mardi 1 mars 2011

[Track of The Day] Buck 65 - She Said Yes

Longtemps considéré comme un artiste n'hésitant pas à dépasser les frontières de son hip-hop natal, ne rechignant pas à aller voir du côté du blues, du rock ou de la pop ce qu'il s'y passait, Buck 65 est en train de doucement mais sûrement tourner en rond.

Bien que responsable d'albums cross-over mémorable ('Talkin' Honky Blues' et 'Secret House against the World'), Buck 65 est effectivement depuis quelques disques rentré dans le rang en proposant à nos oreilles, pourtant amies, des albums aussi poussifs qu'inutiles. Et cette fois-ci, le canadien a fait fort.

Car avec '20 Odd Years', Buck 65 finit de se fourvoyer complètement. Le crossover, c'est bien et intéressant; mais il faut savoir à un moment donné se mettre des barrières et arrêter de s'acoquiner avec n'importe qui (quelle idée d'aller chercher l'affreuse Olivia Ruiz?) pour chanter n'importe quoi sur des productions sans nom (quelle vulgarité!).

Alors c'est bien de bosser le contenant (l'album existe en édition limitée avec pleins de goodies aussi débiles qu'indispensables genre casquette, balle de baseball ou mug) mais il aurait fallu aussi tenter de travailler un brin le contenu.

Parce qu'au final, une seule chanson sauve '20 Odd Years' d'un naufrage total et complet. Non, ce n'est pas Gee Whiz chantée avec Nicholas Thorburn (ex-Unicorns, ex-Islands, ex-Human Highway), composition à peine potable à la durée bien trop courte pour être honnête, mais She Said Yes dont il est question ici, très belle balade mélancolique comme sortie de nulle part, dans le grand style de Buck 65.

Car le reste est un puit sans fond pour Buck 65 et un album qui se positionne très clairement comme un des plus mauvais sortis en 2011. Et il va falloir faire fort pour l'en déloger. 

Album: 20 Odd Years 
Année: 2011 
Label: WEA

lundi 28 février 2011

[Track of The Day] Dum Dum Girls - There Is A Light That Never Goes Out (The Smiths cover)

Le premier album des Dum Dum Girls, bien qu'orné d'une belle pochette, avait été une grande déception. Un groupe qui s'auto-parodiait et qui reprenait les recettes de son 'Yours Alone Ep', pourtant prometteur, dans un ensemble très poussif et vraiment peu inspiré.

Un an plus tard, les Dum Dum Girls remettent le couvert, discrètement mais sûrement, avec une nouvelle sortie, 'He Gets Me High Ep'. Beaucoup moins lo-fi que leurs élans précédents, cet Ep voit les Dum Dum Girls composer trois franches réussites, très rentre dedans avec la guitare comme base de travail. Simple et très efficace.

Mieux, le quatuor féminin s'autorise à une relecture de There is a light that never goes out des Smiths. Sortie sur 'The Queen is Dead', l'album qui m'a presque fait aimer Alain Delon, cette chanson est peut-être la plus belle de l'album mythique de Morrissey et de ses copains.

Mais pas effrayées pour un sou, les Dum Dum Girls osent et donnent leur vision de l'affaire avec une version très nerveuse et noisy où Dee Dee chante avec un détachement délicieux. Une des meilleures reprises des Smiths que j'ai eu l'occasion d'entendre; et un régal sans fin. Comme ce 'He Gets Me High Ep' qu'il faut définitivement mettre entre toutes les oreilles.

Album: He Gets Me High Ep 
Année: 2011 
Label: Sub Pop

jeudi 24 février 2011

[Track of The Day] J Mascis - Is It Done

Mon cher J Mascis

J'ai quelque chose à te demander. Oui à toi, tête de lard incroyable et leader (ou plutôt co-leader mais je n'ai pas envie que tu t'énerves) de Dinosaur Jr, capable de sortir des albums mémorables aussi bien à la jonction 80s/90s qu'au milieu des années 2000, toi l'homme à qui aucun riff ne fait peur.

Oui, mon cher J Mascis, j'ai quelque-chose à te demander. Non pas à propos de ton nouvel album solo, 'Several Shades of Why', acoustique et enregistré sans batterie. J'en ai assez écouté (deux chansons dont Is It Done en écoute aujourd'hui) pour savoir qu'il me tarde de l'avoir entre les oreilles.
Tes invités ont plutôt de la gueule (Kurt Vile, Sophie d'A Silver Mount Zion, Kevin Drew de Broken Social Scene, Ben Bridwell de Band of Horses ou Paulo Zappoli des Black Heart Procession, pour ne citer qu'eux), tes mélodies sont remarquables, ta voix ne bouge pas et puis l'arrivée presque impromptue de riffs discrets comme si cette guitare acoustique te démangeait trop me va très bien. Bref, tout baigne.

Non c'est autre chose qui me turlupine. Plus anodine. Plus superficielle: c'est quoi ce nouveau look à la con? Un bouc? Et pourquoi pas une barbichette ou des rouflaquettes pendant qu'on y est? Non parce que vieillir, prendre du poids, voir sa vue baisser, d'accord, on n'y peut rien, c'est la vie. Mais tenter de ressembler à Sean Connery aux cheveux longs quand on a été une icône du rock indé US, ce n'est pas très sérieux non?
Pour un mec né avec une guitare électrique entre les pognes, qui a composé avec Dinosaur Jr des albums magistraux et qui a réussi peut-être LA reformation la plus passionnante des années 2000, ça fait tâche de ressembler à un indie-papy à 45 ans à peine!

