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mercredi 18 décembre 2024

Kelly Finnigan - A Lover Was Born [Colemine Records]

Il y a quelques semaines, alors que nous devisions entre deux dossiers sur nos derniers coups de cœur musicaux, lui dans tout ce qui est rap/hip-hop, moi tout ce qui touche plus au rock ou à la pop (quelle surprise), mon collègue Aymeric m'avait dit la chose suivante : « Tu devrais écouter Kelly Finnigan. Ce mec là est au-dessus de la mêlée dans tout le revival soul actuel où tout se ressemble et est d'un platitude sans nom ». Une analyse sévère, certes, mais au final assez juste. Surtout, un conseil des plus avisés.

Kelly Finnigan donc. Un américain d'une quarantaine d'années, originaire de San Francisco et qui en parallèle d'une carrière au sein de formations diverses (Destruments et Monophonics pour les plus connues) s'est lancé en 2019 dans une carrière solo qui ne fait pas les gros titres - ni les moyens d'ailleurs - mais dont la qualité n'est pas à remettre en cause.

'A Lover Was Born' est son troisième album, paru à l'automne dernier. Kelly Finnigan y chante divinement bien (il a ce grain et cette façon de chanter qu'avaient certains de ces glorieux devanciers dans les années 60/70), sait être aussi expansif que câlin ou tout en retenue (All That's Left, Count Me Out). Mais comme une belle voix ne suffit pas à faire de grandes chansons, notre homme s'est entouré d'une équipe de musiciens triés sur le volet pour mettre en musique ses compositions : Joe et Max Ramey de The Ironsides, Jimmy James, Sergio Rios, J-Zone et Joey Crispiano, des Dap Kings, le groupe de feue Sharon Jones.

Et le résultat est sans appel : chacune des onze compositions de l'album résonne de guitares et de basses savamment jouées, d'une rythmique soyeuse, de cuivres euphoriques et langoureux, de cordes légères et promptes à soumettre le premier des hésitants à d'autres plus tendus et aiguisées, de piano qu'on aurait piqué à un club de jazz et de chœurs propres à venir relever chacun de ses élans vocaux.

Plein de groove, de soul, de funk (superbe Chosen Few) et globalement de tout un son racé qui va chercher le meilleur de ce qui a fait la légende de ce genre musical, 'A Lover Was Born' est un album remarquable, qui voit Kelly Finnigan monter en gamme après ses deux premiers disques (dont un, vu que c'est la période, très recommandable album de Noël 'A Joyful Sound'), que ce soit au niveau de la production que des arrangements aussi classieux que amples. De Prove My Love en ouverture et son orchestration qu'on dirait venue de la fin des années 60 à Count Me Out, la superbe chanson de clôture, à la belle langueur et aux chœurs divins, en passant par le très cuivré His Love Ain't Real, Love (Your Pain Goes Deep) et ses cordes discrètes mais vraies pierre angulaire du morceau ou le sublime Cold World et son piano jazz qu'on dirait presque à contretemps, tout ici n'est que soul. Northern, Midwest, Pop, que sais-je encore et même tout ce que vous voulez. Mais pas de la commune, non. De la très grande Soul. (Sortie : 18 octobre 2024)

Plus :
'A Lover Was Born' de Kelly Finnigan est à l'écoute sur bandcamp
'A Lover Was Born' de Kelly Finnigan est à l'achat sur bandcamp
'A Lover Was Born' de Kelly Finnigan est à l'achat et l'écoute un peu de partout


Trois chansons de 'A Lover Was Born' de Kelly Finnigan en écoute aujourd'hui. Le choix a été dur mais partons en premier lieu sur Love (Your Pain Goes Deep), sans doute un des deux tubes de l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Continuons avec le superbe Count Me Out, la chanson de clôture de 'A Lover Was Born'. Et finissons par Cold World, le morceau qui m'a renversé à la première écoute.

lundi 16 décembre 2024

Godfather Don - Thesis [HHV Records]

La chanson la plus évidente de 'Thesis' de Godfather Don à mettre en une en ce lundi aurait été Full Court Press, le morceau qui ouvre l'album. Un titre qui va emprunter sa mélodie au Melody de l''Histoire de Melody Nelson' de Serge Gainsbourg et dont l'américain fait le meilleur des usages. Mais si ce titre sait nous aguicher d'entrée, il n'est rien d'autre que la superbe ouverture d'un des meilleurs albums de l'année.

Car Full Court Press n'est pas le seul moment mémorable de ce nouvel album de Godfather Don, nom plus que sérieux du hip-hop estampillé East-Coast et ancien acolyte de  Kool Keith dans les années 90. C'est plutôt une formidable rampe de lancement d'un 'Thesis', pourtant long (seize titres en soixante-huit minutes) mais que notre homme, à coups de flow soigné et de samples bien sentis et souvent très mélodieux, tient tout du long.

Si tout l'album est fameux dans une veine boom bap (notre homme vient de la côte Est) mais qui ne manque pas d'effluves jazz (Godfather Don se destine désormais à une carrière de saxophoniste de jazz, ceci explique peut-être cela), et si l'on aurait pu mettre en avant .32 Shots et sa basse qui saccade, Definite et son gimmick féminin délicieux, ou les deux morceaux de clôture Recognize et Chekmate, on ressortira en priorité une Sainte Trinité : The Blessing, The Power and The Glory et Thesis. Trois chansons qui s'enchainent en milieu d'album et qui montrent autant le savoir faire de Godfather Don que sa qualité à aller chercher des samples de qualité, qu'on n'attendait pas (The Power and The Glory sonne comme une orchestration d'Aznavour) et à savoir en tirer le meilleur - et souvent la mélancolie.

