dimanche 21 octobre 2007

[Oldies] The Four Seasons - Genuine Imitation Life Gazette (1969)

Pochette hideuse. Montage foireux et moche. Tronches de premier de la classe. Et tenue ridicule. C’est vrai que si l’on s’arrêtait à l’artwork de ce 'Genuine Imitation Life Gazette', il y aurait de quoi partir en courant.
Mais vous allez quand même rester. Déjà, vous êtes des lecteurs bien élevés. Et surtout, cet album des Four Seasons mérite le détour. Et même bien plus que ça : il demande des écoutes régulières pour en savourer toute la teneur.

Nés sous le nom de The Variatones (nom qui changera quatorze fois au fil des échecs !) en 1953, sous l’impulsion de Frankie Valli et Tommy De Vito, The Four Seasons débutent véritablement leur carrière en 1961. Car oui, malgré près d’une dizaine d’années d’échec pour la bande de ritals du New-Jersey, où ils finirent par ne plus être embauchés que pour faire les chœurs sur divers albums d'autres artistes, leur carrière est pourtant loin d’être catastrophique.

Loin des exemples présentés dans ces pages les semaines précédentes, les Four Seasons, eux, ont connu le succès, ont enchaîné les tubes aux Etats-Unis (quatre numéro un au total, 24 titres classés dans le top 30 du Bilboard entre 1962 et 1975) allant même, en 1964, jusqu'à être le seul groupe à enrailler (le temps de deux semaines seulement) le débarquement prodigieux de la Beatlesmania au pays de l’Oncle Sam (leur titre Dawn (Go Away) étant le seul titre non-Beatles du top 5 du Bilboard de l’époque). Bref, un groupe, une aura et une place de choix dans le cœur des américains (les Four Seasons n’ayant jamais percé en Europe).

En janvier 1969, alors que les Fab 4 viennent de sortir leur 'White Album' et s’apprêtent à mettre un 'Abbey Road' dans tous les bacs de la planète, les Four Seasons décident de changer de cap. De tenter une nouvelle aventure discographique. De se remettre en question. Et de devenir enfin ambitieux. Finie la pop un peu mièvrasse et formatée. Adieu vieux succès. Et bonjour pop psychédélique ; et donc 'Genuine Imitation Life Gazette'.

A l’écoute de cet album, impossible de ne pas penser aux Beach Boys, aux Zombies, aux Kinks de Ray Davies, aux Beatles (la fin de 'Imitation Life Gazette' est d’ailleurs un gros clin d’œil à Hey Jude, sorti quelques six mois plus tôt) ou même au Love d'Arthur Lee.
Les chœurs, la classe des mélodies, les morceaux à trois ou quatre temps, la justesse de la voix de Frankie Valli, les renversements constants, les paroles inspirées (la critique de la société de consommation de l’époque), tout y est. Le tout avec, en plus, une propension plus importante aux grandes envolées lyriques (on n’oublie pas son passé comme ça).

Non, ce disque est essentiel en cette année 1969. Et a totalement sa place parmi le quintette des sixties : 'Pet Sounds', 'Odessey and Oracle', 'Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band', 'The Village Green Preservation' et 'Forever Changes'.

Malheureusement, si ce changement de carrière est artistiquement juste et évident, c’est une berezina commercialement parlant. Le succès continue, inlassablement, de les quitter, l’album est un bide complet et le groupe ira se perdre et s’enterrer chez Motown pendant quelques années, avant de renaître, de temps à autres, au gré de rééditions - qui se font de plus en plus rares (la dernière de ce disque là, chez Rhino, est tout simplement introuvable aujourd'hui).

The Four Seasons restera quand même, en tout cas à mes yeux, un grand groupe. Car sortir une œuvre comme 'Genuine Imitation Life Gazette', inventive et ambitieuse, n’est pas donné à tout le monde. D’ailleurs, Paul Mc Cartney doit nourrir le même avis, lui qui s’inspirera (« pompera sans vergogne » serait plus juste) des parties piano (notamment) de American Crucifixion Resurrection pour composer son chef d’œuvre, Nineteen Hundred and Eighty Five. Comme quoi...


