jeudi 8 novembre 2007

Blood Red Shoes – I'll Be Your Eyes Ep [V2]

200 concerts. 4 labels. 5 singles. Et un Ep. Même pas d’album. Voilà pour le moment la carrière courte (mais prometteuse) des Blood Red Shoes, duo mixte de Brighton, célèbre cité balnéaire anglaise aux longs et majestueux piers, plutôt habituée aux charmes brutaux de l’électro made in UK qu’aux riffs tendus du rock indé.

Un duo qui a de l’avenir. Si si. Loin des phénomènes éphémères aussitôt-écouté-aussitôt-oublié (ajoutes ici le groupe de ton choix), les Blood Red Shoes devraient encore faire parler d’eux dans les mois et les années à venir. Et ce, pour plusieurs raisons.
Premièrement parce qu’ils ont un nom qui a de la gueule : il vient de l’actrice Ginger Rogers qui, dans les années 50, finit un jour une journée de travail, les pieds en sang, suite à un nombre de prise incalculable de plans pour une séquence de danse pour un film.

Deuxièmement, parce qu’ils ont du talent. Steve Ansell, à la batterie, semble avoir fait ça toute sa vie et Laura-Marty Carter – à la guitare – n’est pas la dernière pour placer ici et là quelques riffs bien sentis et hargneux.

Vu que le talent ne suffit pas (cf. partie Oldies de ce blog), la troisième raison du futur radieux qui leur tend les bras est leur songwriting. Car ces jeunes là savent écrire des chansons. Des vraies. It's Getting Boring By The Sea ou Box Of Secrets sont des morceaux qui luttent dans la catégorie haut-du-panier des groupes émergeant.

Comme tout ceci n’est pas forcément (et malheureusement) suffisant à faire d’un groupe talentueux un groupe à succès, ajoutons que leurs concerts sont de très bons moments. Pour les avoir vu, au Sonic à Lyon, mardi dernier, les Blood Red Shoes ont une présence sur scène assez dingue. Ils sont deux, elle à la guitare et lui à la batterie. Et pourtant, on dirait qu’ils sont trois ou quatre. Ils ont un tel magnétisme, un tel son, qu’ils rendent leurs prestations ébouriffantes. Et moins rock que sur leurs enregistrements disques, ils sont beaucoup plus punk et ce n’est finalement pas plus mal.
Alors oui, certes, leurs sets sont un peu courts (une cinquantaine de minutes). Mais qui pourrait les blâmer ? Ils n’ont que quelques singles et ce 'I'll Be Your Eyes Ep' sorti chez V2 en juin dernier à leur actif (un premier album devrait voir le jour au début 2008). Rien de plus normal donc.

Ceci posé, il semble donc évident que leur rock nerveux, bien plus intéressant et bandant que celui des gentils (mais chiants) White Stripes (pour citer un autre duo célèbre… même si j’aurais pu parler de The Kills, mais j’ai une petite tendresse pour le groupe de VV. Bon, ok, pour VV tout court), va percer. Mais comme on n’est jamais sûr de rien, on ajoutera l’argument fatal. Imparable. Celui du charisme de Laura-Marty Carter qui assure une partie des chants. Cette jeune fille respire la musique. La voir tenir sa gratte et la faire hurler avec une classe et une énergie folle est assez jouissif. Et puis la demoiselle est belle comme chou, anglaise jusqu’au bout du riff, avec cette jolie mèche qui lui tombe sur les yeux, cet air hautain mais coquin et cette petite poitrine qui sautille à chaque nouveau déferlement d’accords.

Bref, les Blood Red Shoes ont tout pour réussir. Ce 'I'll Be Your Eyes Ep' le prouve cent fois. On attendra leur premier album pour confirmer tout ça. Mais à moins de tomber dans le piège de l’industrie musicale et de faire un gros fuck à leur intégrité, il n’y a pas de raison qu’on n'entende pas parler d’eux dans le futur. Riot.

Son :
Myspace (4 titres en écoute)
Site Officiel

Deux morceaux pour se faire une idée (
malheureusement plus en ligne).

Et le clip de It's Getting Boring By The Sea, tube en puissance :


mardi 6 novembre 2007

Psykick Lyrikah – Acte [Idwet]

2 mai 2006. J’ai la chance de participer (modestement) à l’organisation de la neuvième édition du festival Panoramas, à Morlaix, charmante bourgade perdue au fin fond du Finistère (ou pas loin).

