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dimanche 28 octobre 2007

[Oldies] Bob Dylan – Blood On The Tracks : New-York Sessions (1974)

Vous ne trouverez ce disque nulle part. Aucun de vos disquaires, du plus imposant au plus petit, n’aura cet album dans ses bacs. Car cet album n’est rien d’autre qu’un bootleg, un enregistrement non-officiel et jamais sorti.

Remettons les choses à leur place. En 1974, Bob Dylan n’a plus l’aura qu’il a eue dans les 60s. Devenu une (la ?) figure de proue de la musique américaine à cette époque là grâce à une quantités de classiques ('Blonde on Blonde', 'Highway 61 Revisited', 'The Freewheelin' Bob Dylan', ce genre de choses), aussitôt célébrés comme tels dès leurs sorties, Dylan se prend le virage des années 70 en pleine tronche et sans demander son reste. Il enchaîne alors les albums piteux suivis d’autres plus moyens.

Arrive donc 1974. Notre homme connaît des difficultés dans son couple et décide de donner une suite à son 'Planet Waves', sorti la même année. Les tensions du couple Sarah-Bob Dylan seront la base de cet album.
Les sessions d’enregistrements se déroulent à New-York, mi-septembre 1974. Et en 4 journées de temps (remplies jusqu’à ras bord), les dix morceaux de l’album sont mis en boite. Columbia, plutôt satisfait du résultat, s’apprête à commercialiser ce fameux ‘Blood On The Tracks’.

Pourtant, au dernier moment, Bob Dylan fait volte-face et demande à repousser la sortie du disque. Les raisons de ce revirement varient et divergent, l’explication qui revient le plus restant que le Zim aurait trouvé (suite à quelques discussions avec son frère David) l’ensemble finalement trop monotone, trop lisse et qu’il aurait souhaité un peu plus de diversité.
Sur de son fait, il réenregistre cinq titres à Minneapolis fin 1974 (You're A Big Girl Now, Idiot Wind, Tangled Up In Blue, Lily, Rosemary And The Jack Of Hearts et If You See Her, Say Hello) avec en studio beaucoup plus de musiciens que pour les sessions new-yorkaises, et sort l’album début 1975.

Bien lui en prend car ‘Blood On The Tracks’ est un succès total, aussi bien critique que commercial et permet à son auteur de sortir, sur sa lancée, les fameuses ‘Basement Tapes’, enregistrées des années auparavant avec le Band. Bref Bob Dylan est de retour, tout du moins pour un temps.

Malgré cela, il reste ces fameuses 'New-York Sessions' délaissées, qui sont devenues avec le temps un des bootlegs les plus prisés de Bob Dylan avec les 'Genuine Basement Tapes' (cinq disques de titres inédits et de prises alternatives). Un enregistrement des plus incroyables, peut-être supérieur à celui qui verra le jour officiellement. On retrouve ici le Dylan des débuts. Certes, le tout est beaucoup moins folk que par le passé (son jeu de guitare est devenu plus pop), mais le côté épuré des morceaux rappelle les prémices de ce qu’il deviendra plus tard. Tout est ici très calme, très doux. Une production des plus discrètes ajoute à l’ensemble un côté plus « vrai ».

Il suffit d’écouter Idiot Wind (voir plus bas) - clairement un de ses plus beaux titres - pour s’en persuader. Il y a ici une pudeur dans le chant et les arrangements assez incroyable, qu’on ne retrouve pas dans les versions ultérieures.

Surtout, l’ensemble est d’une cohérence sans faille, d’une qualité qui ne faiblit pas une seconde. Bien sur, 'Blood On the Tracks' reste un des plus beaux albums de Bob Dylan, c’est une évidence : les compositions, les textes ont une force folle. Et le tout est particulièrement autobiographique, quoiqu'en dise son auteur.
Mais à choisir, si je devais partir sur une île déserte, je pense que je prendrais ce disque là plutôt que l’officiel. Ici, le Zim se met vraiment à nu et n'en est que plus émouvant.

Depuis quelques années, Bob Dylan, via Columbia, réédite ses bootlegs les plus connus (le 'Royal Albert Hall Concert' de 1966 notamment). Il n’est donc pas vain d’espérer voir un jour ces sessions sortir dans un format plus traditionnel et surtout plus officiel. Histoire de découvrir un auteur apaisé et serein, beaucoup moins enlevé certes mais pas moins touchant.


Trois titres: Lily, Rosemary and the Jack of Hearts, Idiot Wind et If You See Her Say Hello. Un conseil d’écoute: avoir à portée de main son ‘Blood On The Tracks’ afin de pouvoir "comparer". Et, comme toujours avec Bob Dylan, avoir les paroles dans un coin, pour en comprendre tous les sens (aller sur ce site d'un fan français qui propose une traduction de chacun des morceaux du Zim) :




mardi 12 août 2025

[Track of The Day] Ada Lea - Bob Dylan's 115th haircut

Impossible. Il m'était impossible de ne pas évoquer dans ces pages le nouvel album d'Ada Lea. Premièrement parce que j'avais beaucoup aimé le précédent, 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden', disque passé assez inaperçu en 2021, alors que la canadienne avait de belles compositions à faire valoir.