Première sortie: 1969 (Rhino)
Dernière réédition: 1995 (Rhino)



Ce disque étant particulièrement introuvable (en tout cas à un prix décent), voilà trois morceaux en écoute: Genuine Imitation Life, American Crucifixion Resurrection et Mrs Stately's Garden. Miam miam miam :

 

jeudi 18 octobre 2007

Pierre Lapointe - La Forêt des Mal-Aimés [Audiogram]

Alors que je suis toujours en pleine replongée dans les disques sortis l'année dernière, parlons un peu musique francophone avec ce deuxième album du québécois Pierre Lapointe, 'La Forêt Des Mal-Aimés'.

Ah, je vous vois venir: « Oula, québécois, mon dieu, au secours, Céline Dion, Natasha St-Pier, Hélène Ségara (oui, non bon, elle, elle est française. Mais elle pourrait être québécoise vu ses facilités en beuglement), Garou, j'en rajoute deux qui nous font 100 et je vous rends trente ». L'inconscient collectif français est en effet implacable : un canadien qui parle notre langue est québécois. Et un québécois qui chante dans la langue de Molière, ça rappelle invariablement les produits du dessus.

Et pourtant, en une écoute (même distraite) de cette Forêt des mal-aimés, on se rend vite compte qu'on a tout faux. Et que les préjugés c'est bien. Mais qu'il faut savoir les laisser tomber. Car cet album de Pierre Lapointe est loin, très loin, de la variétoche qui submerge depuis dix ans toutes les ondes radios de l'hexagone (ah, heureux peuple allemand).

Là, on parle de songwriting. De concept album. De belles chansons. De chouettes arrangements. De production impeccable (et intelligente !). De textes délicieux. D'une voix qui ne s'efforce pas à hurler tous les trois pieds.
Ce Pierre Lapointe (dont le genre musical n'a rien à voir avec son homonyme français des années 50) a un talent dingue. Et aligne en une heure environ des compositions tantôt tubesques (Deux Par Deux Rassemblés et ses violons sautillants, L'endomètre Rebelle voir plus bas), tantôt pop (Qu'en Est-Il De La Chance?), tantôt introspectif (25-1-14-14, bijou de tendresse, tout au piano).

Les cordes, les textes, la voix (avec ce léger accent qu'on sent poindre tout au long du disque) et surtout ce piano, fer de lance du disque, tout cela tient sacrément la route. Et 'La Forêt Des Mal-Aimés' s'avère rester, même un an après, comme le meilleur album francophone de 2006. Une galette qui redonne foi en la patrie du caribou. (Sortie : 11 septembre 2006)


Son:
Myspace (non officiel mais avec quatre titres en écoute, dont deux de cet album là)
Site Officiel (album en écoute en streaming mais dans une qualité très moyenne).

Et sinon, deux titres parmi mes favoris, dont Le Lion Imberbe, littéralement à tomber (
malheureusement plus en ligne).

Le clip de
Deux Par Deux Rassemblés, absolument kitsch (malheureusement plus en ligne).


mercredi 17 octobre 2007

Tim Hecker - Harmony in Ultraviolet [Kranky]

Allongez-vous. Fermez les yeux. Vos paupières deviennent lourdes. Très lourdes. Rainbow Blood vient de lâcher ses premières notes et déjà, vous sentez comme un cocon ouaté vous entourer. Cette sensation va durer près de cinquante minutes. Et rien ne pourra vous extirper de cette douce torpeur.

Vous venez de mettre dans votre lecteur 'Harmony in Ultraviolet' de Tim Hecker, producteur de son état, qui a sorti l'an passé son quatrième album studio. Encore une « vieillerie » donc. Et pas une nouveauté. Car en ces temps où le temps pour écrire une chronique sur un disque récent manque, en ces heures où rendre la TVA trimestrielle de la société pour laquelle vous trimez est plus important que n'importe quoi, en ces moments où le rhume s'en va mais revient vite, rien de mieux que de se recentrer sur certains des disques essentiels des mois derniers ; des albums que l'on connaît par coeur.

