Toujours dans un anonymat dans lequel ils n'auraient jamais du tomber (on ne compose pas un disque comme 'San Fermin' sur un coup de chance), les américains de San Fermin continuent leur petit bonhomme de chemin, à publier un nouvel album tous les trois ou quatre ans. Après 'The Cormorant I & II' en 2020 qui les voyait reprendre (et leur folk-pop lumineuse avec) du poil de la bête, revoilà le combo (ils sont huit) avec 'Arms'.
Sans vouloir spoiler qui que ce soit, l'album est plutôt décevant, la faute à une unité qui manque de corps et où les chansons chantées par Allen Tate tranchent trop avec le reste, beaucoup plus quelconque. A tel point qu'on a l'impression d'avoir deux groupes en un, où les voix s'échangent les chansons pour mieux imposer chacune leur style. Comme si elles faisaient chambre à part, micro à part.
Pour autant, si 'Arms' est un album mineur, il recèle tout de même de quelques beaux moments (ces gens là savent faire). Comme le délicat Useful Lies, l'ouverture Weird Environment, la chanson titre ou le triste et mélancolique Wasting on Me (en écoute aujourd'hui), symbole de ce disque écrit par Ellis Ludwig-Leone (le leader de San Fermin) dans la foulée de deux ruptures douloureuses.
Malgré son manque évident de cohérence, 'Peachy' est un des disques qui revient le plus dans mes oreilles depuis trois semaines. Il est l’œuvre de deux anglais, Joey Bradbury et Rowan Martin, qui se produisent sous le nom de The Rhythm Method, et qui auront mis cinq ans à donner suite à leur 'How Would You Know I Was Lonely?' de 2019.
'Peachy' est un disque résolument pop et un peu fourre-tout (quoiqu'en dise le duo qui parle de « cohesive masterpiece ») où l'on passe d'ambiances très eighties à de l'indie-pop à guitare avant de revenir à de morceaux rêveurs et plein de synthés, puis de rebifurquer vers d'autres horizons country-pop quand ils ne sonnent pas presque seventies.
Et pourtant, il faut avouer que cela marche. Car du désordre naît une sorte d'harmonie assez miraculeuse (à laquelle la production de Bill Ryder-Jones n'est pas étrangère), où les grands moments s'enchaînent (Have a Go Heroes, Please Don't Die, le CalexicoDean Martin), où la voix de Joey Bradbury, entre chant et slam, le tout évidemment avec un accent très lad, donne un cachet indéniable à l'ensemble.
Des neuf titres de 'Peachy', c'est I Love My Television (en écoute aujourd'hui) qu'il faut retenir. Sans doute une des toutes meilleures chansons de l'année, d'une simplicité et d'une beauté immédiate, entre indie et jangle-pop, avec son petit motif de guitare irrésistible, ses cordes discrèteset sa mélodie catchy au possible. Une sorte de tube caché que les Smiths auraient enregistré dans la première moitié des années 90.
Album : Peachy Année : 2024 Label : Moshi Moshi Records
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, I Love My Television de The Rhythm Method est également en écoute ci-dessous :
Autre chanson très réussie de 'Peachy' de The Rhythm Method, voilà Have a Go Heroes :
Le clip de I Love My Television de The Rhythm Method, grand single de 'Peachy'. Un clip qui enchaîne des images d’émissions TV célèbres parmi lesquelles "Never Mind the Buzzcocks", pop-quizz génial de la BBC :
Si l'on omet ses deux derniers albums en date ('Beyond The End' en 2018 et 'Monochrome to Colour' en 2020) tous deux de qualité mais totalement instrumentaux, cela faisait quasiment huit ans qu'Ed Harcourt n'avait plus sorti un disque de chansons. Et autant vous dire que lorsque l'on aime un artiste, huit ans, c'est long.
Il est donc tout à fait heureux que l'attente n'ait pas était vaine tant ce 'El Magnifico' est une réussite. Et même une très belle surprise, tant je n'attendais pas l'anglais de retour à un tel niveau. Un disque très Harcourt-ien, centré (évidemment) autour du piano, avec
toujours cette production presque excessive mais qui arrive ici à rester sur une ligne de crête et à trouver un juste milieu bienvenu.
L'album navigue entre balades mélancoliques (style dans
lequel notre homme excelle particulièrement) très touchantes, et compositions plus enlevées où piano, guitare, cordes et cuivres partent dans quelques barnums très efficaces, qu'Ed Harcourt mène parfaitement de son chant parfois affecté mais qui lui va si bien.