Le tout dernier s'appelle 'When I paint my masterpiece', est son troisième et est sorti ce vendredi (et, à l'instar de Cornelia Murr, est produit par Luke Temple). Dessus, on y trouve la chanson Bob Dylan's 115th haircut. Et c'est elle la raison principale du billet du jour. Car c'est une référence évidente à Bob Dylan's 115th Dream, un de mes morceaux préférés du Zim, qui, derrière les explications prosaïques et qui vont de soit, m'a toujours semblé être le moment où il envoyait péter toute la folk music et ses adorateurs fanatiques, avec son intro folk qui se termine en un grand éclat de rire, avant qu'il ne reprenne sa contenance, annonce «Take two!» et balance ses guitares électriques à l'assaut de ces États-Unis hallucinés.
Mais au-delà de son importance historique (en tout cas, à mon sens), Bob Dylan's 115th Dream est surtout la chanson d'où vient le nom de ce blog (« I went into a restaurant looking for the cook / I told him I was the editor of a famous etiquette book / The waitress, he was handsome, he wore a powder blue cape / I ordered some Suzette, I said, "Could you please make that Crepe?" / Just then, the whole kitchen exploded from boilin' fat / Food was flyin' everywhere, I left without my hat »). 

Alors qu'Ada Lea rende hommage à Dylan, et en prenant appui sur cette chanson, forcément, je me devais d'en parler, qui plus est à quelques semaines de fêter les dix-huit de ce blog. Surtout que Bob Dylan's 115th haircut, où la canadienne explique que Bob Dylan n'aurait pas pu écrire cette chanson (sous-entendu c'est son histoire et pas la sienne), est un court (2'14" seulement) mais très beau morceau, avec quelques jolies références à l'univers dylanien (Corinna, Corinna pour la plus évidente) et un harmonica qui sonne comme celui qu'aurait pu prendre à la bouche le génie américain à son apogée.

Album : When I paint my masterpiece
Année : 2025
Label : Saddle Creek

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Bob Dylan's 115th haircut d'Ada Lea est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson remarquable de 'When I paint my masterpiece' d'Ada Lea, voilà Something in the wind :

mercredi 25 mai 2016

[Track of The Day] Bob Dylan - Don't Think Twice, It's All Right (Animal Collective Remix)

Sans s'en être vraiment rendu compte, l'année 2016 est en fait une année hommage à Bob Dylan. Il y a neuf jours de cela, nous célébrions les 50 ans de 'Blonde on Blonde', classique des classiques, sorti le même jour que 'Pet Sounds' des Beach Boys (bien que l'histoire officielle vienne casser un peu le mythe de cette sortie simultanée de deux tels chefs d’œuvre). Et hier, le Zimm fêtait ses 75 ans.

Je ne sais pas si on arrive à bien se rendre compte que ce type là, son chapeau sur la tête, ses lunettes noires sur les yeux, sa guitare en bandoulière (folk ou électrique), ses cheveux embrouillés et son harmonica dans la poche gauche, a désormais vécu trois quart de siècle. Rien que ça.

Un type qui aura tout connu, qui aura changé la face de la musique (le fameux "Play It Fucking Loud", qui a d'ailleurs lui aussi 50 ans), qui aura sorti des chefs d’œuvre comme personne, qui aura conté des histoires comme peu d'autres de ses contemporains, qui aura connu une longue traversée du désert, avant de revenir au plus haut, comme apaisé, et capable de sortir certaines de ses plus belles chansons. Et qui en aura profité, et bien malgré lui, pour donner son nom à ce blog. Bob Dylan. Soixante-quinze printemps.

Et c'est à ce mec que les Animal Collective (enfin Deakin et Geologist pour être précis) ont décidé de rendre hommage en remixant un de ses plus célèbres titres, Don't Think Twice It's All Right, uniquement pour le plaisir.
Un remix léger, printanier, soyeux, presque joyeux et qui gazouille, à l'opposé de la rupture contée et chantée par Dylan. Sans pour autant toucher à la voix de ce dernier, le duo en profite pour ralentir le tempo et créer une ambiance ouatée et cotoneuse, comme pour lui donner une sorte d'aura supplémentaire ou l'inscrire un peu plus dans une forme d'immortalité, que le temps et les multiples reprises lui ont déjà donnée.

Un très bel hommage, assez simple finalement, discret même, mais très touchant, qui prouve autant la grande force de la chanson que le talent de ceux qui viennent de lui rendre hommage.

Bon anniversaire donc Monsieur Robert Allen Zimmerman. Puissiez-vous passer cette fichue année 2016 sans encombre ; continuer à sortir des albums pour vous faire plaisir comme celui de reprises de Sinatra l'an dernier ; et donner une suite à vos mémoires si passionnantes. Le reste importe peu finalement, vous avez déjà tant dit.

Album : -
Année : 2016
Label : -


En plus du lecteur 8-Tracks, ce remix du Don't Think Twice, It's All Right de Bob Dylan par les Animal Collective est également en écoute ci-dessous :



Enfin, la version originale de Don't Think Twice, It's All Right de Bob Dylan, sortie en 1963 sur 'The Freewheelin' Bob Dylan' :


lundi 7 septembre 2009

[Track of The Day] Bob Dylan - Bob Dylan's 115th Dream

En ce (presque) jour anniversaire d'un blog sans chapeau, une chanson en écoute. Mais pas n'importe laquelle. Une qui me tient particulièrement à cœur puisque le vers qui a donné le nom de ce blog est tiré de celle-ci: Bob Dylan's 115th Dream, chanson totalement hallucinée parue sur 'Bringing It All Back Home', un des chef d'œuvre du Zim.

'Bringing It All Back Home' est l'album de la rupture pour Bob Dylan. Celui où il change de style et s'éloigne du folk qui a fait son succès pour mieux s'engouffrer dans une veine rock qui va lui apporter quelques ennuis avant de rapidement le sublimer. Bob Dylan's 115th Dream est la chanson qui symbolise le mieux cette fracture: alors qu'il est parti pour chanter une nouvelle balade dont il a le secret, sa guitare folk à la main, Dylan éclate de rire au bout de quelques secondes d'enregistrement. Après avoir pleuré de rire avec une Joan Baez aussi hilare que lui (et que l'on entend au loin), le grand Bob balance un "Ok, take 2!", branche l'électricité et envoie la sauce afin de raconter les aventures épiques, burlesques et totalement surréalistes de Captain Arab.

