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vendredi 17 décembre 2021

[Track of The Day] Hymie's Basement - Phantom Throb

A l'époque où je stageais chez le label PIAS au catalogue alors impressionnant (Stones Throw, Warp, Lex, Domino, Rough Trade, Echo, Definitive Jux, Epitath, ce genre de choses), nous recevions régulièrement des plannings de sorties des prochains mois ou, tout au moins, des disques dans les tuyaux. Tous ne voyaient pas forcément le jour, mais ces listes étaient des moments d'excitation particuliers, autant de savoir que tel artiste ou tel groupe allait donner une suite à sa discographie que d'être dans la confidence avant tout le monde.

Inscris dans ces listings, deux disques n'ont, à ma grande déception, jamais vu le jour : le Madvillain 2 et le deuxième album de Hymie's Basement. Si le premier ne sortira certainement jamais (la mort de MF Doom l'an passé a clôt le dossier), il se pourrait que le second finisse par devenir réalité. 

2021, le retour des idoles ? Car après le retour inattendu de Thee More Shallows au printemps dernier, c'est au tour de Hymie's Basement de donner des nouvelles, 18 ans après la sortie de leur seul et unique album. Le groupe formé de Fog et Why? a publié le 3 décembre dernier, à la surprise de tous (et dans l'indifférence générale disons le clairement), un nouveau morceau intitulé Phantom Throb (en écoute ce jour). Une chanson habillée d'une pochette qui comporte des éléments de leur album éponyme (mais en couleur cette fois) mais qui ne reprend pas vraiment les choses là où Hymie's Basement les avaient laissées ; sans pour autant s'en éloigner. Ce qui est cependant certain, c'est que si leurs inspirations ont changé, la complémentarité des deux bougres est intacte et saute aux oreilles.

Alors oui, 18 ans ont passé. Oui, la clique anticon des Fog, Why?, Odd Nosdam, Dose One et de tous leurs groupes parallèles (cLOUDDEAD, Themselves, ce genre de belles choses) ne dominent plus la scène indé de l'abstract hip-hop, le pop-rap ou l'indie hip-hop (nommez le comme vous le voulez). Et il n'est pas dit que ce Phantom Throb soit précurseur de quoi que ce soit, et encore moins d'un nouvel album - le duo n'ayant jusque là rien annoncé de tel. Mais 'Hymie's Basement' faisant partie de ces albums d'une vie, sur lesquels les années n'ont aucune prise, je ne vais pas bouder une seconde mon plaisir et ma joie de voir ce groupe relancer une machine que je croyais à l'arrêt pour toujours. Et je vais espérer très fort que ce Phantom Throb ne soit pas qu'un one-shot.

Album : -
Année : 2021
Label : -

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Phantom Throb d'Hymie's Basement est également en écoute ci-dessous :

Pour se faire plaisir (ou, sait-on jamais pour faire découvrir le Hymie's Basement de 2003 à ceux qui ne connaitraient pas), écoutons donc 21st Century Pop Song, accessoirement une des meilleures chansons des années 2000 :

mercredi 8 octobre 2014

[Track of The Day] NehruvianDoom - Great Things

Depuis combien de temps n'avais-je pas écouté un album sorti des usines de Lex Records ? Je ne me souviens même plus. Pourtant, Lex était un des labels de hip-hop les plus enthousiasmants qui soit à sa création, tout accroché qu'il était (au départ) à Warp Records.
Des albums remarquables (le 'Hope' des Non Prophets, le 'Sleep No More' de Dj Signify), essentiels (le 'Ghetto Pop Life' de Danger Mouse and Gemini, le Hymie's Basement) en passant par quelques singles épatant (ne serait ce que le New New York de Tes). Et puis... plus rien. Pour ainsi dire que je ne sais même plus pourquoi j'ai arrêté de les suivre (peut-être pour la même raison que j'ai considérablement réduit mes découvertes hip-hop) alors que j'ai gardé mon amour pour Stones Throw.

