Faisons les présentations vu qu'on pourrait reparler d'eux dans un futur assez proche. Voilà donc Sorry, groupe originaire du nord de Londres, à la base duo composé des amis d'enfance Asha Lorenz et Louis O'Bryen, et qui est devenu quatuor avec les arrivées de Lincoln Barrett (batterie) et Campbell Baum (basse).
Après une dizaine de singles en deux ans, Sorry est en passe de sortir son premier album, '925', au printemps 2020, chez Domino. Et si l'on peut légitimement faire confiance au label londonien dans le choix de ses futurs protégés, ayons une croyance sourde en nos oreilles et saluons le dernier single en date du groupe, Right Round The Clock, chanson un brin malaisante où les Sorry espèrent fame and glory : « I'm feeling kinda crazy, I'm feeling kinda mad. The dreams in which we're famous are the best I've ever had ».
Départ de Saddle Creek pour rejoindre l'écurie 4AD, deux albums en moins de 6 mois avec pour chacun des critiques élogieuses : l'année 2019 aura marqué un vrai virage pour les américains de Big Thief.
Sensation pour beaucoup, j'ai du mal à m'emballer sur la longueur pour le quatuor de Brooklyn. Pourtant, difficile de résister à une chanson aussi forte que Not (en écoute ce jour) : la tension qu'elle distille
dès le départ, cette guitare agressive, les déclamations obsédantes d'Adrianne Lenker, sa voix qui se
fait au fur et à mesure plus plaintive et semble hésiter par moments à tomber tant l'hystérie, cet
enchevêtrement final de riffs, comme décousus... Une des - très -
grandes chansons de 2019.
Passé à côté l'an passé, rattrapons-nous sur le cas de Sophie Allison, aka Soccer Mommy, jeune femme née en Suisse il y a bientôt 23 ans, qui vit désormais aux États-Unis et dont le troisième album, sorti en mars dernier, aura eu son petit effet sur le Landerneau musical, tout au moins indépendant.
Rattrapage disais-je donc, et avec son dernier single en date, Lucy, sorti en septembre dernier. Une balade aux guitares ivres, pleine de démons et de questionnements. Belle découverte, avec un an de retard.
Dans la foulée de l'attaque par les japonais de la base-navale de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le gouvernement américain, bien aidé par le sentiment anti-japonais qui explosa alors aux Etats-Unis, décida de créer des camps d'internement pour les ressortissants nippons ou les américains d'origine japonaise.
Ce fait assez peu connu de la deuxième guerre mondiale, et pour lequel les États-Unis mirent 46 ans à s'excuser, est la toile de fond de 'Omoiyari', quatrième album de Kaoru Ishibashi, artiste sino-américain qui officie depuis 2012 sous le nom de Kishi Bashi.
Un des disques les plus bien mis en musique de l'année et sans doute l'album « pop » de 2019. Car la plupart des chansons d''Omoiyari' sont emballées avec brillance, touché et délicatesse. Penny Rabbit and Summer Bear, qui ouvre l'ensemble, pose le décor avec brio : une magnifique mélodie, enrobée délicatement de cordes et d'une voix
belle, douce, jamais dans l'excès. Tout 'Omoiyari' sera de la même
veine.
Rappelant aussi bien Sufjan Stevens qu'Amandine (formidable groupe suédois dont les deux premiers disques continuent de subjuguer les oreilles de votre serviteur), lorgnant souvent vers une pop de chambre, presque néo-classique, et finissant même par une chanson entre country et traditionnel américain, Kishi Bashi navigue tout au long des 10 titres de 'Omoiyari' dans les eaux d'une pop-folk comme lettrée, où chaque instrument est à une place juste et apporte son écot à la réalisation de mélodies qui ne s’essoufflent jamais.
Avec pour toile de fond ces camps d'internement japonais (les oiseaux en bois peint de la pochette viennent de là-bas), Kishi Bashi déroule ses histoires, souvent d'amour, évoque Franklin Delano Roosevelt ou le Convict Leasing (système pénal du sud des États-Unis, sorte d'esclavage déguisé, qui voulait que chaque condamné soit mis à la disposition d'exploitations ou de plantations privées) ; et met cela en musique à grand renfort de banjo, violoncelle, piano (classique ou électrique),
orgue, flute, batterie (plus caressée que frappée), guitare et autre
basse, piquant parfois les cordes de son violon comme pour
mieux illuminer ses compositions.
Complété début 2020 par un documentaire (réalisé par Kishi Bashi lui-même) racontant le processus créatif qui a amené cet album, 'Omoiyari' (qu'on pourrait traduire par « empathie ») est un très beau disque, parfois flamboyant, souvent touchant et surtout empreint d'une douce mélancolie qui ne tombe jamais dans une tristesse surjouée et fabriquée. (Sortie : 31 mai 2019)
Plus : 'Omoiyari' de Kishi Bashi est à l'écoute sur sa page bandcamp 'Omoiyari' de Kishi Bashi est à l'achat sur leur page bandcamp 'Omoiyari' de Kishi Bashi est également en écoute sur Spotify et Deezer
Trois titres de ce magnifique 'Omoiyari' de Kishi Bashi en écoute. A Song For You pour commencer (également en écoute dans les playlists Spotify et Deezer, et dans la colonne de gauche de ce blog), single évident. Puis Summer of '42 et ses cordes qui vous prennent par le col dès les premières secondes. Enfin, Penny Rabbit and Summer Bear, la chanson qui ouvre l'album de manière merveilleuse :
Voilà les deux très beaux clips tirés de 'Omoiyari' de Kishi Bashi. D'abord celui Marigolds. Puis celui de Violin Tsunami :
Pour finir, un teaser pour le film de Kishi Bashi, qui raconte le processus créatif ayant mené à 'Omoiyari' :
C'est dans des moments comme celui-ci que j'en veux à ma mère de m'avoir forcé à prendre allemand deuxième langue et pas espagnol. Parce que cette chanson de Single (c'est original), duo composé de Teresa Iturrioz et Ibon Errazkin, mériterait sans doute qu'on s'attarde sur ses paroles (en tout cas si l'on en croit la très bancale traduction de Google).
Alors à défaut, on écoutera avec un plaisir non feint cette belle et simple mélopée, où le duo invite sur la face-B Javier Aramburu (du groupe Family) à venir faire le contre-point parlé de la belle voix traînante de Teresa Iturrioz.
En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), Un Roce Al Paso de Single (avec la participation de Javier Aramburu) est également en écoute ci-dessous :
La version sans Javier Aramburu (et intitulée simple El Roce) est également en écoute via son clip :