Allez savoir pourquoi, je pensais que Model/Actriz était un groupe anglais. Sorte de rejeton de toute la scène vibrante et effervescente anglaise actuelle, de Gilla Band, à black midi, de Courting à Sports Team, Sprints et j'en oublie des camions. Mais que nenni, Model/Actriz est en réalité américain, new-yorkais pour être précis, et même de Brooklyn pour l'être encore plus.
'Pirouette' est leur deuxième album, sorti au début du mois de mai. Un disque tout à fait remarquable, sorte de rock-industriel plein d'electro/dance-(post)punk, mais pas avare d'une bonne dose de pop qui permet aux mélodies de faire mouche, si ce n'est à chaque fois, au moins plus que souvent, sombre derrière ses beats et ses ambiances noisy, pas avares de beauté incroyables (la sublime balade Acid Rain qui a ce je ne sais quoi d'Hospital Ships, la belle chanson de clôture Baton) et qui s'ouvre par Vespers, morceau au rythme stroboscopique, chanté d'une voix haute et claire, à l'efficacité implacable. Un titre qui résume à lui seul 'Pirouette' et qui ne m'enlèvera pas de l'idée que Model/Actriz ont beau être américains, ils sonnent vraiment comme des anglais.
Album : Pirouette Année : 2025 Label : Dirty Hit / True Panther Records Acheter
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Vespers de Model/Actriz est également en écoute ci-dessous :
Autre chanson extraite de 'Pirouette' de Model/Actriz, voilà le sublime Acid Rain :
Mais qui en Angleterre n'est pas encore passé chez lui ? C'est à se demander. Car Pynch, le groupe dont il est question aujourd'hui, a lui aussi fait ses premières armes chez Speedy Wunderground, le label de Dan Carey, maintes fois cités dans ces pages. C'était en 2019 pour Disco Lights, le premier single du quatuor londonien. Quatre ans plus tard, Pynch vient de sortir, sur son propre label Chillburn Recordings, son premier album, 'Howling At A Concrete Moon'. Et autant vous dire tout de suite que Dan Carey ne s'était une nouvelle fois pas trompé.
Enfants de toute une scène rock anglaise des années 2000 qui, avec le
recul, a bien plus de gueule qu'on voulait bien le dire à l'époque, les
Pynch ne sont pour autant pas des rejetons qui font dans la redite fadasse et réchauffée. Mieux, ils savent même s'en émanciper et s'en échapper de temps à autres (Somebody Else et sa vibeLCD Soundystem, London qui rappelle le All in Time d'Hospital Ships). Et l'ensemble me direz-vous ? Très attachant, porté qu'il est par des mélodies qui font mouche, par ses riffs longs en bouche mais classieux, par les textes de Spencer Enock, leader du groupe, aux paroles pleines de spleen et de nostalgie autant que de sarcasme ou de cynisme, et par une production, si ce n'est ciselée, qui lui sied en tous cas parfaitement (Andy Ramsay, batteur de Stereolab, est derrière la console).
Au final, il est difficile de faire la fine bouche à l'écoute de ce 'Howling At A Concrete Moon' de Pynch. Les premiers albums dont la qualité des compositions ne s'estompe pas après quelques
écoutes, comme aurait pu le laisser croire sa grande immédiateté, ne sont pas légions. Profitons donc de cet album, anglais jusqu'au bout des ongles, assurément un des plus emballants de ce printemps 2023. (Sortie : 14 avril 2023)
Trois chansons de 'Howling At A Concrete Moon' de Pynch en écoute aujourd'hui. Maybe et son côté faussement léger, un des tubes de l'album Tin Foils, et Somebody Else et son côté LCD Soundsystem :
Trois clips de 'Howling At A Concrete Moon' de Pynch à découvrir ci-dessous : Tin Foil, London et 2009 :
En 2008, pour la chronique de 'Fantasma Parastasie', l'album qu'il avait sorti avec Tim Hecker, j'avais compté le nombre de sorties discographiques qu'Aidan Baker avait à son actif, collaborations comprises. A l'époque donc, nous en étions à 113 albums.
Réapparu dans mon radar grâce à Mathieu de Random Songs, profitons donc pour faire un point. Ainsi, le canadien basé à Berlin en est, neuf ans plus tard, à 136 albums (dont 24 live), 20 Ep… et tout ça cette fois sans compter tous les autres groupes dans lesquels il a officié ou officie encore.
Bref, les années passent mais Aidan Baker ne change pas ses habitudes. Enregistrer, toujours plus enregistrer. Chacun jugera d'une telle productivité.
D'ailleurs, 'Noplace', le disque dont il est question aujourd'hui est son cinquième de l'année. Sorti il y a 15 jours, il ne sera même pas le dernier de 2017 vu qu' 'Aberration' est prévu pour début décembre !
Mais revenons à 'Noplace'. Composé avec Simon Goff (violoniste anglais) et Thor Harris, (batteur de Swans qui faisait déjà des merveilles sur 'The Past is not a Flood' de Hospital Ships), deux artistes avec lesquels Aidan Baker a déjà collaboré, 'Noplace' est un disque langoureux, uniquement instrumental, rempli de longues mélopées lancinantes, extatiques ; ticket pour un voyage en apesanteur. De l'ambient avec pour seules armes guitare, violon et batterie.
