Derrière le nom quelque peu bizarre (et qui ne veut rien dire soit dit en passant) de Kid Kapichi se cache un groupe originaire de Hastings, dans le Sussex en Angleterre. Un quatuor auteur de trois albums jusque là et qui, en mai dernier, a perdu deux de ses membres. Pas de panique : aucun drame ou décès à l'horizon. Pas même des divergence de points de vues ou des humeurs devenues
inconciliables. Juste deux garçons (Ben Beetham et George MacDonald) qui préfèrent passer à autre chose et vaquer à d'autres occupations. D'ailleurs, preuve qu'aucun conflit n'était sous-jacent, les deux démissionnaires, avant de laisser la barre aux seuls Jack Wilson et Eddie Lewis, ont écrit et enregistré avec eux le quatrième album de Kid Kapichi, version originelle.
Il se nomme 'Fearless Nature' et est ma première rencontre avec le groupe. Un disque assez sombre, à la production plutôt massive, qui perd d'intensité dans sa deuxième partie, mais à la face-A très convaincante, de son ouverture Leader of The Free World (genre The Body As A Structure de DITZ en plus pop) à ces élans qui évoquent - presque - IDLES, en passant des chansons de haute-volée comme Worst Kept Secret (en écoute aujourd'hui) et ses cordes synthétiques hypnotiques, mélancoliques et du meilleur effet. Surtout, il y a dans 'Fearless Nature' un côté très dEUS
qui vous attrape l'oreille dès la première écoute. Évidemment, il y a le chant et la voix de
Jack Wilson comme premier signe, mais très vite, on se rend compte que
les ambiances de beaucoup leurs chansons, et plus globalement leurs compositions, lorgnent du côté des doux belges de Tom Barman ; le tout saupoudré d'un soupçon des américains de Calla.
Et le résultat, sans être fondamentalement génial, est plutôt séduisant, charmant souvent et au final attachant. Ne reste plus désormais qu'à trouver comment venir défendre 'Fearless Nature' sur scène à deux et non plus à quatre. Et vérifier si l'adage « less is
more » dit vrai.
Album : Fearless Nature Année : 2025 Label : Spinefarm Records
Dix tout pile après leur deuxième album, Radioactivity est revenu aux affaires l'été dernier avec 'Time Won't Bring Me Down'. Si cette intro on ne peut plus bateau sonne à vos oreilles comme celle de quelqu'un qui attendait impatiemment le retour du groupe et qui s'étonnait d'une si longue absence, sachez qu'il n'en est rien : Radioactivity était jusqu'il y a quelques semaines encore tout à fait inconnu à mon bataillon. Mais, à en croire ce que j'ai pu en lire, pas de la scène texane où il a sa petite notoriété voire un petit statut de légende indie du coin, notamment Jeff Burke, un des (si ce n'est le) leaders et surtout principal compositeur.
Basé initialement à Denton, où le groupe s'est fondé et a exercé ses talents au début des années 2010, avant que la vie, les envies personnelles et le COVID ne fassent éclater tout cela, Radioactivity est aujourd'hui un groupe éclaté sur le territoire américain mais qui n'a rien perdu de son envie de jouer et d'écrire ensemble. Un quatuor composé de membres d'autres groupes punk de la scène texane dont Radioactivity était un des parangons.
Pourtant, à l'écoute de 'Time Won't Bring Me Down', cette étiquette de groupe punk et/ou garage prend du plomb dans l'aile. Car sur les dix chansons de cet album composé et enregistré au fil de l'eau et sur près d'une décennie par Radioactivity, on est plus sur un mélange de power-rock et power-pop, avec une prédominance de guitares nerveuses et souvent endiablées certes, mais à l'écriture punk moins marquée. Ce qui n'est pas un frein à son charme loin de là : court (11 morceaux pour 30 minutes), efficace, 'Time Won't Bring Me Down' est un disque réussi, très séduisant, qui culmine sur Analog Ways (en écoute aujourd'hui), chanson remarquable, pop dans l'âme et à la mélodie empreinte de mélancolie.
Album : Time Won't Bring Me Down Année : 2025 Label : Dirtnap Records / Wild Honey Records
Mandy, Indiana. Voilà un groupe qui fait tout pour tromper son monde. Son nom déjà, donc la stylistique fait clairement penser à un groupe américain vu qu'il est un détournement de Gary, Indiana, une ville du nord de cet état de l'Est des États-Unis. Pourtant, il n'en est rien, Mandy, Indiana étant aujourd'hui basé à Manchester en Angleterre. Mais vraiment anglais ? Pas tellement en fait, le quatuor comptant dans ses rangs - et au chant - Valentine Caulfield, française de son état. Et niveau musique, difficile de ne pas entendre ici plus de sonorités allemandes que britanniques. En tout cas dans Cursive (en écoute aujourd'hui) le deuxième de leur second à venir le 6 février prochain, 'URGH' - chez Sacred Bones s'il vous plaît.