C’est à Olivier Mellano d’ouvrir le bal et de lancer les hostilités au théâtre de la ville. Toujours aussi juste dans leurs choix, les organisateurs ont en effet décidé de lui dédier une carte-blanche. Et le bras droit de Dominique A va prouver qu’il a du goût. Son ami qui trouve que les oiseaux ont du courage est là donc. Tepr et My Dog Is Day, les deux Abstrackt Keal Agram, sont de l’expérience également. Et tout sonne juste. Vrai.

En fin de set, Arm, le emcee de Psykick Lyrikah, se présente sur scène. Un flow dense mais éloquent face à quelques accords racés. Les deux artistes proposent alors un titre qu’ils ont composé rapidement, quelques temps avant cette carte blanche. Et le morceau de se terminer devant une salle subjuguée, abasourdie par cette classe, ce duo qui tombe sous le sens.

2 mai 2007. Un an, jour pour jour, plus tard, Psykick Lyrikah sort son nouvel album. Chez Idwet à nouveau. Il s’appelle 'Acte'. Et a été enregistré en deux jours. Cette fois-ci, seul Arm est de la partie, Teddy Bear étant logiquement absent. A ses côtés, Olivier Mellano. Derrière la vitre, Dominique Brusson, ingé-son de Dominique A. Un micro, une guitare. Un bouton. Et roulez jeunesse.

Quelques secondes après avoir pressé « play », les premiers accords de Mellano m’ont ramené directement à mai 2006. A mes grands yeux ronds. A ma bouche un peu ouverte, statique et bée. Ce morceau qui ouvre Acte a pour titre Près d'Une Vie (L'Air De Rien) et comme en 2006, c’est une nouvelle fois un choc. Une révélation.

Les mots d’Arm semblent avoir été écrits pour la guitare de Mellano. Et les accords de ce dernier semblent n’avoir jamais cherché autre chose que le flow d’Arm pour les enrober. Près d'Une Vie (L'Air De Rien) est un titre d’une puissance barge basé sur une construction assez simple. Mais tout est tellement évident que l’alchimie est juste parfaite et donne au morceau une force incroyable.

Alors oui, après ça là, il reste 34 mns des mêmes duo : du hip-pop-rock, brut de décoffrage. Du slam vivant et pas vulgaire. Des textes, un flow, quelques accords de guitare. Neuf morceaux au final (dont trois reprises du précédent album du groupe, 'Des Lumières Sous La Pluie', le genre de disque essentiel de l'histoire du hip-hop français, en gros), tous de très bonne tenue mais qui n’ont pas la puissance, la classe ou le génie de Près d'Une Vie (L'Air De Rien). Faut dire qu’ils vont tellement haut aussi avec ce titre là… (Sortie : 2 mai 2007)

Son :
Myspace (deux titres en écoute)
Site Officiel (album en écoute partielle)

Deux titres en écoute. Près D'Une Vie (L'Air De Rien), forcément. Et Patience (Des Lumières Sous La Pluie), une des trois reprises de l'album précédent du groupe (
malheureusement plus en ligne).

lundi 5 novembre 2007

Track of The Day (30 octobre-05 novembre 2007)

Un peu de pop efficace, un bijou de la chanson française, une rockeuse au piano et du hip-hop en marge au menu. Bonne écoute (et toujours disponible dans le lecteur deezer, à droite)


Lundi 5 novembre 2007:
* Mr Hill - The Darkest Hour [Hal Cush Music]
Un album complètement instrumental. Des productions hip-hop douces et légères, comme ce The Darkest Hour, aux allures de musique de film.
(disponible sur The Darkest Hour # 2007)



Dimanche 4 novembre 2007:
* Curse Ov Dialect - Broken Feathers [Mush]
Sorti il y a un peu plus d'un an, cet album des Curse Ov Dialect, hip-hopeur en marge, à la Anticon, n'a pas pris une ride. Preuve en est ce Broken Feathers, basé sur un sample de Yann Tiersen, absolument magique.
(disponible sur Wooden Tongues # 2006)


Samedi 3 novembre 2007:
* PJ Harvey - Dear Darkness [Island]
La belle Polly Jean prend tout le monde à revers, remise les guitares pour un temps et s’installe au piano. Superbe. Ou splendide. Au choix.
(disponible sur White Chalk # 2007)