'Thesis' est un très grand album, qui sonne à l'ancienne mais qui ne fait pas daté pour autant. Un disque brillant et inspiré, même souvent imparable, où Godfather Don s'occupe de tout, du flow comme de la production et des samples, avec le touché de celui qui sait, qui a l'expérience de compositeur, de producteur et qui sait aller piocher dans tous les genres pour affirmer son propos. A part 'El Leon' de CRIMEAPPLE & Preservation, je n'ai rien entendu d'aussi inspiré en hip-hop cette année. (sortie : 30 août 2024)

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'Thesis' de Godfather Don est à l'écoute sur bandcamp
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Trois chansons extraites de 'Thesis' de Godfather Don. The Blessing pour ouvrir le bal (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Full Court Press et son sample de Gainsbourg. Et enfin The Power and The Glory

lundi 9 décembre 2024

Brigitte Calls Me Baby - The Future Is Our Way Out [ATO Records]

Tirant son nom de Brigitte Bardot et d'une correspondance fantasmée que le leader du groupe Wes Leavins aurait eu avec l'égérie française des années 60, Brigitte Calls Me Baby est un tout jeune groupe américain (cinq membres dont deux guitares) venu de Chicago qui a sorti en août dernier son premier album, le mal nommé 'The Future Is Our Way Out'

Mal nommé car si l'avenir est la porte de sortie du quintet, alors ils ne sont pas prêts d'arrêter de tourner en rond tant cet album regarde vers le passé. Surtout vers les années 80. Surtout vers Manchester. Et surtout vers un quatuor mené par un grand chanteur (et parolier), et par un guitariste plus que talentueux. Oui, 'The Future Is Our Way Out' voit les Brigitte Calls Me Baby lorgner de très près les Smiths. Que cela soit pour la voix de Wes Leavins qui fait plus que rappeler, dans son grain autant que dans ses intonations, celle de Morrissey, sa production (qu'on dirait avoir été laissée aux bons soins de Stephen Street) ou de quelques morceaux à l'inspiration évidente (I Wanna Die In The Suburbs est leur There Is a Light That Never Goes Out).

Pourtant, ce qui sonne comme un pastiche assez mal dégrossi à la première écoute devient rapidement entêtant. Premièrement parce que si l'influence Smiths-ienne est claire, elle n'est pas la seule. Très vite, on se rend compte qu'il y a autre chose en plus, comme ces quelques touches sixties (notamment dans la rythmique), ce côté Elvis (You Are Only Made Of Dreams, la chanson de clôture Always Be Fine ou les style crooner de Eddie My Love), ces quelques fulgurances qui pourraient évoquer les Strokes qui auraient fricoté avec New Order (We Were Never Alive) et même un soupçon d'Aline (Pink Palace. A vous ensuite de déterminer qui de l’œuf ou la poule...).

Si vous ajoutez à cela des mélodies belles et chiadées, vous obtenez un 'The Future Is Our Way Out' qui manque sans doute de personnalité mais qu'on ne peut pas simplement résumer à un album des Smiths sans les Smiths comme on a pu le dire ici et là. Certes, c'est l'album le plus influencé de l'année mais il n'en reste pas moins étonnamment charmant, efficace et romantique à souhait. (Sortie : 2 août 2024)

Plus :
'The Future Is Our Way Out' de Brigitte Calls Me Baby est à l'écoute sur le bandcamp du groupe
'The Future Is Our Way Out' de Brigitte Calls Me Baby est à l'achat sur le bandcamp du groupe
'The Future Is Our Way Out' de Brigitte Calls Me Baby est
à l'achat et à l'écoute un peu de partout

Trois chansons de 'The Future Is Our Way Out' de Brigitte Calls Me Baby en écoute aujourd'hui. I Wanna Die In The Suburbs (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le très 80s We Were Never Alive. Et enfin, Eddie My Love et sa voix de crooner :


Le clip de We Were Never Alive, single évident de 'The Future Is Our Way Out' de Brigitte Calls Me Baby :

 

lundi 28 octobre 2024

The Blue Herons - Go On [Subjangle]

Avant-propos : la chronique qui suit est consacrée à 'Go On' le premier album de The Blue Herons. Et non Blue Heron, groupe presque homonyme venu d’Albuquerque au Nouveau-Mexique qui fait lui dans le stoner. La précision peut sembler futile mais elle est d’importance tant The Blue Herons n’a, mais alors, rien à voir.

The Blue Herons est à la base le side-project de Andy Jossi, suisse de son état, qui faisait jusque-là dans le shoegaze avec son groupe The Churchhill Garden et qui voulait s’offrir une petite respiration indie-pop. Lancé en 2017, le projet va vivoter pendant trois ans au gré de quelques singles publiés de temps à autres, avec l’aide d’autres musiciens et de chanteurs et chanteuses, avant qu’Andy Jossi ne tombe enfin sur la perle rare, Gretchen DeVault, californienne et vétérane de la scène indépendante américaine (The Icicles, Voluptuous Panic).

