'Photosynthesis' est sorti le 2 janvier dernier. Pourtant ce n'est pas le dernier album en date de l'anglais James Leigh. Ce n'est même pas son avant dernier. Ni même l'antépénultième. Non, car celui qui se produit sous le nom de Leaf Dog semble être du genre hyperactif, à sortir tous les beats qu'il a en stock. Ainsi, depuis 'Photosynthesis', Leaf Dog a publié pas moins de six albums, rien que ça. Le tout augmenté de quatre mixtapes de remixes d'albums hip-hop iconiques (Dilla, Fugees, Biggie...). Ce qui, on en conviendra, est plutôt conséquent en seulement quatre mois.
Je n'ai pas encore mis mes oreilles sur tout le reste (il faut dire que je découvre notre homme), mais 'Photosynthesis' est un album hip-hop de bon calibre, avec ses prods à l'ancienne, aux samples de soul (superbe The Official) ou de mélodies pleines de cordes stridentes et tendues (notamment toute la première partie du disque), sur lesquelles Leaf Dog vient - et très bien d'ailleurs - rapper, avec un flow qu'on dirait être celui d'un jamaïcain de cinquante ans.
Alors certes, l'album ne renverse pas la table et ne va pas changer l'histoire du hip-hop. De plus, il sans doute trop long (quasi une heure) et se perd en route. Pour autant, il n'est pas exempt de moments, comme ce See Through the Smoke (avec Sean Price en « featuring » si l'on peut dire) en écoute aujourd'hui. Un morceau qui ne sera sans doute pas le dernier de Leaf Dog publié dans ces pages cette année vu la profusion de production dont notre homme est capable.
Album : Photosynthesis Année : 2024 Label : Real Life Drama Records
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, See Through the Smoke de Leaf Dog, avec le featuring de Sean Price est également en écoute ci-dessous :
Autre excellent morceau de 'Photosynthesis', voilà le très soul The Official :
Voilà une nouvelle chanson Belle and Sebastian qui m'a pris par surprise. Simple chute de studio de leur dernier - et plutôt quelconque - album en date 'Late Developers', What Happened to You, Son? est pourtant tout ce qu'il y a de réjouissant - et aurait mérité de figurer dessus.
Une chanson « à l'ancienne », genre époque 'Dear Catastrophe Waitress', euphorique comme il faut, pleine d'énergie, avec une mélodie qui a le bon goût de rester dans un coin de la tête
et dont les voix doublées et les cuivres (cette trompette, n'est-ce pas là tout ce qu'on aime ?) sont faits pour emballer leur monde.
Un What Happened to You, Son? qui aurait fait une formidable face-B, où Stuart Murdoch évoque ce sentiment de trahison (que lui même a ressenti dans sa jeunesse) qui étreint tout fan de musique, d'artistes et/ou de stars lorsque ceux-ci changent, évoluent et partent dans une direction qui n'est plus du tout celle de leurs débuts. Une émotion difficile à contester tant nous avons sans doute tous dû y faire face un jour.
Est-ce la hype anglaise qui m'a fait venir à reculons à ce 'This Could Be Texas', premier album de English Teacher ? Sans doute. Il faut dire que depuis le temps qu'on la suit, on s'est habitué à ses lubies et à ses emballements aussi éruptifs que sans lendemain. Pourtant, le quatuor de Leeds avait plus qu'éveillé ma curiosité l'an dernier avec Nearly Daffodils, épatant single à l'immédiateté dingue. J'aurais dû être le premier à me jeter sur ce disque. Mais trop de louanges, ça questionne, forcément. Alors, même si la première écoute de 'This Could Be Texas' a été plutôt convaincante, ça ne m'a pas bouleversé et j'ai remisé l'album de côté, convaincu qu'on était sur quelque-chose de finalement quelconque de la part groupe aussitôt apparu et qu'il allait aussitôt être oublié.
Quel sot je fus. Car j'ai évidemment donné une autre chance à ce premier album des English Teacher. Déjà parce que la première écoute avait été au débotté (c'est le souci quand on fait autre chose pendant ce temps là et qu'on est à moitié à son affaire). Et puis toutes ces dithyrambes, ça interpelle, ça interroge. C'est perturbant. On a envie d'être sûr de son coup. Mais plus d'hésitation : sachez-le, sûr, je le suis désormais. 'This Could Be Texas' n'est pas un bon premier album. 'This Could Be Texas' n'est pas un très bon premier album. Non, 'This Could Be Texas' est un excellent premier album, du genre qui a une autre période aurait fait date, marqué son temps et son époque. Mais quel disque en 2024 fait date, noyé qu'il est dans un nombre
toujours plus grands de sorties hebdomadaires - quand elles ne sont pas
quotidiennes ?
