lundi 11 octobre 2021

Ada Lea - One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden [Saddle Creek]

Petite douceur charmante et charmeuse, voilà 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden', le second album de la canadienne Alexandra Levy qui officie sous le nom de scène d'Ada Lea. Une jeune femme qui chante d'une voix particulièrement séduisante, parfois un peu désabusée, où transpire la mélancolie.

Cette voix, Ada Lea la balade sur des textes qui racontent des histoires (sans doute les siennes), pleines de douleurs et d'espoir, de tristesse et de nostalgie, de violence et d'amertume. Elle les conte comme si elle ouvrait son journal intime et décidait à nous dévoiler son contenu.
Il faut l'entendre raconter ces soirées ratées, ses passions, ses blessures intimes et physiques (« If there’s one thing I’ve learned there’s a term called resilience and I hope to recognize it next time in the face of violence » sur Violence), ses amours passées (« I just found the letter dated august 2nd the one you sent that summer saying this is how you see it we’re either growing apart or growing together » sur Saltspring) ou perdues (« My love for you is real not like any other love and I wanted so badly for you to feel it like I did » sur My Love 4 U Is Real), ses  pertes d'espoirs (« every year is just a little bit darker, then the darker gets darker, then it's dark as hell » sur Damn) ou ses projets pleins d'espoirs (Writer In NY).

Ces textes, Ada Lea sait aussi les mettre en musique. Entre folk et pop, rock et presque wave (Can't Srop Me From Dying) avec quelques guitares qui slide doucement, une ambiance soulful par moment et même l'ombre de Jackson C. Frank qui plane sur le très simple Saltpring, cet album s'avère être une bien belle découverte, et qu'on pourra aisément rapprocher de ceux de quelques grandes artistes féminines de ces dernières années, et placer dans le même panier.

D'ailleurs, ces rapprochements avec la fine fleur de la scène actuelle n'ont rien d'étonnant quand on sait que le producteur de 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' (Marshall Vore), la batteuse (Tasy Hudson) et le bassiste (Harrison Whitford) travaillent avec Phoebe Bridgers ; que Burke Reid (qui s'est occupé du mixage) a travaillé sur les albums de Courtney Barnett et Julia Jacklin (on pourra d'ailleurs rapprocher le Body de cette dernière au Hurt d'Ada Lea) ; que Johanna Samuels (dont l'album 'Excelsior!' sorti au printemps vaut plus que l'écoute) vient faire quelques choeurs sur trois titres (Damn, Writer In NY et Hurt). Et c'est pour ne citer qu'eux, tant le personnel qui a participé à cet album est important. 

Mais n'allez pas croire qu'il faille résumer Ada Lea à une simple copie de Phoebe Bridgers ou Julia Jacklin. Il y a trop de talent dans ses compositions, trop de beauté dans son timbre et trop de personnalité dans ses textes pour ça. 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' en est la plus belle preuve. (Sortie : 24 septembre 2021)

Plus :
'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea est en écoute sur sa page bandcamp
'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea est à l'achat sur sa page bandcamp
'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea est en écoute, notamment, sur Spotify et Deezer

Trois chansons de 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea en écoute. Le soulful Damn (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube), le magnifique Partner et le simple et optimiste Writer In NY :

Quatre chansons de 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea ont été clippées. En voilà trois : Damn, Hurt et Can't Stop Me From Dying

  

vendredi 8 octobre 2021

[Track of The Day] Elton John & Stevie Wonder - Finish Line

Ils ont beau avoir leur carrière derrière eux, Elton John, 74 ans, et Stevie Wonder, 71 ans, n’en ont pas pour autant fini avec la musique. La preuve avec ce Finish Line, un des nouveaux duos qui apparaitra sur le prochain album du britannique dans quelques semaines, 'The Lockdown (forcément) Sessions'.

Sur le papier, la chanson a tout de la mauvaise idée. Ou en tout cas, du coup marketing un peu daté, tentant de faire du buzz autour de deux génies à la gloire depuis bien longtemps éteinte. Et puis il y a la chanson en elle-même. Presque clichée par certains côtés (du piano pour Elton, le solo d’harmonica pour Stevie), des ficelles un peu grosses (les chœurs, assurés par le Kanye West’s Sunday Service Choir, moins en complément qu'en soutien des deux artistes), une ambiance pop-gospel un rien téléphonée et une production pas bezef qui fait dans la rondeur excessive.

Et pourtant… ça marche. Et pas qu'un peu : ça marche même à fond. Malgré tous ces signaux contraires, malgré l’évident travail de post-production d’as de studios pour éviter qu'on entende le temps qui est passé sur ces deux immenses génies (on ne me fera pas croire que Stevie Wonder chante encore comme à ses 25 ans), malgré la facilité de la mélodie et de la construction, Finish Line est une belle réussite. Peut-être à cause de la sincérité qui en ressort, sans doute pour ce texte nostalgique et qui fait en quelque sorte le bilan. Ou peut-être parce que sur ce titre, Elton John et Stevie Wonder n’essaient pas de réinventer la roue mais juste de produire une bonne chanson, simple, efficace, et même touchante, sans jouer les jeunes et se lancer dans quelque-chose qu'ils ne maitrisent pas. Coup de cœur pas une seconde coupable.