Bref, tout cela pour dire qu'en plus d'avoir lâché Lex Records, j'ai également un peu délaissé MF Doom, devenu avec le temps peu emballant dans des collaborations pas forcément dingues. Mais je continue à avoir toujours de l'affection pour ce gars, parce qu'il a du talent, parce que ses premiers albums sont toujours aussi formidables. Et parce que je ne désespère pas un jour de voir enfin paraitre un Madvillain II (à ce propos, il faut lire absolument l'excellent reportage de pitchfork sur l'album qui vient de fêter ses 10 ans "Searching for Tomorrow: The Story of Madlib and DOOM's Madvillainy").

D'ailleurs, celui-ci pourrait (notez le conditionnel) ne plus être très loin. La preuve avec son nouveau projet qu'il vient de sortir avec un jeune rappeur pas encore majeur, Bishop Nehru, sous le nom de NehruvianDoom (un grand classique chez lui : DOOMStarks, DangerDOOM, JJ DOOM, MaDOOM, et j'en oublie sûrement).

Pourquoi donc un peu d'espoir ? Parce que Madlib est impliqué sur au moins un morceau de cet album, même si l'ensemble est produit par MF Doom lui-même. Mieux, on parle d'une production de Madvillain. C'est peu mais déjà ça.

Quant à l'album 'NehruvianDoom' (à la pochette plus gentillette que ce à quoi nous a habitué MF Doom), il est très court (31 mns, 9 morceaux dont 1 intro), où Doom enchaîne les productions comme à la belle époque des 'Special Herbs' (d'aucuns parleront de sonorités resucées), avec des sons soignés (très jazzy et soul) et des samples de voix d'un autre âge qu'il a toujours affectionnés. C'est Bishop Nehru qui tient le micro quasiment tout du long et il est d'ailleurs plutôt convaincant avec une voix loin de celle d'un adolescent et un flow sûr de lui. Mais les meilleurs passages restent tout de même quand les deux rappent ensemble.

Aucune chance que ce disque vienne titiller la Sainte Trinité - solo - de MF Doom ('Operation: Doomsday', 'Vaudeville Villain' et 'Take Me to Your Leader') mais si l'ensemble est un peu trop bavard (les samples évoqués sont presque le troisième emcee de l'album) pour un disque de cette durée là, le tout tient la route, est plus que plaisant et s'avère finalement de meilleure facture à chaque nouvelle écoute grâce notamment à une très belle partie finale (dont ce Great Things en écoute aujourd'hui).

Album : NehruvianDOOM
Année : 2014
Label : Lex Records

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En plus de Great Things, trois autres morceaux en écoute. Attention, ces trois morceaux sont amputés des parties samples de la fin, d'où une durée bien moindre que sur l'album 'NehruvianDOOM'.

Commençons par Caskets où MF Doom contrôle la situation avant que Bishop Nehru finisse le travail sur une production dans une grande tradition Doom-ienne :




Puis Disastrous, produit par Madlib et fignolé par MF Doom :



Pour finir, OM où les voix se répondent plus qu'ailleurs sur l'album :


jeudi 6 octobre 2022

[Track of The Day] Andrew Broder - Sleeping Car Porters (feat. Moor Mother & Billy Woods)

Moins d'un an après le vrai faux-retour d'Hymie's Basement, Fog est de retour avec un nouvel album. Laissant son illustre alias de côté, Andrew Broder va publier dans quelques jours 'The Show Official SoundTrack', fausse bande originale du film 'The Show' (film écrit par la légende des comics Alan Moore, sorti en 2020) auquel il a participé. « Fausse » car cet album n'est pas à dire vrai la bande-originale du long-métrage mais une sorte de relecture de ce qu'il a composé à l'époque, mais en étant plus électro (Andrew Broder l'explique bien dans cette interview pour The Current).

'The Show Official SoundTrack' contiendra notamment Sleeping Car Porters, morceau sombre et torturé, où piano et beats se confondent et qui rappelle fort l'indie hip-hop du début des années 2000. Les deux invités y font d'ailleurs merveille : Moor Mother y est toujours plus intrigante et Billy Woods a ce flow qui rappelle Roots Manuva.

