lundi 2 décembre 2024

[Track of The Day] Nia Archives - So Tell Me...

Alors qu'on attaque la dernière ligne droite de 2024, les bilans annuels sont déjà légions. Mais trente-un jours dans une année, ce n'est pas rien, surtout quand on voit le nombre de disques toujours plus grand qui sortent chaque jour (une étude qui vient de paraître estime même qu'en 2023, plus de chansons ont été publiées en une journée que dans toute l'année 1989 !). Alors avant de tirer le bilan de 2024, attachons-nous à essayer d'en conter encore l'histoire.

Comme celle de Nia Archives, jeune anglaise originaire du West Yorkshire, dont le premier album 'Silence Is Loud' accompagne beaucoup de mes journées depuis sa sortie en avril dernier. Un disque qu'on pourrait résumer à un sorte de mélange entre Ms. Dynamite, britpop et breakbeat des 90. Pour le dire autrement, 'Silence Is Loud' est un album de jungle/drum'n'bass qui aurait pu n'être qu'un disque de genre si l'on n'y avait pas insufflé beaucoup de pop, de r'n'b et même d'indietronica (la chanson de clôture So Tell Me..., très Postal Service) pour lui donner une épaisseur toute autre.

Écrit et produit par Nia Archives (avec l'aide notamment d'une vieille connaissance de ces pages, Ethan P. Flynn), 'Silence Is Loud' est un disque remarquable de bout en bout, dans lequel l'anglaise à l'incisive aux couleurs de l'Union Jack passe par beaucoup d'émotions, le beat toujours surexcité en bandoulière, aussi prête à emballer les foules (la chanson titre en ouverture, F.A.M.I.L.Y, Unfinished Business) qu'à toucher son monde (Blind Devotion, So Tell Me... en écoute aujourd'hui). Pas étonnant que Nia Archives ait été nommée au Mercury Prize 2024 (finalement remporté par l'épatant 'This Could Be Texas' d'English Teacher) : 'Silence Is Loud' est un des grands albums, et pas qu'anglais, de l'année.

Album : Silence Is Loud
Année : 2024
Label : Island Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, So Tell Me de Nia Archives est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson remarquable extraite de 'Silence Is Loud' de Nia Archives, voilà Tell Me What It’s Like? :

Le clip d'un des tubes évidents de 'Silence Is Loud' de Nia Archives, Unfinished Business :

mercredi 27 novembre 2024

[Track of The Day] Kid Loco - The Crown (feat. Louise Quinn)

Une fois n'est pas coutume, évoquons aujourd'hui une chanson d'un genre qui, sorti de quelques albums mythiques qui ont marqué leur temps et l'histoire de la musique, ne m'a jamais bouleversé : le trip hop. Le morceau en question s'appelle The Crown et est issu de 'Concrete Islands, Lies & Vanités', le nouvel album du français Jean-Yves Prieur, plus connu sous le nom de Kid Loco. Un artiste dont je ne crois pas connaître l’œuvre ni une chanson en particulier mais dont le nom revient de temps à autre, ici et là, depuis plus de 25 ans déjà (le premier album de notre homme date de 1997, époque bénie du genre).

Construit autour de la voix de l'écossaise Louise Quinn, de quelques discrets scratchs et de cordes synthétiques, The Crown est la smoothitude incarnée. Du cool à qui on aurait instillé un peu de spleen. Une chanson qui sonne comme une relecture du Roads de Portishead (l'inspiration est évidente) qui devient encore plus belle, entêtante et délicieuse à chaque nouvelle écoute, et où Louise Quinn, si elle n'a pas le timbre de Beth Gibbons (mais qui l'a ?), fait merveille.

Album : Concrete Islands, Lies & Vanités
Année : 2024
Label : Balagan Music / Wagram Music

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, The Crown de Kid Loco et Louise Quinn est également en écoute ci-dessous :

lundi 18 novembre 2024

[Track of The Day] James Blake - Like The End

Vous voyez cette planche de bande-dessinée qui représente un chien assis à une table, prêt à boire son café alors que sa maison brûle tout autour de lui, et qui dit simplement, serein, « This is fine » ? Créé par l'artiste KC Green en 2013, ce dessin, devenu depuis un des mèmes les plus célèbres au monde, aurait pu être la pochette du nouveau single de James Blake, Like The End. Gageons d'ailleurs qu'il a influencé l'anglais dans la création de son propre visuel, qui dit exactement la même chose mais en plus sophistiqué.

Une pochette qui illustre bien le propos de James Blake sur ce nouveau titre. Sans nul doute écrite en réponse à l'élection de Donald Trump il y a deux semaines de cela, Like The End sonne une - fausse - berceuse à la mélodie presque agressive qu'on croirait avoir été écrite par Radiohead. Une chanson désabusée, pour ne pas dire désespérée (« But doesn't it feel like the end? Something's coming for us, I think we're not prepared that this might only be day one »), au tempo lancinant, mais pour le moins très réussie.