Ce qui n’était jusque là qu’un projet qui se cherchait (six singles en trois ans) va alors suivre une toute autre trajectoire. Certes, le duo va prendre son temps (deux à trois singles par an seulement) mais l’alchimie entre Jossi et DeVault se fait de plus en plus évidente à chaque nouvelle chanson, qui semblent d'ailleurs gagner à chaque fois en qualité.

Après près de quatre ans de travail, c’est donc tout naturellement que The Blue Herons a publié son premier album, 'Go On'. Un disque qui compile tous les singles déjà sortis (des onze publiés par le duo Jossi/DeVault, seule la reprise de Christmas (Baby Please Don't Go) de Phil Spector a été laissée de côté) et ne compte « que » deux inédits : la merveilleuse Clouds et une version ample et très belle du plutôt déjà charmant Echos in the Dust. Pour l’occasion, et sans doute aussi pour rendre le tout plus harmonieux, The Blue Herons a réenregistré la plupart des morceaux et en a modifié le mix.

Et le résultat est tout à fait épatant. Extrêmement cohérent, superbement composé, aux guitares belles à en frissonner, porté par la voix superbe de Gretchen DeVault (qui a un je ne sais quoi de Beth Arzy), 'Go On' est un disque remarquable d'indie et de jangle-pop circa 80s, qui rappelle les univers C86 et de Sarah Records autant qu'il évoque (et plus souvent qu'à son tour) les merveilleux The Luxembourg Signal.

De la superbe balade Endless Rain au presque poppy Electric, en passant par le mini-tube Go On, la très belle ouverture In The Skies qui pose les bases de l'album, ou la reprise du Disorder de Joy Division lumineuse comme jamais, tout est ici éblouissant, racé et élégant et enthousiasmant, mélancolique et enivrant, avec un duo qui n'hésite pas à faire durer le plaisir (pas une chanson en dessous de 3'30 et seulement quatre de moins de quatre minutes) et marie avec délices des couches de guitares qui se complètent à merveille et la voix de Gretchen DeVault, toujours d'une grande justesse.

De prime abord disque de genre mais qui très vite le transcende, 'Go On' de The Blue Herons est un album impeccable de bout en bout. Un disque solaire, romantique, aux mélodies superbes, inspiré qui, je ne saurais trop l'expliquer, fait du bien. Et un des tous meilleurs, si ce n'est le meilleur, album de l'année. (Sortie : 4 juin 2024)

Plus :
La chronique de 'Go On' de The Blue Herons chez Dans Le Mur du Son (à qui je dois la découverte de ce superbe album. Une de plus)
'Go On' de The Blue Herons est à l'écoute sur leur page bandcamp
'Go On' de The Blue Herons est à l'achat sur leur page bandcamp
'Go On' de The Blue Herons est également en écoute sur Spotify et Deezer

Trois chansons de 'Go On' de The Blue Herons en écoute aujourd'hui. La superbe reprise de Disorder de Joy Division, qui n'a jamais été aussi lumineuse (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis la magnifique balade lancinante Endless Rain. Et enfin Clouds, le très bel inédit de ce 'Go On' de The Blue Herons :

mardi 1 octobre 2024

Dr. Dog - Dr. Dog [We Buy Gold Records]

Tel un ami dont on n'a pas eu de nouvelles depuis des années et qu'on retrouve comme si on s'était quitté la veille, Dr Dog est le genre de groupe qui peut se permettre de longs silences mais qui à chaque fois qu'il revient c'est pour mieux vous emporter avec lui à nouveau.

Groupe fondé en 1999, le quintet de Philadelphie avait mis fait fin à sa longue aventure en 2021 après dix albums (dont certains très aimés dans ces pages) et une tournée d'adieu. Pourtant, le 19 juillet dernier, le groupe a publié non sans surprise son onzième album, le premier en six ans, le bien nommé... 'Dr. Dog'.

Et j'aime mieux vous dire qu'ils ne sont pas revenus pour rien. Car s'ils ne se réinventent pas (un disque de Dr. Dog ressemblera toujours à un disque de Dr. Dog), il y a comme un souffle nouveau. Comme si la pause leur avait permis de se ressourcer, de retrouver une flamme qu'ils avaient légèrement perdu sur la fin.

Forcément, on retrouve leur marque de fabrique, ces compositions teintées de rock, de folk et de psyché, évidemment sublimées (comme souvent chez eux) par de belles harmonies vocales (Handyman, White Dove). Nos gars n'ont pas changé (et personne ne leur demande de le faire d'ailleurs) et restent imprenables dès que le tempo ralenti et qu'ils se font mélancoliques et langoureux (Still Can't Believe, What a Night’ll Do). Pourtant, difficile de ne pas remarquer que leurs chansons n'ont sans doute jamais sonnées aussi... pop qu'ici. J'en veux pour preuve Lost Ones, le délicieux Fat Dog, un Fine White Lies dont le chant rappelle le David Bowie de Five Years et surtout Talk Is Cheap, un des très grands morceaux de 'Dr. Dog', à la rythmique et aux chœurs invitant à se lover dans des « wouhouhou » à n'en plus finir.

