A mille lieues de la production erratique du dernier Sweeping Promises, les belges d'It It Anita font sonner leur nouveau single Don't Bend (My Friend) comme personne : un son massif et une production puissante pour marquer les esprits et les oreilles.
Premier extrait d'un nouvel album à venir, ce morceau est une charge non voilée contre la nouvelle mode de pré-commande qui a contaminé toute l'industrie musicale (et notamment indépendante). Sur fond de rythmique martiale, de guitares lourdes et de chant puissant, les It It Anita déclament : « The only thing that matters is pre-sales. It's not about music, it's about pre-sales. Tutorials to increase your pre-sales. Don't bend ! my friend ».
Pour autant, dans un monde où la moindre nouveauté est effacée dans l'heure par la suivante, difficile de ne pas comprendre cette obligation pour nombre d'artistes de se transformer en community managers et en commerciaux pour faire en sorte que que leurs œuvres existent et sortent, ne fut-ce qu'un temps, de l'indifférence dans laquelle elles sont vouées à rester.
Difficile donc d'avoir un avis tranché. Sauf pour les It It Anita, qui avec Don't Bend (My Friend) donne un avant-goût remarquable à leur prochain album. Un disque dont, vous imaginez bien, l'on ne sait pas grand chose à part qu'il sortira à l'automne prochain, qu'il sera publié par Vicious Circle et les belges de Luik Music. Et qu'il n'est, évidemment, pas possible de pré-commander. Don't Bend (My Friend).
On aurait pu croire qu'en signant chez Sub Pop, Sweeping Promises rentrerait dans le rang et mettrait un peu de souplesse dans sa production. Que nenni. Ces gens là ont une idée bien précise de comment doivent sonner leurs mélodies et leurs chansons. Et ils n'ont pas envie de changer.
Révélation de mon année 2021 avec'Hunger for a Way Out', succès inattendu et incroyable (8000 vinyles pressés à ce jour, chiffre proprement exceptionnel pour un groupe indé) et qui explique leur signature sur le label de Seattle, le duo formé de Lira Mondal (basse, chant) et Caufield Schnug (guitare, synthé et tout le reste) continue donc son petit bonhomme de chemin aux virages faits de post-punk, d'art-rock, et de production lo-fi. Ils continuent d'utiliser leur "single mic technique" pour enregistrer leurs chansons (soit un seul micro), ce qui est devenu leur marque de fabrique, et le résultat est peut-être encore plus radical que sur leur disque précédent.
Mais qu'on ne se méprenne pas : les Sweeping Promises ne se cachent pas derrière de la reverb et une production brute. Car les dix chansons de 'Good Living Is Coming For You' prouvent qu'on a affaire à des sacrés compositeurs (on se prend à imaginer le succès que connaitraient ces chansons cabossées avec une production plus traditionnelle). Mais les Sweeping Promises sont intransigeants et s'en foutent de sonner comme il faut. Tant mieux. Qu'ils en soient remerciés.
Album : Good Living Is Coming For You Année : 2023 Label : Feel It Records / Sub Pop
Commençons donc la semaine avec tristesse. Enfin avec Sadness plutôt, le premier extrait de 'Lines', le quatrième album de Soft Science, sextet inconnu à mes oreilles et venu de Sacramento en Californie, bien charpenté autour de deux guitares et de la voix de Katie Haley. Un titre noisy-pop à souhait, à l'ambiance shoegazienne, rêveuse et très mélodique. Des guitares qui glissent et n'hésitent pas à riffer, une batterie métronome et une voix comme venue et produite d'une autre époque. Séduisant, mélancolique et sacrément aguicheur.
Aujourd'hui nous sommes le 4 août. Et ce 4 août est un vendredi. Mais
pas n’importe lequel : le premier vendredi du mois. Et vous savez ce
qu'il se passe le premier vendredi de chaque mois ? Non, pas la
diffusion d'un film porno sur une chaine cryptée à l'esprit depuis
longtemps disparue (rendez-vous incontournable pour tout adolescent des
années 90 qui se respectait et qui aimait vivre dangereusement, tant la
programmation discrète d'un enregistrement sur le magnétoscope familial
relevait d’une mission d'infiltration). Mais quelque-chose de bien moins
obscène : le Bandcamp Friday. Ou cette formidable idée de Bandcamp,
lancée durant le premier confinement en 2020, qui laisse aux artistes
l'intégralité des revenus réalisés sur la plateforme le premier vendredi
de chaque mois (donc). Une manne non négligeable à l'époque et sans
doute encore plus aujourd'hui où l'industrie se casse la gueule et où
les premiers à tomber sont les groupes à quelques
milliers d’écoutes (au mieux) sur les plateformes de streaming et les labels indépendants aux reins peu solides.
Nous
sommes donc le 4 août et il y a un peu plus d’un mois, Special Friend a
sorti son deuxième album, 'Wait Until the Flames Come Rushing in'. Un
disque qui fait bien plus que confirmer les promesses entendues sur 'Ennemi Commun' en 2021 tant il voit le duo franco-américain Guillaume
Siracusa/Erica Ashleson (lui à la guitare, elle à la batterie, eux au chant) si ce n'est se défaire du cadre dans lequel ils avaient décidé d'évoluer, au moins se l'approprier pleinement.