Des douze chansons qui composent 'El Magnifico', il y en a notamment quatre à retenir : 1987 et son ouverture aux violons que piano et guitare magnifient tout du long ; My Heart Can't Keep Up With My Mind, beauté légère à la mélodie irrésistible ; Into The Loving Arms Of Your Enemy, un des singles de l'album ; et Broken Keys, superbe chanson pop sur laquelle Ed Harcourt a convié Greg Dulli de The Afghan Whigs à venir chanter avec lui.
Pour autant, hors de question de laisser de côté les neuf autres morceaux et de ne pas avoir de pensées pour Strange Beauty, At the Dead End of the World et autres Anvils & Hammers. Car tout se tient, et bien, dans 'El Magnifico'. Un disque pop beau, baroque pour beaucoup, mélancolique jusqu'au bout des ongles, aux orchestrations pleine d'emphase (voire d'exubérance parfois) et à la production flamboyante. Un album d'Ed Harcourt en somme, mais parmi ses tous meilleurs. Et duquel on ressort en se posant une question : notre homme ne serait-il pas le dernier romantique ? (Sortie : 29 mars 2024)
Plus : 'El Magnifico' de Ed Harcourt est à l'écoute sur bandcamp 'El Magnifico' de Ed Harcourt est à l'achat sur bandcamp 'El Magnifico' de Ed Harcourt est à l'achat également ici 'El Magnifico' de Ed Harcourt est également en écoute, notamment, chez Deezer et Spotify
Trois chansons de 'El Magnifico' de Ed Harcourt en écoute aujourd'hui. Broken Keys, en duo avec Greg Dulli de The Afghan Whigs (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le morceau d'ouverture 1917. Et enfin le beau et léger My Heart Can't Keep Up With My Mind :
Le clip de Into The Loving Arms Of Your Enemy, un des singles extraits de 'El Magnifico' d'Ed Harcourt :
Et la mochette de l'année est décernée à... Girl and Girl ! Car convenons-en, s'il y a sans doute quelques concurrents de haut niveau qui vont pointer le bout de leur nez, il n'est pas dit qu'on arrive à dépasser ce niveau de laideur en 2024. Mais qui (malheureusement) se soucie encore des pochettes à notre époque - je veux dire, à part moi ? Sans doute pas grand monde.
Alors parlons plutôt de Mother (en écoute aujourd'hui), nouveau single extrait de 'Call A Doctor', premier album pour l'écurie Sub Pop de ce quatuor australien mené par Kai James (c'est lui sur la pochette) et au sein duquel on retrouve sa tante Liss (!), Jayden Williams et Fraser Bell. Une chanson qui n'a peut-être pas la fougue de All I See (leur premier single pour le label américain publié au printemps dernier, et accessoirement un des tous meilleurs de mon année 2023) mais qui ne manque ni d'urgence, ni d'efficacité. Que ce soit par sa mélodie, son rythme, ses guitares, ce riff qu'on a l'impression d'avoir entendu mille fois mais que les Girl and Girl font leur, et ce chant tout en émotion. Un ensemble enthousiasmant au possible et qui fait de ce 'Call A Doctor', mochette ou pas, un des albums les plus attendus de ce premier semestre par chez moi.
Album : Call A Doctor Année : 2024 Label : Sub Pop
J'ai toujours suivi la carrière de Mark Oliver Everett en pointillés. Fan de la première heure (forcément, en pleine adolescence), l'oubliant quelques années puis le retrouvant de temps à autre avant de m'en éloigner dès que son inspiration me semblait en berne - comme sur ses trois derniers albums en date, au mieux anecdotiques.
Son nouveau sonnera peut-être l'heure du renouveau pour Eels et moi, un peu comme le fut 'The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett' en son temps. C'est en tout cas ce que laisse présager Goldy (en écoute aujourd'hui), second extrait de 'Eels Time!'. Un morceau qui prend le contre-pied de Time, jolie bluette plutôt dénudée lancée en éclaireuse il y a quelques semaines de cela. Car Goldy, sa basse profonde, son rythme pesant et ses éclairs de lumière, que Eels chante de sa voix, reconnaissable entre mille, légèrement cachée derrière des effets qui lui sont familiers, est une chanson puissante et noire, à la mélodie remarquable.