Tu me diras, faut bien changer, on n'est plus en 1991. Mais même, tu ne m'empêcheras pas de penser que de te voir là sur les photos presse avec ce bouc, et ayant plutôt la classe il faut bien l'avouer, ben ça me choque. C'est bête mais c'est comme ça.
Allez, Jay, reviens à la raison, rase moi cette barbe, remets un t-shirt dégueulasse et continue de ne ressembler à rien. Sinon Lou Barlow va encore se foutre de ta gueule.

xxx

Ton fan, -Twist-

Album: Several Shades of Why
Année: 2011
Label: Sub Pop


Not Enough, autre extrait de 'Several Shades of Why' est à télécharger gratuitement et légalement sur le site officiel de J Mascis en cliquant ici.

mardi 22 février 2011

Stranded Horse - Humbling Tides [Talitres]

Sortie de la profondeur de la rivière Niger, revoilà la kora de Yann Tambour, l'homme derrière Encre mais surtout de Thee Stranded Horse. Enfin, Stranded Horse tout court, notre homme ayant préféré abandonné en cours de route le Thee que ne lui sied peut-être pas si bien.

'Humbling Tides' est le second album de Stranded Horse et la suite d'un premier 'Churning Strides' (chronique de l'époque ici) délicieux à plus d'un titre. Et une fois de plus, il est basé sur la kora, cet instrument malien qui n'est pas sans rappeler notre harpe occidentale, même si les sonorités qui s'échappent de l'instrument africain sont plus tendues, plus sèches.

Loin de ressortir un copié-collé de son premier album, Stranded Horse modifie sur 'Humbling Tides' quelque peu son propos en intégrant subtilement violons (celui de la violoniste de Mansfield Tya) et violoncelle sur quelques unes de ses compositions et en mettant un peu de pop dans le moteur. Et le résultat n'en est que plus beau.

D'ailleurs, la force de 'Humbling Tides' tient dans ce fait: cette capacité qu'a Stranded Horse à faire évoluer sa musique, de lui faire prendre corps. Et si 'Churning Strides' était l'album de la découverte et de l'exploration sonore - basé sur de très solides compositions, 'Humbling Tides' me fait plus l'effet de l'album de la maturité, malgré tout le cliché que cette expression peut comporter.

Qu'il chante en anglais (de façon claire, presque sautillante) ou en français (un chant plus étouffé qui cache volontairement la diction de certains mots au creux de ses joues, comme pour mieux les garder mystérieux), Stranded Horse réussit en tout cas son pari.
'Humbling Tides' est un très bel album - le plus beau écouté en 2011 pour le moment, supérieur à son prédécesseur, ce qui n'est déjà pas rien. Plus encore, ses paroles sont ici véritablement portées une musique belle, langoureuse, légère autant que pesante et qu'il sait rendre ample malgré son côté très intimiste. Bref, du ravissement à tous les étages. (sortie: 24 janvier 2011)

Nb: Stranded Horse est en concert à Lyon mercredi soir à Grnd Zero Gerland pour présenter, entre autres, ce 'Humbling Tides'. Et sûrement pour pas cher mon fils. Plus d'infos ici.

Envie d'en savoir plus? Allez donc lire les très bonnes chroniques de Benjamin, de Thom, de Benoit ou encore de Mmarsu.


Son:
Myspace (Trois chansons de 'Humbling Tides' en écoute)
Page officiel de Stranded Horse chez Talitres


Deux chansons en écoute. Shields pour vous mettre par terre, They've unleashed the hounds for the wedding pour vous faire frissonner. (malheureusement plus en écoute)

lundi 21 février 2011

[Track of The Day] Adele - Turning Tables

Elle m'avait retourné le bide avec son Hometown Glory - une des plus belles chansons que j'ai pu écouter ces dernières années - dernier morceau d'un album pas formidable mais contenant tout de même quelques belles balades à croquer.

'21' n'était pas un album attendu par chez moi. Mais titillé par les éloges lus ici et là, j'ai posé mes oreilles dessus. Et il faut avouer que tout commence très bien avec un triptyque Rolling In The Deep, Rumor Has It, Turning Tables qui tient vraiment la route, bien produit, sans fausses notes et que la voix d'Adele tient bien. Et puis… plus rien. Ou presque.

Comme si on lui avait dit qu'il fallait qu'elle tombe dans le cliché, qu'elle n'évite pas les écueils classiques, Adele salope ce premier quart d'heure et plombe l'album de guimauve et de choix de productions et artistiques hasardeux (la boite à rythme affreuse de He Won't Go, le solo dégueulasse de Set Fire To The Rain).

On sauvera Someone Like You voire le très soul One and Only. Mais à part ça, rien. Alors oui certains trouveront ce Turning Tables très sirupeux (et ils auront sans doute raison, c'est mon côté fleur-bleue, mais j'aime vraiment ses mélodies toutes simples et amples à la fois qu'elle martèle sur son piano) mais il est à mes oreilles la preuve du talent qui vit dans les mains et les cordes vocales d'Adele. Pour cela que je trouve '21' frustrant: il y avait vraiment moyen de faire bien mieux. Cette jeune femme a vraiment du talent , en plus d'un sacré coffre.

Album: 21
Année: 2011 
Label: XL

Et pour finir, le clip de son premier single, Rolling in the deep :