jeudi 20 octobre 2016

[Track of The Day] Matt Elliott - I Only Wanted to Give You Everything

La scène est anecdotique mais mérite d'être racontée : en 2014, lors de la seconde édition de Heart of Glass, Heart of Gold (aka « le meilleur festival du monde »), alors que dans tous les coins du village vacances de l'évènement les concerts s'enchaînent, une centaine de personnes est groupée dans un des bars pour participer à un karaoké pop géant.

Les titres défilent ; puis à un moment donné, un homme, la quarantaine, front dégarni, prend le micro. Et se met à chanter From Russia, With Love, la chanson originale du James Bond du même nom, interprétée à l'époque par Matt Monro. La salle est sous le charme et lui réserve une bien belle ovation.

Lui, c'est Matt Elliott, anglais de son état, dont quelques albums dans les années 2000 avaient marqué les oreilles, notamment les miennes ('The Mess We Made' en 2003, puis la trilogie 'Drinking Songs' / 'Failing Songs' / 'Howling Songs' entre 2005 et 2008).

Présent sur le festival pour un concert très intimiste, donné à-côté de la piscine, juché sur une chaise, il avait su dans l'après-midi emporter la trentaine de personnes en maillot de bains s'étant arrêté pour l'écouter, lui, tout seul à la guitare, égrenant quelques unes de ses belles et mélancoliques chansons.

Bien qu'ayant disparu des radars médiatiques, Matt Elliott continue à sortir des albums à un rythme régulier. Francophile convaincu, c'est toujours chez les français de Ici D'ailleurs qu'il a sorti en février dernier son nouvel album, 'The Calm Before', le huitième pour le label nancéien.

Un disque - une nouvelle fois - aussi mélancolique que beau. Il voit Matt Elliott alterner moments acoustiques et intimistes qu'il rythme par sa guitare folk et sa douce et belle voix (que cet homme chante bien !), et parties plus sonores, où se mêlent violons, batterie, guitare électrique et chœurs, le tout dans une ambiance d'Europe de l'Est, qui lui est chère.
I Only Wanted to Give You Everything (en écoute aujourd'hui) en est d'ailleurs l'exemple parfait. Chanson de 10 mns, c'est une merveille de montée et de descente, avec une partie centrale vibrante de choeurs et de « but you don't love me » répétés à l'envi. Osons même le dire, un des sommets de 2016. Carrément.

Album : The Calm Before
Année : 2016
Label : Ici D'ailleurs

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De façon très surprenante, 'The Calm Before' est à indisponible sur Spotify mais aussi sur Deezer, Soundcloud ou Bandcamp. Donc forcément, I Only Wanted to Give You Everything est uniquement disponible à l'écoute sur le lien youtube ci-dessous :


Un court teaser de 'The Calm Before' par Matt Elliott. Très réussi :


Enfin, lors de l'édition 2014 de 'Heart of Glass, Heart of Gold', La Blogothèque avait réalisé un petit film report de 15 mns. Sur celui-ci, on trouve un enregistrement de Matt Elliott, filmé pour l'occasion. A voir ci-dessous (à partir de 6'40") :


Enfin, à- lire sur le site d'Ici D'ailleurs, les explications des différents thèmes abordés par Matt Elliott dans 'The Calm Before', chanson par chanson.

mardi 18 octobre 2016

[Track of The Day] Chevalrex - Aussi Loin

Si l'on avait pu se rendre compte de son talent de mélodiste sur son premier album 'Catapulte' en 2013, celui-ci avait quelques défauts. Le '30 minutes with Chevalrex' (chez La Souterraine) avait gommé quelques imperfections. 'Futurisme', sorti en juin dernier, termine le travail et confirme le bien que l'on pensait de Rémy Poncet (vrai nom de Chevalrex) et de sa vision de la chanson française.

Dans la droite lignée musicale d'un Arnaud-Fleurent Didier (Aussi Loin) ou d'un Florent Marchet (Orléans) - mais également au niveau du chant - tout en rappelant Matthieu Boggaerts ou même le méconnu Cyrz, Chevalrex défend ici une certaine idée de la pop bien de chez nous, qui sait être intelligente, ambitieuse et surtout, qui sait raconter des histoires.

Mieux, sur quelques passages, Chevalrex va piocher son inspiration dans la pop anglo-saxonne et américaine (sur Pour Cible, tout sonne comme du Midlake de 'The Trials of Van Occupanther' et la fin rappelle le 'Spoon and Rafter' de Mojave 3 - oui je l'entends de partout en ce moment celui-là).