C'est le cas de cet 'Harmony in Ultraviolet', énigmatique et entêtant. Un album fait pour nous bercer et nous permettre de nous évader, le tout en 15 morceaux, tout en apesanteur, qui finalement ne font qu’un. Une suite continue de cinquante minutes.
Une seule et même variation, lancinante, sur fond de crachin sonore, qui ne s’atténue que très rarement (Harmony in Blue I), rendant alors encore plus saisissante la pureté de ce son sans aspérité. Parfois, le tout s’emballe un peu, essaie de s’échapper de ce carcan (Chimeras) mais retrouve bien vite le calme et la torpeur générale.

Ambiant, rêveur, minimaliste, noisy, charmeur, enchanteur, avec une part d’ombre délicieuse, 'Harmony In Ultraviolet' est une rêverie continuelle. Le disque parfait pour entrer dans la nuit. Voire pour en sortir. Laissez vos yeux fermés. Appuyez sur lecture à nouveau. Et recommencez le voyage au pays de Tim Hecker, un artiste « dronement » fascinant. (Sortie : 17 octobre 2006)


Il est beaucoup plus intéressant d'écouter l'album d'une traite. Mais comme ce n'est pas possible, deux morceaux (malheureusement plus en ligne).

mardi 16 octobre 2007

Kwoon - Tales and Dreams [Autoproduction]

A chaque année son disque de post-rock. En 2004, je m'enflammais pour le premier album des anglais de Souvaris (voir par ailleurs leur dernier opus), en 2005 pour Golevka des Suisses d’Evpatoria Report (vite la suite!).

Et l'an passé, retour en France avec un disque d’un sacré personnage dont on ne sait pas (c’est volontaire) grand-chose finalement. Ce disque, dans mon rangement bi-annuel de ma collection, je suis retombé dessus ce week-end. Et j'ai eu l'envie irrépressible d'1) le réécouter et de 2) de vous en parler, au cas où vous seriez passés à côté.

Kwoon. Un nom bien étrange. Un leader qui l’est tout autant, très évasif, qui préfère sans doute (et sûrement même) laisser la place à la musique qu’à sa propre personne. Écrit en 18 mois, puis enregistré dans la foulée avec une petite troupe pour faire vivre ses compositions, 'Tales and Dreams' est une sorte de premier voyage initiatique dans le monde fabuleux du post-rock, mais pas que, musiques planantes et pop atmosphérique passant de temps à autres dire bonjour.

Rehaussé d’un artwork naviguant entre noirceur et onirisme (un booklet splendide, le mot n’est pas trop fort, aux couleurs vives et fascinantes : le genre de truc qui redonnerait foi en « l'objet disque » à des générations de téléchargeurs forcenés), ce 'Tales and Dreams' propose dix compositions originales absolument ahurissantes de classe, et qui laissent présager au groupe un avenir des plus radieux.

Dix titres donc, plein de mélancolie, de spleen et de rêverie où l’on croise un piano lugubre, des guitares aux montées saignantes, une batterie puissante, juste et, de temps à autres une voix plaintive, qui plane au-dessus de la mêlée. Un disque qu’auraient pu enfanter les Cyann & Ben (la référence est criante) et Explosions In The Sky sous le patronage discret de Mogwai et de Sigur Ros.

Bien sûr, on ressortira Blue Melody, bijou de six minutes (voir plus bas), aux deux parties presque égales, qui se termine en une montée lente et douce, où les accords de guitares sont successivement rejoints par un xylophone et une batterie feutrée – qui s’affirme au fil des temps –, avant qu’un violon ne décide à lancer l’assaut riffeur final d’une guitare aiguisée à la perfection.