Album : The Show Official SoundTrack
Année : 2022
Label : Lex Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Sleeping Car Porters d'Andrew Border, enregistré avec Moor Mother et Billy Woods est en écoute ci-dessous :  
 

lundi 9 octobre 2023

Danger Mouse & Jemini - Born Again [Lex Records]

C'était il y a 20 ans. Lex Records était encore une entité de Warp Records - sa version hip-hop en quelques sortes, n'avait que deux ans d'existence et commençait à publier des albums après quelques 12" et autres Ep. Sûr de ses choix et de son ambition artistique, les londoniens avaient tout juste dans tout ce qu'ils sortaient et comment il le sortaient (ah, ces belles pochettes cartonnées, stylisées voire en relief pour certaines).

Ma découverte du label date de cette époque. Et de la publication de 'Ghetto Pop Life' de Danger Mouse & Jemini, disque parmi mes préférés dès qu'on parle de hip-hop, aux prod sûres, entre pop et beat, au flow excité et aux grandes chansons (la chanson titre et son intro, Born-A-Mc, The Only One, j'en passe et pas des moindres).

Vingt ans plus tard, et alors qu'on fête son anniversaire, Danger Mouse & Jemini viennent d'enfin donner une suite à 'Ghetto Pop Life'. Il était temps. Le disque s'appelle 'Born Again'. Et à son écoute, on dirait qu'il est d'époque : les prods sont dans la même lignée, le flow de Jemini n'a pas bougé d'un iota... Tout ici fait office de capsule temporelle qui nous ramène au mitan des années 2000. Comme si Danger Mouse et Jemini avait repris le travail sur l'ouvrage là où il l'avait laissé il y a deux décennies.

Après recherches, rien de surprenant à tout cela : il s'avère en fait que 'Born Again' a été enregistré dans la foulée de 'Ghetto Pop Life' à l'époque mais a fini dans un tiroir pour ne jamais sortir. Pourquoi ? Comment ? Pour d'obscures raisons lis-je ici et là. Mais aussi sans doute à cause du succès et de la controverse gigantesque qui a entouré la publication de 'The Grey Album' de Danger Mouse.

Vingt ans plus tard, c'est chose faite. Et cela valait le coup d'attendre et de l'entendre. Dans la droite lignée de son prédécesseur, 'Born Again' enfonce le clou et voit Danger Mouse ciseler quelques productions pas piqués des verts (Brooklyn Bazquiat, World Music, la simplicité d'All I) et où on sent parfois l'influence de MF Doom ou Madlib, prod sur lesquelles Jemini vient poser ses mots et son flow, tantôt calme tantôt frénétique, mais toujours juste.

Et Lex Records, dans tout ça ? Vingt-deux ans après sa création, ils sont toujours là. Je les ai perdus de vue, les retrouve à l'occasion. Mais ils restent responsables de certains de mes plus grands émois hip-hop (ah, cette soirée à Mains d’Oeuvres avec une partie du roster au printemps 2004...).
D'un point de vue plus global, ils auront longtemps eu une discographie impeccable, pleine d'albums (le 'Hope' des Non-Prophets de Sage Francis, les uniques albums d'Hymie's Basement et de Shape of Broad Minds, le premier Subtle), de singles (Thou Shalt Always Kill de Dan Le Sac vs Scroobius Pip, un des meilleurs des années 2000, le New New York de Tes) et/ou d'artistes (Fog, Prince Po, Boom Bip, Dj Signify, DangerDoom) remarquables. Une liste dans laquelle n'aurait eu aucun mal à s'insérer 'Born Again' à l'époque. Disque brillant, inconnu jusque-là, mais qui n'a pas pris une ride. (Sortie : 25 août 2023)

Plus :
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est à l'achat sur leur bandcamp
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est à l'achat sur leur bandcamp
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est également en streaming et à l'achat un peu partout


Trois morceaux extraits de 'Born Again' de Danger Mouse & Jemini. A tout seigneur tout honneur, All I, le morceau qui ouvre l'album
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Brooklyn Bazquiat, sans doute le tube du disque. Et enfin World Music

jeudi 5 février 2009

Dj Signify – Of Cities [Bully]

En 2003 était un label de hip-hop qui s’appelait Lex Records, sorti de la cuisse de Warp et responsable de certains des grands chef-d’œuvres du genre cette année là: le ‘Hope’ des Non-Prophets, le ‘Ghetto Pop Life’ de Danger Mouse and Jemini et le premier (et unique) album des Hymie’s Basement.