Cette chanson est une de mes chansons préférées de la discographie de Dylan (il y a tout ce que j'aime ici: ces paroles insensées, cette façon de raconter une histoire, ce son si particulier). Voilà pourquoi je m'en suis légèrement inspiré lors de la création de ce blog. Qui fête donc ses deux ans. Et toujours sans chapeau.

Album: Bringing It All Back Home
Année: 1965
Label: Columbia

mercredi 25 août 2010

[Track of The Day] Dirty Projectors - I Dreamed I Saw St. Augustine (Bob Dylan cover)

Hier, Bob Dylan a annoncé deux choses : la sortie du vol. 9 de 'The Bootleg's Serie', qui verra le jour sous le nom de 'The Witmark Demos'. Ce volet sera cette fois consacré à des versions démos de chansons (47 en tout) enregistrées entre 1962 et 1964.
La seconde nouvelle, et celle qui me fait yumyumer depuis le milieu de l'après-midi, c'est la sortie d'un box-set mono des huit premiers albums de Bob Dylan. Le formidable succès de la réédition Beatles a donc donné des idées à d'autres. Celles de Dylan comprendra tous les albums du premier 'Bob Dylan' à 'John Wesley Harding', le tout à un presque petit prix en CD, mais à un bien plus indécent en LP.

Histoire de fêter cette nouvelle, une reprise sympathique à défaut d'être formidable de I Dreamed I Saw St. Augustine de Bob Dylan, troisième chanson de l'album 'John Wesley Harding' justement, par les Dirty Projectors. Un groupe qui m'a toujours passablement ennuyé mais qui là, pour le coup, ravive quelque peu mon intérêt. 

Album: I Dreamed I Saw St. Augustine 7" (Levi's Pioneer Sessions) 
Année: 2010 
Label: -

mercredi 22 avril 2026

[Track of The Day] Pascal Comelade - Girl from the North Country (Bob Dylan cover)

Sur l'indispensable coffret 'The Bootleg Series Vol. 12: The Cutting Edge 1965-1966' consacré à la trilogie électrique de Bob Dylan, on trouve sur le disque 2 une démo de Desolation Row, tout au piano - et à l'harmonica. Incomplète (elle fait tout juste deux minutes, soit neuf de moins que l'originale), cette version est pourtant remarquable. Sublime même. Et si la version connue de tous est un des plus grands bijoux composés par le Zim, j'aurai toujours ce regrets de voir l'américain abandonner cette démo en cours de route, comme peu convaincu.

Girl from the North Country est un autre chef d’œuvre de Bob Dylan. Comme beaucoup, il n'existe pas - à ma connaissance en tout cas - de version « piano » de ce standard vieux de plus de soixante ans. Alors, à défaut, c'est l'immense Pascal Comelade qui s'y colle pour son prochain album à venir 'Métaphysique Du Hit-Parade', compilation de douze de ses meilleures reprises réalisées durant sa carrière (The Modern Lovers, The Rolling Stones, Jimi Hendrix, The Gun Club, Faust et j'en passe) auxquelles le catalan a ajouté deux inédits, enregistrés pour l'occasion : la reprise de Come As You Are de Nirvana. Et donc, celle de Girl from the North Country de Bob Dylan, en version courte (1'36" au compteur) mais belle comme tout, lancinante et mélancolique comme jamais. En un mot comme en cent : superbe.

Album : Métaphysique Du Hit-Parade
Année : 2026
Label : Week—End Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, la reprise de Girl from the North Country de Bob Dylan par Pascal Comelade est également en écoute ci-dessous :
 

lundi 4 septembre 2017

[2007 - 2017] Dix ans sans chapeau

I Left Without My Hat, première mouture
C’est fou ce que le temps passe vite. Il y a donc 10 ans, jour pour jour, je lançais ce blog musical au nom que j'avais mis du temps à trouver (voir plus bas) et à la baseline bateau (une ex m'avait acheté un t-shirt avec cette phrase de Nietzsche, dont contrairement à Hatem Ben Arfa je n'ai jamais rien lu, il y a bien longtemps) par une chronique du 'V-Live' de Vitalic. A la base, mon ambition première était d’avoir un endroit où pouvoir garder toutes les chroniques que je disséminais sur divers forums internet, alors encore en vogue. Et puis je me suis pris au jeu, à bloguer beaucoup, essayant de mettre en avant les chansons qui m’avaient touché.

En 10 ans sur « I Left Without My Hat », j’ai beaucoup écrit. Sans doute trop même (1200 papiers), même si cela aurait pu être bien plus. Je me suis sans doute emballé pour des albums qui ne le méritaient pas, pour des chansons que je pensais éternelles et qui n’ont pas passé une saison. J’ai sans doute également raconté beaucoup de conneries, j’ai dû faire des erreurs dans tous les sens, et pas que grammaticales. J’ai sans doute souvent fait trop long aussi. 
Mais j’ai surtout essayé de parler de chansons qui me tourneboulaient en une demie-écoute. D'albums qui à mon avis méritaient bien mieux qu’un simple papier sur un blog amateur (un exemple parmi des dizaines : les albums du label français Greed Recordings auraient mérité une plus grande presse à l’époque). Ou d'artistes qui auraient du sortir de l'anonymat tant leur talent me semblait fou. 

En me rendant compte il y a quelques mois que ce blog allait fêter ses 10 ans, je me suis un peu penché sur tout ce que j’avais pu publier. Et donc, 10 ans de « I Left Without My Hat », c’est plus de 1100 groupes et 500 labels différents chroniqués, avec quelques artistes (Sufjan Stevens, Four Tet, The Pains of Being Pure at Heart composent le top 3) et quelques labels (Domino, Sub Pop et Rough Trade, si l'on omet évidemment Without My Hat Records) qui ressortent du lot. Un temps bien trop important passé à parler de musique en somme.

