Le saviez-vous ? Talib Kweli n'a pas encore fêté ses 49 ans. Alors je ne sais pas vous, mais pour ma part, j'étais persuadé qu'il approchait largement des soixante - comme quoi, certains des acteurs de notre fin d'adolescence n'étaient pas beaucoup plus âgés que nous en fait, la célébrité d'alors les rendant plus vieux.
Mais son - relatif - jeune âge explique peut-être pourquoi son nouvel album 'The Confidence of Knowing', enregistré avec son vieux compère J. Rawls (il était de l'aventure du premier Black Star en 1998) sonne si frais. En tout cas, Breath, Eyes, Memory, le morceau qui ouvre le disque. Une chanson courte (moins de 3mns) mais à la production classieuse et à l'orchestration chiadée, au sample délicieux d'une voix féminine sur le refrain et aux scratchs à l'ancienne mais bien venus sur la fin. Le reste de l'album ? Il m'a semblé un rien trop long mais tout à fait recommandable, avec une flopée d'invités et pas mal d'ambiances soul et distinguée. Mais pour être honnête, j'ai encore du mal à m'y intéresser tant ce Breath, Eyes, Memory est formidable et tourne en boucle chez moi.
Album : The Confidence of Knowing Année : 2024 Label : Javotti Media / Fat Beats
Dernièrement, je me lamentais dans ses pages sur les productions hip-hop circa 2007 qui ne m'avaient pas ébouriffé, renversé, tourneboulé comme celles des années précédentes avaient su le faire. Et puis j'ai remis le Hell Razah dans le lecteur. Et pouf, rebaffe. Comme il y a quelques mois à l'époque des premières écoutes. Qu'on soit hip-hop ou pas, qu'on ait une sensibilité pour le flow racé ou non, ce disque devrait plaire à beaucoup. A tous même.
Hell Razah donc. Wu-Tang Affiliate (membre du Sunz Of Men, le groupe qui a collaboré avec IAM). Et un premier album qui fait du bien par où il passe.
Ce disque a du chien. De la gnac. Du bon hip-hop comme on l'aime, des textes bien sentis et surtout des prods qui passent toutes seules, avec piano, violons, samples et quelques tendances jazzy pas piqués des vers.
Certes, tout n'est pas forcément du génie absolu, il y a quelques longueurs ici et là (et encore c'est vraiment histoire de pinailler). Mais ce disque tiendra une bonne place dans le haut de mon top de fin d'année. Et ce rien que pour deux morceaux: celui avec Talib Kweli et MF Doom (rien que ça !) qui, soyons clair, démontent des ours. Et celui avec Ras Kass, grand lyricist devant l'éternel qui envoie le bois pendant quatre minutes. Deux grands moments, deux titres de haute volée, entourés par quatorze autres morceaux, moins forts mais qui restent dans le ton (l'excellent Renaissance, en écoute plus bas).
Alors oui, après, la pochette ne donne pas envie. Mais c'est l'année qui veut ça: plus les artworks sont moches, plus le son est bon. Je vous laisse donc imaginer la classe de ce premier album d'Hell Razah... (Sortie : 20 février 2007)
Son : Myspace (le titre avec MF Doom et Talib Kweli y est en écoute) Site Officiel
Et on a beau être parti sans notre chapeau, on essaie quand même au maximum de mettre en écoute quelques titres. Histoire de vous donner envie d'en savoir plus (malheureusement plus en ligne).
Pourquoi sont-ce toujours les meilleurs qui s’en vont les premiers ? Et pourquoi ai-je toujours besoin de parler dans cette partie Oldies d’artistes talentueux fauchés en plein vol ? Je dois être un peu maso.
Comme ce coté ne m’a pas quitté en passant en 2008, je continue donc sur ma lancée et essayant de mettre un peu de lumière sur une artiste (et un album) essentielle des années 70. Une chanteuse soul à la voix d’ange et qui tutoie cinq octaves (voire même cinq et demie) : Minnie Riperton.
Une artiste qui pourtant, dans sa tendre jeunesse, ne se destine aucunement à devenir chanteuse de musique populaire. Non. Vu ses prédispositions vocales impressionnantes, elle prend plutôt la voix de l’opéra et des arts lyriques.
Sauf que pendant son adolescence, et alors qu’elle officie dans le Hyde Park’s A Capella Choir, elle est repérée par Raynard Miner, un pianiste aveugle, qui la fait intégrer The Gems, un groupe signé chez Chess Records, qui connaîtra la notoriété en tant qu’un groupe de studio (souvent sous le nom de Studio Three) plus que par ses propres compositions.
