
Si j’osais une comparaison foireuse, une collaboration
Aidan Baker/
Tim Hecker aurait pour équivalence indie-rock
Arab Strap/
Tindestricks ou
Arcade Fire/
Sufjan Stevens. Rien que ça. Car ces deux là, s’ils ne disent peut-être pas grand-chose au grand public, sont deux artistes qui règnent plus ou moins sur leurs catégories.
A ma droite,
Aidan Baker, artiste prolifique et multi-instrumentiste qui, en 8 ans de productions (si l’on en croit la page wikipédia qui lui est consacré), a à son actif la bagatelle de 113 sorties discographiques! Vingt-et-un avec
Nadja (duo d’expérimental ambiant très noisy qu’il forme avec
Leah Buckareff), 9 avec
ARC, 2 avec
Mnemosyne et 81 (!!) en solo. Ce qui nous fait une belle moyenne de plus de 14 disques par an depuis 2000. Rien que ça!
Je suis très loin de tout connaître de l’œuvre d’
Aidan Baker comme vous pouvez vous l’imaginer, mais le seul disque du monsieur qui ait jamais traversé mes oreilles est un de 2006,
‘The Sea Swells a Bit’, grand album composé de trois longues plages instrumentales basé essentiellement sur la guitare, où l’auditeur évolue dans un univers ouaté et ambiant, où tout flotte, et que j’avais inséré à juste titre dans mon top 2006.
A ma gauche,
Tim Hecker, canadien comme
Aidan Baker dont j’ai déjà parlé dans ces pages à l’occasion de la sortie de son
‘Harmony In Ultraviolet’ en 2006. Beaucoup moins prolifique que son partenaire («seulement» onze albums à son palmarès),
Tim Hecker est celui qui, à mes yeux, représente ce qui se fait de mieux dans la musique ambiante aujourd’hui. Un artiste au talent incroyable dont la sincérité et la qualité de ses disques ne fait aucun doute. Découvert via
‘Radio Amor’ en 2003, j’ai depuis toujours suivi son évolution et je n’ai jamais été déçu.
Alors quand j’ai appris, au détour d’un blog, que les deux canadiens sortaient un disque ensemble, qui plus est chez Alien 8, mon sang n’a fait qu’un tour. Car deux artistes de cette qualité, réuni sous la même bannière, avait de quoi faire frétiller mon subconscient. Résultat ?
‘Fantasma Parastasie’ est au-delà de mes espérances. Un disque où les deux influences se mélangent avec une pureté insolente. D’un côté, les guitares noisy d’
Aidan Baker, son côté doom, de l’autre les plages planantes et ouateuses de
Tim Hecker.
La production est vraiment à la hauteur car rien n’est laissé au hasard. Chacun des deux comparses apporte sa pierre à l’édifice, ses propres sons à la cathédrale sonique qu’ils sont en train de construire. Tout est une question d’équilibre où pas un son ne prend le pas sur l’autre. Tout est en apesanteur, dans un déluge de riffs, de drones contemplatifs et d’électro ambiante.
Inspiré, évocateur (chaque plage emmène l’auditeur dans un monde imaginaire),
‘Fantasma Parastasie’ est une réussite totale et à tous les niveaux (la pochette est somptueuse). En sept titres et 35 mns, les deux canadiens apposent leur sceau et imposent leur aura. Chef d'œuvre du genre de 2008. Vivement la suite.
(sortie: 14 octobre 2008)
Son :
Myspace Aidan Baker (un titre de 'Fantasma Parastasie' en écoute)
Site officiel Alien 8 (l'album en écoute)
Deux titres pour vos esgourdes: le docile Auditory Spirits et le noisy Skeleton Dane, qui s'enchaîne sur l'album, malheureusement plus en écoute.