En 2004, le label ne lésine pas sur les efforts et sort coup sur coup ‘A New White’ de Subtle et surtout ‘Sleep No More’ de Dj Signify. Un disque essentiel d’abstrackt hip-hop, très sombre, assez minimal, aux beats percutants et aux featurings de qualité (Buck 65 et Sage Francis, parfaits tous les deux).

Depuis octobre de cette année là, rien de bien consistant à se mettre sous la langue de la part du producteur new-yorkais. Jusqu’à ce que ‘Of Cities’ vienne nous rappeler son existence.

Entre 2004 et 2009, Dj Signify a quitté Lex pour signer chez Bully Records, une structure qui avait déjà accueillie quelques unes de ses rares sorties. Seul changement notable. Car notre homme est resté fidèle au son qu’il aime et à ce qu’il sait faire.
On pourrait lui en faire le reproche. Tenter de lui faire comprendre que le monde a évolué, que beaucoup se sont engouffrés dans la brèche que lui (et d’autres avant lui aussi) avaient ouvertes et qu’il n’est en rien novateur. Sauf qu’on ne le fera pas.

‘Of Cities’ n’est certainement pas aussi bon que ‘Sleep No More’ - de toutes façons, il n’a pas cette prétention là. Mais ‘Of Cities’ reste un bon disque. Les ambiances sont toujours aussi sombres mais planantes, pesantes mais évasives. Et les featurings de grande classe. Cette fois, Signify invite Aesop Rock à prendre le micro et lui pond deux titres sur mesure: un Low Tide (voir plus bas) aux beats destructeurs et un Sink or Swim, réglé comme une horloge par une rythmique lourde et une production d'orfèvre.

Le reste ? Hormis six interludes assez quelconques (on ne le dira jamais assez : les interludes sont la plaie du hip-hop), tout tient franchement la route. La musique de Dj Signify y est minimale, au tempo lent voire carrément oppressant par moment.

En 2004, ‘Of Cities’ aurait fait un malheur. En 2009, il reste un bon disque de producteur. Ce qui n'est déjà pas rien. Cet album prouve aussi deux choses: que Dj Signify est un mec bourré de talent, qui, en cinq ans, n’a rien perdu de son doigté pour ciseler et travailler à la perfection chaque piste et chaque prod (au casque, l’écoute est un régal). Et qu'il aurait du revenir bien plus tôt. (sortie: 20 janvier 2009)


Son :
Myspace (Un titre de ‘Of Cities’ en écoute)
Site officiel

Et deux titres en écoute. Un Low Tide percutant – avec Aesop Rock au micro – et un 1993, aux faux-airs de déjà-vu (malheureusement plus en écoute).

mercredi 22 juillet 2009

[Track of The Day] Why? - This Blackest Purse

Après quelques semaines de vacances passées à chercher ce foutu chapeau (sans succès), de la côte nord de la Bretagne aux rivières fraiches d'Ardèche en passant par la côte d'Azur, retour aux affaires!
Et déjà une première nouvelle fait doucement frétiller mes oreilles: celle du retour de Yoni Wolf! Oui, l'homme à la voix de canard dopée au LSD, l'artiste (entre autres) derrière cLOUDDEAD, Hymie's Basement ou Reaching Quiet, le compositeur génial d''Elephant Eyelash' - album parfait de pure pop - revient aux affaires après un 'Alopecia' qui ne la jouait pas fille facile et qu'il fallait déflorer délicatement pour en déceler toutes les saveurs.
Arrivée officielle du nouvel album de Why? - 'Eskimo Snow' - programmée le 22 septembre prochain, toujours chez Anticon. Un disque qui a déjà dévoilé un de ses premiers atours: This Blackest Purse, très belle chanson à la mélancolie cachée derrière un piano très mélodieux, pour une ambiance qui se rappelle les orientations d''Elephant Eyelash'. Encore moins hip-pop que les précédents, simplement pop. Et qui promet beaucoup! 

Album: Eskimo Snow 
Année: 2009 
Label: Anticon