Rapidement, elle quitte The Gems et rejoint The Rotary Connection, un combo rock-soul monté par le fils du président de Chess Records. Un groupe important pour elle, et qui lui donnera finalement son style et la couleur musicale de sa future carrière solo.
Une carrière qui débute par un petit bijou, en 1970, ‘Come to My Garden’, encensé par la critique de l’époque, mais qui ignore le succès donnant à Minnie l’occasion de se retirer et de partir élever ses deux enfants en Floride.
En 1973, Epic Records remet quand même la main sur elle et lui fait enregistrer un second album, ‘Perfect Angel’, dont il est question ici. Un album miraculeux et qui va forger l’aura et la célébrité de Minnie Riperton.
Et pourtant, tout n’est pas gagné d’avance. Si le disque est bon, si les critiques sont unanimes, le public, lui, ne suit pas. Et le label a beau sortir trois morceaux en singles (parmi les plus beaux de l’album), rien n’y fait. Alors qu’Epic est prêt à faire enregistrer un nouvel album à Minnie, son mari convainc les grandes pontes de laisser une dernière chance au disque en sortant Lovin’ You, bluette à la guitare, produite par Steve Wonder (présent sur plusieurs titres de l’album d’ailleurs, à la batterie, au piano ou même à l’écriture) que le couple aimait à chanter à leur fille Maya avant de la coucher.
Bien lui en prend : le succès est immédiat, les ventes explosent et le morceau truste le haut des hit-parades de l’époque (#1 aux Etats-Unis, #2 en Angleterre). La belle devient "The lady with the high voice and flowers in her hair". Et il y a de quoi. Car ce disque là est magistral. Plus que soul, il est surtout pop-soul. Il n’y a qu’à écouter les deux premiers morceaux de l’album, deux chef d’œuvres (voir plus bas) pour en être rapidement persuadé : sur Reasons, Minnie la joue limite rock avec cette guitare électrique riffeuse tandis que sur It’s So Nice (to see old friends), elle pond une merveille de délice pop, tout en douceur et en piano délicat.
Le reste de l’album est à l’avenant, toujours dans ce style un peu hybride, ni trop pop, ni trop soul, le tout surmonté de cette voix capable de monter dans les aigus comme personne sans irriter le moins du monde les oreilles de l’auditeur. Il faut l’entendre sur Seeing You This Way partir très haut ou susurrer Perfect Angel tout au long du titre du même nom. Et comme c’est une jeune fille douée pleine de bon goût, elle clôt son disque (de même pas 40 mns) par un Our Lives, Wonder-ien à mort, d’une classe barge.
Le reste de la carrière sera plus discret : les albums suivants connaissent un succès moindre (à bien moindre) même si la qualité est toujours au rendez-vous. De toutes façons, sa préoccupation numéro un n’est plus celle-là, elle qui a déjà l’intention d’engager un autre combat, beaucoup moins artistique et malheureusement perdu d’avance. En 1976, elle annonce en effet qu’elle est atteinte d’un cancer du sein, avant de succomber de la maladie trois ans plus tard, à même pas 32 ans.
Histoire déchirante donc d’une grande artiste, à qui beaucoup rendront hommage en utilisant certaines de ses chansons. Et parmi ceux là (ils sont très nombreux), on compte quand meme A Tribe Called Quest, 2 Pac, Slum Village, Talib Kweli ou Mos Def, tandis que Quentin Tarantino utilisera son Inside My Love pour la BO de Jackie Brown. Bref, du lourd. Mais il fallait bien ça pour perpétuer et célébrer la voix unique de Minnie Riperton, artiste partie beaucoup trop tôt, dont les albums, et surtout ce ‘Perfect Angel’, n’ont pas fini de revenir enjoliver plus souvent qu’à leur tour nos platines respectives.
Première sortie : 9 Aout 1974 [Epic] Réédition : 2 mars 2004 [Stateside]. (A noter que cette réédition est une double en fait. Sur le même disque, ‘Perfect Angel’ est accompagné par ‘Adventures in Paradise’, album sorti l’année suivante, en 1975. Et le travail est plutôt de qualité, même si une réédition par album aura été préférable. Mais on se contente de ce qu’on a).
Trois morceaux, parmi les neuf que compte cet album. Reasons, It’s So Nice (to see old friends) et Every Time He Comes Around. Si vous ne succombez pas, vous n'êtes pas humains :
Et pour finir, le clip. Enfin le clip. Disons plutôt le scopitone de Lovin’ You, le titre qui lui a ouvert les portes de la gloire :