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mardi 10 novembre 2009

Vic Chesnutt - At The Cut [Constellation]

On aime critiquer et gausser les artistes (à un AC/DC près, les australiens étant l'exception qui confirme toutes règles) qui n'arrivent jamais à se renouveler, qui n'ont qu'une seule et unique vision des choses et n'en bougent pas d'un iota. Qu'allons donc nous dire de Vic Chesnutt, compositeur américain de son état assez génial et en train de réellement entrer dans la lumière depuis deux ans.

En 2007 notre homme s'était permis une petite balade musicale avec quelques membres du label Constellation. Résultat? Un 'North Star Deserter' désespérément beau, diablement triste, aussi délicat que nerveux.

Deux ans plus tard, same players shoot again. Vic Chesnutt rappelle ses acolytes passés (avec, excusez du peu, Thierry Amar, Efrim Menuk, Jessica Moss et David Payant de Thee Silver Mount Zion, Chad Jones et Nadia Moss de Frankie Sparo et Guy Picciotto de Fugazi), va squatter les vénérables studios Hotel2Tango de Montréal et livre le tome 2 de son histoire avec le label canadien.

J'avais rapidement évoqué cet album en août dernier, lorsqu'un premier titre avait filtré (ici). Je ne comptais pas y revenir, préférant tenter de faire découvrir d'autres coups de cœurs. Mais je n'ai pas eu trop le choix, tant ce disque est somptueux de part en part et qu'il revient plus que de raisons dans mes oreilles.

Peut-être moins immédiat que le précédent, 'At The Cut' est un album superbe de post-rock-folk (foutue description sans queue ni tête), perclus de frissons, de sensibilité, de noirceurs insondables. Là encore, l'apport des membres de Thee Silver Mount Zion et de Guy Picciotto est indéniable, apportant un souffle et une dimension incroyable aux compositions de Vic Chesnutt. Un disque sur lequel on entendrait presque les âmes pleurer.

Sur cet 'At The Cut', Vic Chesnutt est une fois de plus très inspiré et sur de son fait: on ne positionne pas une chanson comme Coward en ouverture d'un disque sans avoir du lourd derrière. Touchant, mélancolique, 'At The Cut' est dans la droite lignée de son prédécesseur, avec un homme et une voix au centre de tout, avec autour de lui des musiciens au service du maître, lui demandant presque allégeance à coups de notes vibrantes. (sortie: 21 septembre 2009)


Son:
Myspace (Trois chansons de 'At The Cut' en écoute, ainsi que trois de 'North Star Deserter', son précédent album)
Site officiel

Deux chansons en écoute. La première est Chinaberry Tree, chanson totalement incroyable, mise en orbite habitée par des guitares en train de pleurer. La seconde, dans un genre différent, est Flirted With You All My Life, une chanson sur la mort, particulièrement poignante (malheureusement plus en écoute).

jeudi 10 novembre 2016

Titus Andronicus - S+@dium Rock: Five Nights at the Opera [Merge]

L'an passé, alors que mon blog vivotait tout juste, je n'avais pas su prendre le temps d'écrire tout le bien que je pensais de l'énorme disque que les Titus Andronicus avaient sorti. Car oui, en 2015, peu d'albums m'ont autant retourné que 'The Most Lamentable Tragedy'. Un disque faramineux, très long (29 chansons pour plus de 93 mns de musique !), épique et bordélique à souhait. Un opéra tantôt rock, tantôt punk, avec des élans à la Springsteen, des riffs bons comme du AC/DC et dont les chansons brillantes pullulent (grosse préférence pour l'enchainement imparable Fired Up / Dimed Out).

Une année a passé depuis la sortie de ce disque et les Titus Andronicus remettent le couvert avec cette fois une version live de cet album (10 chansons sur 11 en sont tirées) intitulée 'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera'. Et un rapide aperçu (45 mns quand même) des 5 concerts que le groupe a donné l'été dernier au Shea Stadium, une salle de concert - et d'enregistrement - de Brooklyn qui n'a de stade que le nom (et sans doute nommé en hommage à l'ancien stade des Mets situé dans le Queens à New-York) et dans laquelle beaucoup de membres du groupe, dont un de ses principaux artisans Patrick Stickles, ont des parts.

