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mercredi 12 octobre 2016

Hospital Ships - The Past is not a Flood [Graveface Records]

Course complètement idiote - pour peu qu'on s'amuse à ce petit jeu, le top des meilleurs albums est une récréation assez jubilatoire à faire, en tout cas pour l'auteur de ces lignes (qui, soit dit en passant, a manqué, faute de temps ou d'envie, deux tops albums).

Pourquoi cette introduction ? Car après de très nombreuses écoutes de 'The Past is not a Flood', quatrième album des Hospital Ships, la question mérite d'être posée : et si nous tenions là le meilleur disque de l'année ?

Hospital Ships est un groupe découvert (pour ma part, cela va sans dire) via la compilation 'Weary Engine Blues', sortie en hommage à Jason Molina, quelques semaines après le décès de ce dernier. Le groupe y reprenait Hammer Down, sorti sur le premier album de Magnolia Electric Co. (le groupe succédant nominativement à Songs: Ohia), 'What Comes After the Blues'.

Quatuor à la base, Hospital Ships n'est plus aujourd'hui le projet que d'un seul homme, Jordan Geiger. Mais pour ce 'The Past is not a Flood', ce dernier s'est adjoint pour l'occasion les services de Thor Harris, percussionniste chez feu les Swans de Michael Gira. Un camarade de jeu qu'il connait vu qu'ils ont tous les deux officiés un temps chez Shearwater de Jonathan Meiburg.

La bonne nouvelle, c'est que bien qu'en comité restreint, Hospital Ships ne limite pas ses ambitions musicales et fait de 'The Past is not a Flood' un ravissement de 37 mns. Six chansons qui prennent leur temps (la plus courte, Long May You, fait tout de même 4.55 mns) et qui étirent des mélodies répétitives (ces trois notes de piano répétées à l'envie sur You and I), des ambiances rêveuses, des synthétiseurs profond (Oh My Light) ou encore le fantôme du 'Spoon and Rafter' de Mojave 3 (Long May You). Un ensemble musical auquel vient se marier la voix de Jordan Geiger, qui n'est pas sans rappeler celle de Jonathan Donahue de Mercury Rev (notamment sur Little Flower).

Ici, pas de quoi danser la gigue, car comme l'explique Graveface Records (label historique d'Hospital Ships) : « 'The Past is Not a Flood' is a product of his dealing with trying to break the cycle of years of mental illness, anxiety and depression.». Tout un programme.

Mais il n'en reste pas moins que cet album est vrai voyage, tantôt en apesanteur, tantôt dans des sphères plus heurtées. La fin d'année nous dira au final si 'The Past is Not a Flood' est aussi marquant que je le pense. Mais au final, ceci n'a que très peu d'importance. Car comme le chantent les Hospital Ships sur All in Time : « We're all going to die... we're all going to die... ». (sortie : 11 mars 2016)

Son :
'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est en écoute sur le bandcamp de Graveface Records.
'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est également en écoute sur Spotify et Deezer
Enfin, 'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est disponible à l'achat sur le bandcamp de Graveface Records.

Comme le veut la tradition, trois titres en écoute de cet album d'Hospital Ships : All in Time, LA merveille de ce 'The Past is not a Flood' (en écoute dans le lecteur Spotify à gauche également). Mais également Little Flower et Long May You :







Enfin, et pour finir, la très convaincante version acoustique d'All in Time par Jordan Geiger, l'homme derrière Hospital Ships :


jeudi 7 novembre 2013

Okkervil River - The Silver Gymnasium [ATO Records]

'The Stand-Ins' annonçait la fin de la collaboration Will Sheff/Jonathan Meiburg, le second préférant se concentrer sur Shearwater, son projet (trop) plein d'emphase. Quid de l'avenir d'Okkervil River ? On pouvait douter de la suite des affaires, tant le duo fonctionnait bien. Pis : en écoutant 'I Am Very Far', on se disait qu'on avait eu raison de douter.

Et puis est arrivé 'The Silver Gymnasium', un départ de chez Jagjaguwar (pour ATO Records) et un retour de l'inspiration (aucune lien de cause à effet, soit dit en passant).