Alors plutôt que de vouloir le faire entrer de force dans un panthéon qui n'existe pas, félicitons nous de cette œuvre remarquable des English Teacher. Treize chansons pour cinquante minutes, au fil d'Ariane post-punk mais qui n'en fait pas pour autant un disque post-punk. Car il y a tellement plus ici : de l'indie-rock (I'm Not Crying You're Crying) aux relents slowcore (Albatross, parfaite entrée en matière), de la pop belle à tomber (This Could Be Texas) ou plus synthétique (Sideboob) de balades majestueuses (Mastermind Specialism, You Blister My Paint ou Albert Road, chanson de conclusion à la fin brutale, comme pour rappeler qu'ils viennent du post-punk), de points d'exclamations presque free-jazz (Broken Biscuits), et même de simili R’n’B (sublime The Best Tears of Your Life).
Auréolé d'une production remarquable qui ne subit pas les chansons mais sait s'adapter à elles, d'un mix méticuleux, de basses terriblement soignées, de guitares qui jouent le feu et la glace, d'une rythmique impeccable (élément moteur de l'album), de textes pas anodins et bien dans leur époque, le tout soutenu par la voix toujours plus surprenante et belle de Lily Fontaine qui alterne avec subtilité spoken word et chant, 'This Could Be Texas' est un disque immense, aux compositions, à la construction et à l'unité éclatantes. Un album, un vrai, pensé comme tel, écrit comme tel, assemblé comme tel. La marque des très grands. Ce que sont les English Teacher, assurément. La perfide Albion ne s'est pas trompée. (Sortie : 12 avril 2024)
Plus : 'This Could Be Texas' de English Teacher est à l'écoute sur bandcamp 'This Could Be Texas' de English Teacher est à l'achat sur bandcamp 'This Could Be Texas' de English Teacher est disponible à l'achat et à l'écoute un peu partout
Trois chansons de 'This Could Be Texas' de English Teacher en écoute aujourd'hui. I'm Not Crying You're Crying pour ouvrir le bal, entre post-punk et indie-rock (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis la chanson de conclusion Albert Road, belle et ample comme tout. Et enfin le superbe The Best Tears of Your Life, R’n’B en diable et qui a tout d'un tube :
Beaucoup de singles ont été tirés de 'This Could Be Texas' de English Teacher. Et donc beaucoup de clips. Comme on ne va pas tous les publier, optons pour ceux de The Best Tears of Your Life et Albert Road :
Beaucoup de belles choses dans ce 'Who Does the Music Love?', premier album des américains de Outer World, le nouveau projet de deux anciens de Positive No, Tracy Wilson et Kenneth Close. Un disque qui a plus des allures de long Ep que d'un véritable album (sept morceaux pour tout juste vingt-trois minutes) mais qui ne manque pas de sacrées chansons, le plus souvent garage-pop psychédéliques, lorgnant parfois vers des sonorités sixties, le tout auréolé d'une production post-punk plutôt parfaite.
Un disque sur lequel plane l'ombre de The Sweeping Promises (c'est le
premier nom qui m'est venu à l'écoute de 'Who Does the Music Love?'), de l'ambiance générale en passant par des petits détails (l'intro de Have qui ne peut pas être autre chose qu'un gros clin d’œil à Cross Me Out). Et le fait que les premières démos d'Outer World aient été enregistrées dans leur studio ou que Lira Mondal soit de la partie sur la chanson d'ouverture The Drum the Beat n'y est évidemment pas pour rien. En quelque sorte donc, Outer World est le petit frère psyché de The Sweeping Promises. Espérons pour lui qu'il suive la même trajectoire.
Album : Who Does the Music Love? Année : 2024 Label : Happy Happy Birthday To Me Records
Quoiqu'en dise son titre, Dream of You n'est pas une énième chanson d'amour. Enfin si. Mais pas comme on l'entend habituellement. Car celle-ci est dédiée à un chien, celui de Stewart Bronaugh, un des deux membres des américains de Lionlimb. Décédé il y a deux ans, Limbo (c'est son nom, qu'il donne à l'album d'ailleurs) avait une telle place dans la vie de Bronaugh qu'il a longtemps habité les rêves de son propriétaire - des moments, comme il le raconte lui-même, joyeux et quasi réels.
Si les paroles expriment très bien cette sensation (« Darlin', until then I'm gone to sleep again, pleadin' and hopin' for
each new day to end, 'Cause all that I can do 'til it comes true Is
dream of you »), la joie est plutôt absente de Dream of You. Mais pas la beauté. Chanson de blues rêveur à l'ambiance presque trip-hop, lancinante et langoureuse, elle est habillée par la voix de la formidable Angel Olsen, empreinte de mélancolie, dans lequel on entend
quelques soupçons de Jennifer Charles d'Elysian Fields.
Album : Limbo Année : 2024 Label : Bayonet Records