Album : Noplace Année : 2017 Label : Gizeh Records
En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), Tin Chapel du trio Aidan Baker / Simon Goff / Thor Harris est également en écoute ci-dessous :
Course complètement idiote - pour peu qu'on s'amuse à ce petit jeu, le top des meilleurs albums est une récréation assez jubilatoire à faire, en tout cas pour l'auteur de ces lignes (qui, soit dit en passant, a manqué, faute de temps ou d'envie, deux tops albums).
Pourquoi cette introduction ? Car après de très nombreuses écoutes de 'The Past is not a Flood', quatrième album des Hospital Ships, la question mérite d'être posée : et si nous tenions là le meilleur disque de l'année ?
Hospital Ships est un groupe découvert (pour ma part, cela va sans dire) via la compilation 'Weary Engine Blues', sortie en hommage à Jason Molina, quelques semaines après le décès de ce dernier. Le groupe y reprenait Hammer Down, sorti sur le premier album de Magnolia Electric Co. (le groupe succédant nominativement à Songs: Ohia), 'What Comes After the Blues'.
Quatuor à la base, Hospital Ships n'est plus aujourd'hui le projet que d'un seul homme, Jordan Geiger. Mais pour ce 'The Past is not a Flood', ce dernier s'est adjoint pour l'occasion les services de Thor Harris, percussionniste chez feu les Swans de Michael Gira. Un camarade de jeu qu'il connait vu qu'ils ont tous les deux officiés un temps chez Shearwater de Jonathan Meiburg.
La bonne nouvelle, c'est que bien qu'en comité restreint, Hospital Ships ne limite pas ses ambitions musicales et fait de 'The Past is not a Flood' un ravissement de 37 mns. Six chansons qui prennent leur temps (la plus courte, Long May You, fait tout de même 4.55 mns) et qui étirent des mélodies répétitives (ces trois notes de piano répétées à l'envie sur You and I), des ambiances rêveuses, des synthétiseurs profond (Oh My Light) ou encore le fantôme du 'Spoon and Rafter' de Mojave 3 (Long May You). Un ensemble musical auquel vient se marier la voix de Jordan Geiger, qui n'est pas sans rappeler celle de Jonathan Donahue de Mercury Rev (notamment sur Little Flower).
Ici, pas de quoi danser la gigue, car comme l'explique Graveface Records (label historique d'Hospital Ships) : « 'The Past is Not a Flood' is a product of his dealing with trying to break the cycle of years of mental illness, anxiety and depression.». Tout un programme.
Mais il n'en reste pas moins que cet album est vrai voyage, tantôt en apesanteur, tantôt dans des sphères plus heurtées. La fin d'année nous dira au final si 'The Past is Not a Flood' est aussi marquant que je le pense. Mais au final, ceci n'a que très peu d'importance. Car comme le chantent les Hospital Ships sur All in Time : « We're all going to die... we're all going to die... ». (sortie : 11 mars 2016)
Comme le veut la tradition, trois titres en écoute de cet album d'Hospital Ships : All in Time, LA merveille de ce 'The Past is not a Flood'(en écoute dans le lecteur Spotify à gauche également). Mais également Little Flower et Long May You :
Enfin, et pour finir, la très convaincante version acoustique d'All in Time par Jordan Geiger, l'homme derrière Hospital Ships :
Lundi dernier, cette salope de faucheuse mettait un terme à la carrière de songwriter fabuleux de Jason Molina. Une semaine. Tout pile.
Sept jours plus tard donc, le souvenir et la douleur toujours vivaces, une compilation à son honneur est annoncée. Elle s'appellera 'Weary Engine Blues' et convoque pour l'occasion pléiade d'artistes aussi divers que talentueux, excusez du peu (je vous mets la liste complète, histoire que quand même, hein !) : Mark Kozelek, Will Oldham, John Vanderslice, Allo Darlin, Hospital Ships, Lucas Oswald, Jonathan Meiburg (Shearwater), Damien Jurado, Dreamend, Brown Bird, Haunt the House, TW Walsh, Phil Elverum, Alisdair Roberts, Scout Niblett, Jeffrey Lewis, Will Johnson, The Wave Pictures, Darren Hayman, Herman Dune et quelques autres.
Le but ? Amasser des fonds pour la famille de Jason Molina. L'ensemble sortira le 23 avril prochain, est disponible à l'achat ici soit au format digital soit au format cd + une carte (dans le sens "map"), dessinée par William Schaff, et rendant hommage à Jason Molina. Tous les bénéfices iront entièrement à la famille.
Et comme pour « vendre » une telle compilation, en plus d'un artwork réalisé par Molina lui-même, il faut un petit teaser alléchant, c'est Mark Kozelek qui s'y colle. Au programme, une relecture de 1m51s de It's Easier Now, la chanson d'ouverture de 'Let Me Go Let Me Go Let Me Go', album solo de Jason Molina datant de 2006. Et aux paroles prophétiques (comme on peut en redécouvrir quelques unes en replongeant dans sa discographie : «
It's easier when I just admit / Death comes now
And the next minute / The next minute / The next minute ».
Une relecture formidable (et qui pourrait annoncer une compilation épatante), très différente de l'originale, moins sombre, plus courte, concentrée et au chant plus rapide, mais un bel hommage à Jason Molina, artiste américain au talent incroyable et qui avait dans les mains et dans l'aura de quoi vieillir aussi bien qu'un Neil Young aujourd'hui. Foutue ligne de vie...
Album : Weary Engine Blues Année : 2013 Label : Graveface