En fait, le seul bémol que l'on pourrait apporter à 'Futurisme' serait que Chevalrex ne développe pas plus certaines de ses chansons, qui mériteraient parfois un pont, un refrain, un couplet ou une relance de plus.
Mais ceci n'est rien en comparaison du plaisir que l'on peut éprouver à l'écouter de ce très bel album de pop française, où cuivres et guitares se marient à merveille. Il était à suivre il y a 2 ans. Il devient avec 'Futurisme' une valeur sûre.

Album : Futurisme
Année : 2016
Label : Vietnam

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En plus du lecteur Spotify, Aussi Loin est également écoute ci-dessous, via son clip :


Un autre très bel extrait de ce 'Futurisme', Pour Cible :



En plus d'Aussi Loin, voilà la démo de Avec Mon Frère, une des 12 chansons de 'Futurisme'. Une démo sortie sur le Vol. 7 des compilations - fort recommandables - de La Souterraine. Une version bien différente de celle de l'album dont il est question aujourd'hui, mais réussie elle aussi :



lundi 17 octobre 2016

[Track of The Day] Eleanor Friedberger - A Long Walk

Évidemment, ce disque a bientôt un an (il est sorti le 22 janvier dernier). Mais il mérite que l'on s'y intéresse. Oh pas forcément pour sa qualité intrinsèque folle. Car ce troisième effort solo d'Eleanor Friedberger, ex-Fiery Furnaces, est loin de la qualité des deux premiers, 'Last Summer' et 'Personal Record'.

Non, 'New View' est un disque finalement un peu en roue libre, où Eleanor Friedberger aligne des compositions assez banales - pour elle en tout cas -, loin de ses élans passés. 
Mais qu'on ne se méprenne pas : rien ici n'est mauvais ou raté. Ce 'New View' n'a juste pas vraiment d'épaisseur, malgré une production aux atours seventies plutôt seventies.

Alors pourquoi s'y intéresser me direz-vous ? Déjà parce que c'est Eleanor Friedberger et que vu son talent de compositrice, il y a forcément quelques moment à prendre ici ou là (He Didn't Mention His Mother et Two Version of Tomorrow, à la mélodie qui rappelle le Dylan de 'Blood on the Tracks').

Mais surtout pour A Long Walk, qui termine 'New View'. Une - longue - chanson d'amour déchu, naviguant entre amour déchu (« We left my place together, but I wrote this song alone »), dérision (« I forgot how to cross the road, but the drivers still know how to brake »), guitare et solos circa 1972 et piano virevoltant. Emballant.

Album : New View
Année : 2016
Label : Frenchkiss Records

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En plus d'être en écoute dans le lecteur Spotify à gauche de ce papier, A Long Walk est également à découvrir ci-dessous :



Le clip de He Didn't Mention His Mother, premier single de 'New View' d'Eleanor Friedberger :


vendredi 14 octobre 2016

Islands - Taste [Manque Music]

Pourquoi apprécie t-on un disque ? A quel moment celui-ci passe de quelconque à intéressant à passionnant ? J'ai beau chercher, je n'ai toujours pas trouvé d'explication.

Mais je me pose une nouvelle fois la question à l'écoute de 'Taste', un des deux albums sortis simultanément par Islands cette année, groupe héros de votre serviteur et surtout de mes oreilles au milieu des années 2000.

Entendons-nous bien : bien que les ayant passablement délaissé et ne m'y intéressant que sporadiquement (quoique je me rends compte que j'en parle finalement pas mal dans ces pages), j'ai toujours l'espoir de retrouver la fougue de leur 'Return to the Sea' (voire de  'Who Will Cut Our Hair When We're Gone?' des Unicorns, dont 2/3 d'Islands est à la base originaire).

Et donc, 'Taste' ? Des premières écoutes vraiment pas emballantes, un disque qui déroule sans que l'oreille ne retienne grand chose. Une synth-pop un peu trop marquée à mon goût. Oui mais justement, lequel de goût ? Celui d'un vendredi soir ? D'un samedi après-midi ? Allez savoir.

Car il s'avère que quelques jours plus tard, bien que fatigué par une semaine éprouvante, j'ai lancé à nouveau ce 'Taste', sans trop savoir pourquoi, m'étant alors fait à l'idée que ce disque était raté. Et c'est pourtant là que j'en ai trouvé toute la magie. The Joke déjà m'a définitivement accroché l'oreille. En écoute aujourd'hui, cette chanson est le single qu'Islands devrait sortir pour promouvoir ce disque. Un morceau efficace et aux guitares dansantes, qui a tout d'un tube, certes marqué « années 2000 », mais qui donne envie de plus que dodeliner de la tête.

Le reste ? Finalement, le mélange réussi de sonorités pop « classiques » et d'élan synth-pop de qualité, leurs jolies basses (No Milk, No Sugar), leurs non moins belles guitares (une des forces de l'album de The Joke à Outspoken Dirtbiker, de Snowflake à The Weekend) la folie de leurs compositions (elle est peut-être passagère et bien moins présente que par le passé mais on la retrouve souvent au détours d'un pont ou d'une refrain), la production - parfaite de bout en bout, l'ombre de New Order qui passe dire bonjour de temps à autres, la voix de Nicholas Thorburn (seul rescapé du premier album et de l'aventure Unicorns), tout cela m'a plu.