Will Sheff annonçait à grand renfort d'interviews que 'The Silver Gymnasium' était le meilleur album d'Okkervil River jusque là: « And I know people always say this, but this is my favorite album we've done. Writing-wise, performance-wise, experience-wise. No question ». Je n'irais pas jusque là ('Down The River of Golden Dreams' et 'The Stand-Ins' auront toujours ma préférence), mais force est de constater qu'il n'a pas fondamentalement tort.

Fort d'un début d'album parfait, composé de trois chansons de haute volée (It Was My Season / On a Balcony / Down Down The Deep River, dont deux sont en écoute plus bas) avec tout ce qu'il faut de cordes et de cuivres pour emballer les mélodies, 'The Silver Gymnasium' déroule tout du long de beaux moments. On ergotera rapidement sur le milieu de l'album un peu en dedans, mais l'album tient plus que la route. La voix de Will Sheff est toujours aussi mélancolique, la musique aussi folk-rock qu'épique, plongeant avec joie dans les années 80 que dans ce qui a toujours fait la force du groupe (All The Time Every Day qui aurait sa place sur beaucoup d'albums d'Okkervil River).

Au contraire de groupes du même acabit (The Decemberists, si vous me lisez), Okkervil River continue sans coup férir d'entretenir une discographie quasi sans faille. La belle aventure n'est donc pas terminée, l'inspiration est toujours bien présente. Et 'I Am Very Far' n'était en fait qu'un rebound-album pour oublier Jonathan Meiburg et passer à autre chose. Chose faite. Et bien faite. (Sortie : 3 septembre 2013) 


Plus :
Acheter The Silver Gymnasium sur le site d'Okkervil River


Deux chansons en écoute. Down The Deep River, un morceau parfait de 6mns, dans la pure veine d'Okkervil River et Stay Young, premier single de 'The Silver Gymnasium', à l'accent eighties :


Avant deux clips, une bizarrerie. Groupe pas comme les autres, Okkervil River propose pour la sortie de 'The Silver Gymnasium'... un jeu vidéo du même nom et gratuit. 
Format plateforme 8-bits, avec chanson du groupe dans ce format là, il propose les pérégrinations d'un jeune garçon (Will Sheff) à la recherche de sa grande sœur, dans un monde rapidement effrayant et bien loin de notre réalité. Curieux, bien foutu et très jouable. A découvrir ici.
It Was My Season, la chanson qui ouvre 'The Silver Gymnasium' a également son clip. Pour jouer au karaoké :



Le clip de Stay Young. Manque juste « and Dumb » au titre :


mardi 26 mars 2013

[Track of The Day] Mark Kozelek - It's Easier Now (Jason Molina cover)

Lundi dernier, cette salope de faucheuse mettait un terme à la carrière de songwriter fabuleux de Jason Molina. Une semaine. Tout pile.

Sept jours plus tard donc, le souvenir et la douleur toujours vivaces, une compilation à son honneur est annoncée. Elle s'appellera 'Weary Engine Blues' et convoque pour l'occasion pléiade d'artistes aussi divers que talentueux, excusez du peu (je vous mets la liste complète, histoire que quand même, hein !) : Mark Kozelek, Will Oldham, John Vanderslice, Allo Darlin, Hospital Ships, Lucas Oswald, Jonathan Meiburg (Shearwater), Damien Jurado, Dreamend, Brown Bird, Haunt the House, TW Walsh, Phil Elverum, Alisdair Roberts, Scout Niblett, Jeffrey Lewis, Will Johnson, The Wave Pictures, Darren Hayman, Herman Dune et quelques autres.

Le but ? Amasser des fonds pour la famille de Jason Molina. L'ensemble sortira le 23 avril prochain, est disponible à l'achat ici soit au format digital soit au format cd + une carte (dans le sens "map"), dessinée par William Schaff, et rendant hommage à Jason Molina. Tous les bénéfices iront entièrement à la famille.

