lundi 18 décembre 2023

Róisín Murphy - Hit Parade [Ninja Tune]

Avec son visage déformé, Róisín Murphy ressemble à une femme coincée dans un ballon de baudruche multicolore sur la pochette de son nouvel album 'Hit Parade'. Mais rien de bien nouveau chez l'irlandaise dont la discographie, si l’on omet son premier solo 'Ruby Blue' en 2005, est parsemée de ce genre d'artworks un peu délirant où les situations ubuesques se confrontent souvent avec un style criard ou extravagant.

Une discographie qui vient sans doute de trouver son point culminant, son œuvre majeure avec 'Hit Parade' le bien nommé, sixième album à la perfection inégalée jusque-là chez elle. Un disque conçu d'aller et de retour pendant six longues années avec le producteur allemand DJ Koze, dont l'importance est tout sauf négligeable ici tant toutes ses productions semblent avoir été faites sur mesure pour Róisín Murphy.

Un album qui navigue dans plusieurs eaux. Si 'Hit Parade' s'ouvre sur un What Not To Do organique parfait, très vite l'ambiance se fait très soulful avec un DJ Koze qui enchaine les productions classieuses, de CooCool où Róisín Murphy rappelle à elle le fantôme de la grande Minnie Riperton à Fader (qui n'aurait pas déplu à Macy Gray) en passant par The Universe ou The House et ses guitares funk à souhait. Le reste du temps ? Des morceaux plus house (aux ambiances tantôt vénéneuses comme l’incroyable You Knew et ses sept minutes enivrantes), simili trap (Two Ways à la voix de Róisín Murphy toute vocodée) ou simplement électro (Can't Replicate). Avec tous un point commun : celui d'être tous, sans exception, des tubes potentiels.

Il faut peu d'écoutes pour se rendre compte à quel point 'Hit Parade' est un disque absolument époustouflant, symbiose si parfaite entre Róisín Murphy et DJ Koze que leurs deux noms auraient mérité de figurer à son fronton ; elle chantant divinement bien, jouant avec les productions, tantôt taquine, tantôt profonde, et lui la faisant passer par tous les états.

Un disque au groove implacable mais qui ne connaitra sans doute pas la postérité qui lui tendait les bras, la faute à quelques messages polémiques laissés par Róisín Murphy sur un forum privé à propos des enfants transsexuels (il se dit que Ninja Tune aurait même interrompu la promotion de 'Hit Parade'). Dommage tant ce disque est sans aucune discussion possible un des meilleurs de l'année, et, bien que cela soit très anecdotique, celui que j'ai le plus écouté en 2023. (Sortie : 8 septembre 2023)


Plus :
'Hit Parade' de Róisín Murphy est en écoute sur sa page bandcamp
'Hit Parade' de Róisín Murphy est à l'achat sur sa page bandcamp
'Hit Parade' de Róisín Murphy est également à l'écoute et à l'achat un peu de partout


Trois chansons de 'Hit Parade' de Róisín Murphy en écoute aujourd'hui. Le sublime CooCool (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog), que Minnie Riperton aurait sans doute pu chanter. Puis l'incroyable You Knew et ses sept minutes grisantes. Et enfin, le gorgeous Fader (oui, le terme anglais est plus adéquat ici que sa traduction française) :

Beaucoup de singles ont été extraits de 'Hit Parade' de Róisín Murphy. Mais un seul à un vrai clip, Fader

jeudi 14 décembre 2023

[Track of The Day] The Polyphonic Spree - Section 44 (Galloping Seas)

A chaque sondage un peu débile qui circule sur les réseaux sociaux demandant « quel est le groupe que vous regrettez de ne jamais avoir vu en concert ? », malgré toutes les idoles que j'ai ratées, ma réponse est invariablement la même : The Polyphonic Spree. Sans aller à dire que c'est un crève-cœur, ne pas avoir pu découvrir cette horde de fanatique de pop habillés de toges blanches sur scène et chanter avec eux à tue-tête leurs chansons baroques et exubérantes est un très grand regret.

A défaut de les voir sur scène un jour (ils sont texans, se déplacent en nombre et n'ont plus la cote qu'ils avaient à l'époque de 'The Beginning Stages Of...' et de Light & Day, notamment pour son utilisation dans 'Eternal Sunshine of the Spotless Mind' de Michel Gondry), réjouissons nous au moins de leur retour, dix ans après 'Yes It's True', disque tout aussi jubilatoire que ses prédécesseurs.

