mardi 8 novembre 2011

Alain Bashung - L'Homme à Tête de Chou [Barclay]

Avoir du talent ou pas.
Une fois passés de vie à trépas, beaucoup d'artistes voient leurs titres cachés au fond d'un tiroir, ceux auxquels ils ne trouvaient aucune utilité, ceux dont ils n'étaient pas très fiers ou simplement pas contents du résultat, ressurgir dans d'affreuses compilations ou d'albums posthumes aussi indigestes que dégueulasses.
Entrez-ici familles, labels ou détenteurs des droits sur les chansons avortées des Jeff Buckley (Mary Guibert, dépeceuse en chef), Mickael Jackson ou dernièrement Amy Winehouse, pour n'avoir pas su respecter la volonté de vos défunts proches.


Enregistré en 2006 pour un spectacle de danse contemporaine monté par Jean-Claude Gallotta, 'L'Homme à Tête de Chou' sera finalement le testament d'Alain Bashung. Et il y a quelque-chose de singulier à ce que la dernière œuvre d'Alain Bashung soit une relecture d'un des plus beaux albums de l'histoire de la chanson française.

Si tant est qu'on ait beaucoup écouté l'original, que l'on se soit lové dans les bras de Marylou et de ce journaliste amoureux fou de cette shampouineuse, on ressortira un peu perturbé de la première voire de la seconde écoute.
Le phrasé de Bashung n'est effectivement pas le même. Il est plus posé, moins truculent. Gainsbourg lui s'amusait des sonorités de chaque mot, jouait chacun de ses personnages, et prenait un plaisir malin à raconter son histoire avec ce ton aussi coquin que détaché.

Les guitares presque prog qui s'échappent de chacune des 12 plages de l'album original sont remplacées par des sonorités plus «contemporaines», où la trompette d'Erik Truffaz fait, sur quelques passages, merveille.

Pour autant, les écoutes successives confirmeront la beauté et la réussite de cet album. Déjà parce que Gainsbourg et Bashung font partie de la même caste: celles de ces artistes au talent fou. Sa voix est juste, ne sonne pas fausse dans cet univers et dans cette histoire là.
Et puis parce que cette relecture est sincère et juste. Raccourcissant le propos de quelques minutes au total, s’épanouissant totalement dans les parties chantées et moins parlées (sa versions de Marilou Sous La Neige est une réussite et Variations sur Marilou lui va à merveille) et ne ratant vraiment qu'un seul morceau (Marilou Reggae qui tombe à plat), Alain Bashung arrive à donner une seconde vie à ce chef d’œuvre qu'est 'L'Homme à Tête de Chou' (si tant est que cela eut été utile).

Entendons-nous bien, 'L'Homme à Tête de Chou' d'Alain Bashung n'atteint pas une seconde la beauté et le génie qui s'échappent de 'L'Homme à Tête de Chou' de Serge Gainsbourg. Pourtant, il mérite plus d'une écoute. Car c'est un bien beau dernier cadeau que nous offre là Alain Bashung, un hommage d'une grande classe au plus grand des artistes français, par un autre des plus grands.

Dernièrement, lors de la cérémonie du Prix Constantin, ils se sont mis à cinq (cinq!! Raphael, Camille, Olivia Ruiz, Daphné, et Cali) pour «honorer» l’œuvre de Bashung qui a du se retourner une bonne dizaine de fois dans sa tombe devant ce massacre en règle (si vous voulez vous faire mal, c'est ici)
Gainsbourg, au contraire, a du se sentir flatté, que le même Bashung fasse une bien belle relecture d'un de ses plus beaux albums.
Bref, avoir du talent ou pas. (sortie: 7 novembre 2011)



Quatre chansons en écoute aujourd'hui (via Grooveshark évidemment sinon...). Premiers Symptômes, Ma Lou Marilou, Variations sur Marilou et Marilou Sous La Neige :






Et pour finir, le beau clip de Variations sur Marilou qui va avec :




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