Une chanson pleine de beats, aux couleurs à la fois indus, electro et noisy, à la rythmique frénétique et obsédante, aux nappes vrombissantes, et sur laquelle Valentine Caulfield vient déclamer des paroles répétitives qui s’ouvrent par la célèbre comptine Am stram gram. Un morceau furieux, bruyant autant que dansant : quoi de mieux pour ouvrir l'année musicale 2026 dans ces pages ?
Toujours dans mes pérégrinations 2025, voilà aujourd'hui un disque absolument charmant découvert au hasard de bilan de fin d'année. Celui de Molly Nilsson, suédoise installée à Berlin et qui a une carrière de près de vingt ans derrière elle. Je le précise car je ne crois pas avoir déjà posé mes oreilles sur un de ses albums jusque-là. Et son 'Amateur', sorti le 1er octobre dernier, donne envie d'en savoir - beaucoup - plus, plein de synth-pop et d'électro-pop qu'il est, entouré d'une sorte d'aura lo-fi et/ou DIY.
De cet album séduisant, remarquable par moments même, on retiendra surtout deux chansons : le pop-punk absolument jouissif Get a Life et How Much Is The World (en écoute aujourd'hui), balade synthétique et pop (à moins que ce ne soit l'inverse), ample, pleine de mélancolie, au rythme à tomber à la renverse, à la voix de Molly Nilsson belle comme tout, cachée derrière sa bulle d'écho, dont le texte, critique du capitalisme effréné dans lequel nos sociétés occidentales se noient chaque jour un peu plus, prend depuis le début de l'année une pertinence encore plus grande.
Album : Amateur Année : 2025 Label : Night School Records / Dark Skies Association
On a beau faire en sorte de ne les utiliser que comme jukebox géant et base de découvertes immense et très pratique, il arrive qu'à cause des plateformes de streaming (devenues en une dizaine d'années des compagnons de route quotidiens), on passe à travers de quelques albums pour lesquels on a une certaine appétence. C'est en tout cas mon cas.
Prenez Autocamper, groupe originaire de Manchester. Après quelques singles prometteurs, les voilà signés chez Slumberland Records qui, au printemps dernier, commencent à teaser la sortie future d'un premier album. N'ayant pas retenu la date mais très intéressé, j'ai attendu la sortie officielle, visité chaque vendredi la page Spotify du groupe espérant que le disque soit enfin
disponible. Et puis rien. Chaque semaine, le même résultat : leurs derniers singles et rien de plus. Je me suis dit alors que ce que j'avais pris
pour un premier album n'était en fait qu'une collection de singles, et que la suite viendrait sans doute en 2026.
Sauf que, non. Autocamper a bien publié en 2025 son premier album, 'What Do You Do All Day?'. Il contient bien les trois singles poussés en amont, Again, Red Flowers et Proper. Sauf que, hormis ces trois chansons, le disque n'a pas été diffusé sur les plateformes de streaming (et quelles qu'elles soient d'ailleurs) mais uniquement sur Bandcamp, lieu refuge et si essentiel pour la musique indépendante.
Choix audacieux à notre époque tant les plateformes centralisent tout et offrent une visibilité (certes souvent de façade) à nulle autre pareille - en tout cas si votre algorithme est bien réglé. Et choix payant au final, Autocamper ayant vendu une bonne partie de ses pressages, qu'ils soient vinyle ou CD (ces gens, au contraire de beaucoup d'autres, savent faire les choses bien).
Un succès indie, d'aucuns diront de niche, mais mérité tant 'What Do You Do All Day?' est un sacré premier effort. Un disque de jangle-pop aux élans rock, aux atours do-it-yourself, pas avare de quelques tubes (Again, Linnean, Proper) de mélodies catchy, de guitares fiévreuses et de soupçons mélancoliques, que les voix de Jack Harkins et Niamh Purtill chantent diablement bien. Comme sur Red Flowers (en écoute aujourd'hui), bien belle balade sublimée par une flûte du meilleur effet.
Ne reste plus désormais qu'à trouver une copie de cet album. Car c'est le problème quand on passe à côté d'un disque d'un groupe comme Autocamper, à la notoriété balbutiante : la quantité de pressage est limitée, mais la qualité des compositions fait que six mois après sa sortie, ils ont déjà tout vendu.
Album : What Do You Do All Day? Année : 2025 Label : Slumberland / Safe Suburban Home