Album : -
Année : 2024
Label : CMYK

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vendredi 15 novembre 2024

[Track of The Day] Flower Face - Biblical Love

Derrière ce visage d'ange, presque poupon, et à qui on donnerait le bon Dieu sans confession se cache Ruby McKinnon, une canadienne de 26 ans qui se produit sous le nom de Flower Face. Toutefois, à bien y regarder, on se rend compte que la jeune femme ne sourit pas vraiment. Qu'elle semble essayer mais sans y arriver. Et il y a ces yeux rougis et ces quelques traces de larmes que l'on décèle sur ses joues.

Cette pochette est l'incarnation parfaite du sixième album de Flower Face, 'Girl Prometheus'. Un disque remarquable, écrit à la suite d'une très douloureuse rupture amoureuse et qui retranscrit très bien (Flower Face est une sacrée compositrice) tous les affres par lesquels on passe lors d'une séparation : monde qui s'effondre, incapacité à repartir de l'avant et à croire en des lendemains heureux, douleur incommensurable, tristesse infinie, colère sourde.

'Girl Prometheus' s'ouvre par Biblical Love (en écoute aujourd'hui), une chanson bouleversante dès la première écoute. Un titre qui raconte l'histoire d'une jeune femme qui veut retrouver la pureté de son enfance (« I want to be faithless and pure, I want to be quiet and sober, I want to be untouched and clean »), qui cherche quelque-chose de plus fort et dont la puissance textuelle est dévastatrice tant on peut lui trouver des interprétations différentes.
Musicalement, c'est aussi fort. Biblical Love débute comme une chanson folk joliment banale avant qu'un « But it feels like I'm climbing fucking mountains to get to you » déclenche une explosion sonore aussi inattendue qu'assourdissante, et fasse partir le morceau vers des horizons goth et encore plus torturés (ce chant en soutien du principal, plein de cris, de rage et de désespoir !).

Les anglais ont une expression que j'aime beaucoup et dont le sens est plus puissant chez eux que chez nous : breathtaking, à couper le souffle. Je ne suis pas sûr qu'il y ait de mot plus adéquat pour définir Biblical Love de Flower Face : une chanson breathtaking au possible.

NB : Pour en savoir plus sur Flower Face et 'Girl Prometheus', la lecture de cette très longue et excellente interview chez Stereogum est plus que conseillée.

Album : Girl Prometheus
Année : 2024
Label : -

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Biblical Love de Flower Face est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson remarquable de 'Girl Prometheus' de Flower Face, voilà Cordelia :

Le clip très goth de Biblical Love de Flower Face, chanson d'ouverture de 'Girl Prometheus' :

jeudi 14 novembre 2024

[Track of The Day] Myriam Gendron - Long Way Home

On ne peut pas dire qu'en tant que lyonnais, on ait à se plaindre niveau programmation musicale. Il faut dire que depuis une vingtaine d'années et, notamment, l'émergence de l'association Grrrnd Zero qui a revitalisé une ville passablement somnolente, l'offre concerts entre Saône et Rhône n'a jamais cessé de progresser et d'être foisonnante, avec des salles de toutes les tailles et de tous les formats (je ne vais pas les lister, elles sont bien trop nombreuses)

Pourtant, tout ceci ne m'empêche pas d'être grognon. La faute à ce vendredi 15 novembre 2024, frustrant au possible pour le lyonnais que je suis. Ce soir là sont programmés deux groupes que je tiens en haute estime et que j'aurais aimé pouvoir revoir sur scène une nouvelle fois. D'un côté, les Beak> de Geoff Barrow qui se produiront à L’Épicerie Moderne. De l'autre, la québécoise Myriam Gendron qui elle sera sur la scène du Sonic.

Deux atmosphères et deux ambiances distinctes. Mais pas moins de talent. Car si Beak> fait évidemment plus parler de lui (Geoff Barrow est « l'autre » de Portishead et il vient d'annoncer qu'il quitterait le groupe à l'issue de cette tournée), Myriam Gendron a elle aussi du talent à revendre. Elle vient sur Lyon pour présenter son troisième album 'Mayday', le successeur du merveilleux 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found' en 2021.

'Mayday', qui se pare d'atours verts, est un très bel album, peut-être pas aussi marquant que son prédécesseur rouge (véritable chef d'œuvre de son temps) mais remplis de petites douceurs, délicates ou électriques (superbe Berceuse), intime, où Myriam Gendron raconte ses histoires en français ou en anglais, le tout saupoudré parfois d'un peu field recordings ici et là. Un disque beau comme tout dont il n'est pas à douter une seconde que les chansons prendront une belle ampleur sur la scène du Sonic ce vendredi soir où le temps devrait se suspendre durant une bonne heure.


NB : Myriam Gendron sera également en concert à Rouen (14/11), Mouans-Sartoux (16/11), Paris (17 et 18/11) et Bruxelles (19/11)


Album : Mayday
Année : 2024
Label : Feeding Tube Records / Thrill Jockey

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Long Way Home de Myriam Gendron est également en écoute ci-dessous :

Autre superbe chanson de 'Mayday' de Myriam Gendron, voilà l'électrique Berceuse :

Le clip de Long Way Home de Myriam Gendron :