Les Mannequin Pussy, c'est comme le lingot d'or ou l'assurance-vie : une sacrée valeur refuge sur laquelle on sait qu'on peut parier sans jamais se tromper. Et ce n'est pas I Got Heaven qui viendra démentir cet état de fait.
Nouveau single du quatuor de Philadelphie, auteur de quelques brûlots rock aimés dans ces pages, il est d'une efficacité redoutable. Sa construction dichotomique y est d'ailleurs pour beaucoup : sur les couplets punk à souhait, Marisa Dabice hurle et crache sa rage à l'oreille de l'auditeur. Arrive le refrain, où l'ambiance se fait plus shoegaze - tirant même vers la pop - où la même Marisa Dabice devient plus aérienne et douce. Autour de cela ? Des riffs de guitares, mélodieux au possible. Qui a dit tube ?
Toujours caustique, toujours un rien branleur, revoilà les Cheekface, le trio de Los Angeles habitué de ces pages ces dernières années. Pour l'instant, ce n'est qu'un single, comme ils aiment bien en sortir régulièrement - et qui finira peut-être/sans doute sur un prochain album.
La chanson s'appelle Plastic est, sorti de son hook sémillant et de ses guitares qui sautillent, critique l'ambivalence de nos sociétés occidentales qui hurlent au dérèglement climatique mais qui dans le même temps veulent tout - et souvent tout de suite. Un titre bien vu, sarcastique et efficace, comme souvent avec eux.
Original que cet album de Mull Historical Society, le projet de l'écossais Colin MacIntyre dont je ne crois pas avoir croisé la route un jour. L'histoire est simple : son grand-père Angus, en plus d'être le directeur de la banque de la petite ville de Tobermory, située dans la province de Mull au nord-ouest de l’Écosse, était un poète reconnu, qui eut le souvent les honneurs de la BBC locale. Chez lui, son salon était souvent l'occasion de rencontres artistiques et effervescentes. Des soirées qui ont marqué l'alors jeune Colin MacIntyre.
Des années ont passé et l'homme derrière Mull Historical Society a appris que ce fameux salon avait été transformé en un studio d'enregistrement. Les souvenirs remontants, il s'est finalement rendu compte de l'importance qu'avait eu cette pièce dans sa vie et à quel point elle l'avait inspiré.
De là, est né cet album, 'In My Mind There's A Room' le bien nommé. Mais plutôt que de se concentrer sur sa vie et ses propres histoires, et avec l'envie de mélanger musique et littérature, Colin MacIntyre a préféré demandé à d'autres de venir lui raconter les pièces (dans le sens de « lieu » donc) qui avaient joué un rôle dans leurs vies et avaient pu les inspirer. Et donc notre homme de demander à treize autrices et auteurs (Jennifer Clement, Liz Lochhead - qui contribue à deux morceaux d'ailleurs -, Alan Warner, Sebastian Barry, Nick Hornby, Stephen Kelman, Jacqueline Wilson, Ian Rankin, James
Robertson, Jackie Kay, Jason Mott, Val McDermid et Angus MacIntyre, évidemment) de se mettre un peu à nu.
Ces textes en poche, il les a travaillés pour en faire des chansons, avant de composer la musique. Et le résultat est étonnant. Si tout ne marche pas toujours ici, si la cohérence de l'ensemble n'est pas évidente, il se dégage néanmoins de ce 'In My Mind There's A Room' quelque-chose de sacrément attachant. Voire de touchant sur la fin quand la poétesse écossaise Liz Lochhead (qui contribue à deux chansons sur l'album) vient elle même chanter son propre texte sur Anaglypta, ou quand le quatorzième et dernier titre n'est autre qu'un enregistrement du grand-père Angus MacIntyre déclamant un de ses poèmes, sans musique ni artifices.