Et comme pour « vendre » une telle compilation, en plus d'un artwork réalisé par Molina lui-même, il faut un petit teaser alléchant, c'est Mark Kozelek qui s'y colle. Au programme, une relecture de 1m51s de It's Easier Now, la chanson d'ouverture de 'Let Me Go Let Me Go Let Me Go', album solo de Jason Molina datant de 2006. Et aux paroles prophétiques (comme on peut en redécouvrir quelques unes en replongeant dans sa discographie : « It's easier when I just admit / Death comes now
And the next minute / The next minute / The next minute »
.

Une relecture formidable (et qui pourrait annoncer une compilation épatante), très différente de l'originale, moins sombre, plus courte, concentrée et au chant plus rapide, mais un bel hommage à Jason Molina, artiste américain au talent incroyable et qui avait dans les mains et dans l'aura de quoi vieillir aussi bien qu'un Neil Young aujourd'hui. Foutue ligne de vie...

Album : Weary Engine Blues
Année : 2013
Label :  Graveface


Acheter 



La reprise d'It's Easier Now par Mark Kozelek est en écoute sur le soundcloud ci-dessous. (malheureusement plus en écoute)

Histoire de comparer, la version originale d'It's Easier Now, par Jason Molina, est en écoute ci-dessous :


mercredi 14 mars 2012

[Track of The Day] Shearwater - Animal Life

Shearwater et moi, on n'a jamais été spécialement pote. Je n'ai pas grand chose contre Jonathan Meiburg et sa petite bande, mais son projet (bien que Will Sheff y ait participé un temps, c'est surtout le projet de Meiburg) a tendance à m'ennuyer. Même 'Rook', album loué en son temps (2008).
Il y a chez Shearwater trop d'emphase et une grandiloquence qui me fatigue sur la longueur. Bref, telle la lutte Beatles/Stones, Oasis/Blur ou B.I.G/2Pac (oui, les comparaisons débiles c'est mon truc), je suis plus Okkervil River (le groupe grand-frère) que Shearwater.

Mais ô surprise, ce 'Animal Joy', écouté sans rien en attendre vraiment, est une belle surprise. Plus rock, plus simple, tenant la barre de mélodies qui font mouches presque instantanément, 'Animal Joy' a des passages vraiment marquant (Animal Life, chanson pop calibrée comme il faut (3'38), à la montée et au piano qui dicte la mesure ou You As You Were, très lumineuse).

Pas un album renversant pour autant, mais de jolies choses à piocher ici et là. Et un ensemble qui tient la route. Bien plus en tout cas que leurs précédents efforts. 

Album: Animal Joy 
Année: 2012 
Label: Sub Pop

Assurément un de mes tubes de l'année, Animal Life, en plus du lecteur grooveshark à droite, est également en écoute sur le soundcloud de Shearwater. Et dans le lecteur ci-dessous.  (malheureusement plus en écoute)

mardi 31 janvier 2012

Aidan Baker - The Spectrum of Distraction [Robotic Empire]

S'il y a bien une fonction que j'ai toujours trouvé très con, c'est bien celle du «random» (ou «shuffle»). Vous savez ce bouton qui vous permet de passer un album dans le désordre, au bon vouloir de la machine. Je n'en ai jamais trop compris l'intérêt.

Peut-être parce que je suis plus album que single. Peut-être parce que j'estime qu'écouter un album dans le désordre alors qu'il a été pensé précisément pour être écouté dans un ordre bien précis est fondamentalement idiot. Peut-être parce que je suis un adepte de la maxime du «less is more» en matière de hi-fi.

Mais j'ai mis mes préjugés et mes ressentis au placard en lisant les instructions pour écouter 'The Spectrum Of Distraction', nouvel album d'Aidan Baker, prolixe musicien au talent déjà évoqué dans ces pages. Nouvel et énième album devrais-je même dire. Difficile de tenir des comptes tant les sources diffèrent mais on tape les 120 albums - solo, avec Nadja, ARC et les autres, cumulés - easy.