Vendredi 2 novembre 2007:
* La Blanche - Te Dire [Nocturne]
Une des plus belles chansons de l'histoire de la musique française. Au moins selon moi. Te Dire est un morceau d'une qualité d'écriture folle. Et d'une vérité qui ferait presque peur. Sommet.
(disponible sur Michel Rocard # 2002)


Jeudi 1er novembre 2007:
* Nine Horses - Money For All [Samadhisound]
Suite du magistral 'Snow Borne Sorrow' de 2005, voilà un nouvel Ep pour Nine Horses, le groupe fomenté par David Sylvian. Beaucoup de remixes. Mais quelques chansons inédites quand même. Dont ce Money For All délicieux.
(disponible sur Money For All Ep # 2007)


Mercredi 31 octobre 2007:
* British Sea Power – Atom [Rough Trade]
Après deux albums passés (presque totalement) inaperçus, retour du combo anglais que l’on croyait séparé. Un premier extrait, téléchargeable gratuitement ici, de leur album à venir dans les prochains mois. On les retrouve comme on les avait laissé, percutants et incisifs, avec cet Atom, crochu à souhait.
(disponible sur Krankenhaus? Ep # 2007)

Mardi 30 octobre 2007:
* EmbraceAshes [Independiente]
Découvert à la fin d’un épisode de Veronica Mars (série dont je pleure chaque jour un peu plus la disparition), ce Ashes d’Embrace n’a rien d’extraordinaire. Il est juste d’une efficacité folle. Pop enlevée dont on n’est pas prêt de livrer la rançon.
(disponible sur Out of Nothing # 2004)

samedi 3 novembre 2007

[Oldies] The Left Banke - Walk Away Renee/Pretty Ballerina (1967)

Tout le monde connaît The Left Banke. Tout le monde a déjà entendu au moins un de leurs morceaux. Sauf que personne ne sait que ce sont eux qui les ont composé. Oubliés qu’ils ont été.

Avant de continuer la lecture de cette chronique, descendez en bas de celle-ci et écoutez Pretty Ballerina. Puis revenez.

(… un ange passe …)

Ayé, vous voyez ? Ce titre magnifique qu’il vous est arrivé de fredonner n’est autre que l’œuvre des Left Banke, inventeur de la pop-baroque, groupe crashé en plein vol et nourri d’histoire à la « je t’aime moi non plus ». Un sacré gâchis une fois de plus (la meilleure preuve ? Leur courte discographie est totalement introuvable – sauf à des prix complètement indécents).

Et pourtant, ils avaient tout pour eux : une tête de proue de talent (Michael Lookofsky rapidement devenu Mike Brown), des morceaux magnifiques et quelques tubes dans la besace. Malheureusement, ils n’ont jamais eu la patience et la persévérance nécessaire pour vraiment accéder à la gloire.

L’histoire des Left Banke et de cet album (leur premier) démarre en 1965. Le groupe se forme, compose de charmants morceaux, fait emballer le tout par le père Lookofsky et démarche les maisons de disque.
Après plusieurs refus, le groupe splitte. Mike Brown jette l’éponge aussi vite qu’il la prise en main. Un génie au moral de dépressif en phase terminale.

Heureusement, ses compagnons d’ (future) infortune, eux, ne lâchent pas l’affaire. Et retravaillent un titre presque laissé à l’abandon, Walk-Away Renée. Et le label Smash les signe. Le morceau fait un carton (#5 dans les charts) … et le groupe se reforme.

Mike Brown a retrouvé la foi, les Left Bank sortent un second titre magistral (Pretty Ballerina donc) qui se classe à la quinzième place des tops de l’époque et leur premier album voit le jour, avec pour nom les titres de ces deux premiers singles à succès.

Le disque est court (même pas trente minutes). Mais est rempli de titres soignés et d’arrangements soyeux. Certes, Pretty Ballerina et Walk-Away Renée sont une évidence et se détachent immédiatement. Mais les neuf autres morceaux ne sont pas en reste. Et respirent à pleins poumons les parangons musicaux de l’époque. Il y a du Beach Boys dans les chœurs, un peu de Zombies par-ci et par là et bien évidemment du Beatles (de toutes façons, à l’époque, comment passer à coté ?) dans les chants et quelques ritournelles.
Mais ne nous méprenons pas: les Left Bank ont une sonorité bien à eux, une griffe, très baroque, aidé en cela par les talents de compositeurs de Mike Brown (qui se rêvait en Brian Wilson) et la voix de Steve Martin, qui aime à monter bien haut.