Et entre cette pop à la Radiohead des débuts, ces passages plus prog, d'autres plus folk, ces moment d'où émergent quelques élans lyriques (superbe Kelshabeg), et ces morceaux rock (l'efficace Panicked Feathers, composé via le texte de Nick Hornby,) et qui sonnent parfois étonnamment américains (formidable 1952 et son refrain mélancolique qu'on a envie d'hurler à tue-tête : «1952, in a room with my own view, who needs Virginia Woolf ? But it take my night away»), difficile de ne pas y trouver son compte. (Sortie : 21 juillet 2023)
Trois chansons de 'In My Mind There's A Room' de Mull Historical Society en écoute aujourd'hui. A toute reine tout honneur, ouvrons le bal avec 1952, le grand morceau de ce disque (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Poursuivons avec Kelshabeg que Colin MacIntyre partage avec une chanteuse lyrique. Et finissons par l'énergique Panicked Feathers, composé via le texte et les souvenirs de Nick Hornby :
Deux clips tirés de 'In My Mind There's A Room' de Mull Historical Society: celui, bien réel, de Panicked Feathers et celui (une simple vidéo avec les paroles) de 1952 :
J'aurais aimé attendre le 6 octobre prochain pour évoquer une seconde fois cette année le nouvel album de Tele Novella. Hard Hearted Way était une belle mise en bouche pour ce disque très très attendu dans ces pages et suffisait sans doute bien. Oui mais voilà, le duo Natalie Ribbons/Jason Chronis a publié il y a quelques jours Eggs in one Basket, le troisième single extrait de ce 'Poet's Tooth' à venir. Et il m'était difficile de ne pas en parler, fut-ce succinctement.
Avec toujours à l'esprit cette ambiance d'ici et d'hier, les Tele Novella composent là une chanson aux couplets métronomiques, aux refrains lumineux (dont la mélodie semble tout droit venue de la fin des années 60) et qui fourmillent de détails délicieux. Je crois ne pas me tromper en disant que Eggs in one Basket est à ce jour sans doute la plus belle chanson jamais écrite par Tele Novella.
Album : Poet's Tooth Année : 2023 Label : Kill Rock Stars
La dernière fois que j'ai parlé dans ces pages de Zach Condon, l'homme derrière Beirut, nous étions en 2007. Ce blog n'avait alors que quelques mois, les « Track of The Day » tenaient en quatre, cinq lignes et un seul papier récapitulatif les présentait toutes (le lundi matin). De son côté, Beirut venait de publier 'The Flying Cup Club', très convaincant second album après un premier opus plutôt encensé par la critique mais qui m'avait laissé sur ma faim.
Seize ans c'est aussi - jour pour jour ! - l'âge de ce modeste blog musical, lancé le soir du 4 septembre 2007 par une chronique de 'V-Live', album live sidérant de Vitalic enregistré un an plus tôt à Bruxelles dans la moiteur d'une Ancienne Belgique furieuse et enthousiaste et dans laquelle se trouvait votre serviteur. Le premier de près de 2000 billets (si l'envie d'écrire quelques bafouilles quotidiennes ne me quitte pas d'ici là, on devrait atteindre ce nombre l'an prochain), sans doute le double en chansons mises en ligne, et à ce jour pas loin de 200 abonnés cumulés aux playlists Deezer et Spotify (je ne m'explique toujours pas la si grande différence de « likes » entre les deux plateformes).
Alors, histoire de fêter ce nouvel anniversaire, écoutons donc So Many Plans, premier extrait de 'Hadsel', nouvel album de Beirut à sortir le 10 novembre prochain. Parce que la chanson est belle et bien ordonnée. Parce que la mélancolie de ces cuivres, où l'on reconnait instantanément la patte de Zach Condon, fait toujours mouche. Et parce que cet album sortira chez Pompeii Records (le propre label de Beirut) et que c'est un nom absolument merveilleux.
Album : Hadsel Année : 2023 Label : Pompeii Records