Album : The Lockdown Sessions
Année : 2021
Label : Mercury

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Finish Line d'Elton John et Stevie Wonder est également en écoute ci-dessous :
 

jeudi 7 octobre 2021

[Track of The Day] Constant Smiles - Run To Stay

« C'est comme quand vous êtes en soirée ou en train de parler à quelqu'un et qu'au final, vous prêter assez peu attention à ce que les autres peuvent vous dire parce que vous n'arrêtez pas de penser aux autres choses que vous avez à faire. Ou quand vous évitez de sortir avec des amis parce que vous avez envie de travailler sur vos chansons ou autre chose, et au final, vous n'arrivez à rien et vous passez la journée dans votre canapé ». Voilà comment Ben Jones présente Run to Stay, le nouvel single de Constant Smiles. Ben Jones est la tête pensante de ce groupe vieux de dix ans, et dont 'Paragons' sera le quinzième album (le deuxième seulement sur un label digne de ce nom. Et quel nom pour celui-ci : Sacred Bones, excusez du peu).

L'histoire de Run to Stay, c'est un peu l'histoire de la vie de beaucoup ces dernières années. Celle de vouloir réaliser beaucoup de choses pour au final ne rien faire, ou pas grand chose. De la procrastination qui ne dit pas son nom. Par facilité parfois, souvent par lassitude, ennui et fatalisme. Une situation encore plus accentuée par la crise du Covid évidemment (ces longues semaines passées seul à partager avec les autres uniquement par, au mieux, écrans interposés) mais à laquelle on s'habitue et dans laquelle on finit par se complaire et prendre ses aises.

Mais au-delà de son thème et de son jugement très juste, Run To Stay reste avant tout un morceau de premier ordre qui donne sacrément envie d'en savoir plus sur 'Paragons' à venir. Une très belle chanson d'indie-pop de 2'30", joliment troussée et bien achalandée, à la mélodie et la mélancolie implacable. Et c'est tout de même bien là le principal.

Album : Paragons
Année : 2021
Label : Sacred Bones Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Run To Stay de Constant Smiles est également en écoute ci-dessous :

 

Le clip de Run To Stay de Constant Smiles :

mercredi 6 octobre 2021

[Track of The Day] Agave Tongue - Yellow Moon

Qui est-il ? D'où vient-il ? Difficile à dire. Sur les quelques photos que l'on peut trouver ici et là sur les rares profils à disposition (Facebook et Instagram en gros), il est assis à une table, le visage de profil, alors que trônent devant lui deux roses jaunes plongées dans un verre - qu'on jurerait être une pinte.

Après quelques recherches, il s'agit d'un certain Danny Passmore, vivant entre Oakland et Seattleet dont Agave Tongue est le dernier projet (ou pseudonyme) en date. Et qui vient de publier en quelques semaines deux bien belles chansons.

Si la première, Fallin, a un certain charme joliment rétro, c'est surtout la dernière en date, Yellow Moon (en écoute aujourd'hui) qui est la plus marquante avec sa mélodie toute simple, une mélancolie douce qui s'en échappe et une bien belle vibe toute Sixto Rodriguez qui parcourt tout le morceau. Très séduisant. 

Album : -
Année : 2021
Label : -

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Yellow Moon d'Agave Tongue est également en écoute ci-dessous :

Seconde chanson d'Agave Tongue, voilà Fallin

lundi 4 octobre 2021

Painted Shrines - Heaven and Holy [Woodsist]

Il y a des disques qui reviennent de loin et dont l'existence ne tient qu'à un fil. Moins légendaire, il y a les disques qui viennent de loin. 'Heaven and Holy' est de ceux-ci. Premier album de Painted Shrines (duo composé de Jeremy Earl et Glenn Donaldson), il a été enregistré en 2018 avant d'être remisé au placard, le temps pour le premier de travailler sur le nouvel opus de Woods (dont il est le chanteur), et au second de lancer la si belle aventure The Reds, Pinks And Purples. Et puis la pandémie, les confinements, ont retardé à nouveau l'affaire.

C'est donc trois ans plus tard que ces douze morceaux (sept chansons, cinq instrumentaux) de l'époque voient le jour. Tout juste ont-ils été embellis de la basse de Jeff Moller (Papercuts) a postériori. Et le résultat est bluffant.

En moins de trente minutes, les deux comparses proposent une sorte de folk-rock pysché lové dans les bras d'une indie-pop de belle facture, où les guitares s'en donnent à cœur joie sur un tempo lent et où les élans de voix de Jeremy Earl sont saisissants de beauté. On pense ici beaucoup à la musique de la fin des années 60 et au début des années 70. On pense aussi beaucoup à Love, le groupe de feu-Arthur Lee, sur quelques passages (formidable Fool). Et malgré ces évidences, difficile de dire qu''Heaven and Holy' est anachronique dans le panorama musical actuel tant cet album est avant tout intemporel.

Pugnace autant que touchant, sensible et dans le même temps nerveux, remplis de mélodies merveilleuses à bien des égards (Gone ou Moon Will Rise pour ne citer qu'elles), et à la production ample et dont l'écho donne à l'ensemble une consistance imposante, ce premier album des Painted Shrines est en tout cas une sorte de parenthèse enchantée et un petit délice d'indie-pop. Le monde étant ainsi fait, pas dit que l'époque s'entiche de ce 'Heaven and Holy'. Mais il y a fort à parier qu'il deviendra un de ces trésors cachés ou oubliés qu'on aime à déterrer des années plus tard, en s'enthousiasmant à raison de ses mélodies et de ses chansons, et en se demandant comment on a bien pu passer à côté. (Sortie : 5 mars 2021)

Plus :

'Heaven and Holy' de Painted Shrines est à l'écoute sur leur bandcamp
'Heaven and Holy' de Painted Shrines est à l'achat sur leur bandcamp
'Heaven and Holy' de Painted Shrines est disponible en vinyle sur le site de Woods
'Heaven and Holy' de Painted Shrines est à l'écoute, notamment, chez Deezer et Spotify


Trois chansons de 'Heaven and Holy' de Painted Shrines en écoute aujourd'hui. Fool pour ouvrir le bal (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Moon Will Rise. Et enfin, Gone :