Modesto est une ville californienne de 250 000 habitants environ, fondée en 1870 par William Chapman Ralston, un grand financier américain de l'époque, qui se situe à mi-distance entre la Baie de San Francisco et Sacramento, capitale de l'état (go Kings !). Voilà pour le point Wikipédia.
Pour les férus de musique, Modesto c'est surtout la ville d'origine de Grandaddy, le groupe derrière le merveilleux 'The Sophtware Slump'. Depuis quelques semaines, c'est également le nom d'une chanson de Pedro The Lion, le groupe de David Bazan, à la carrière et la discographie erratiques (quatre albums entre 1998 et 2004 avant une pause de onze ans et un retour aux affaires en 2017).
Modesto est le premier extrait de 'Santa Cruz', troisième album post-reformation à venir en juin prochain de Pedro The Lion ; et à l'évidence un hommage à la bande de Jason Lytle. Un morceau magnifique, plein de guitare et de langueur et qui est sans aucun doute la meilleure chanson de Grandaddy publiée cette année.
Album : Santa Cruz Année : 2024 Label : Big Scary Monsters / Polyvinyl Records
Sam Forrest est le secret le mieux gardé d'Angleterre. Point. Oui, ne cherchez pas plus loin, l'artiste dont personne ne parle et qui pourtant mériterait qu'on en fasse des gorges chaudes, c'est bien lui. Connu pour avoir été le leader de Nine Black Alps, groupe qui avait eu son petit succès dans les années 2000, l'anglais n'évolue plus qu'en solo depuis une dizaine d'années - dans une veine beaucoup plus pop. Et vu la qualité de ses compositions, cela serait dommage de bouder son plaisir.
Découvert via le magnifique 'Aeroplane Days' (publié en 2021 par Hidden Bay Records), disque savoureux plein de pop/folk joliment ciselée, Sam Forrest vient de remettre le couvert, toujours dans une indifférence assez générale, avec 'Caught Under a Spell', un album qui mérite qu'on y pose plus qu'une oreille distraite.
S'il est sans doute moins immédiat que son prédécesseur (il n'y a pas de chansons qui vous renversent instantanément comme The Best Is Yet To Come), 'Caught Under a Spell' est tout aussi remarquable. Dans cet album où l'anglais joue de tous les instruments, rien n'est à jeter (douze morceaux, pas un à mettre de côté) avec un Sam Forrest qui fait montre à nouveau d'un grand talent de composition, avec toujours cette vibeElliott Smith très prégnante et qui infuse tout du long, autant au niveau des mélodies, des constructions des morceaux, des intros, de cette façon de faire sonner sa guitare, sa batterie, que de cette voix et ce chant qui rappelle plus que jamais l'auteur de 'Either/Or'.
Finalement, à l'instar de The Maureens il y quelques jours, la seule chose qu'on peut reprocher à Sam Forrest, c'est que ses derniers albums ne soient disponibles qu'en (ou presque) version digitale ; et rien d'autre. Pourtant, des disques comme 'Aeroplane Days' (devenu un classique chez moi depuis sa sortie) ou 'Caught Under a Spell' (qui devrait suivre le même chemin très vite) mériteraient d'exister physiquement. Pour qu'ils ne se perdent pas dans les limbes de catalogues streaming toujours plus fournis. Pour qu'on en garde une trace. Pour qu'ils ne deviennent pas « un disque de plus » qu'on oublie à force de ne jamais le croiser sur une étagère. Ces albums le méritent. 'Caught Uunder a Spell' le mérite. Un disque qui semble ressusciter Elliott Smith à chaque nouvelle chanson ne peut pas rester sur le bas côté. Ni laisser insensible. (Sortie : 26 janvier 2024)
Plus : 'Caught Under a Spell' de Sam Forrest est en écoute sur bandcamp 'Caught Under a Spell' de Sam Forrest est à l'achat sur bandcamp 'Caught Under a Spell' de Sam Forrest est également en écoute, notamment, chez Deezer et Spotify
Trois chansons de 'Caught Under a Spell' de Sam Forrest en écoute. Far Away, peut-être la chanson la plus immédiate et nerveuse de l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis She Was a Friend of Mine. Et enfin The Man in the House at the End of the Street. Toutes trois nimbées de l'aura d'Elliott Smith :
Comme si ce n'était pas assez, Adrianne Lenker a gardé la plus belle composition de son nouvel album solo pour la toute fin. Elle s'appelle Ruined et pour peu qu'on n'ait pas encore le coeur en miettes après les onze premiers morceaux, elle s'apprête à le briser en mille morceaux.
Ruined est une chanson qui sert le coeur (« So much coming through, every hour too, can't get enough of you, you come around, I'm ruined, You come around, I'm ruined »), d'une beauté époustouflante qui se diffuse petit à petit, au son de quelques notes de piano qui semblent un temps vouloir s'effacer derrière le texte et la voix comme habitée d'Adrianne Lenker.
Ruined est aussi l'apothéose de 'Bright Future', un disque renversant dont la première écoute m'a totalement soufflé et bouleversé. Un album qui s'ouvre par un Real House (dont il est honnêtement difficile de se remettre) et qui tout du long transpire de sincérité, de textes brillants, de petits vers d'une beauté folle (« You have my heart, I want it back » sur Evol). Ses chansons sont simples de prime abord mais on se rend vite compte qu'elles débordent de petits détails mélodiques (un violon grinçant par-ci, un piano discret par là, quelques voix en soutien) et que l'ambiance générale, plutôt ténébreuse, sublime.