Pourtant, 'Wait Until the Flames
Come Rushing in', certes peut-être moins bruitiste, se situe dans la
droite lignée de son prédécesseur. Mais il est plus affirmé, plus
ambitieux. Minimal sans l’être, à la production plus marquée (et qui
sied particulièrement bien aux compositions),
ce deuxième album de Special Friend est un disque plein de certitudes,
où les mélodies rock langoureuses et mélancoliques, le noise-pop et ce parfum de
slowcore qui flotte un peu partout se tiennent dans un équilibre tout
sauf instable tant on sent une vraie certitude émaner des
chansons du duo.
J’ai lu quelque part qu’il se dégageait une sorte de « cool
» de cet album. Et c’est vrai, il y a de cela dans 'Wait Until the
Flames Come Rushing in'. Un disque qui ne se presse pas, qui prend son temps autant dans ses chansons que pour marquer l'auditeur : de prime abord très anodin, il se révèle très vite plein de charmes, singulier autant qu'épatant.
Alors en ce premier vendredi du mois, que vous soyez les doigts de pieds
en éventails sur une plage au sud de l’Europe ou bien au chaud dans
votre pull et votre ciré en Bretagne, prenez cinq minutes de votre temps pour vous
offrir un des tous meilleurs albums (et pas qu'à guitares) publiés en 2023. Vos oreilles vous remercieront, Special Friend, Hidden Bay Records et Howlin Banana Records aussi. (Sortie : 30 juin 2023)
Trois chansons de 'Wait Until the Flames Come Rushing in' de Special Friend en écoute aujourd'hui. Selkie, la chanson d'ouverture et son pont avec quelques cordes belles comme tout (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le nerveux Fault Lines. Et enfin la chanson titre Wait Until The Flames Come Rushing In qui résume assez bien l'album :
Les clip de Selkie et de Bête, les deux premières chansons de 'Wait Until the Flames Come Rushing in' de Special Friend :
En 2021, 'Fantasy Country' avait été une belle porte d'entrée dans l'univers des Flyying Colours, ce groupe aux deux « y » venu de Melbourne. Mais malgré sa qualité, rien ici, même pas ce Big Mess pétaradant et plutôt jouissif ne laissait présager une suite de cette qualité là.
Après avoir réédité ses deux premiers Ep en un seul et même disque l'an passé (le simplement nommé 'Flyying Colours'), le quatuor a publié en mars dernier 'You Never Know'. Un troisième album dont le seul défaut serait peut-être sa pochette qui ne rend pas hommage au reste tant elle semble banale et clichée « dream pop » au possible dans ces couleurs Instagram qui ont envahies notre quotidien depuis une bonne décennie. Mais pour le reste, difficile de faire la fine bouche devant ces dix chansons.
Que les fans de la première heure se rassurent, le groupe n'a pas
délaissé les guitares bruyantes et qui distordent : elles sont là, bien
présentes et notre quatre compères les manient avec un savoir-faire
désormais sûr. Mais sans doute pour la première fois, les Flyying Colours trouvent l'équilibre parfait entre leurs amours shoegaze qui imprègnent leurs chansons depuis leurs débuts et une pop engageante et mélodique.
Et c'est là la force de 'You Never Know' : cette capacité à relever chacune des compositions de petits gimmicks pop anodins, souvent mélancoliques, voire de cordes (qu'on imagine synthétiques) mais qui ont le bonheur d'être là (superbe Modern Dreams) et qui font toute la différence. Mieux, les Flyying Colours se révèlent même fameux lorsqu'ils s'échappent totalement de leur canevas shoegaze pour composer un titre 100% pop (Goodbye to Music, où le chanteur Brodie Brümmer exprime sa
crainte de perdre ses capacités auditives après tant d'années à avoir
maltraité ses oreilles) et donnent envie de les voir continuer d'explorer cette voie.
Extrêmement bien construit (le tracklisting, très intelligent, est d'une fluidité parfaite), produit avec soin, mené par des motifs de guitares répétitifs et métronomes qui tiennent la barre de chaque chanson, avec ces voix souvent cachées derrière un voile sans pour autant être trop en retrait, 'You Never Know' est presque une surprise tant, si l’on connaissait le talent des Flyying Colours, on n’imaginait pas les voir composer un album aussi solide. Décidément, l'Australie... (Sortie : 17 mars 2023)
Trois chansons de 'You Never Know' de Flyying Colours en écoute aujourd'hui. I Live In A Small Town et son énergie implacable pour ouvrir le bal (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le mélancolique Modern Dreams. Et enfin, Goodbye to Music, peut-être la chanson la plus pop à ce jour des Flyying Colours :
Le clip du seul single, à ce jour, tiré de 'You Never Know' de Flyying Colours, le très pop Goodbye to Music :