Surrender, Close My Eyes et Bethlehem :

 

Et pour bien finir, La Blogothèque a consacré un 'Take Away Show' à Will Butler il y a quelques semaines, pour la sortie de 'Generations' :