'The Spectrum Of Distraction' est un concept album. Mais pas dans le sens où on l'entend habituellement, où l'artiste base son disque sur une seule et même histoire (genre 'L'histoire de Melody Nelson' ou 'The Wall'). Ici, le terme de concept album s'applique surtout à la manière d'écouter l'ensemble. Comme l'ont été en leur temps le 'Zaireeka' des Flaming Lips (quatre disques à jouer en même temps sur quatre chaines différentes) ou la Symphonie pour 100 guitares électriques de Glenn Branca (même si cela n'a jamais vu le jour en disque). Ce genre là.

'The Spectrum Of Distraction' est un double-album. Qui cumule un total de 2h de musique. Le tout disséminé en … 98 morceaux! Pas plus, pas moins. The Gerogerigegege et leur 'Tokyo Anal Dynamite' de 1990 et ses 75 morceaux (en 31 mns cependant) peuvent gentiment aller se rhabiller!

'The Spectrum Of Distraction' est un album qui fait l'éloge de la guitare tout du long. Très noisy, très brutale sur les 53 morceaux du disque 1. Plus vaporeuses sur les 45 titres du disques 2.

Mais 'The Spectrum Of Distraction' c'est aussi un éloge à la rythmique. D'ailleurs, pour emballer cette grand œuvre, Aidan Baker a convoqué pas moins de 18 batteurs, qui se relaient tout au long des 2h. Et au-delà d'Aidan Baker lui-même, on retrouve notamment Thor Harris (batteur de Shearwater, mais occasionnellement de Angels of Light), Mac McNeilly (Jesus Lizard), Ted Parsons (Swans) ou Simon Scott (Slowdive). Excusez du peu.

Mais, et c'est là qu'intervient l'idée de concept-album, Aidan Baker conseille d'écouter chaque disque de 'The Spectrum Of Distraction' en total random. Pas de façon linéaire. Bref, au pif. Une expérience - que je crois - inédite.

Si l'idée de départ peut prêter à sourire et pourrait faire passer Aidan Baker pour un gentil artiste tentant de faire le buzz, au-delà du fait que cela serait mal connaître le bonhomme, le tout tient incroyablement bien la route.
Évidemment, la première écoute se fait dans l'ordre des pistes. Mais dès la seconde, on suit le conseil et on découvre un nouveau 'The Spectrum Of Distraction'. On passe sans coup férir d'un morceau très nerveux à un moment calme. Sans jamais trouver le changement abrupte et anormal.

Aidan Baker réussi avec 'The Spectrum Of Distraction' une vraie expérience sonore à l'éclectisme fou (on passe ici du noise au stoner, du jazz au punk). Une expérience qui a un sens. Qui a du coffre. Et surtout une cohérence. Cet album est dingue. 2012 commence sur les chapeaux de roue. Mais il va falloir se lever tôt pour faire ne serait-ce qu'aussi bien. (Sortie: le 17 janvier 2012)


'The Spectrum Of Distraction' est disponible pour 10€ (oui, 10 malheureux euros auquel il faut ajouter 3.5€ de port) sur Broken Spine, le shop en ligne d'Aidan Baker. En cliquant ici.


Son:

Aidan Baker's Bandcamp ('The Spectrum Of Distraction' est en écoute complète ici. Mais dans le bon ordre, forcément)
Site officiel d'Aidan Baker (et de ses autres projets)

Difficile de proposer des sons en écoute pour un album à écouter en «random». Ceci dit, et en tentant de surcharger la page le moins possible (pour cela que je vous conseille de ne pas rester sur la home pour lire/écouter cet article), voilà une sélection, totalement aléatoire, de six morceaux de ce 'The Spectrum Of Distraction': trois du CD1 et trois CD2.


CD1
Aidan Baker - Mystery Of The Secret Room Pt.3 (0'57)

Aidan Baker - Blood On The Handle Pt.1 (1'02)

Aidan Baker - The Planet Eater (7'00)


CD2
Aidan Baker - Dream Trips Pt.5 (3'00)

Aidan Baker - Surf Monkeys Pt.2 (0'36)

Aidan Baker - Killer Virus Pt.1 (3'42)