Alors merci à ceux qui ont lu et surtout écouté, qui ont commenté et qui m’ont fait découvrir de fameux groupes ; ceux qui ont aimé, qui ont pesté. Ceux qui ont compris où je voulais en venir avec mes longues phrases. Merci à ceux qui sont tombés dans ces pages en cherchant du porno. Merci aux web-sheriff d'être venus perdre leur temps dans ces pages. Merci aussi aux spams notamment pharmaceutiques qui sont venus envahir à une époque les commentaires de ce blog (notez qu’ils se font plus discrets depuis quelques temps). Et merci à ceux qui, malgré de nombreuses périodes d’inactivité, sont revenus dire bonjour. 
Enfin merci aux Hop Blog, Little Reviews de feu-Mmarsu, Dans Le Mur du Son, Benzine, Kill Me Sarah, The Man of Rennes, Disso, Playlist Society, Novland, B Comme Boxsons, Sound of Violence, j'en passe et sans doute pas des moindres, qui m'ont fait découvrir tant d'albums merveilleux. 

Alors oui, je ne sais pas trop si cela a encore un sens de tenir un blog musical en 2017, mais vu que l'envie est toujours là...

Et pour célébrer ces 10 ans de babillages musical dans ces pages, écoutons donc la chanson qui a donné son nom à ce blog : Bob Dylan's 115th Dream. La chanson qui pour moi symbolise totalement la rupture entre l’ancien Bob Dylan et le nouveau. Sortie en 1965 sur 'Bringing It All Back Home', elle fait véritablement passer Dylan de la folk à l’électrique. Dylan démarre sa chanson, guitare folk en main et explose de rire au bout de quelques mots. Comme s’il trouvait que cette ritournelle n’avait aucun sens jouée à la guitare folk. Joan Baez, dans le fond, est pliée en deux. Dylan se reprend. Il lance alors un « Ok, take 2 », l’électricité arrive et c’est parti pour un rêve halluciné où se côtoient un capitaine Arab qui dirige le Mayflower, une baleine mariée au shériff de la baie, une boule de bowling qui dévale une rue. Et un Bob Dylan qui quitte un restaurant où la nourriture vole dans tout les sens… en oubliant son chapeau.


En écoute dans le lecteur Spotify ou le lecteur Deezer dans la colonne de gauche (pour s'abonner à la playlist, c'est en cliquant ici ou en cliquant là).

jeudi 12 juin 2008

The Tallest Man On Earth - Shallow Grave [Gravitation]

Si le grand Bob Dylan était déjà passé de vie à trépas (s'il existe un Dieu, qu'il l'en garde), j'aurais débuté cette chronique par "l'esprit de Dylan enfin réincarné". Oui, c'est bateau, je sais. Et alors? De toutes façons, la question ne se pose pas puisque Zimmerman est toujours bien vivant, qu'il va bientôt sortir le volume 2 de sa biographie et qu'en 2006 il avait publié un album tout sauf moyen.

Je ne commencerai donc pas ma chronique par cela. Je vais plutôt m'écheniller à vous présenter rapidement Kristian Matsson, suédois de son état et qui, après un premier Ep en 2006, sort ces jours-ci son premier album, 'Shallow Grave', chez Gravitation, toujours sous le nom de The Tallest Man on Earth.

Autant vous le dire tout de suite, il m'étonnerait bien que ce soit le plus grand homme du monde. Faudrait pas nous prendre pour des buses quand même. Par contre, qu'il soit l'artiste à qui l'adjectif 'Dylanien' va le mieux ne me choquerait pas outre-mesure.

Cela fait des années (allez, disons 30 ans au bas mot) que l'on cherche un successeur au grand Bob (alors que ce dernier est toujours bien vivant et actif. Va comprendre). Et cela fait 30 ans que l'on se casse les dents sur ce sujet.

Quarante-six après son premier album éponyme, il semblerait pourtant que, finalement, le tant attendu successeur soit arrivé. Bien sûr, tout ceci est à prendre avec des pincettes et demande confirmation dans les années qui viennent. Il n'empêche: comment ne pas penser à 'The Freewheeling'Bob Dylan', 'The Times They Are-A Changing' ou 'Another Side of Bob Dylan' à l'écoute de ce 'Shallow Grave'? Comment ne pas penser à The Girl From The North Country quand débute Pistol Dreams? Impossible.

Entre cette voix nasillarde, des textes un brin surréalistes et ces chansons folk, livrées brutes, enregistrées en une prise, dénudées de productions, The Tallest Man On Earth fait plus que rappeler l'esprit du Dylan du début des années 60: il l'incarne.
Son 'Shallow Grave' est même un hommage à cette période là: quand les sillons craquaient, quand les disques ne dépassaient pas 30/35 minutes (celui ci en fait trente) et que de jeunes hippies, une guitare en bandoulière, voulaient dominer le monde.

The Tallest Man On Earth ne confirmera peut-être pas tout l'espoir que je (et bien d'autres j'imagine) porte en lui. Peu importe en vérité. Son disque est un si grand délice de folk à la manière de "y a trente ans" qu'il faudrait être sacrément borner pour bouder son plaisir. (sortie: 5 mars 2008)

Son:
Myspace (Deux titres de 'Shallow Grave' en écoute)
Site Officiel (Une preview de une minute pour chaque titre de l'album).