Une série de concerts assez gigantesques, aux setlists à rallonge qui a vu Titus Andronicus enchainer les shows de 3h et inviter quelques amis à partager la scène avec eux (de Ted Leo sans ses Pharmacists à Craig Finn de The Hold Steady dont il était question ici il y a quelques mois de cela).

De ces 5 concerts, il en ressort donc 'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera', un live totalement à l'image de Titus Andronicus :  foutraque, punk, avec des pains dans tous les sens, des chants faux et essoufflés, des paroles modifiées ou oubliées, beaucoup de sueur (voir à ce propos la version vidéo de ce live, disponible au bas de ce papier) et une surtout une sincérité incroyable. Cet album live n'est peut-être pas le meilleur disque du monde, loin de là (alors que le groupe l'est sûrement), mais qu'il fait du bien ! (sortie : 29 juillet 2016)

Son :
'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera' est à l'achat sur le bandcamp de Titus Andronicus
'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera' est aussi à l'écoute, toujours sur le bandcamp de Titus Andronicus
'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera' de Titus Andronicus est en écoute sur Spotify et Deezer

Trois chansons sont à savourer (ou à hurler c'est selon) : I Lost My Mind (en écoute également dans la playlist Spotify à gauche). Mais aussi Dimed Out (tout de traviole) et Stranded (On Our Own), qui clôt de façon parfaite ce 'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera' de Titus Andronicus :





Pour finir, Titus Andronicus et Merge ont eu la bonne idée de mettre en ligne la version vidéo de ce 'S+@dium Rock: Five Nights at the Opera'. Cela dure 45 mns. Et c'est jouissif :



mercredi 24 novembre 2021

[Track of The Day] The Felice Brothers - We Shall Live Again

Cela faisait quatre ans que je n'avais pas croisé la route des Felice Brothers. Et la dernière fois, c'est lorsqu'il avait officié comme backing band de Conor Oberst sur son 'Salutations' de 2017. Et les retrouvailles sont du genre très réussies pour ainsi dire avec 'From Dreams to Dust', le huitième album du groupe mené par les frères Felice.

Un album enregistré dans une vieille chapelle new-yorkaise désaffectée de la fin du XIXè siècle, entre folk-rock de bon aloi, balades sublimes, et soupçons jazzy du meilleur effet. Un disque de près de 55 minutes dont plus de huit sont consacrées à We Shall Live Again (en écoute aujourd'hui), titre qui clôt l'album de façon majuscule. Une longue mélopée dans un style très dylanien, qui voit s'enchaîner les couplets comme s'évadent les idées et les pensées du narrateur, assis dans un train à voir le monde se déchirer, et où à l'écoute de ces « We shall live again... We shall live again... » répétés comme un mantra l'on croit entendre « Wish I live again ». Une chanson en tous points sublime où se côtoient Proust, François d'Assise, Hegel, Graceland, AC/DC, les plaines de l'Ouest et les montagnes de l’Argentine. Epic comme disent les américains.

Album : From Dreams to Dust
Année : 2021
Label : Yep Roc Records

Acheter

En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, We Shall Live Again de The Felice Brothers est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson très réussie de 'From Dreams to Dust' de The Felice Brothers, voilà le Dylan-esque To-Do List

Le clip de Jazz on the Autobahn, chanson d'ouverture de 'From Dreams to Dust', un des trois singles extraits de cet album de The Felice Brothers :

 

jeudi 26 février 2026

By Storm - My Ghosts Go Ghost [deadAir]

En février 1980, alors qu'AC/DC vient de publier Highway to Hell, son plus grand single, et devient un mastodonte du rock'n'roll, Bon Scott s'étouffe dans son vomi et meurt à l'âge de 33 ans. Moins de six mois plus tard, le groupe des frères Young a un nouveau chanteur, Brian Johnson, et publie 'Back In Black', le deuxième album le plus vendu de l'histoire.

