Amis la disto et de la reverb, soyez heureux : les furieux d'A Place to Bury Strangers sont déjà de retour, après un 'Hologram Ep'très recommandable l'an passé et sur lequel on trouvait un Playing The Partqu'on écoutera encore longtemps.
'See Through You' est le sixième album et voit le trio de Brooklyn redevenir on ne peut plus intransigeant et bruyant au possible, avec une production au couteau. Et ce fatras est aussi jouissif que délectable, avec quelques titres sacrément renversants (So Low pour ne citer que lui). Pour autant, dans le dernier tiers de l'album, A Place to Bury Strangers remet plus de « pop » dans son moteur (tout est relatif, vous imaginez bien), reprenant sa récente trajectoire. Et cela continue de lui aller si bien au teint : l'enchaînement My Head Is Bleeding / Broken / Hold on Tight / I Don't Know How You Do It (en écoute aujourd'hui) et Love Reaches Out (très New Order) est éclatant, mélodieux et garni d'une basse addictive et délicieuse. Quel grand cru, noisy à souhait, une nouvelle fois.
Album : See Through You Année : 2022 Label : DedStrange
A bien y réfléchir, le dernier single que j'ai écouté de Röyksopp doit remonter à None of Dem, un des morceaux de Robyn en 2010. Quant au dernier album ? Cela doit remonter au premier du duo norvégien, 'Melody A.M.', en 2001. Vingt ans donc, pas moins. Et ce, sans véritable raison et encore moins de détestation du groupe.
De prime abord, je n'aurais donc pas dû poser mes oreilles sur Impossible, nouvel extrait du prochain album à venir du duo norvégien. Mais voilà-t-y pas que Svein Berge et Torbjørn Brundtland ont décidé d'inviter la voix délicieuse d'Alison Goldfrapp, dont le premier album en 2000 'Felt Mountain' retrouve régulièrement le chemin de ma platine cd. Dès lors, l'affaire était entendue. Et encore plus après écoute tant l'ensemble fait mouche : des beats robotiques et puissants sur lesquels Alison Goldfrapp vient poser sa belle voix. Un morceau electro aussi intense qu'évanescent et qui fait mouche.
Album : Profound Mysteries Année : 2022 Label : Dog Triumph
Combien de fois par jour nous plaignons nous de ne pas avoir de chance, de ne pas être verni ? Vous savez, ces matins avec ce camion poubelle devant vous qui s'arrête tous les
dix mètres alors que vous êtes déjà en retard ; ces feux rouges qui
se multiplient alors que vous devriez être au boulot depuis vingt
minutes ; ce chauffage qui tombe en panne en plein hiver avant que votre lave-linge lâche à son tour le lendemain ; ce foutu tirage de l'EuroMillions qui vous donne les quatre premiers numéros mais pas le cinquième ni les deux étoiles et vous fait gagner 14,5 € au lieu des 127 millions mis en jeu. Bref, ce genre de foutaises où l'on pense que l'on est maudit sans trop réellement savoir pourquoi.
Pourtant, à bien y réfléchir, ne sommes nous pas de sacrés veinards d'être encore là trente, quarante ou soixante ans plus tard ? En ce qui me concerne, j'ai plutôt tendance à le penser. Parce que oui, après réflexion, je peux sans hésitation dire que pendant les quarante-deux années de ma vie, j'ai été chanceux à bien des égards.
Chanceux à 5 ans lorsqu'un soir, alors que je prenais un bain avec ma petite sœur de trois ans ma cadette et que, les pieds
dans l'eau, j'étais en train de lui sécher les cheveux au sèche-cheveux, mon père était rentré dans la pièce et sans crier ni paniquer devant pourtant la scène d'électrocution qui nous attendait, avait débranché la prise à la vitesse de l'éclair, avant de m'engueuler et de nous prendre dans ses bras.
Chanceux à 14 ans d'avoir eu ma petite sœur à mes côtés pour me raisonner alors que dans un élan dépressif aigu et fatigué des moqueries continuelles sur ma taille et mon corps qui tardait à entrer dans l'adolescence, j'étais monté sur le rebord de la fenêtre de ma chambre située au deuxième étage de l'immeuble où nous habitions, prêt à faire une connerie.
