Je ne sais pas ce qu'ils bouffent en Australie depuis quelques années, mais la scène locale actuelle (allez, élargissons même le propos et la zone à la Nouvelle-Zélande, pas exempte de belles découvertes) est des plus enthousiasmantes. Body Type, Amyl and the Sniffers, Flyying Colours, Jeanines, Rolling Blackouts Coastal Fever, The Stroppies et j'en oublie des wagons en route (tiens Julia Jacklin), on ne peut pas dire que les antipodes fassent dans le détail.
Dernière découverte en date, The Sprouts. Un quatuor de Melbourne dont 'Eat Your Greens' est la première sortie (disponible uniquement au format digital et cassette, ce qui explique la pochette) et qui fait dans l'indie-pop un rien jangle, pleine de mélodies à fredonner, le tout dans une ambiance lo-fi délicieuse. Un disque court (dix titres pour 28 minutes) qui n'est pas sans rappeler quelques uns de leurs prédécesseurs cités plus haut (au premier rang desquels The Stroppies). Mais surtout un album remarquable par bien des aspects qu'on pourrait résumer en trois chansons : la chanson d'ouverture Memories et son très beau refrain « I got enough memories in my head for a lifetime », et le duo de clôture, Hold Together et I See You There (en écoute aujourd'hui).
Album : Eat Your Greens Année : 2023 Label : Tenth Court
Après un Ep bien peu convaincant l'an passé, Ethan P. Flynn a semble-t-il retrouvé l'inspiration qui avait fait de 'B-Sides & Rarities : Volume 1' un si beau disque en 2020. C'est en tout cas ce que laisse penser Used To It, nouvelle chanson que l'anglais vient de publier : un morceau simplement pop, joliment orchestré et à la belle mélodie mélancolique.
Présenté comme le premier single d'une longue série, il n'est toutefois pas impossible qu'Used To It soit la première pierre d'un second album à venir. Il serait temps pour Ethan P. Flynn de délaisser la production des autres pour donner naissance à la suite de ses aventures. Trois ans c'est long.
L'an passé, le retour de Nina Nastasia après douze ans d'absence avait été une claque que je n'espérais plus. Son 'Riderless Horse', dépouillé (une guitare et sa voix) et puissant, était une véritable catharsis de ses douloureuses années 2010 et un album somptueux en tous points.
N'ayant pas eu, à mon sens, le succès qu'il méritait, 'Riderless Horse' continue néanmoins de vivre et d'exister, prouvant par la même à quel point ce disque reste important dans la vie récente de Nina Nastasia. Et cette dernière de proposer une relecture de deux des chansons de l'album, dont le somptueux This Is Love (en écoute aujourd'hui). Pour se faire, elle a convié Marissa Paternoster, guitariste, chanteuse et tout simplement leader des Screaming Females (revenus il y a quelques semaines avec un nouvel album bien peu passionnant), et amie de l'américaine.
Les deux s'éloignent de la version d'origine, l'agrémentant d'une guitare électrique, de quelques légers larsen, d'un piano et donc de leur deux voix. Le résultat est sincèrement sublime, et pourrait plaire à ceux que l'austérité 'Riderless Horse' pouvait rebuter. C'est aussi, quoique bien que plus anecdotique, une bonne façon de relancer ce blog, à l'arrêt forcé depuis quelques semaines.
Album : This Is Love b/w You Were So Mad Année : 2023 Label : Temporary Residence Limited
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, la version de This Is Love de Nina Nastasia avec Marissa Paternoster est également en écoute ci-dessous :
Quitte à bien faire les choses, faisons les complètement. Voilà donc la face-B avec la reprise de You Were So Mad de Nina Nastasia et Marissa Paternoster :
Lors des bilans de fin d'année 2013, j'avais eu ces mots concernant Daughter et son premier album 'If You Leave' : « Daughter vient de se lancer dans le grand bain. Pas dit qu'ils en ressortent de si tôt ». A la réécoute, je n'en change pas un mot, tant il a toujours tout pour plaire : un single immense (l'évident Youth), des mélodies discrètes, une ambiance évanescente et une voix touchante comme jamais.
Pourtant, loin de confirmer ce statut de groupe indie majeur en devenir, le groupe a connu une trajectoire tout autre, faite de discrétion et de disques aussitôt écoutés aussi vite oubliés. Et plutôt que d'aller jouer les troubles fêtes en Ligue des Champions, les londoniens se sont retrouvés dans le ventre mou d'une deuxième division pleine de groupes qui, comme eux, n'ont jamais su concrétiser les espoirs placés en eux.
'Stereo Mind Game', le quatrième album (et le troisième studio) de Daughter vient malheureusement confirmer ce statut. Alors certes, il y a toujours la voix d'Elena Tonra, qui ne bouge pas et dont la beauté fait souvent mouche. Certes, leur dream-indie-pop a quelques éclairs qui laissent entrevoir ce qu'aurait pu être le groupe. Mais tout ceci est trop épars pour tenir la longueur et l'ensemble se révèle au final assez peu notable, ou en tout cas peu à même de remettre Daughter au centre du jeu. Toutefois, les belles chansons n'étant jamais à négliger, on notera dans ce 'Stereo Mind Game' le très beau Neptune (en écoute aujourd'hui), fulgurance d'une beauté mélancolique pleine de grâce et de touché, auprès de laquelle on reviendra irrésistiblement.
Des trois boygenius, Phoebe Bridgers fut celle qui, pendant longtemps chez moi, tint le haut du pavé. Il m'était (et m'est encore) difficile de me passer de cette si belle voix, remplie d'émotions qu'elle faisait passer au gré de mélodies belles et souvent mélancoliques. Pour autant, la découverte de la chanson Hot & Heavy en 2021 a été une révélation, qui m'a plus ou moins fait délaisser l'américaine de Pasadena pour son amie Lucy Dacus et ses compositions pop qui me touchaient au coeur. Question d'époque sans doute. De mood aussi.
Mais pas besoin de choisir entre les deux pour la chanson du jour vu qu'autant Phoebe Bridgers que Lucy sont impliquées, accompagnées qu’elles sont pas Julien Baker, dernière membre de ce super groupe qu'est boygenius. Car oui, nous sommes face à un super groupe. Et pas celui de quelques artistes en mal de notoriété ou d'inspiration et qui espèrent relancer une carrière depuis longtemps décatie. Non, on est en présence de trois artistes dans leur prime comme on dit dans le milieu sportif. Trois artistes au talent reconnu et dont les sorties récentes confirment tout leur talent.
Le bien nommé 'The Record' est le premier album de boygenius, attendu depuis cinq ans et un premier Ep prometteur. Un disque dont l'évidence ne saute pas aux oreilles à la première écoute, mais qui se révèle être rapidement fait du bois des grands albums. L'alchimie entre les Julien Baker, Phoebe Bridgers et Lucy Dacus est évidente (et encore plus lorsque l'on regarde les différents clips publiés jusque-là), chacune se partageant les compositions (et chaque style est reconnaissable), le chant (avec les deux autres en soutien) et les mélodies. Un album qui ne déçoit pas et qui aligne les très beaux moments. A vous de choisir le vôtre, selon que vous soyez plus Bridgers, Dacus ou Baker. Pour ma part, ma préférence va à Not Strong Enough, superbe chanson pop, faussement teen, aux effluves nineties, et dont le pont de fin emporte tout sur son passage. Quelles reines. Plus que jamais.
Album : The Record Année : 2023 Label : Interscope Records