Deux titres, assez représentatifs de l'album: Honey Won't You Let Me In et Where Do My Bluebirds Fly. Vive les Trente Glorieuses! Malheureusement plus en écoute.

mardi 19 janvier 2010

[Track of The Day] Bob Dylan - California

Les trésors cachés finissent un jour ou l'autre à sortir au grand jour. Toujours. Dernier exemple en date: Bob Dylan. Depuis quelques années, en plus de ses albums, le père Zimmerman a confectionné 'The Bootleg's Series', une série de très haute tenue, avec notamment le live mythique de 1966, soit disant au Royal Albert Hall où il reçut de plein fouet la fronde de son public originel et le fameux «Judas!» d'un des spectateurs.

Bien que les 3 premiers tomes de cette série s'attachent à répertorier les 'rare and unreleased songs: 1961-1991', c'est à une série américaine que Bob Dylan a décidé de livrer un nouvel inédit.

Il s'appelle California, enregistré pendant les sessions de 'Bringing It All Back Home'. Une chanson qui ne trouvera pas sa place sur le tracklisting final de ce chef d'œuvre (plus j'y pense plus je pense que c'est mon album préféré du Zim).

Le fait que Outlaw Blues a été enregistré le même jour (le 13 janvier 1965 pour être précis) et récupère par la même un couplet de California (I got my dark sunglasses // I got for good luck my black tooth // I got my dark sunglasses // I'm carryin' for good luck my black tooth // Don't ask me nothin' about nothing' // I just might tell you the truth) n'y est surement pas étranger. Car sinon California n'aurait vraiment pas dépareillée sur 'Bringing It All Back Home', bien menée qu'elle est par un piano qui craque et l'harmonica de Dylan.

C'est donc l'agent Gibbs et NCIS qui récupère le tout pour le volume 2 de la bande-originale de la série. Sont forts à la Navy. 

Album: NCIS: The Official TV Soundtrack - Vol. 2 
Année: 2009 
Label: CBS

lundi 30 décembre 2019

Bilan 2019 : Top 15 « 7", Ep, Compilations & Rééditions »



Parce qu'on est le 30 décembre. Parce que le futur est à portée de main (oui, 2020, c'est vraiment le futur. En tout cas pour le moi de 1990 qui n'allait pas tarder à découvrir le collège). Et parce que j'aime ces traditions de « tops annuel » où les classements se bousculent un peu de partout (et dans tous les domaines) et où, quoique peuvent bien en dire les grincheux, on y découvre beaucoup de choses (la preuve ici), il est temps de passer au bilan 2019 de cette année musicale, et une nouvelle fois, en quatre étapes : une première (aujourd'hui) consacrés aux formats courts et aux compilations/rééditions. Une seconde, mercredi au petit matin, avec les 50 chansons de l'année, pile pour se remettre de sa gueule de bois. Et enfin, vendredi et dimanche, avec le classement des 40 meilleurs albums sortis ces 365 derniers jours. Le tout en toute subjectivité, évidemment.

Mais comme le veut la coutume, partageons quelques tops de blogs/sites amis (ou non) qui ont de belles choses à partager ou à découvrir :
Le top albums de la rédaction de Benzine
Le top album de La Musique à Papa
Le top 50 de Benoit, le créateur de Benzine, chez Hop-Blog

Cette année 2019 aura été une grande année pour les Ep, ces extended-play, trop courts pour être des albums, trop longs pour être des singles. J'ai l'impression qu'on revient un peu à ce format, assez parfait à mon sens (mon morceau musical préféré se trouve sur un Ep), et c'est tant mieux. D'ailleurs, comme je l'explique plus bas, si je m'entêtais moins à différencier les formats, nul doute qu'un des disques de la sélection ci-dessous se serait retrouvé quasiment tout en haut de mon top général. Quinze disques se trouvent ci-dessous, quelques beaux singles, des Ep renversants et une triplette de compilations/rééditions à écouter sans jamais s'en lasser. 
Au bas de ce papier se trouve, comme toujours, un lecteur pour écouter une chanson de chacun des disques chroniqués, histoire de se faire une idée de ce dont il est question. Bonne lecture et bonne(s) écoute(s) !

Bilan 2019 :
Top 50 « Chansons »
Top 40 « Albums » (20-01)
Top 40 « Albums » (40-21)


7"

Olivier Rocabois - Ship of Women / Somewhere in a Nightmare 7" [-]
Un des 45-tours les plus romantiques de l’année qui soit. Olivier Rocabois, leader de All If, se lance en solo sous son propre nom et balance deux très belles chansons, pleines de cordes et de mélodies pop ouvragées, et Bowie en diable. Ouaté tout plein.


Sufjan Stevens - Love Yourself / With My Whole Heart 7" [Asthmatic Kitty]
Parce qu’on ne se refait pas. Parce qu'un top sans Sufjan Stevens serait surprenant dans ces pages. Parce que les mélodies sont là. Parce que Sufjan Stevens ne sort que rarement des 45-tours. Parce que la bonne cause (les profits sont reversés à la cause LGBTQ+). Parce que Love Yourself (chanson écrite en 1996) est sans doute une des chansons de l’année.


Extended Play (Ep)


Accident - Dernier Voyage Ep [Little John]
Duo composé des cousins de Romain Guerret d’Aline, Accident est un charmant voyage synthétiques, hypnotique et qui a une certaine idée de la pop à la française, avec de belles guitares qui viennent embellir le tout.


Daphni - Sizzling Ep [Jiaolong]
Alors que Caribou devrait revenir avec un nouvel album en 2020, il ne fallait pas passer à côté de 'Sizzlin', nouvel Ep de Daphni (son « moi électro »), remix à l’efficacité folle de Paradise, obscur groupe des Bermudes de 1981. Daphni augmente le rythme et transforme le groove, le funk voire le disco de Paradise en un ensemble dancefloor, presque house, auquel il est difficile de résister

Dry Cleaning - Boundary Road Snacks and Drinks Ep [It’s Ok]
Post-punk un peu arty, qui ne fait pas dans l'épate et qui ne recherche pas le tube à tout prix, porté par une voix qui chante moins qu’elle ne parle, presque détachée, Dry Cleaning est une des révélations anglaises de l’année. Deux Ep à ce jour, l’album ne devrait plus tarder.
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Hold Your Horses - Datsusara Ep [-]
Découvrir Hold Your Horses par leur dernier Ep avant fermeture, c’est tout de même ballot. Parce ce 'Datsusara Ep' est en tout point charmant, ambitieux, orchestré, presque orchestral par moments, aux petits détails ravissants, aux mélodies, chœurs et voix attachantes, lorgnant autant vers Silver Mt Zion que Modest Mouse ou le Arcade Fire des débuts. RIP.