Chanceux à 30 ans, un soir de début d'été, d'avoir escaladé des rochers abruptes au petit matin d'une soirée bien trop longue et alcoolisée, pour rejoindre un promontoire situé à huit mètres de haut, pour sauter dans une rivière, remonter à la surface, recommencer une seconde fois, comme pour mieux tirer le diable par la queue, et de m'en sortir indemne.
Chanceux encore de toutes ces soirées trop
arrosées où, inconscient comme jamais, je suis rentré au volant sur plusieurs kilomètres sans tuer
ni moi ni une autre personne,
Des exemples comme ceux-ci, j'en ai cent, j'en ai mille, j'en ai dix-mille - et vous aussi sans doute. Ces moments, aussi anecdotiques que marquants, où le destin s'est suspendu un instant et a décidé de me laisser une énième chance de m'en sortir en se disant sans doute que j'allais bien finir d'arrêter de jouer au con.
C'est tout ceci qui est au programme de De Justesse, le nouveau single de Florent Marchet, artiste aimé de ces pages depuis la sortie de 'Rio Baril', chef d'œuvre absolu de pop à la française et jamais égalé depuis sa sortie en 2007. Un Florent Marchet discret - en solo - depuis huit ans déjà et 'Bambi Galaxy', et qui revient là avec un titre à la mélodie mélancolique et sublime, où il raconte des souvenirs qui parleront à tous (certains de ceux qu'il énumère nous les avons tous vécus, voir plus haut) où tout s'est joué à rien et où l'on s'en sort de justesse. Une chanson magnifique, chantée de cette voix qui n'a pas bougé et qui manquait, où l'insouciance de l'enfance se confronte à la peur irrépressible de parents jamais préparés au pire et qui espèrent que la vie ne sera pas trop dure avec leur progéniture en leur permettant à chaque fois de s'en sortir. Fut-ce de justesse.
De ce premier album des canadiens de Bliss Fields, il y aurait de belles choses à dire, car il est plutôt réussi à se balader entre shoegaze et dream pop. Mais pour une fois, respectons le titre de cette rubrique et concentrons nous sur Away, la chanson qui ouvre la deuxième partie de 'Slowly, Forever'. Car elle est superbe et qu'elle m'a sauté aux oreilles sans que je ne demande rien ; pour mieux quémander d'innombrables écoutes depuis.
Une chanson à la production noisy et qui a un zeste d'Oasis, un soupçon de The La's et une ganache de shoegaze. De la belle ouvrage, mélancolique et emo à souhait, dont on voudrait que la deuxième partie et ses guitares nerveuses ne s'arrêtent jamais.
Album : Slowly, Forever Année : 2022 Label : Acrobat Unstable Records
En 1992, The Wedding Present avait l'idée un peu saugrenue mais réjouissante de publier chaque mois de l'année un 45-tours comprenant un nouveau single en face-A et une reprise en face-B. Un concept qui leur avait permis de classer chacun de ces singles dans le classement des meilleures ventes en Angleterre, égalant le record d'alors d'Elvis Presley.
Vingt-huit ans plus tard, David Gedge et ses Wedding Present remettent ça avec leur projet '24 Songs'. L'idée est ici la même : douze 45-tours, un pour chacun des mois de l'année 2022, avec cette fois, non pas douze mais vingt-quatre compositions originales.
Et pour ainsi dire, cela commence plutôt bien avec We Should Be Together, la face-A du single de janvier. Une chanson qui faisait partie des deux inédits qu'on avait pu découvrir l'an passé sur l'album 'Locked Down and Stripped Back'- qui voyaient Gedge et ses nouveaux Wedding Present reprendre des classiques (ou non) du groupe mais en s'enregistrant chacun chez soi. Un titre avec évidemment de belles guitares (et si reconnaissables d'ailleurs), où David Gedge invite Louise Wener, la chanteuse des brit-popeux de Sleeper, à venir partager le micro avec lui, pour un résultat très pop et séduisant, où l'alchimie est de mise. Un lancement de projet très réussi donc. M'est avis qu'on devrait écouter pas mal de nouvelles chansons des Wedding Present dans ces pages en 2022...
Album : We Should Be Together / Don't Give Up Without A Fight 7" Année : 2022 Label : Clue Records