vendredi 29 mai 2009

[Track of The Day] Myron & E with the Soul Investigators - Cold Game

Oh la belle sucrerie soul-pop que voilà! Un vrai bonheur! Elle nous vient de Myron et E (plus célèbre sous le nom de Dj E Da Boss, enfin c'est ce qu'on dit), deux artistes californiens, qui ont un peu vadrouillé dans le sillage de groupe comme Blackalicious, Lyrics Born ou Gift of Gab.
Deux amoureux de soul sixties, d'orchestrations léchées, de claviers vintage, de cuivres énergiques et d'un son qui respire et transpire le vinyle. Histoire de faire les choses bien, les voilà qui s'associent avec The Soul Investigators, groupe finlandais de black music comme son nom l'indique, qui accompagne depuis quelques années certains des très bons disques du genre (et celui de Nicole Willis n'est qu'un exemple parmi d'autres). Histoire de.
Pour l'instant, ils n'ont qu'un 7" à leur actif (dont la face-A est déjà dans vos oreilles), mais espérons que ce Cold Game, véritable hymne plein de soleil, leur donnera l'envie de sortir un album en bonne et due forme très rapidement.
Sorti l'an passé chez Timmion - label finlandais à qui l'on doit le 'Keep Reachin' Up' de Nicole Willis & The Soul Investigators -, ce 7" voit aujourd'hui le jour aux Etats-Unis ni plus ni moins que chez Now Again, le petit frère soul-funk de Stones Throw (et à qui l'on doit ce genre de merveille). Classe. 

Album: Cold Game / I Can't Let You Get Away 7" 
Année: 2008 
Label: Timmion

jeudi 28 mai 2009

[Track of The Day] Cyrz - Double Infidélité

Ma première rencontre avec Cyrz remonte à il y a quelques années où, assurant la première partie lyonnaise de la tournée acoustique de Dionysos à la Salle Rameau, il avait bluffé tout son monde avec ses chansons douce-amères et avait vendu pas mal de son disque autoproduit à la sortie.

Mon histoire avec Cyrz recommence quand en 2006 il sort son premier album, chez Pias, 'Un Morceau de Mon Avenir', un album sympathique sans être exceptionnel, mais doté d'un titre sublime, Le Fer Forgé, grand moment de la chanson française des 20 dernières années s'il en est (et je ne m'emballe pas pour rien). J'avais à l'époque beaucoup parlé avec un de ses interlocuteurs chez Pias qui m'avait dit qu'il trouvait ce jeune homme tout bonnement impressionnant, à écrire, partout, tout le temps, dès qu'il avait un moindre moment pour sortir de ses obligations quotidiennes.

Il est donc surprenant de ne voir débarquer Cyrz avec un nouvel album, 'Mélancolie Frénétique', qu'aujourd'hui, en 2009 et trois ans plus tard. Un disque qui ose plus que son prédécesseur, bien qu'encore basé sur un folk travaillé. Distingué (belles cordes, grands cuivres, banjo toujours juste), ouvrant ses horizons (représenté par le Pardon Messieurs-Dames qui ouvre ce 'Mélancolie Frénétique', avec soupçon d'électro et lichette de groove), Cyrz sort là un deuxième album plus réussi que le premier, qui pèche parfois à garder une mélodie attachante pendant 3 mns et à proposer des textes qui ne se mordent pas la queue. Mais qu'importe tous les petits défauts que peu contenir cet album; je persiste et je signe: Cyrz est un artiste promis à un grand avenir. 

Album: Mélancolie Frénétique 
Année: 2009 
Label: Pias

mardi 26 mai 2009

Current 93 – Aleph at Hallucinatory Mountain [Durtro Jnana]

Vous ne le savez pas encore, mais ce ‘Aleph At Hallucinatory Mountain’ va hanter vos nuits, perturber vos journées, glacer votre sang et réveiller les démons les plus enfouis au fond de vous. La faute à David Tibet, leader génial et barré de Current 93, groupe fondé en 1982, et auteur d’albums géniaux, plutôt en marge, entre expérimental, noise et drone, à l’inspiration rarement démentie.