Mais surtout, et c'est là la grande force de 'Bright Future', il y a la voix d'Adrianne Lenker. Ici, elle est divine, d'une sincérité et d'une justesse folle. De la première à le dernière note, la chanteuse de Big Thief ne feint pas ses chansons, ne surjoue pas son chant, et ne l'afflige pas
plus qu'il n'a besoin de l'être, alors qu'il y a ici tout pour tomber facilement dans ce travers là.
Produit à la perfection, 'Bright Future' est un disque qui m'a pris par surprise alors que je n'en attendais rien. Un album immense, et qui prend une ampleur à chaque nouvelle écoute. En un mot comme en cent, un chef d'oeuvre comme on en voit peu dans une année. Une reine est définitivement née le 22 mars dernier. (Sortie : 22 mars 2024)
Trois chansons de 'Bright Future' d'Adrianne Lenker en écoute. Ruined, climax du disque et chanson de clôture divine (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le merveilleux Evol. Et enfin, le bouleversant Real House, qui ouvre 'Bright Future' :
Avec comme bagage un album chez Island Records et une quinzaine de singles éparpillés sur sept années de carrière, Chappell Roan est une artiste américaine née dans le Missouri l'année où je m'apprêtais à passer mon bac (misère, déjà). Une jeune femme qui a semble-t-il connu son petit succès l'année passée avec la sortie de son premier album 'The Rise and Fall of a Midwest Princess', disquequi lui a notamment ouvert les portes de la tournée mondiale d'Olivia Rodrigo pour laquelle elle assure désormais les premières parties.
Chappell Roan a-t-elle déjà ajouté son dernier single Good Luck, Babe! à son tour de chant ? Evidemment. Une chanson aussi efficace, avec son ambiance rétro eighties, son refrain qui éclate, sa voix qui monte haut et qui emporte son monde avec elle, on ne la laisse pas de côté. Un morceau où on entend beaucoup de l'irlandaise CMAT, et à beaucoup de niveaux : le chant, la mélodie, les inspirations et cette capacité à raconter des amours déçus avec talent (ici le choix d'une femme qui, plutôt que s'avouer l'amour qu'elle avait pour Chappell Roan a préféré suivre la voix toute tracée que la société lui avait dictée avant de se rendre compte l'erreur qu'elle avait faite: «And when you wake up next to him in the middle of the night, with your head in your hands you’re nothing more than his wife. And when you think about me all of those years ago, you're standing face to face with "i told you so"»). Grande chanson. Futur tube ?
Quand bien même les prix délirants, les temps de pressage qui s'allongent et la qualité qui reste très aléatoire, le vinyle a toujours la cote du côté des mélomanes, mais aussi des artistes qui semblent tous vouloir passer par la case micro-sillons pour publier leurs derniers albums. Pour ainsi dire, au niveau indé, c'est même souvent soit une version vinyle soit une version digitale, rien de plus.
Prenez 'Everyone Smiles' de The Maureens, quatuor originaire d'Utrecht aux Pays-Bas, dont je viens de faire la découverte (merci Section26 pour sa chronique) malgré plus de dix ans de carrière
et trois albums derrière eux. Ce disque est sans doute dans le très haut du panier de mon année 2024. Il a tout ce
que le passionné de pop recherche : un sens aigu de la mélodie, de sacrées chansons, une énergie à revendre, et des choeurs ou des voix doublées qui se chevauchent ou se
complètent, rehaussant l'ensemble de leurs compositions d'harmonies d'une efficacité folle. Pour résumer, une sorte de mélange de The Lemon Twigs, des regrettés Hal et Jayhawks, avec parfois une pointe de Gulcher (groupe dont on fêtera les dix ans de leur merveilleux 'Cocktails' le 30 juin prochain).
Hé bien, ce 'Everyone Smiles' de The Maureens n'est disponible (enfin « était », le pressage étant épuisé) qu'en vinyle, à un prix tout à fait honnête... jusqu'à la case frais de port (l'ensemble à quarante-cinq euros, merci mais non merci). A part ça ? Une version digitale à dix euros et c'est tout. Même pas un petit pressage cd, bien moins onéreux à produire et bien moins cher à envoyer à l'autre bout de l'Europe. Circulez, y a rien à voir (profitons-en d'ailleurs pour préciser que The Maureens et Meritorio Records sont un exemple et très loin d'être une exception).
Vous me direz, les labels et les artistes font bien ce qu'ils veulent. Et vous aurez raison. D'ailleurs, à l'époque où Without My Hat Records n'était pas en pause, j'ai moi même publié 'Isn't It Fun' de Mondrian uniquement en vinyle. Pour autant, les années ont passé depuis et le vinyle est devenu un objet de luxe. Et je ne peux m'empêcher de pester contre cette mise au rebut du cd, comme s'il était le mal incarné ou un support tout à fait négligeable. Alors qu'il est sans doute voué à reprendre la main sur le vinyle, support totalement dévoyé depuis quelques années et qui ne représente plus grand chose.
Et je rognonne aussi de ne pas pouvoir soutenir un des disques les plus marquants de mon premier trimestre 2024. De ne pas pouvoir l'écouter autrement que sur mon ordinateur ou mon smartphone. C'est évidemment un détail et sans doute anecdotique, mais très franchement, c'est fatiguant à la longue. Surtout que 'Everyone Smiles' de The Maureens est un disque éminemment brillant, à la pop chevillée au corps. Qui mérite qu'on l'écoute et qu'on le soutienne. (Sortie : 19 janvier 2024)
Trois chansons de 'Everyone Smiles' de The Maureens en écoute. Lost & Found pour ouvrir le bal, une des chansons les plus immédiates de l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le très Gulcher Rainy Day. Et enfin, le mélancolique Do You :
Le clip de Fell In Love, un des singles extraits de 'Everyone Smiles' de The Maureens :