Jaune - La Promesse Ep [-]
Il m’aura fallu un état comateux pour rentrer dans ce disque du batteur de Frànçois And The Atlas Mountains. Anodin au premier abord, il s’avère d’une classe folle avec son électronica mélancolique, ses trouvailles mélodiques et ce chant en français rappelant celui d’Albin de la Simone. Un des disques les plus écoutés de l'année par ici.


Papercuts - Kathleen Says Ep [Slumberland Records]
Parce que Kathleen Says était une des chansons les plus réussies de 'Parallel Universe Blues', leur album de 2018. Parce Comb In Your Hair est une nouvelle composition à la classe folle. Parce que la reprise de Blues Run The Game de Jackson C. Frank est un joli tour de force, mettant à jour la version qu'aurait pu sortir le Velvet Underground s'il s'était attelé à la tâche à l'époque. Tous ces « parce que » vous donne un des plus beaux Ep de l’année.


Satellite Jockey - Modern Life Vol. 3 Ep [Another Record / AB Records / Montagne Sacrée Records]
Les lyonnais de Satellite Jockey finissent leur triptyque 'Modern Life' (voir ici et ) avec un dernier Ep de haute volée, qui plonge la tête la première dans les années 70, rend hommage à Olivia Tremor Control, amène un soupçon de musique du monde, tout en ne perdant rien de sa musicalité. Une des aventures discographiques les plus parfaites de ces dernières années.


Richard Youngs & Raül Refree - All Hands Around the Moment Ep [Soft Abuse]
Si Richard Youngs a sorti un album solo cette année, c’est vers cet Ep réalisé avec Raül Refree qu’est allé tout mon intérêt. Sans doute parce que plus voluptueux et arrangé, 'All Hands Around The Moment' est un magnifique voyage folk très habillé, où les cordent de chaque instrument vivent comme jamais.


Wych Elm - Rat Blanket Ep [Post Mortem Records]
Si je ne m’entêtais pas à différencier les « formats courts » des « formats longs » dans ces billets de bilan annuel, nul doute que ce premier Ep des anglais de Wych Elm aurait figuré sur mon podium 2019, tant son Pixies meets Breeders meets l’indie/alt rock fin-80s/début-90s est formidable. Alors, à défaut de mieux, on parlera de la plus grande révélation de l’année. Mais quel disque !


COMPILATIONS / REEDITIONS


Bob Dylan - The Rolling Thunder Revue: The 1975 Live Recordings [Columbia/Legacy]
Bob Dylan - Travelin’ Thru, 1967 – 1969: The Bootleg Series Vol. 15 [Sony/Legacy]
Cette année, deux coffrets ont permis de plonger à nouveau dans le passé glorieux de l'américain. Tout d'abord celui consacré à la tournée de 1975. De cette période, Sony avait déjà sorti en 2002 un Bootleg Series, le numéro 5, absolument génial, retranscrivant à merveille cette période où Dylan embarqua avec lui toute une ribambelle de musiciens, de chanteurs, d'amis (Joan Baez, Allen Ginsberg, Joni Mitchell, Mick Ronson, entre beaucoup d'autres) et plus largement tout ceux qui voulaient bien se joindre à lui, pour écumer les scènes des Etats-Unis avec un spectacle moins concert traditionnel que véritable spectacle de music-hall. Dix-sept plus tard, et à l'occasion de la sortie du film de Martin Scorsese sur cette tournée de 1975 ('Rolling Thunder Revue: A Bob Dylan Story'), Sony publie l'ensemble des concerts enregistrés à l'époque, soit 14 disques. C'est faramineux oui, vertigineux aussi, et sans doute réservé aux fans, mais le résultat est très enivrant.
Le second coffret est plus folk/country et moins exhubérant, mais tout aussi intéressant car il s'agit des enregistrements de Dylan à Nashville, entre 1967 et 1969. Et sur trois disques s'étalent des sessions pour 'John Wesley Harding' et 'Nashville Skyline' ainsi que beaucoup de morceaux en duo avec Johnny Cash. Des moments d'histoire, forcément brillants. Ah, qu'il est doux d'être fan de Bob Dylan.



The Springfields - Singles 1986-1991 [Slumberland Records]
Totalement inconnu à mes oreilles, voilà The Springfields, groupe américain dont la courte carrière (de 1986 à 1991 donc) se voit compilée dans son entièreté par Slumberland Records. De l’indie-pop de la fin des années 80, tantôt jangle, tantôt power, toujours mélodique et dont on ne s’étonnera pas qu’elle fut le temps d’un single publiée par Sarah Records. Ca fait un trésor caché de moins et ce n’est pas le plus médiocre, loin de là.



Various Artists - Come On Up to the House: Women Sing Waits [Dualtone]
Evidemment, je ne suis pas le mieux placé pour considérer si cette compilation a du sens ou pas : je ne connais pas l'oeuvre de Tom Waits. Pour autant, porté par la version incroyable de justesse de Georgia Lee par Phoebe Bridgers, ce disque de 12 reprises - exclusivement féminines donc - aura commencé à m'entrouvrir les portes de l'univers de l'américain. Les puristes trouveront peut-être à redire, mais l'ensemble a une sacrée gueule.