Aimé puis oublié, Dr. Dog fait donc un retour fracassant autant qu'inattendu avec ce disque inspiré, généreux et qui dès la première écoute m'a rappelé pourquoi j'aimais ce groupe ; et à quel point je l'aimais. Un album qui est peut-être (le temps nous le confirmera) leur meilleur à ce jour. Pas mal quand on vient de fêter ses vingt-cinq ans d'existence. (Sortie : 19 juillet 2024)


Plus :

'Dr. Dog' de Dr. Dog est à l'achat un peu de partout ici
'Dr. Dog' de Dr. Dog est notamment en écoute sur Spotify et Deezer


Trois chansons extraites de 'Dr. Dog' de Dr. Dog. Talk Is Cheap, la meilleure chanson de l'album
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Fine White Lies dont le chant rappelle le David Bowie de Five Years. Et enfin le poppy Lost Ones :

 
 


Deux clips de deux singles extraits de 'Dr. Dog' de Dr. Dog : ceux de Talk Is Cheap et Love Struck, avec la participation de M. Ward :

mardi 17 septembre 2024

Friko - Where we've been, Where we go from here [ATO Records]

Il y a tellement de disques à écouter et tellement d'albums dont on a envie de parler qu'on oublie parfois d'en évoquer certains alors que ceux-ci font votre année. Alors essayons de réparer les erreurs et les oublis en cette rentrée de septembre. Et commençons par Friko, duo venu de Chicago mais qui sonne comme un quatuor. Aux manettes, Niko Kapetan, chanteur et guitariste et la batteuse Bailey Minzenberger, qui ont publié en début d'année 'Where we've been, Where we go from here', un solide premier essai. Très solide même. Du genre qui a plus des allures de deuxième ou troisième album. 

Entre son superbe morceau d'ouverture Where We've Been qui part sur une balade mélancolique et qui se termine dans le fracas le plus total, et Cardinal, petite douceur quasi acoustique qui clôt notre affaire sur quelques sifflements légers, Friko fait montre d'un talent assez incroyable de composition.

De Chemical (ses quelques notes lointaine et pleine d'écho avant qu'un « Avé Maria » comme lyrique mette sur orbite une guitare agressive et pleine d'allant) à Crashing Through, plein de distorsion, en passant par le magnifique For Ella ou la balade Until I'm With You Again, 'Where we've been, Where we go from here' est un disque exigeant autant que léger, sombre autant que lumineux, discret autant que bruitiste, qui navigue tout à la fois entre pop, noise, rock et même chamber pop, avec le souci de la mélodie chevillé au corps,

S'il est évidemment bien trop tôt pour savoir ce que l'avenir réserve à Friko (une signature chez Sub Pop ?) ou s'ils ont plus de neuf chansons dans leur besace, difficile de ne pas se dire que ces jeunes gens pourraient aller très loin. Besoin d'une preuve supplémentaire ? En juin dernier, ils ont publié une reprise très réussie de Weird Fishes/Arpeggi de Radiohead. De sacrées chansons, un excellent premier album, une reprise qui me donnerait presque envie de redonner une chance à 'In Rainbows' : oui, les Friko pourraient être à l'orée d'une belle carrière. (Sortie : 16 février 2024)

Plus :
'Where we've been, Where we go from here' de Friko est à l'achat sur leur bandcamp
'Where we've been, Where we go from here' de Friko est à l'écoute sur leur bandcamp
'Where we've been, Where we go from here' de Friko est à l'achat et à l'écoute un peu de partout


Trois chansons de 'Where we've been, Where we go from here' de Friko en écoute aujourd'hui. Chemical (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog) et son intro imparable. Where We've Been, la chanson d'ouverture et véritable résumé de l'album. Et le superbe For Ella :

En bonus, la reprise de Friko Weird Fishes/Arpeggi de Radiohead, qui n'est pas sur 'Where we've been, Where we go from here' mais qui a sacrément de la gueule :

Le clip de Get Numb To It!, un des singles extraits de 'Where we've been, Where we go from here' de Friko :

 

vendredi 17 mai 2024

Penny Arcade - Backwater Collage [Tapete Records]

Chamber folk, post-hardcore, black metal atmosphérique, indietronica, country honky tonk, metalcore, neo-psychedelia, pop hypnagogique, neoclassical : il existe des centaines, des milliers de genre musicaux, et chaque nouvel album semble en amener un nouveau. C'est souvent assez vain au final mais plutôt drôle de voir l'ingéniosité de certains pour arriver à définir le style particulier d'un groupe ou d'un disque pas si différent de beaucoup de ses congénères. Pourtant, un genre manque à l'appel : la sunday pop. Ou la pop du dimanche. Celle qui sied parfaitement à ce jour de repos qui se doit d'être paresseux, où sieste et assoupissement doivent être les maîtres mots. 

Le premier album de Penny Arcade, groupe anglais formé autour de James Hoare de The Proper Ornaments est de ceux-là. 'Backwater Collage' est un disque de pop résolument fatiguée, dont les mélodies, le rythme, la voix comme effacée et une production ronde et cotonneuse vous bercent par leur langueur et leur beauté. Un album court (onze chansons pour à peine trente minutes) mais absolument délicieux de bout en bout.

Il était donc curieux de savoir si Penny Arcade arriverait à recréer sur scène l'ambiance ouatée de 'Backwater Collage' et embarquer son monde dans la torpeur de sa pop, un jour de semaine qui plus est. Les quelques spectateurs présents au Sonic de Lyon ce jeudi soir vous répondront par la négative. Car le quatuor anglais a préféré s'appuyer sur One More (dernière chanson du disque et qui révèle quelques nervosités aiguisées) et donner un tour tout à fait électrique à ses chansons. Au diable l'indolence, vivent les guitares qui n'en finissent plus de riffer, la batterie qui claque, la basse qui assourdit, les morceaux qui s'éternisent (le dernier a bien du durer une dizaine de minutes), le bruit qui s'intensifie et l’enthousiasme qui s'impose peu à peu.

