Après de multiples embrouilles, après des départs et des retours pour quelques albums bien plus que juste sympathiques, cette fois la chose semble être entendue: New Order est officiellement mort. Le départ de Peter Hook en 2006 - suite à une énième divergence d'opinion avec ces deux acolytes - a scellé le sort du groupe qui a sorti le single le plus tuant des années 80, voire plus, Blue Monday.
Faute de continuer sous leur nom originel (et ils ont bien raison), Bernard Sumner et Stephen Morris ont décidé de remettre le couvert, mais sous le nom de Bad Lieutenant (leur premier album, 'Never Cry Another Tear' devrait voir le jour le 12 octobre prochain) et en incorporant - en plus de Phil Cunningham - un certain Jake Evans (dont j'avoue ne rien savoir).
Alors certes, on ne remplace pas un bassiste comme Peter Hook comme ça. Il n'empêche, à l'écoute du premier titre disponible, Sink or Swim, une chanson qu'on dirait sortie des sessions de 'Waiting For The Siren's Call', pas extravagante mais rapidement catchy, j'ai envie d'y croire.
En plus Sumner est presque convaincant et aguicheur: «I'm very proud of it; it's a very good album. It's pretty guitary, too, because we've got three guitarists in the band». Croisons donc les doigts: «New Order est mort? Vive Bad Lieutenant!» comme on dit.
Album: Never Cry Another Tear Année: 2009 Label: Triple Echo
Ce premier single de Bad Lieutenant est à télécharger gratuitement et légalement en allant sur le site du groupe.
S’ils sont les leaders de Wolf Parade, un des groupes les plus passionnants qui soit (et auteur l’an passé d’un album épatant, ‘At Mount Zoomer’), Dan Boeckner et Spencer Krug sont, à l'instar de leur ami Dan Bejar, du genre hyperactifs. Des auteurs qui ne savent pas rester en place et dont le manque d’activité semble être pour eux quelque chose auquel ils n’ont pas envie de se frotter. En tout cas pas pour le moment.
Plutôt que de se limiter à une seule et même entité, les deux en créent d’autres pour pouvoir alimenter leur soif infinie de musique. Ainsi, Spencer Krug est à la tête de pas moins de quatre autres groupes, dont Sunset Rubdown, Frog Eyes ou encore Swan Lake. Des entités aux albums sympathiques mais assez inégaux finalement, où le père Kruger se perd régulièrement en expérimentations pas toujours bienvenues.
Le cas de Dan Boeckner est différent. Lui préfère tabler sur un seul groupe parallèle: Handsome Furs. Et force est de constater qu’il a plutôt raison de ne pas s’éparpiller plus que de raisons tant ce side-project est le plus intéressant de ceux ayant émergés de Wolf Parade.
Après un premier album (‘Plague Park’) aux prises de risques minimes mais au résultat étonnant, le groupe, formé par le couple Boeckner (lui à la guitare et au micro, elle au synthé et à la rythmique), revient donc aux affaires, une nouvelles fois chez Sub Pop, avec ‘Face Control’ d’un tout autre acabit.
Enregistré principalement en Europe de l’Est en Russie, on jurerait pourtant qu’il a été conçu sous les projos de l’Haçienda, avec Bernard Sumner et Peter Hook en chef d’orchestre. Car si les premières secondes de l’album (Legal Tender), rappellent Lcd Soundsystem (impression qui revient régulièrement tout au long de l’album), très vite on se rend compte que c’est surtout New Order qui est la principale influence de ce ‘Face Control’. Toutes les pistes de cet album respirent le groupe mythique de Manchester, aussi bien pour le côté dancefloor synthétique, pour la rythmique froide et robotique que pour la guitare acérée et agressive de Dan Boeckner.
A tel point qu’on frôle parfois le plagiat, notamment à deux moments: All We Want, Baby, Is Everything a plus qu’un peu de Temptation dans les veines. Quant à Nyet Spasiba (voir plus bas), il se permet de rendre hommage (ou pomper c’est selon) à Blue Monday en reprenant son beat, peut-être le plus célèbre de l’histoire. Rien que cela.