Mais on n’en oubliera pas pour autant les magiques I Lived On The Moon (le clip est à voir ABSOLUMENT au bas de cette chronique), The Beast, Eternal Jellyfish Ballet ou Kwoon (voir par ailleurs bis), qui conclue, en forme de synthèse réussie, cet album qui l’est tout autant.

Ni plus ni moins qu’un enchantement continu, ce disque (autoproduit !) est une entité parfaite, de l’artwork aux paroles, de la musique à l’ambition créatrice. Un must have 2006. Voire même plus.
Keep On Dreaming appelle le groupe à la toute fin du livret. Qu’il se rassure : ce n’est pas avec ce disque qu’on va arrêter. (Sortie : avril 2006)

Son:
Myspace (trois titres en écoute).
Site Officiel

Deux morceaux parmi les plus beaux de l'album. Ce Blue Melody quand même... (
malheureusement plus en ligne).

Et puis pour finir, la splendeur: le clip de I Lived On The Moon. Déjà que le morceau est un bijou, que dire du clip. Quelle merveille. Et tout est autoproduit. Bordel, ce mec est un génie :

 

lundi 15 octobre 2007

Track of The Day (9-15 octobre 2007)

Une semaine entre balade folk, reprise intimiste et rock nerveux. Slurp. (et toujours dans le lecteur deezer, à droite)


Lundi 15 octobre 2007 :
* The Flaming Sideburns - Loose My Soul [Bad Afro]
Dans le genre « très grand album rock des 10 dernières années », je voudrais ce 'Hallelujah Rock 'N' Rollah' qui s'ouvre par ce bonheur de titre qu'est Loose My Soul. Retombé dessus aujourd'hui par le plus grand des hasards, en rangeant mes disques. Quel panard!
(disponible sur Hallelujah Rock 'N' Rollah # 2001)

Dimanche 14 octobre 2007 :
* Sons & Daughters - Johnny Cash [Ba Da Bing]
Avant d'aller se fourvoyer avec un vrai premier album insipide, les Sons & Daughters savaient écrire de bien bons morceaux nerveux et rythmés. Leur « tube » Johnny Cash le prouve.
(disponible sur Love The Cup # 2003)


Samedi 13 octobre 2007 :
* Bracken - Heathens [Anticon]
Échappé de Hood, Bracken (aka Chris Adams) sort son premier album solo chez Anticon, rappelle à notre bon souvenir 'Cold House' et pond un Heathens entêtant.
(disponible sur We Know About The Need # 2007)


Vendredi 12 octobre 2007 :
* José Gonzales - Teardrop (Massive Attack cover) [Peacefrog]
Le Suédois à guitare revient avec cette reprise de Teardrop de Massive Attack. Plutôt très réussie (quoique, tout dépend de l'humeur) et tranchant franchement avec l'originale.
(disponible sur In Our Nature # 2007)


Jeudi 11 octobre 2007 :
* Julie Doiron - I Left Town [Jagjaguwar]
La délurée Julie Doiron a sorti cette année un album en tous points charmant, comme ses prédécesseurs, déjà délicieux. Sur celui-ci, on trouve ce très joli I Left Town, sur lequel on aurait bien vu passer Jeffrey Lewis.
(disponible sur Woke Myself Up # 2007)


Mercredi 10 octobre 2007 :
* M. Ward - Cosmopolitan Pap [4AD]
Faisant suite à l'excellent 'Post-War' de 2006, ce 'To Go Home Ep' contient un Cosmpolitan Pap bien troussé comme d'habitude par le beau brun américain, qui semble enregistrer tous ses disques dans les années 50.
(disponible sur To Go Home Ep #2007)


Mardi 9 octobre 2007 :

* Grant Lee Phillips - Age Of Consent (New Order cover) [Zoë]
L'an passé, le talentueux Grant Lee Phillips a sorti un album de reprise, tout en acoustique (ou presque). La relecture d'Age of Consent de New Order est un petit délice à écouter le matin au réveil et le soir avant d'aller faire dodo.
(disponible sur Nineteeneighties # 2006)