Comme promis, voilà quelques players vous permettant d'écouter une chanson issue des quinze disques présentés ci-dessus : Spotify et Deezer. Bonne(s) écoute(s) ! 





Bilan 2019 :
Top 50 « Chansons »
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Top 40 « Albums » (40-21)


samedi 24 janvier 2009

[Oldies] Fairport Convention – Unhalfbricking (1969)

Régulièrement nommé dans les listes de meilleurs albums de tous les temps outre-manche – de Q Magazine à The Observer en passant par la BBC2 qui, en 2007 et le temps d’un sondage, verra ses auditeurs célébrer plus «grande chanson folk jamais écrite» Who Knows Where the Time Goes –, ‘Unhalfbricking’ de Fairport Convention n’est pas à proprement parler un trésor caché ou un disque découvert au hasard d’une brocante par quelque petit label indé qui aurait décidé de le faire connaître au monde entier en le rééditant. Malgré tout, il faut dire tout le plus grand bien de cet album majeur de l’histoire de la folk-music, sorti il y a bientôt 40 ans.

C’est en 1966, à Londres, dans la maison (qui s’appelle «Fairport») accueillant le cabinet de médecin du père de Simon Nicol, le guitariste du groupe, que Fairport Convention voit le jour. Répétant avec son nouvel ami Ashley Hutchings, rencontré quelques semaines plus tôt, les deux garçons décident rapidement de recruter un deuxième guitariste (Richard Thompson), une voix féminine (Judy Dyble), ainsi qu’un batteur, Shaun Frater, qui sera vite débarqué au profit du jeune Martin Lamble.

Très vite, le groupe organise quelques concerts et signe un contrat avec Polydor Records. Leur manager de l’époque, Joe Boyd, leur suggère d’ajouter au line-up une voix masculine. Les Fairport Convention s’exécutent, signent Ian Matthews, et enregistrent leur premier (et éponyme) album.

Après des ventes médiocres, la bande à Nicol change de label et opte pour Island. Judy Dyble quitte le navire, est remplacée par Sandy Denny, ancienne muse de Jackson C. Frank, au timbre de voix affolant. Après un second disque en janvier 1969 (le très réussi ‘What We Did On Our Holidays’), le groupe est invité à écouter quelques uns des nombreux morceaux pas encore sortis dans le commerce de Bob Dylan, dont beaucoup de chansons qu’il vient d’enregistrer avec The Band – ni plus ni moins les fameuses ‘The Basement Tapes’, qui ne verront officiellement le jour qu’en 1975.
De cette escapade chez l’éditeur Londonien de Dylan, le groupe revient avec trois perles: Million Dollar Bash, Percy’s Song et If You Gotta Go, Go Now.

De retour, Fairport Convention se met alors à enregistrer son troisième album, ‘Unhalfbricking’. Un disque qui s’éloigne des influences américaines du groupe (on les surnommait alors les «Jefferson Airplane anglais») pour mieux se concentrer sur une musique tirant son inspiration du folk britannique en vigueur à cette époque là ; un folk porté et sublimé par la voix de Sandy Denny, au sommet de son art, et qui fait d’‘Unhalfbricking’ un disque indispensable.

Surtout, il voit Sandy Denny prendre un rôle central dans le groupe, grâce notamment au départ de Ian Matthews. Désormais, et bien plus que sur ‘What We Did On Our Holidays’, c’est vers elle que tous les regards se tournent. Elle compose (Who Knows Where the Time Goes, Autopsy) et amène dans ses bagages une chanson traditionnelle, A Sailor’s Life, l’histoire de marins disparus et de veuves éplorées, que le groupe s’empresse d’enregistrer. Richard Thompson compose deux titres, les premiers de chaque face (Genesis Hall et Cajun Woman) et les plus enlevés de l’album, entre rock et folk-rock, avec le jeu de guitare de Thompson comme métronome.

Le tracklisting est complété par Million Dollar Bash (dont le rythme et la mélodie rappelle indéniablement le Zim) et Percy’s Song (splendeur portée par la voix de Sandy Denny avec le groupe qui fait la chorale derrière. Tout bonnement un des plus beaux titres qui existe) de Bob Dylan ainsi que par Si Tu Dois Partir, version française de If You Gotta Go, Go Now (traduite un soir de concert à l’aide de quelques français présents dans la salle et ravis de pouvoir prêter main forte) et charmante ritournelle à l’accent délicieux.

Le tout enregistré, les Fairport Convention savent qu’ils vont publier leur meilleur album. Attendant patiemment la sortie prévue en juillet, ils continuent leur tournée. Le 11 mai 1969, de retour d’un concert à Birmingham, leur van a un accident grave. Le batteur, âgé d’à peine 19 ans, Martin Lamble, y laisse la vie, ainsi que Jeannie Franklyn, petite amie de l’époque de Richard Thompson.

Coup du sort, tragédie, Fairport Convention est sous le choc et aura bien du mal à retrouver toute la sève et tout le talent qui transpire des sillons de ce ‘Unhalfbricking’ durant les 40 années de carrière suivantes (le groupe a changé de line-up mais est toujours en activité).
Seuls restent huit morceaux, quarante minutes et une pochette, symbole de cette époque : le groupe batifole dans l’herbe tandis que, devant l’œil du photographe, les parents de Sandy Denny prennent la pose devant leur maison. Triste mais bel hommage aux disparus. L’album se classe 12è des charts anglais, les critiques sont dithyrambiques. Mais les Fairport Convention s’en foutent. Ils se sont déjà remis au travail, prêt à publier un nouvel album, 'Liege & Lief’. Et surtout désireux d'oublier.