Toutefois, malgré son manque de tube planétaire (tout le monde n’a pas dans sa besace un Age of Consent ou un Ceremony), 'Face Control' s'impose largement quand même comme un excellent album (seule la pochette est ratée. Mais Peter Saville ne peut pas être partout). Plus cohérent que certains des albums de New Order, il est le mix réussi d’electro-pop synthétique aux relents de new-wave, le tout à la sauce canadienne. En quelque sorte, l’album que pourrait sortir la bande à Sumner si James Murphy s’attelait à la production. (sortie : 9 mars 2009)
Son : Myspace (‘Face Control’ y est en écoute complète!)
Deux titres en écoute: un Legal Tender, qui ouvre l'album, où l'on croise Lcd Soundsystem et New Order, puis Nyet Spasiba et son beat Blue Monday (malheureusement plus en écoute).
Et pour finir, le clip de I’m Confused, hommage du groupe à Resident Evil :
La nouvelle pochette de 'This Is Happening', le troisième album de Lcd Soundsystem me rappelle énormément celle de 'Low/Life' de New Order. Je ne sais pas pourquoi, je trouve qu'elles ont vraiment un lien esthétique. De là à imaginer James Murphy se rapprocher de la bande à Peter Hook et Bernard Sumner? A voir.
Ce qui caractérise ce 'This is Happening' c'est surtout son côté extrêmement pop, bien plus que sur les deux premiers albums. Et si cela ne se voit pas forcément dans la durée des morceaux (un seul, sur neuf, de moins de 6 mns!), on le ressent vraiment à l'écoute des chansons.
'This is Happening' sonne aussi bien que ses devanciers (une très grande force du groupe) et les premiers titres qui avaient vu le jour sur le net et qui étaient assez décevants prennent toute leur ampleur à l'écoute de l'album.
Un disque qui reste dans la grande tradition de Lcd Soundsystem, à savoir très dansant, entre rock et beat synthétiques. Et s'il ne possède pas un titre de la force de All My Friends (on ne peut pas pondre un des titres de la décennie tous les matins), 'This is Happening' contient ce qu'il faut quand même pour vibrer et dodeliner de la tête, You Wanted a Hit en tête.
Alors oui, certains ont déjà levé quelques lièvres (Drunk Girls qui pique pompe la mélodie de White light/White Heat du Velvet Underground, All I Want qui a beaucoup du Heroes de Bowie, ce genre de choses). Mais à dire vrai, je n'en ai cure, tant James Murphy et ses Lcd Soundsytem arrivent à me faire rentrer dans leur univers avec une facilité déconcertante.
Bref, 'This is Happening' est un album qui se révèle rapidement indispensable au fil des écoutes. Une bien beau point final à une des aventures musicales les plus passionnantes de ces 15 dernières années, avec You Wanted a Hit en point d'orgue, morceau qui me hante depuis une semaine, et la chanson idéale pour accueillir dans ce monde désormais sans avion la petite Elisa, chtit bouchon de quelques kilos à peine et née cette nuit.
Album: This is Happening Année: 2010 Label: DFA
'This is Happening' est en écoute complète sur le site officiel de Lcd Soundsytem. Cliquez ici pour vous délecter de la chose.
Il y a ces premières notes de guitares de jangle pop. Et puis très vite, il y a cette basse qui les rejoint. Une ligne basse qu'on dirait sortie des doigts de... non, ne nous emballons pas, et n'allons pas trop vite en besogne. Et puis d'un coup, cette voix, qu'on dirait... non. Enfin si. Tout de même. Les écoutes se succèdent et pourtant, difficile de ne pas entendre du New Order sur In Gray & Blue, sommet de 'Still Life', deuxième album, très réussi par ailleurs, du quintet Massage.
Alors oui, la fibre est plus jangle-pop chez les californiens, et la production aurait été plus chiadée chez les mancuniens. Mais In Gray & Blue a des atours (ce gimmick à la basse, cette voix, ce clavier) qui laissent imaginer ce qu'auraient pu donner les retrouvailles de Bernard Sumner et Peter Hook s'ils avaient décidé d'enterrer un temps la hache de
guerre et de mettre leurs ego et leurs bouquins de côté. Mais c'est peut-être mieux ainsi. Et dans le même temps un peu triste de voir qu'il y a plus de New Order dans In Gray & Blue de Massage que dans tous les albums de New Order depuis 20 ans.
Album : Still Life Année : 2021 Label : Bobo Integral
En juin 2011, dans la soute du Sonic à Lyon, je n'avais eu d'yeux que pour The Pains of Being Pure at Heart, groupe ô combien aimé de ces pages.