Certes on pourra ergoter que le son était trop fort (ce n'est pas ce soir que j'ai amélioré l'état de mes acouphènes), que la voix de James Hoare n'était assez mise en avant. Mais à part ça ? Réussir à donner une version aussi nerveuse et réjouissante d'un 'Backwater Collage' si beau et lazy au possible (quand bien même quelques chansons laissaient à voir quelques timides percées électriques), c'est du grand art de la part de Penny Arcade ; et ce n'est pas donné à tout le monde. De la sunday pop qui se transforme thursday night pop sur scène en somme. Pour un résultat tout aussi épatant. (Sortie : 3 mai 2024)

Plus :
'Backwater Collage' de Penny Arcade est en écoute sur la page bandcamp du groupe
'Backwater Collage' de Penny Arcade est en écoute sur la page bandcamp du groupe
'Backwater Collage' de Penny Arcade est également
en écoute et à l'achat ici


Trois chansons de 'Backwater Collage' de Penny Arcade en écoute aujourd'hui. One More et sa fin riffeuse à souhait (
en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le magnifique Don't Cry No Tears. Et enfin, Jona, la chanson d'ouverture :

Trois singles ont été extraits de 'Backwater Collage' de Penny Arcade, dont voici les clips, avec par ordre d'apparition Don't Cry No Tears, Jona et When The Feeling Is Gone :

mardi 23 avril 2024

English Teacher - This Could Be Texas [Island Records]

Est-ce la hype anglaise qui m'a fait venir à reculons à ce 'This Could Be Texas', premier album de English Teacher ? Sans doute. Il faut dire que depuis le temps qu'on la suit, on s'est habitué à ses lubies et à ses emballements aussi éruptifs que sans lendemain. Pourtant, le quatuor de Leeds avait plus qu'éveillé ma curiosité l'an dernier avec Nearly Daffodils, épatant single à l'immédiateté dingue. J'aurais dû être le premier à me jeter sur ce disque. Mais trop de louanges, ça questionne, forcément. Alors, même si la première écoute de 'This Could Be Texas' a été plutôt convaincante, ça ne m'a pas bouleversé et j'ai remisé l'album de côté, convaincu qu'on était sur quelque-chose de finalement quelconque de la part groupe aussitôt apparu et qu'il allait aussitôt être oublié.

Quel sot je fus. Car j'ai évidemment donné une autre chance à ce premier album des English Teacher. Déjà parce que la première écoute avait été au débotté (c'est le souci quand on fait autre chose pendant ce temps là et qu'on est à moitié à son affaire). Et puis toutes ces dithyrambes, ça interpelle, ça interroge. C'est perturbant. On a envie d'être sûr de son coup. Mais plus d'hésitation : sachez-le, sûr, je le suis désormais. 'This Could Be Texas' n'est pas un bon premier album. 'This Could Be Texas' n'est pas un très bon premier album. Non, 'This Could Be Texas' est un excellent premier album, du genre qui a une autre période aurait fait date, marqué son temps et son époque. Mais quel disque en 2024 fait date, noyé qu'il est dans un nombre toujours plus grands de sorties hebdomadaires - quand elles ne sont pas quotidiennes ?

Alors plutôt que de vouloir le faire entrer de force dans un panthéon qui n'existe pas, félicitons nous de cette œuvre remarquable des English Teacher. Treize chansons pour cinquante minutes, au fil d'Ariane post-punk mais qui n'en fait pas pour autant un disque post-punk. Car il y a tellement plus ici : de l'indie-rock (I'm Not Crying You're Crying) aux relents slowcore (Albatross, parfaite entrée en matière), de la pop belle à tomber (This Could Be Texas) ou plus synthétique (Sideboob) de balades majestueuses (Mastermind Specialism, You Blister My Paint ou Albert Road, chanson de conclusion à la fin brutale, comme pour rappeler qu'ils viennent du post-punk), de points d'exclamations presque free-jazz (Broken Biscuits), et même de simili R’n’B (sublime The Best Tears of Your Life).

Auréolé d'une production remarquable qui ne subit pas les chansons mais sait s'adapter à elles, d'un mix méticuleux, de basses terriblement soignées, de guitares qui jouent le feu et la glace, d'une rythmique impeccable (élément moteur de l'album), de textes pas anodins et bien dans leur époque, le tout soutenu par la voix toujours plus surprenante et belle de Lily Fontaine qui alterne avec subtilité spoken word et chant, 'This Could Be Texas' est un disque immense, aux compositions, à la construction et à l'unité éclatantes. Un album, un vrai, pensé comme tel, écrit comme tel, assemblé comme tel. La marque des très grands. Ce que sont les English Teacher, assurément. La perfide Albion ne s'est pas trompée. (Sortie : 12 avril 2024)

Plus :
'This Could Be Texas' de English Teacher est à l'écoute sur bandcamp
'This Could Be Texas' de English Teacher est à l'achat sur bandcamp
'This Could Be Texas' de English Teacher est disponible à l'achat et à l'écoute un peu partout