J’imagine certains d’entre vous voulant zapper ce papier et surtout l’écoute des deux titres présentés plus bas, rien qu’à la lecture du mot expérimental. Un conseil : restez. Ce ‘Aleph At Hallucinatory Mountain’ en vaut la peine. Car expérimental est un bien trop facile raccourci pour définir la musique de Current 93. Surtout que ce n’est pas spécialement le cas ici.

En martelant les guitares, en maintenant les drones, en exacerbant le noise et sublimant les moments de calme, ‘Aleph At Hallucinatory Mountain’ n’est ni plus ni moins que la bande son de la fin du monde. Tout au long des huit titres de cet album, c’est en tout cas l’impression qui s’en détache.

Un disque qui, selon moi, est construit comme si l’apocalypse était pour aujourd’hui. Phases par phases, étapes par étapes, Current 93 mets en musique ces moments tragiques, où la mort contrôle tout, et où l’espoir n’est plus qu’une idée morte. Le tout en huit chapitres.

Invocation of Almost qui ouvre ‘Aleph At Hallucinatory Mountain’ présente en neuf minutes le début des hostilités avec un son rageur et noisy. Pour répondre à cette première salve, c’est Poppyskins qui prend la suite: une chanson acid-folk qui pourrait habiller une vision d’horreur, pleine de désolation, avec des paysages éventrés et abattus. Un titre calme et incertain, comme pour mieux comprendre l’étendue des dégâts et ce qui nous attend par la suite.

Mais l’accalmie ne dure pas. Non, les guitares oppressantes reprennent le dessus sur Docetic Mountain, tandis que le côté inéluctable de l’horreur qui est en train de se dérouler est porté par quelques riffs éparses.

26 April 2007 représente la fin de la phase 2. Tout est encore plus désolé, tout est encore plus noir. Un nuage de cendres plane sur le monde. Une chanson en forme de résignation, qui trouve écho dans Aleph is The Butterfly Net, à la tension constante qui retrouve son calme à la fin, comme une dernière prière, un dernier espoir avant que Not Because The Fox porte le coup final, dans un grand délire sonore de plus de 9 mns, avec un David Tibet à la voix de conteur de l'au-delà plus que jamais habitée, des guitares crachant leurs accords et des cordes brillantes et lugubres.

UrShadow est une sorte de testament : la vie a disparu («And suddenly, the living are dying»), tout n’est que désastre et sinistre et les quelques survivants peuvent se désoler d’être encore en vie ; qu’ils se rassurent, ils n’en ont plus pour très longtemps.

Car quand As Real As Rainbows débute, on sait déjà qu’il est trop tard. La voix est très loin, le tout n’est plus qu’un lointain murmure, le souvenir d’un passé désormais révolu. Cette fois ça y est : la mort est partout. Et le néant a gagné.

David Tibet et sa pelletée d’invité – James Blackshaw, William Breeze et Ossian Brown de Coil, Andrew W.K, Rickie Lee Jones, la porn-star Sasha Grey ou Matt Sweeney, pour n’en citer que quelques uns – aussi. ‘Aleph At Hallucinatory Mountain’ est un album sublime, que l’on pourra commenter à l’envie. Mon interprétation est certainement fausse et exagérée. Mais c’est comme ça que j’ai ressenti l’album, et ce dès les premières écoutes. Une vraie bande-son lugubre mais passionnante.