J'avais mollement regardé la prestation des Young Michelin, quatuor français aux mélodies sympathiques mais au chant en français déroutant.
Depuis, j'ai évolué et je sais apprécier une bonne chanson chantée en français, quand bien même cela me rappelle Indochine.
Les Young Michelin ont également évolué. Suite à une plainte du gros Bibendum (le genre de choses évidemment primordiales pour un géant du pneu), le groupe a changé de nom et est devenu Aline.
Et le groupe que je regardais sans passion en 2011 rend fou mon début d'année 2013. Leur 'Regarde Le Ciel' est un petit bonheur de chaque instant : de belles mélodies, du Johnny Marr dans les guitares, du Smith (surtout) et du Cure un peu partout.
En première partie de Motorama il y a quelques semaines, le constat était égal: une belle présence, un ensemble qui tient la route, une énergie qui donne envie de danser, et un chanteur aux faux airs de Bernard Sumner.
'Regarde le Ciel' mérite amplement le buzz qui lui colle aux basques depuis le début de l'année. Certes, on passera (peut-être) sur les paroles, que l'on chantonnera à tue-tête à défaut de les écouter, et on s'encanaillera sur Maudit Garçon, Teen Whistle, Regarde le Ciel et autre Je Bois et puis je Danse, évident tube de 2012 découvert sur le tard.
Car cet album est beau. Et permet d'ouvrir sur ce blog une semaine consacrée aux groupes français qui aiment la pop. Qui le leur rend bien.
Album : Regarde le Ciel Année : 2013 Label : Accelera Son
En février 1980, alors qu'AC/DC vient de publier Highway to Hell, son plus grand single, et devient un mastodonte du rock'n'roll, Bon Scott s'étouffe dans son vomi et meurt à l'âge de 33 ans. Moins de six mois plus tard, le groupe des frères Young a un nouveau chanteur, Brian Johnson, et publie 'Back In Black', le deuxième album le plus vendu de l'histoire.
En mai 1980, Ian Curtis, jeune homme torturé s'il en est, se pend dans sa cuisine à seulement 23 ans. Incapables de continuer sous le nom Joy Division, Peter Hook, Bernard Sumner et Stephen Morris partent fonder un nouveau groupe, New Order, en se réinventant à coups de new-wave et de synth-pop dansantes, au succès planétaire.
En octobre 1991, un jour seulement après l'avoir annoncé, Freddie Mercury meurt du SIDA. Pendant quelques temps, les rumeurs circulent sur la possibilité pour Brian May, Roger Taylor et John Deacon de continuer l'aventure Queen avec un nouveau chanteur (George Michael et Axl Rose étaient évoqués dans les cours de récréation) mais le trio n'en fera rien, préférant annoncer la fin d'un des plus grands groupes du monde et capitaliser sur leur discographie gargantuesque : une telle voix et une telle personnalité sont irremplaçables.
Trois exemples, parmi beaucoup d'autres, trois façons de rebondir après la mort d'un des membres de son groupe. Trois manières, pas meilleures ou pires qu'une autre, pour savoir quoi faire après. Continuer ? S'arrêter ? Rebooter ?
Les américains d'Injury Reserve ont eu à trancher ce débat en juin 2020. Ce trio établi à Phoenix au début des années 2010, auteur de mixtapes remarquées et d'un album remarquable, a du faire face au décès soudain de Stepa J. Groggs, un des deux MC du groupe. Que faire pour RiTchie et Parker Corey, les deux membres survivants ? D'abord terminer le second album qu'Injury Reserve était en train d'enregistrer à l'époque, puis le publier quelques mois plus tard sous le nom de 'By the Time I Get to Phoenix'. Avant de se mettre en retrait, réfléchir à la meilleure manière de donner une suite à l'aventure et honorer leur ancien compère.
Il aura fallu deux ans à RiTchie et Parker Corey pour trouver la solution. Exit le nom Injury Reserve, trop lié à Stepa J. Groggs, et bonjour à By Storm. Un nom venu de la dernière chanson de 'By the Time I Get to Phoenix', Bye Storm. Pour symboliser cette transition, le désormais duo publie en août 2023 une vidéo de plus de dix minutes, présentant deux clips : celui de Bye Storm, plein d'archives vidéos de Stepa J. Groggs, puis, dans la continuité, celui de Double Trio, le premier vrai single de ce nouveau projet. Et puis plus rien pendant dix-huit mois, jusqu'en février 2025 : By Storm publie alors une nouvelle chanson, Zig Zag, prémices d'un premier album sous cette nouvelle entité, le bien nommé 'My Ghosts Go Ghost'.