Trois chansons de 'This Could Be Texas' de English Teacher en écoute aujourd'hui. I'm Not Crying You're Crying pour ouvrir le bal, entre post-punk et indie-rock (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis la chanson de conclusion Albert Road, belle et ample comme tout. Et enfin le superbe The Best Tears of Your Life, R’n’B en diable et qui a tout d'un tube :

Beaucoup de singles ont été tirés de 'This Could Be Texas' de English Teacher. Et donc beaucoup de clips. Comme on ne va pas tous les publier, optons pour ceux de The Best Tears of Your Life et Albert Road :

vendredi 12 avril 2024

Sam Forrest - Caught Under a Spell [Desert Mine Music]

S
am Forrest est le secret le mieux gardé d'Angleterre. Point. Oui, ne cherchez pas plus loin, l'artiste dont personne ne parle et qui pourtant mériterait qu'on en fasse des gorges chaudes, c'est bien lui. Connu pour avoir été le leader de Nine Black Alps, groupe qui avait eu son petit succès dans les années 2000, l'anglais n'évolue plus qu'en solo depuis une dizaine d'années - dans une veine beaucoup plus pop. Et vu la qualité de ses compositions, cela serait dommage de bouder son plaisir.

Découvert via le magnifique 'Aeroplane Days' (publié en 2021 par Hidden Bay Records), disque savoureux plein de pop/folk joliment ciselée, Sam Forrest vient de remettre le couvert, toujours dans une indifférence assez générale, avec 'Caught Under a Spell', un album qui mérite qu'on y pose plus qu'une oreille distraite.

S'il est sans doute moins immédiat que son prédécesseur (il n'y a pas de chansons qui vous renversent instantanément comme The Best Is Yet To Come), 'Caught Under a Spell' est tout aussi remarquable. Dans cet album où l'anglais joue de tous les instruments, rien n'est à jeter (douze morceaux, pas un à mettre de côté) avec un Sam Forrest qui fait montre à nouveau d'un grand talent de composition, avec toujours cette vibe Elliott Smith très prégnante et qui infuse tout du long, autant au niveau des mélodies, des constructions des morceaux, des intros, de cette façon de faire sonner sa guitare, sa batterie, que de cette voix et ce chant qui rappelle plus que jamais l'auteur de 'Either/Or'.

Finalement, à l'instar de The Maureens il y quelques jours, la seule chose qu'on peut reprocher à Sam Forrest, c'est que ses derniers albums ne soient disponibles qu'en (ou presque) version digitale ; et rien d'autre. Pourtant, des disques comme 'Aeroplane Days' (devenu un classique chez moi depuis sa sortie) ou 'Caught Under a Spell' (qui devrait suivre le même chemin très vite) mériteraient d'exister physiquement. Pour qu'ils ne se perdent pas dans les limbes de catalogues streaming toujours plus fournis. Pour qu'on en garde une trace. Pour qu'ils ne deviennent pas « un disque de plus » qu'on oublie à force de ne jamais le croiser sur une étagère. Ces albums le méritent. 'Caught Uunder a Spell' le mérite. Un disque qui semble ressusciter Elliott Smith à chaque nouvelle chanson ne peut pas rester sur le bas côté. Ni laisser insensible. (Sortie : 26 janvier 2024)


Plus :
'Caught Under a Spell' de Sam Forrest est en écoute sur bandcamp
'Caught Under a Spell' de Sam Forrest est à l'achat sur bandcamp
'Caught Under a Spell' de Sam Forrest est également en écoute, notamment, chez Deezer et Spotify


Trois chansons de 'Caught Under a Spell' de Sam Forrest en écoute. Far Away, peut-être la chanson la plus immédiate et nerveuse de l'album
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis She Was a Friend of Mine. Et enfin The Man in the House at the End of the Street. Toutes trois nimbées de l'aura d'Elliott Smith :

jeudi 11 avril 2024

Adrianne Lenker - Bright Future [4AD]

C
omme si ce n'était pas assez, Adrianne Lenker a gardé la plus belle composition de son nouvel album solo pour la toute fin. Elle s'appelle Ruined et pour peu qu'on n'ait pas encore le coeur en miettes après les onze premiers morceaux, elle s'apprête à le briser en mille morceaux.

Ruined est une chanson qui sert le coeur (« So much coming through, every hour too, can't get enough of you, you come around, I'm ruined, You come around, I'm ruined »), d'une beauté époustouflante qui se diffuse petit à petit, au son de quelques notes de piano qui semblent un temps vouloir s'effacer derrière le texte et la voix comme habitée d'Adrianne Lenker.

Ruined est aussi l'apothéose de 'Bright Future', un disque renversant dont la première écoute m'a totalement soufflé et bouleversé. Un album qui s'ouvre par un Real House (dont il est honnêtement difficile de se remettre) et qui tout du long transpire de sincérité, de textes brillants, de petits vers d'une beauté folle (« You have my heart, I want it back » sur Evol). Ses chansons sont simples de prime abord mais on se rend vite compte qu'elles débordent de petits détails mélodiques (un violon grinçant par-ci, un piano discret par là, quelques voix en soutien) et que l'ambiance générale, plutôt ténébreuse, sublime.

Mais surtout, et c'est là la grande force de 'Bright Future', il y a la voix d'Adrianne Lenker. Ici, elle est divine, d'une sincérité et d'une justesse folle. De la première à le dernière note, la chanteuse de Big Thief ne feint pas ses chansons, ne surjoue pas son chant, et ne l'afflige pas plus qu'il n'a besoin de l'être, alors qu'il y a ici tout pour tomber facilement dans ce travers là.