Deux jours plus tard, le résultat est toujours aussi probant : ce disque d'Islands est - très - bon. Appelez ça de la nostalgie de retrouver un groupe qu'on a beaucoup aimé, parlez d'un alignement de planète fortuit, expliquez cela par une fatigue trop grande : 'Taste', sans être difficile d'accès mérite qu'on creuse plus profondément que quelques rapides premières écoutes. Un vrai grower. Et un vrai beau disque. (sortie : 13 mai 2016)


Son :
'Taste' est en écoute sur le bandcamp d'Islands
'Taste' d'Islands est en écoute également sur Spotify et Deezer
'Taste' est à l'achat sur le bandcamp d'Islands

Trois chansons de ce nouvel album d'Islands, comme le veut la tradition. The Joke, LE tube de 'Taste', également en écoute dans le lecteur Spotify à gauche. Mais aussi Carried Away (la chanson la plus synthétique de l'album avec Weekend) et Snowflake, l'autre titre fort de ces 12 chansons : 








mercredi 12 octobre 2016

Hospital Ships - The Past is not a Flood [Graveface Records]

Course complètement idiote - pour peu qu'on s'amuse à ce petit jeu, le top des meilleurs albums est une récréation assez jubilatoire à faire, en tout cas pour l'auteur de ces lignes (qui, soit dit en passant, a manqué, faute de temps ou d'envie, deux tops albums).

Pourquoi cette introduction ? Car après de très nombreuses écoutes de 'The Past is not a Flood', quatrième album des Hospital Ships, la question mérite d'être posée : et si nous tenions là le meilleur disque de l'année ?

Hospital Ships est un groupe découvert (pour ma part, cela va sans dire) via la compilation 'Weary Engine Blues', sortie en hommage à Jason Molina, quelques semaines après le décès de ce dernier. Le groupe y reprenait Hammer Down, sorti sur le premier album de Magnolia Electric Co. (le groupe succédant nominativement à Songs: Ohia), 'What Comes After the Blues'.

Quatuor à la base, Hospital Ships n'est plus aujourd'hui le projet que d'un seul homme, Jordan Geiger. Mais pour ce 'The Past is not a Flood', ce dernier s'est adjoint pour l'occasion les services de Thor Harris, percussionniste chez feu les Swans de Michael Gira. Un camarade de jeu qu'il connait vu qu'ils ont tous les deux officiés un temps chez Shearwater de Jonathan Meiburg.

La bonne nouvelle, c'est que bien qu'en comité restreint, Hospital Ships ne limite pas ses ambitions musicales et fait de 'The Past is not a Flood' un ravissement de 37 mns. Six chansons qui prennent leur temps (la plus courte, Long May You, fait tout de même 4.55 mns) et qui étirent des mélodies répétitives (ces trois notes de piano répétées à l'envie sur You and I), des ambiances rêveuses, des synthétiseurs profond (Oh My Light) ou encore le fantôme du 'Spoon and Rafter' de Mojave 3 (Long May You). Un ensemble musical auquel vient se marier la voix de Jordan Geiger, qui n'est pas sans rappeler celle de Jonathan Donahue de Mercury Rev (notamment sur Little Flower).

Ici, pas de quoi danser la gigue, car comme l'explique Graveface Records (label historique d'Hospital Ships) : « 'The Past is Not a Flood' is a product of his dealing with trying to break the cycle of years of mental illness, anxiety and depression.». Tout un programme.

Mais il n'en reste pas moins que cet album est vrai voyage, tantôt en apesanteur, tantôt dans des sphères plus heurtées. La fin d'année nous dira au final si 'The Past is Not a Flood' est aussi marquant que je le pense. Mais au final, ceci n'a que très peu d'importance. Car comme le chantent les Hospital Ships sur All in Time : « We're all going to die... we're all going to die... ». (sortie : 11 mars 2016)

Son :
'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est en écoute sur le bandcamp de Graveface Records.
'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est également en écoute sur Spotify et Deezer
Enfin, 'The Past is not a Flood' d'Hospital Ships est disponible à l'achat sur le bandcamp de Graveface Records.

Comme le veut la tradition, trois titres en écoute de cet album d'Hospital Ships : All in Time, LA merveille de ce 'The Past is not a Flood' (en écoute dans le lecteur Spotify à gauche également). Mais également Little Flower et Long May You :







Enfin, et pour finir, la très convaincante version acoustique d'All in Time par Jordan Geiger, l'homme derrière Hospital Ships :