Dans ce disque, il est en effet question de fantômes. Celui des productions passées d'Injury Reserve pour commencer. Car si le hip-hop de By Storm est toujours abstrackt et expérimental, le tempo est plus lent, construit sur des arpèges de guitares aux atours folktronica et indus, où glitch et beats se la jouent minimalistes, pendant
que soul et jazz passent une tête de temps à autre.
D'autres fantômes traversent 'My Ghosts Go Ghost'. Ceux de la vie passée de RiTchie, qui raconte qu'il est sur le point de devenir
papa, et tout ce que cela signifie : ces concessions, cette vie moins
contraignante qui lui échappe, voire cette jalousie pour ce
futur enfant à naître (Can I Have You For Myself?) ; ceux d'une industrie musicale qui a totalement périclité et qui ne permet plus aux
artistes talentueux de s'en sortir, de vivre de l'art, obligés qu'ils sont de cumuler
scène et petit boulot pour subvenir aux besoins de leur famille.
Évidemment, le fantôme le plus marquant de 'My Ghosts Go Ghost' est bien celui de Stepa J. Groggs. Mais n'attendez pas que By Storm fasse dans l'évocation pompière ou vienne étaler son chagrin à la face de son auditoire. Non, le duo rend hommage à son ami avec touché et pudeur, évoquant lui ou sa disparition au détour d'allusions sibyllines, métaphoriques voire cryptiques. Et son absence se cristallise merveilleusement sur le morceau In My Town. Une chanson de sept minutes, faite d'une ambiance assez ténébreuse, où RiTchie rappe, percutant et ciselé, son texte fustigeant
l'industrie musicale, Live
Nation et la difficulté de joindre
les deux bouts ; en contrechamp une voix aérienne, comme
évanescente, répète et psalmodie quelques uns de ses vers. Et alors que le refrain vient de se terminer, alors que le deuxième
couplet devrait prendre la suite... rien. Personne au micro. La voix en arrière-plan se
tait, la chanson laisse dérouler sa mélodie, sans qu'une rime ne
vienne la perturber. Comme si By Storm avait conscience que cette
seconde partie aurait du appartenir à Stepa J. Groggs et qu'en son
absence, il valait mieux laisser la musique continuer seule, sans ses mots.
'In My Town' est l'apogée de 'My Ghosts Go Ghost', qui pourtant ne manque pas de grandes chansons : And I Dance, qui transpire de mélancolie mais a tout d'un tube, le lumineux GGG en conclusion, le curieux mais si addictif Zig Zag, Dead Weight et ses boucles hypnotiques, la formidable ouverture Can I Have You For Myself?, Grapefruit et son beat répétitif et obsédant, le taiseux et embrumé Best Interest sur lequel vient rapper sur un couplet Billy Woods, seul invité de l'album, ou Double Trio 2, suite de leur tout premier single, presque grandiloquent.
'My Ghosts Go Ghost' est un disque impressionnant de la part de By Storm, comme construit sur plusieurs niveaux musicaux, plein de strates qui se
superposent ou s'emboitent, le tout produit avec une justesse
folle par Parker Corey. Un album de hip-hop d'avant-garde, d'une écriture, d'une beauté et d'une finesse renversantes. Un disque de catharsis aussi. Et un merveilleux
hommage à leur meilleur ami. La mort, c'est de la merde. Mais ça
débouche parfois sur des miracles. (Sortie : 30 janvier 2026)
Trois chansons de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm en écoute aujourd'hui. A tout seigneur, tout honneur, In My Town pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis And I Dance, à la mélancolie superbe et à ses atours de tube. Et enfin, GGG, la chanson de conclusion, presque pop :
A ce jour, quatre clips ont été tirés de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm. En voilà deux, l'immense In My Town et And I Dance. En bonus, la vidéo qui a fait la transition entre Injury Reserve et By Storm. Un clip de dix minutes avec une première partie consacrée à Bye Storm, la dernière chanson de 'By The Time I Get To Phoenix', dont la vidéo rend hommage à Stepa J. Groggs, et une seconde, enchainée avec Double Trio, le premier morceau composé par By Storm :