Produit à la perfection, 'Bright Future' est un disque qui m'a pris par surprise alors que je n'en attendais rien. Un album immense, et qui prend une ampleur à chaque nouvelle écoute. En un mot comme en cent, un chef d'oeuvre comme on en voit peu dans une année. Une reine est définitivement née le 22 mars dernier. (Sortie : 22 mars 2024)

Plus :
'Bright Future' d'Adrianne Lenker est en écoute (en partie) sur bandcamp
'Bright Future' d'Adrianne Lenker est à l'achat sur bandcamp
'Bright Future' d'Adrianne Lenker est également en écoute et à l'achat un peu de partout


Trois chansons de 'Bright Future' d'Adrianne Lenker en écoute. Ruined, climax du disque et chanson de clôture divine (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le merveilleux Evol. Et enfin, le bouleversant Real House, qui ouvre 'Bright Future' :

lundi 8 avril 2024

The Maureens - Everyone Smiles [Meritorio Records]

Quand bien même les prix délirants, les temps de pressage qui s'allongent et la qualité qui reste très aléatoire, le vinyle a toujours la cote du côté des mélomanes, mais aussi des artistes qui semblent tous vouloir passer par la case micro-sillons pour publier leurs derniers albums. Pour ainsi dire, au niveau indé, c'est même souvent soit une version vinyle soit une version digitale, rien de plus.

Prenez 'Everyone Smiles' de The Maureens, quatuor originaire d'Utrecht aux Pays-Bas, dont je viens de faire la découverte (merci Section26 pour sa chronique) malgré plus de dix ans de carrière et trois albums derrière eux. Ce disque est sans doute dans le très haut du panier de mon année 2024. Il a tout ce que le passionné de pop recherche : un sens aigu de la mélodie, de sacrées chansons, une énergie à revendre, et des choeurs ou des voix doublées qui se chevauchent ou se complètent, rehaussant l'ensemble de leurs compositions d'harmonies d'une efficacité folle. Pour résumer, une sorte de mélange de The Lemon Twigs, des regrettés Hal et Jayhawks, avec parfois une pointe de Gulcher (groupe dont on fêtera les dix ans de leur merveilleux 'Cocktails' le 30 juin prochain).

Hé bien, ce 'Everyone Smiles' de The Maureens n'est disponible (enfin « était », le pressage étant épuisé) qu'en vinyle, à un prix tout à fait honnête... jusqu'à la case frais de port (l'ensemble à quarante-cinq euros, merci mais non merci). A part ça ? Une version digitale à dix euros et c'est tout. Même pas un petit pressage cd, bien moins onéreux à produire et bien moins cher à envoyer à l'autre bout de l'Europe. Circulez, y a rien à voir (profitons-en d'ailleurs pour préciser que The Maureens et Meritorio Records sont un exemple et très loin d'être une exception).

Vous me direz, les labels et les artistes font bien ce qu'ils veulent. Et vous aurez raison. D'ailleurs, à l'époque où Without My Hat Records n'était pas en pause, j'ai moi même publié 'Isn't It Fun' de Mondrian uniquement en vinyle. Pour autant, les années ont passé depuis et le vinyle est devenu un objet de luxe. Et je ne peux m'empêcher de pester contre cette mise au rebut du cd, comme s'il était le mal incarné ou un support tout à fait négligeable. Alors qu'il est sans doute voué à reprendre la main sur le vinyle, support totalement dévoyé depuis quelques années et qui ne représente plus grand chose.

Et je rognonne aussi de ne pas pouvoir soutenir un des disques les plus marquants de mon premier trimestre 2024. De ne pas pouvoir l'écouter autrement que sur mon ordinateur ou mon smartphone. C'est évidemment un détail et sans doute anecdotique, mais très franchement, c'est fatiguant à la longue. Surtout que 'Everyone Smiles' de The Maureens est un disque éminemment brillant, à la pop chevillée au corps. Qui mérite qu'on l'écoute et qu'on le soutienne. (Sortie : 19 janvier 2024)

Plus :
'Everyone Smiles' de The Maureens est à l'écoute sur bandcamp
'Everyone Smiles' de The Maureens est à l'achat sur bandcamp
'Everyone Smiles' de The Maureens est notamment en écoute sur Deezer et Spotify


Trois chansons de 'Everyone Smiles' de The Maureens en écoute. Lost & Found pour ouvrir le bal, une des chansons les plus immédiates de l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le très Gulcher Rainy Day. Et enfin, le mélancolique Do You :

Le clip de Fell In Love, un des singles extraits de 'Everyone Smiles' de The Maureens :

lundi 1 avril 2024

Ed Harcourt - El Magnifico [Deathless Recordings]

Si l'on omet ses deux derniers albums en date ('Beyond The End' en 2018 et 'Monochrome to Colour' en 2020) tous deux de qualité mais totalement instrumentaux, cela faisait quasiment huit ans qu'Ed Harcourt n'avait plus sorti un disque de chansons. Et autant vous dire que lorsque l'on aime un artiste, huit ans, c'est long.