Leur nouvel album (le cinquième) s'appelle 'Salvage Enterprise', reprend le compte des chansons là où il s'était arrêté (de Section 44 et Section 52), propose deux pochettes totalement opposées (celle en une pour le vinyle et le CD et un dessin plus clair et lumineux pour la version digitale) et, surtout, voit nos amis calmer leurs ardeurs et proposer des balades à défaut de grandes envolées lyriques.
Mais que les fans soient rassurés : les Polyphonic Spree ont toujours la pop chevillée au corps et Tim DeLaughter, leur meneur de revue et grand manitou de la bande, n'a rien perdu de son talent pour composer des mélodies accrocheuses et qui font mouche (Section 44 (Galloping Seas) est une merveilleuse chanson d'ouverture, en écoute aujourd'hui) : les chœurs font à nouveau merveille tout du long et si leurs emballements ne sont jamais très loin (Got Down To The Soul et Shadows On The Hillside s'en approchent presque avant de faire demi-tour), le résultat est toujours aussi charmant, touchant, enivrant et mélancolique à la fois.
Alors certes, ils ont perdu de leur fougue passée. Mais que voulez-vous, les Polyphonic Spree sont comme tout le monde : ils vieillissent. Reste maintenant à savoir si nous vieillissons aussi bien qu'eux.

Album : Salvage Enterprise
Année : 2023
Label : Good Records Recordings

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Section 44 (Galloping Seas) de The Polyphonic Spree et ses cordes grisantes est également en écoute ci-dessous :

Autre excellente chanson de 'Salvage Enterprise' de The Polyphonic Spree, voilà Section 47 (Got Down To The Soul) et son gimmick de cordes que vous fredonnerez plus souvent qu'à votre tour :

mercredi 13 décembre 2023

[Track of The Day] Loverman - Who's Going To Love You

Si tout n'est pas emballant sur 'Lovesongs', si l'ensemble est sans doute un peu trop long, il y a de belles choses à aller dénicher dans ce premier album du belge Loverman, sorte de rencontre entre Leonard Cohen et Matt Elliott. Un disque aux chansons folk sombres sur lesquelles planent un rien de gospel qui amène autant de charme que de chaleur. Mais surtout il y a une petite merveille, que dis-je une merveille, un diamant noir à la pureté incroyable : Who's Going To Love You.

Une chanson mélancolique à souhait que Loverman chante d'une voix douce, qu'on perçoit comme profonde, sur quelques notes de guitares. Et ce qui ne devait être qu'un morceau folk déprimé prend une toute autre ampleur dès le premier refrain quand il est rejoint par une voix féminine pour chanter « Who’s going to love you? Now that you’ve made up your mind... Who’s going to love you? And what will you leave behind? ». La chanson part alors vers des sommets plus célestes et en même temps désespérés, qu'elle atteint sur sa dernière partie lorsque l'orchestration se fait plus généreuse, où les deux voix se conjuguent pour répéter comme un mantra « Who’s going to love you? » avant que Loverman éteigne les lumières en quelques murmures. Un morceau aussi habité que splendide.

Album : Lovesongs
Année : 2023
Label : PIAS

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Who's Going To Love You de Loverman est également en écoute ci-dessous :
 

lundi 11 décembre 2023

Buck 65, doseone, Jel - North American Adonis [A Purple 100 / Handsmade Records]

Cette année 2023 aime faire ressurgir le passé dans nos vies un peu trop établies. Après avoir vu ressortir des cartons l'album oublié de Danger Mouse & Jemini au cours de l'été dernier, voilà qu'un autre disque, mythique pour certains, refait surface. Ou plutôt fait surface. Et son histoire est folle. Je vous la résume ici.

Nous sommes en 1998, à Cincinnati. Buck 65 retrouve doseone dans l'appartement qu'il partage avec Why?. Les deux ont l'ambition, en plus de participer à "Scribble Jam" (un évènement annuel hip-hop où se retrouvaient les meilleurs rappeurs, dj et autres graffeurs américains du moment), d'enregistrer un disque ensemble, avec Jel à la production. Deux jours plus tard, le tout est en boite, l'album a un nom ('North American Adonis') et une pochette (confiée à Nic Klein, illustrateur qui débute et ami de Buck 65). Ne reste plus qu'à Jel à mixer et éditer l'ensemble avant de balancer tout ça dans les bacs.

Et puis... rien. La machine sur laquelle tout a été enregistré rend l'âme, sans que personne n'ait pu sauvegarder quoique ce soit. Ou si peu : les premiers enregistrements ont été faits sur un 4-tracks appartenant à Odd Nosdam (toute la clique Anticon de l'époque est décidément impliquée dans ce disque) mais le trio est très vite passé sur une autre machine, qui a donc crashé.

Rapidement, ces quelques bribes finissent par arriver sur Internet. Une qualité très moyenne, un son étouffé mais quelques fulgurances qui laissent entrevoir ce que cela aurait pu donner. Et c'est tout. Buck 65, doseone et Jel continuent leur petit bonhomme de chemin et lancent véritablement leurs carrières respectives, pendant que le temps s'occupe de créer la légende - underground - autour de ce disque mort-né.