Il y a quelques mois, Cormac McCarthy publiait, ‘La Route’, un roman terrifiant racontant l’odyssée d’un père et de son fils dans une Amérique dévastée par l’apocalypse, où le soleil laissait place à un ciel de cendres et de suie éternelle, où chacun ne vivait que pour soi, où la vie était condamnée à mourir. Alors qu’une adaptation cinématographique de ce livre est en tournage en ce moment, nul doute qu’‘Aleph At Hallucinatory Mountain’ en ferait une excellente bande-originale. (sortie: 18 mai 2009)

Son:
Myspace (Trois titres de ‘Aleph At Hallucinatory Mountain’ en écoute)

Deux chansons aux qualités et aux ambiances différentes aujourd'hui. L’assourdissant Not Because The Fox Barks, suivi de UrShadow, représentation du calme après la dévastation (malheureusement plus en écoute ici. Mais une chanson, Invocation of Almost, est en écoute ).

lundi 25 mai 2009

[Track of The Day] Le Klub des 7 - C'est Le Klub des 7

A la base, en 2006, ils étaient 7: Fuzati et Dj Detect (Klub des Loosers), James Delleck et Le Jouage (Gravité Zéro), Cyanure et Fredy K (ATK) et Gérard Baste (Svinkels). Sept à concocter un hip-hop franchement rafraichissant, entre délires tout fous et second degré, porté par des flows aussi différents que complémentaires.
Depuis novembre 2007, ils ne sont plus que 6, avec la mort de Freddy K qui passe le flow à gauche à cause d'un putain d'camion, en plein enregistrement du disque qui sort aujourd'hui même.
Un an et demi plus tard et après beaucoup de réflexion, le groupe a repris l'enregistrement et sort finalement 'La Classe de Musique', son deuxième album, toujours sous l'appellation Le Klub des 7.
Je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter l'album en entier, mais ce que j'ai pu me mettre sous l'oreille promet beaucoup: totalement dans l'esprit du premier, drôle et caustique, sérieux et délirant, produit une nouvelle fois par un Fuzati qui me fait de plus en plus penser à une sorte de rencontre entre MF Doom (et pas parce qu'il cache lui aussi son visage derrière un masque) et Madlib, le tout à la française. La preuve avec ce C'est Le Klub des 7, titre qui rappelle par moments le Quand Tu Allais On Revenait d'IAM.
Bref, ils ne sont plus que six, mais toujours sept. Comme ils le disent eux-mêmes, sur L'Appel, chanson hommage à Freddy K, dans le plus pur esprit du groupe: «Parce pour nous 7-1 cela fait 7».

C'est Le Klub des 7 est disponible en téléchargement gratuit ici (click-droit et enregistre-sous mon ami(e)). 

Album: La Classe de Musique 
Année: 2009 
Label: Encore Music

Et pour mettre un visage sur chaque nom, le petit teaser, totalement dans l'esprit là aussi, de ce 'La Classe de Musique':

 

vendredi 22 mai 2009

[Track of The Day] Orelsan - Différent

Bien sur, il y a la polémique stérile sur un titre raté. Bien sûr, il y a les associations féministes au cul de cet album, qui n'ont, à en croire leurs réactions, pas écouté un titre de ce 'Perdu d'Avance'. Et au final, quoi?
Ben un Orelsan, un artiste de talent, et 'Perdu d'Avance' donc, foutrement réussi, avec punchlines percutantes et productions calibrées. Des paroles entre ironie et humour, très bien vues et qui représente un monde que beaucoup, moi le premier, ne connaissent pas («Les vieux comprennent pas ski spasse dans la tête des jeunes»).
Orelsan présente un personnage largement loser, pathétique à l'extrême. Du rap français comme on aimerait en entendre plus souvent. Et un album résumé par cette phrase: «Qu'est-ce qu'on s'en branle du futur quand on comprend pas le présent?». Tout est dit. 

Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, Orelsan est en concert à Lyon, ce samedi 23 mai, à la salle du Kao. Ça devrait donner. Info en cliquant ici. 

Album: Perdu d'Avance 
Année: 2009 
Label: 3ème Bureau


Et histoire d'être complet, Orelsan est même dispo en clip. toujours avec Différent, grand titre de ce 'Perdu d'Avance':