Il est donc tout à fait heureux que l'attente n'ait pas était vaine tant ce 'El Magnifico' est une réussite. Et même une très belle surprise, tant je n'attendais pas l'anglais de retour à un tel niveau. Un disque très Harcourt-ien, centré (évidemment) autour du piano, avec toujours cette production presque excessive mais qui arrive ici à rester sur une ligne de crête et à trouver un juste milieu bienvenu.

L'album navigue entre balades mélancoliques (style dans lequel notre homme excelle particulièrement) très touchantes, et compositions plus enlevées où piano, guitare, cordes et cuivres partent dans quelques barnums très efficaces, qu'Ed Harcourt mène parfaitement de son chant parfois affecté mais qui lui va si bien.

Des douze chansons qui composent 'El Magnifico', il y en a notamment quatre à retenir : 1987 et son ouverture aux violons que piano et guitare magnifient tout du long ; My Heart Can't Keep Up With My Mind, beauté légère à la mélodie irrésistible ; Into The Loving Arms Of Your Enemy, un des singles de l'album ; et Broken Keys, superbe chanson pop sur laquelle Ed Harcourt a convié Greg Dulli de The Afghan Whigs à venir chanter avec lui.

Pour autant, hors de question de laisser de côté les neuf autres morceaux et de ne pas avoir de pensées pour Strange Beauty, At the Dead End of the World et autres Anvils & Hammers. Car tout se tient, et bien, dans 'El Magnifico'. Un disque pop beau, baroque pour beaucoup, mélancolique jusqu'au bout des ongles, aux orchestrations pleine d'emphase (voire d'exubérance parfois) et à la production flamboyante. Un album d'Ed Harcourt en somme, mais parmi ses tous meilleurs. Et duquel on ressort en se posant une question : notre homme ne serait-il pas le dernier romantique ? (Sortie : 29 mars 2024)


Plus :

'El Magnifico' de Ed Harcourt est à l'écoute sur bandcamp
'El Magnifico' de Ed Harcourt est à l'achat sur bandcamp
'El Magnifico' de Ed Harcourt est à l'achat également ici
'El Magnifico' de Ed Harcourt est également en écoute, notamment, chez Deezer et Spotify


Trois chansons de 'El Magnifico' de Ed Harcourt en écoute aujourd'hui. Broken Keys, en duo avec Greg Dulli de The Afghan Whigs
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le morceau d'ouverture 1917. Et enfin le beau et léger My Heart Can't Keep Up With My Mind :

Le clip de Into The Loving Arms Of Your Enemy, un des singles extraits de 'El Magnifico' d'Ed Harcourt :

 

lundi 4 mars 2024

CRIMEAPPLE & Preservation - El León [Manteca Music / Mon Dieu Music / RRC Music Co.]

Orné d'une pochette qui rappelle une certaine esthétique des années 70, cette première collaboration entre le rappeur prolifique CRIMEAPPLE (dix-huit albums en six ans, sans compter celui-ci) et le producteur Preservation (dont le travail sur 'Aethiopes' de Billy Woods n'était pas pour rien, loin de là, dans la grandeur de l'album) est une réussite de tous les instants. Et peut-être mon plus grand coup de coeur de ce début 2024.

Le disque s'appelle 'El León' et est le premier d'une trilogie annoncée entre les deux compères. Un disque court (onze morceaux pour 27 minutes), sans skit inutile, avec à peine un « bitch » venu de nulle part (sur Lion vs Panther). Surtout, il est un concentré de hip-hop et révèle une symbiose parfaite entre le producteur et son emcee. Il faut dire que Preservation amène sur un plateau des productions magistrales, ambiance seventies, à son acolyte : des boucles de jazz (surtout), de funk et de soul, qu'il marie avec quelques samples hispanisant du meilleur effet (pour ceux que j'ai pu trouver, ils sont notamment tirés de disques de 1970 de Primitivo Santos et Juan Torres) et qui donne un cachet incroyable à l'ensemble (sublime Fumemos). CRIMEAPPLE, lui, se fond parfaitement dans le paysage, venant poser ses rimes et ses punchlines avec un flow facile, percutant et marquant, beau contre-point aux chants samplés, beaucoup plus classiques et « variétés ».

D'aucuns argueront que ce disque de CRIMEAPPLE & Preservation est trop court et qu'il lui manque quelques morceaux pour faire office de classique instantané. Pour ainsi dire, j'ai tenu cette position sur les premières écoutes. Mais il faut se rendre à l'évidence : 'El León' est un voyage si mélodieux (ces cordes, ces cuivres) et à la finesse si incroyable, qu'il a tout pour devenir un classique. En tout cas, comme le dit la voix samplée (avec son accent français à couper au couteau) à la fin du premier morceau « When you are a child, there is a game. You're in the streets and you say "monsieur monsieur" what is the color, everybody said red. What is the musician instrument, everybody said the trumpet. What is the animal, everybody said the lion » : oui, le plus fort, ce n'est ni l'éléphant, ni l'hippopotame, c'est 'El León'. (Sortie : 24 janvier 2024)

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'El León' de CRIMEAPPLE & Preservation est en écoute sur bandcamp
'El León' de CRIMEAPPLE & Preservation est à l'achat sur bandcamp
'El León' de CRIMEAPPLE & Preservation est à l'achat chez RRC Music Co. (aux Pays-Bas)

Trois morceaux de 'El León' de CRIMEAPPLE & Preservation en écoute aujourd'hui. Fumemos et son sample divin pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le sublime Bulevar, qui clôt l'album. Et enfin le court et mélancolique Camino Solitario :