samedi 26 juillet 2008

[Oldies] The Sound - From The Lion's Mouth (1981)

Quand en 2002, The Music, sortit son premier album éponyme, beaucoup s’était gaussé de ce groupe en stigmatisant son nom. Car oui, de quel droit la bande de Leeds avait osé ce qu’aucun groupe n’avait osé avant eux ? The Music. La musique. S'il fallait y penser, pour qui se prenait-il ?

Les remarques et les critiques (faciles) avaient-elles été les mêmes en 1979 quand, sur les cendres de The Outsiders, Adrian Borland monte un nouveau groupe, The Sound ? Pour être honnête, je n’en sais strictement rien. On peut toutefois penser qu’il n’en a rien été, le groupe restant toujours dans l’ombre de ses partenaires de label de l’époque, Echo and The Bunnymen et The Chameleons (pas moins). A l’affût. Et ne sautant jamais à la gorge d’un public et d’une époque qui n’attendait pourtant que cela.

Et pourtant, The Sound avait tout pour plaire. Séduire. Et connaître un succès mondial. Leur musique était dans l’air du temps (post-punk, cold-wave), d’une qualité irréprochable et soutenu par les plus grands médias du Royaume-Uni (le NME a toujours chroniqué leurs disques de manière très positive, John Peel leur a fait enregistrer des Peel Sessions). Pis : malgré les ventes moyennes de leurs cinq albums (de 1980 à 1987), les maisons de disques (et pas des moindres) ont toujours cru en The Sound.

Alors que s’est-il passé ? Plusieurs choses peuvent expliquer ce manque de succès : un manque de personnalité, un groupe plutôt sain et sans leader charismatique et torturé (tout le monde ne compte pas un Ian Curtis en son sein), une certaine facilité à ne pas vouloir (pouvoir ?) percer ailleurs qu’en Angleterre et au Bénélux, (leur dernier album sortira d’ailleurs sur le label belge Play It Again Sam mais aucun ne verra le jour aux Etats-Unis) et un manque de singles forts, capables de truster les charts. Pourtant, d’excellents titres, The Sound n’en manque pas. Ils sont justes moins immédiat qu’un Love Will Tear Us Apart ou The Cutter, grands succès des deux groupes auxquels Borland et ses amis peuvent être rattachés, Joy Division et Echo and The Bunnymen.

‘From The Lion’s Mouth’ est le second album du groupe. Un disque qui sort en 1981 et qui, 27 ans plus tard, s’il a ce son typique de l’époque, assez froid, ténébreux et désespéré, a très bien vieilli, mieux même que certains des disques, par exemple, de la bande à McCulloch. La «faute» – notamment – à Hugh Jones, le producteur de ‘Heaven Up Here’ des Echo and The Bunnymen, et aux manettes pour ce disque là, et à une qualité mélodique assez forte et qui tranche assez avec leurs compères de cette période là.

Ici, The Sound, en moins de quarante-six minutes qu’il ne faut pour le dire, livre un disque d’une qualité dingue, naviguant entre post-punk, new-wave et cold-wave, rappelant (ou influençant, c’est selon) New Order, Wire ou The Cure, avec un je-ne-sais-quoi de U2 des débuts (si si !). Un melting-pot très maîtrisé, que des groupes comme Interpol ou Bloc Party - l'intro de Skeletons (voir plus bas) fait furieusement penser à celle de Banquet - voire, à un degré moindre, Editors, a du énormément écouter à l’époque.

En 1987, et après un ultime (et de qualité) baroud d’honneur avec ‘Thunder Up’, The Sound met la clé sous la porte, laissant donc, et pour l’éternité, un vrai chef d’œuvre, ‘From The Lion’s Mouth’, leur grand œuvre. Douze ans plus tard, en 1999, Adrian Borland, dépressif, met un terme définitf à l’affaire en se jetant sous un train. Triste fin pour un songwriter de talent et pour un groupe qui n’aura jamais vraiment eu le succès qu’il méritait, malgré des compositions solides et qui, encore aujourd’hui, restent des joyaux d’une époque souvent – à tort – critiquée et démolie mais qui a su engendrer bon nombre de groupes incroyables.

(Nb : la découverte de ce disque, je la dois à l’ami Raoul qui, sur le blog essentiel Ordet Blog, avait déjà pondu une fort belle chronique de ce ‘From The Lion’s Mouth’. On peut la lire en cliquant là).

Première sortie : 1981 (Korova)Dernière réédition : 2002 (Renascent)

Son :

Myspace non-officiel

Trois titres en écoute de ce
‘From The Lion’s Mouth’. Trois morceaux qui montrent toute l’étendue du talent de The Sound, entre cold-wave (Sense of Purpose), post-punk (Skeletons), et cold-wave (splendide New Dark Age) :


 

6 commentaires:

Pascal a dit…

Parfaitement d'accord, selon le Melody Maker, The Sound est le plus grand groupe inconnu de l'histoire du rock. "From The Lion's Mouth" est leur meilleur album, méritant les cinq étoiles. Un bijou!

-Twist- a dit…

ENFIN UN COMMENTAIRE pour ce disque somptueux. En ces temps de top, tu me donnes envie de me le remettre tout l'après-midi!

Thierry a dit…

Bonjour Twist, J'ai découvert cet album l'été dernier. He ne m'en passe plus depuis. Trop méconnu malheureusement il est.
Je me suis permis de rajouter un lien vers ton article.

-Twist- a dit…

Et l'article en question se trouve là:
http://jazzbluesandco.over-blog.com/article-the-sound-from-the-lion-s-mouth-1981-46001217.html

Francky 01 a dit…

Même si j'avais déjà entendu parler d'eux, je n'ai que récemment découvert ce groupe via son excellent "From The Lion's Mouth". Un son qui a très bien vieilli, des mélodies efficaces, des rythmes hypnotiques, des ambiances envoûtantes, un mélange réussi de Post-punk, de Cold Wave et de Pop synthétique, une pochette très belle....bref, j'ai été total scotché.
C'est grâce à ton récent post récapitulatif de tes divers articles "Oldies" que je prends connaissance de celui-ci...avec seulement 8 années de retard !!!
Tout à fait d'accord avec le Melody Maker : The Sound est bien un "grand groupe inconnu de l'histoire du rock....", encore un !! Et "From The Lion's Mouth", un opus à (re)découvrir de toute urgence.
A +

-Twist- a dit…

Ton commentaire me donne envie de le réécouter tiens. Merci donc !