Il y a un an, sur son blog, Buck 65 publie un billet où il raconte l'histoire de ce 'North American Adonis' (d'où est tiré ce résumé). Il revient longuement sur les différentes étapes de sa création, explique que c'est le seul album de toute sa carrière qu'il a perdu et finit par ces mots : « I honestly think it would have been an underground classic ».

Est-ce ce papier qui a déclenché la suite ? Ou était-elle déjà dans les tuyaux ? On ne le saura jamais mais il y a un mois, Buck 65 a publié un second billet à propos de 'North American Adonis'. Cette fois, pour dire qu'il allait enfin voir le jour. Il raconte ainsi que doseone, Jel et lui-même se sont réunis pour reprendre ce qu'il restait des brouillons de l'époque pour finaliser l'album comme ils l'avaient envisagé. Que Nic Klein, pourtant devenu un célèbre dessinateur pour Marvel Comics, a accepté que le trio utilise sa pochette d'origine tout en insistant pour lui donner un coup de frais. Et que le magasin/label d'Oakland Handsmade Records en a fait presser 300 exemplaires en vinyle (la version digitale étant laissée à A Purple 100 le propre label de doseone). Dix jours plus tard, le disque est disponible de partout et la version physique devient sold-out en moins de temps qu'il ne faut pour le dire (espérons d'ailleurs que nos trois acolytes décideront de sortir une version CD pour combler tout ceux qui sont passés à côté).

A l'écoute, il s'avère très vite que 'North American Adonis' n'est pas un remaster des premiers enregistrements, mais un tout nouvel album, aux fondations et à la structure vieille de vingt-cinq ans. D'époque ne restent que quelques bribes de production et surtout la majorité des beats de Jel, que ce dernier avait eu la prescience de sauvegarder. Le reste ? Rien qui n'avait été entendu jusque là. Le trio a fait appel à ses vieux souvenirs pour reconstituer ce qu'ils avaient créé en deux jours, début juin 1998.

'North American Adonis' est un disque à l'ancienne, construit autour d'un tuner de radio qui parcourt la bande FM et qui s'arrête de temps en temps dès qu'il capte une station. Toute la production est l’œuvre de Jel (sauf deux skits, laissés à Mr. Dibbs, un des fondateurs de "Scribble Jam", évènement à qui l'on doit en partie l'existence de cet album) qui balance ses sons et ses scratchs avec toujours les mêmes fluidité et dextérité, aussi old-school qu'actuels. Les raps sont évidemment l'affaire de doseone et Buck 65 qui se renvoient la balle comme à leurs meilleures années, sur des textes totalement réécrits pour l'occasion, aussi bien pour être plus en phase avec notre époque que parce que les originaux sont, eux aussi, introuvables.

Et tout cela fait de 'North American Adonis' un disque saisissant. Et s'il n'est pas passéiste pour un sou, il est comme une capsule temporelle qui nous ramène au tournant des années 2000, au meilleur d'Anticon, quand ce label était une référence et que ses membres étaient les meilleurs agents hip-hop de l'époque et dominaient, si ce n'est le monde, au moins leur monde. « I honestly think it would have been an underground classic » disait Buck 65. Il avait foutrement raison. (Sortie : 24 novembre 2023)

Plus :
'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel est en écoute sur bandcamp
'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel est à l'achat sur bandcamp
'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel est en écoute, notamment, sur Spotify et Deezer
L'histoire de 'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel est racontée en deux épisodes sur le blog de Buck 65 (et son résumé dans cette chronique vient évidemment de là) :
"North American Adonis" (partie 1)
"25 Years In The Making : The North American Adonis rises!" (partie 2)

Trois morceaux de 'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel en écoute aujourd'hui. Ouvrons le bal avec le dark Not Weird (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Continuons avec Purist. Et finissons avec Alive In a Landfill :

Pour les curieux, voilà le 'North American Adonis' « original », soit le peu de ce qui a été sauvé d'avant le crash. Et qui traine sur internet depuis 25 ans :

mercredi 6 décembre 2023

[Track of The Day] Jonathan Wilson - The Village Is Dead

Mettons un peu de frénésie et de folie pop dans ce mercredi avec The Village Is Dead, de loin la meilleure chanson d''Eat The Worm', le nouvel album de l'américain Jonathan Wilson, publié à la rentrée dernière. Une morceau aussi énergique que mélancolique qui évoque Greenwich Village, longtemps parangon de la contre-culture américaine et qui est depuis largement rentré dans le rang. 
 
Surtout, The Village Is Dead est une chanson de même pas trois minutes, mené tambour battant par des cordes délicieuses et extatiques sur lesquelles vient se greffer un piano martelé. Un titre absolument superbe, seventies à tout crin, aux envolées presque lyriques.

Album : Eat The Worm
Année : 2023
Label : BMG

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, The Village Is Dead de Jonathan Wilson est également en écoute ci-dessous :
 

Le clip de The Village Is Dead, un des singles de 'Eat The Worm' de Jonathan Wilson :