Première sortie : 1969 [Island]
Dernière réédition : 2008 [4 Men With Bears]

Son :
Site officiel

Trois titres en écoute dans le lecteur ci-dessous. La version française de If You Gotta Go, Go Now, Si Tu Dois Partir, le célèbre Who Knows Where the Time Goes? et le splendide Percy’s Song, la reprise de Bob Dylan :


 

jeudi 14 février 2008

Top 6 "Break-Up"

En ce jour béni des fleuristes, restaurateurs en tout genre et vendeurs de rose à la sauvette qu’est la Saint Valentin, si nous prenions le contre-pied de la fête qui sent bon la guimauve, le rose bonbon, les cœurs dessinés au feutre rouge et le tiroir-caisse?

Etant entendu que l’ambiance générale est plutôt synonyme aujourd'hui de «bonheur», «joie» et «vie à deux», étant établi que, pour moi, toutes les conditions, ne serait-ce que la troisième, ne sont pas réunies, je me suis laissé tenté par une un Top 6 ‘Rupture’. Six break-up songs, six morceaux qui parlent de cœurs brisés, de plaquages intempestifs ou de dépression à la perte d’un amour.

Un thème donc (très) large et qui m’a obligé à faire quelques choix délicats. Car oui, l’artiste musical écrit principalement sur trois thèmes : l’amour (le plus largement répandu, le léger aussi), la drogue (on y reviendra un jour dans ces pages) et la peine, la douleur ou la déception amoureuse. Et ce dernier, il l’aime notre ami l'artiste. Beaucoup même. Comme si avoir mal et retourner le couteau dans la plaie était une seconde nature.

Bien sûr, beaucoup de classiques auraient mérité une place dans ce top 6, du Ne Me Quitte Pas de Jacques Brel, au Je suis venu te dire que je m'en vais de Gainsbourg en passant par le Yesterday des Beatles ou le Last Goodbye de Jeff Buckley. Mais j’ai préféré opter pour des titres plus obscurs, moins connus (tout est évidemment relatif) mais pas moins forts pour autant. Aidé par quelques forumeurs émérites et aux idées judicieuses de Sound Of Violence, j’ai donc sélectionné six titres, qui parlent, chacun à leur façon, d'une des facettes du thème du jour.

Garbage et Shirley Manson évoque le désarroi dans lequel on tombe quand on nous annonce que l’on ne nous aime plus avec Cup of Coffee (peut-être le morceau qui colle le plus à ce top 6), Lush et Jarvis Cocker tentent de se persuader qu’ils seront bien mieux l’un sans l’autre et que se séparer est la meilleure décision de leur vie (Ciao!), Robert Smith revient avec son ex sur sa relation passée dans Cut Here, Spearmint via It Will End anticipe la rupture que Bob Dylan a subi et qu’il n’arrive pas à surmonter. Et pendant ce temps là, Miossec, dans un de ces tous meilleurs morceaux se met à engueuler son amour perdu, passé de vie à trépas, d'être parti trop tôt.

Bref, un tour d’horizon (très pop) des douleurs, des atermoiements, des questionnements qui nous déchirent dans des moments pareils. Certes, sortir un tel top 6 le jour de la Saint-Valentin n’est peut-être pas la chose la plus maligne du monde. Mais les textes (voir extraits plus bas) sont tellement bons, les morceaux sont tellement grands, qu’il n’y a pas de raisons. Quand c'est beau, c'est bon, point final. A vos marques ?... Prêts… Pleurez!

Ps: Merci aux forumeurs de SoV donc, notamment à Sublimestyle (pour Lush & Jarvis Cocker), Swank (Cut Here des Cure) et Pitseleh (It Will End des Spearmint).



Tracklisting:
Garbage - Cup of Coffee (Beautiful Garbage, 2001)
Lush (feat. Jarvis Cocker) - Ciao! (Lovelife, 1996)
The Cure - Cut Here (Cut Here Ep, 2001)
Spearmint - It Will End (A Different Lifetime, 2001)
Bob Dylan - Love Sick (Time Out of Mind, 1997)
Miossec - Dégueulasse (1964, 2004)
















Et voilà quelques passages des titres en questions. Un conseil: trouvez les paroles (dans leur totalité) sur Internet, ça vaut franchement le détour.

Garbage - Cup of Coffee
'I smoke your brand of cigarettes 

And pray that you might give me a call 
I lie around in bed all day just staring at the walls
Hanging round bars at night wishing I had never been born
And give myself to anyone who wants to take me home'

Lush (feat. Jarvis Cocker) - Ciao!
'Oh I must've been crazy to have stayed with you

 I can't believe I thought I was in love with you 
But now the scales have fallen I can really see 
And I say go to hell, 'cause thats where you took me'

The Cure - Cut Here
'It's so hard to think "It ends sometime 

And this could be the last 
I should really hear you sing again 
And I should really watch you dance"
Because it's hard to think 
"I'll never get another chanceTo hold you... to hold you... "'

Spearmint - It Will End
'Oh it would be lovely

If it could just stay like this 
But of course it won't 
You know that don't you 
By meeting someone else 
Meeting someone else 
You start questioning your feelings 
Or simply fizzled out 
Simply fizzled out 
Till suddenly you're leaving 
By phone or in a letter
Regret or in relief
 

In silence or in screaming'

Bob Dylan - Love Sick
'I'm sick of love; 

I wish I'd never met you 
I'm sick of love; 
I'm trying to forget you
Just don't know what to do
I'd give anything to
Be with you'

Miossec - Dégueulasse
'C'est dégueulasse de m'avoir tiré dans le dos 

De ne m'avoir rien dit en face 
C'est comme si il y avait quelque part
Un défaut, une sorte de fêlure dans la cuirasse
C'est dégueulasse d'avoir quitté ta peau 
Au printemps ou à la fonte des glaces 
Que ce soit le cœur ou la moto 
Pas une vie sur terre ne se remplace'