En mai 1980, Ian Curtis, jeune homme torturé s'il en est, se pend dans sa cuisine à seulement 23 ans. Incapables de continuer sous le nom Joy Division, Peter Hook, Bernard Sumner et Stephen Morris  partent fonder un nouveau groupe, New Order, en se réinventant à coups de new-wave et de synth-pop dansantes, au succès planétaire.

En octobre 1991, un jour seulement après l'avoir annoncé, Freddie Mercury meurt du SIDA. Pendant quelques temps, les rumeurs circulent sur la possibilité pour Brian May, Roger Taylor et John Deacon de continuer l'aventure Queen avec un nouveau chanteur (George Michael et Axl Rose étaient évoqués dans les cours de récréation) mais le trio n'en fera rien, préférant annoncer la fin d'un des plus grands groupes du monde et capitaliser sur leur discographie gargantuesque : une telle voix et une telle personnalité sont irremplaçables.

Trois exemples, parmi beaucoup d'autres, trois façons de rebondir après la mort d'un des membres de son groupe. Trois manières, pas meilleures ou pires qu'une autre, pour savoir quoi faire après. Continuer ? S'arrêter ? Rebooter ?

Les américains d'Injury Reserve ont eu à trancher ce débat en juin 2020. Ce trio établi à Phoenix au début des années 2010, auteur de mixtapes remarquées et d'un album remarquable, a du faire face au décès soudain de Stepa J. Groggs, un des deux MC du groupe. Que faire pour RiTchie et Parker Corey, les deux membres survivants ? D'abord terminer le second album qu'Injury Reserve était en train d'enregistrer à l'époque, puis le publier quelques mois plus tard sous le nom de 'By the Time I Get to Phoenix'. Avant de se mettre en retrait, réfléchir à la meilleure manière de donner une suite à l'aventure et honorer leur ancien compère.

Il aura fallu deux ans à RiTchie et Parker Corey pour trouver la solution. Exit le nom Injury Reserve, trop lié à Stepa J. Groggs, et bonjour à By Storm. Un nom venu de la dernière chanson de 'By the Time I Get to Phoenix', Bye Storm. Pour symboliser cette transition, le désormais duo publie en août 2023 une vidéo de plus de dix minutes, présentant deux clips : celui de Bye Storm, plein d'archives vidéos de Stepa J. Groggs, puis, dans la continuité, celui de Double Trio, le premier vrai single de ce nouveau projet. Et puis plus rien pendant dix-huit mois, jusqu'en février 2025 : By Storm publie alors une nouvelle chanson, Zig Zag, prémices d'un premier album sous cette nouvelle entité, le bien nommé 'My Ghosts Go Ghost'.

Dans ce disque, il est en effet question de fantômes. Celui des productions passées d'Injury Reserve pour commencer. Car si le hip-hop de By Storm est toujours abstrackt et expérimental, le tempo est plus lent, construit sur des arpèges de guitares aux atours folktronica et indus, où glitch et beats se la jouent minimalistes, pendant que soul et jazz passent une tête de temps à autre.

D'autres fantômes traversent 'My Ghosts Go Ghost'. Ceux de la vie passée de RiTchie, qui raconte qu'il est sur le point de devenir papa, et tout ce que cela signifie : ces concessions, cette vie moins contraignante qui lui échappe, voire cette jalousie pour ce futur enfant à naître (Can I Have You For Myself?) ; ceux d'une industrie musicale qui a totalement périclité et qui ne permet plus aux artistes talentueux de s'en sortir, de vivre de l'art, obligés qu'ils sont de cumuler scène et petit boulot pour subvenir aux besoins de leur famille.