Ce disque aurait du être leur strapontin pour la gloire. Au lieu de cela, et alors que 'Pet Sounds' fait entrer par la grande porte les Beach Boys dans le Hall of Fame musical du XXè siècle, les Left Bank se déchirent, Mike Brown enregistre (avec des musiciens de sessions) un nouveau single provocant l’ire de ses anciens comparses (qui iront jusqu’à demander au fan-club du groupe de boycotter le titre) avant de se reformer une nouvelle fois pour un second album, même si leur leader se montre très absent sur celui-ci.

Ce nouvel opus sera l’épilogue de ce groupe qui voit son histoire se terminer aussi vite qu’elle a commencé. Au début des années 1990, une compilation réunira tous leurs titres sur un seul et même disque ('There's Gonna Be a Storm: The Complete Recordings 1966-69'). Mieux: à l’écoute de Ben & Jason voire de Badly Drawn Boy, on retrouvera un peu leur influence.

Mais au final, The Left Banke resteront à jamais les inventeurs de la pop baroque . Un groupe qui aurait du devenir énorme mais qui aura réussi à dilapider tout l’or qu’il avait entre les pognes en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. L’histoire de la musique dans sa plus grande vérité en quelque sorte.

Première sortie : Février 1967 (Smash Records)
Réédition : 1992 (Mercury)


Son :
Myspace (4 titres dispo)
Site officiel


Et pour finir, trois titres, dont Pretty Ballerina et Wak-Away Renée bien sûr. Mais jetez-vous sur Shadows Breaking Over My Head, tout aussi superbe, qui rappelle les grandes heures de Ben & Jason :







jeudi 1 novembre 2007

Joe Henry – Civilians [Anti-]

La fille de la pochette (qui rappelle PJ Harvey) est dans une calèche, l’air ailleurs, avec dans la main des fleurs blanches que l’on jurerait funestes. Derrière elle, les tours s’élèvent. On est à New-York. Boston. Chicago. Ou Washington. En tout cas aux États-Unis.

Dans son nouvel album, 'Civilians', Joe Henry y raconte son pays. Ses États-Unis. Et le fait entouré de compagnons de route triés sur le volet. Et quel volet ! Jugez plutôt : Van Dyke Parks, l’ami des Beach Boys, Bill Frisell (dont on se souvient avec délice de son 'The Intercontinentals' de 2003) ou Loudon Wainwright III (le père de Rufus et de Martha et, surtout, songwriter folk de talent) sont de la partie. Bref, Joe Henry n’a pas lésiné sur les invités de marque à la valeur ajoutée artistique énorme.

Mais on n’en doutait pas. Personnellement découvert lors de la sortie de son 'Tiny Voices' en 2003 (bien qu’il comptait déjà 15 ans de carrière derrière lui), qui avait connu à l’époque un joli succès d’estime et des louanges de critiques tombés, comme moi, sur le cul, voir ainsi un casting de cette qualité est tout sauf une surprise.

Comme ne l’est pas non plus la qualité de ce 'Civilians', qui tourne plus que de raisons dans mon lecteur depuis sa sortie en septembre dernier. La voix profonde est toujours la même, touchante, juste, pleine d’émotion et romantique. Ses morceaux, mix pile-poil-ce-qu’il faut de pop suave et d’empreintes jazzy – aux accents parfois folk avec une mandoline du plus bel effet –, ont une classe dingue, enrobés qu’ils sont par une production ronde comme un ballon mais légère comme de l’hélium. Et puis derrière, au niveau des musiciens - le jeu du batteur, les cordes - , tout est du très haut niveau.

Bref, en ce jour béni (oui, il est férié : contentons-nous de peu, c’est déjà beaucoup), 'Civilians' de Joe Henry est le disque idéal très franchement. Le soleil va pointer le bout de son nez et le froid sera vivace. Le contexte idéal pour écouter cette petite douceur poppy-jazz inspirée. Qui finira bien haut dans tout top de fin d'année de qualité et qui se respecte. (Sortie : 11 septembre 2007)

Son :
Myspace (2 titres de Tiny Voices)
Site Officiel (album en écoute intégrale ou quasi).


Deux facettes dans les titres proposés ci-dessous. Un Joe enlevé et un Henry posé et impliqué (magnifique Our Song, finement politisée) (malheureusement plus en ligne).