Évidemment, le fantôme le plus marquant de 'My Ghosts Go Ghost' est bien celui de Stepa J. Groggs. Mais n'attendez pas que By Storm fasse dans l'évocation pompière ou vienne étaler son chagrin à la face de son auditoire. Non, le duo rend hommage à son ami avec touché et pudeur, évoquant lui ou sa disparition au détour d'allusions sibyllines, métaphoriques voire cryptiques. Et son absence se cristallise merveilleusement sur le morceau In My Town. Une chanson de sept minutes, faite d'une ambiance assez ténébreuse, où RiTchie rappe, percutant et ciselé, son texte fustigeant l'industrie musicale, Live Nation et la difficulté de joindre les deux bouts ; en contrechamp une voix aérienne, comme évanescente, répète et psalmodie quelques uns de ses vers. Et alors que le refrain vient de se terminer, alors que le deuxième couplet devrait prendre la suite... rien. Personne au micro. La voix en arrière-plan se tait, la chanson laisse dérouler sa mélodie, sans qu'une rime ne vienne la perturber. Comme si By Storm avait conscience que cette seconde partie aurait du appartenir à Stepa J. Groggs et qu'en son absence, il valait mieux laisser la musique continuer seule, sans ses mots.

'In My Town' est l'apogée de 'My Ghosts Go Ghost', qui pourtant ne manque pas de grandes chansons : And I Dance, qui transpire de mélancolie mais a tout d'un tube, le lumineux GGG en conclusion, le curieux mais si addictif Zig Zag, Dead Weight et ses boucles hypnotiques, la formidable ouverture Can I Have You For Myself?Grapefruit et son beat répétitif et obsédant, le taiseux et embrumé Best Interest sur lequel vient rapper sur un couplet Billy Woods, seul invité de l'album, ou Double Trio 2, suite de leur tout premier single, presque grandiloquent. 

'My Ghosts Go Ghost' est un disque impressionnant de la part de By Storm, comme construit sur plusieurs niveaux musicaux, plein de strates qui se superposent ou s'emboitent, le tout produit avec une justesse folle par Parker Corey. Un album de hip-hop d'avant-garde, d'une écriture, d'une beauté et d'une finesse renversantes. Un disque de catharsis aussi. Et un merveilleux hommage à leur meilleur ami. La mort, c'est de la merde. Mais ça débouche parfois sur des miracles. (Sortie : 30 janvier 2026) 

Plus :
'My Ghosts Go Ghost' de By Storm est en écoute sur le bandcamp du groupe
'My Ghosts Go Ghost' de By Storm est à l'achat sur le bandcamp du groupe
'My Ghosts Go Ghost' de By Storm est en écoute un peu de partout ici
'My Ghosts Go Ghost' de By Storm est à l'achat sur le site de deadAir, en version vinyle ET cd

Trois chansons de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm en écoute aujourd'hui. A tout seigneur, tout honneur, In My Town pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis And I Dance, à la mélancolie superbe et à ses atours de tube. Et enfin, GGG, la chanson de conclusion, presque pop :


A ce jour, quatre clips ont été tirés de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm. En voilà deux, l'immense In My Town et And I Dance. En bonus, la vidéo qui a fait la transition entre Injury Reserve et By Storm. Un clip de dix minutes avec une première partie consacrée à Bye Storm, la dernière chanson de 'By The Time I Get To Phoenix', dont la vidéo rend hommage à Stepa J. Groggs, et une seconde, enchainée avec Double Trio, le premier morceau composé par By Storm : 

mardi 26 octobre 2010

[Track of The Day] Cabins - The Moon

Ils ont beau avoir sorti Kylie Minogue, AC/DC ou Nick Cave, j'avoue que j'oublie très régulièrement d'aller voir ce qu'il se passe du côté de nos cousins australiens. Et pourtant.

Dernier coup de cœur down-under, le quatuor Cabins qui a sorti au début de l'été dernier un premier album, 'Bright Victory', qui fait dans le court (35 minutes en poussant les murs) mais incisif.

Un disque à la basse bien présente et qui n'hésite pas à aller autant dans le rock que dans le blues, imposer une ambiance lourde dans ses morceaux, avoir toujours un vrai souci mélodique et agrémenter sa musique de saillies de cordes, comme ca, venues de nulle part, semblant par la même rendre à Calexico (la fin de The Moon est à ce propos un exemple et un bonheur).

Chouette voyage - et pas en classe éco - en tout cas. 

Album: Bright Victory 
Année: 2010 
Label: Ivy League 

Deux clips pour finir, des deux premiers singles extraits de 'Bright Victory'.
La vidéo de Catcher In The Rye pour commencer donc:


Et celle de Hounds pour finir. (malheureusement plus disponible)