Quand j’étais plus jeune, dans la vieille bâtisse qui fait office pour ma famille de maison de vacances, en haut des escaliers qui menaient au deuxième étage, trois affiches étaient placardées contre un mur qui décrépissait minutes après minutes : une de
Bauhaus, une de
The Jam et une de
The Human League. Trois affiches installées là par mes cousins plus âgés et nés au milieu des années 60. Et trois affiches restées gravées dans ma mémoire.
Les années ont passé et j’ai découvert
The Jam de
Paul Weller. Reste
Bauhaus. Et donc
The Human League. Un groupe que je croyais forcément ridicule et qui symbolisait, pour l’adolescent que j’étais, les années 80, décennie que je détestais par-dessus tout (avant de me rendre compte, quelques années plus tard, que j’avais totalement tort). Erreur. Car
The Human League n’est rien de tout cela. Tout du moins avec
‘Travelogue’, l’album qui nous intéresse aujourd’hui.
The Human League est un groupe qui voit le jour en 1977, en pleine explosion du punk, quand
Martyn Ware et
Ian Craig Marsh convient leur ami
Philip Oakey à les rejoindre. Rapidement, le trio, sûr de son talent, se met à démarcher les labels ; c’est Fast Records qui répond le premier à leur demande et leur fait signer leur premier contrat.
Being Boiled est leur premier single. Tiré à très peu d’exemplaires et au succès relatif, le groupe se voit toutefois encensé par le NME et qualifié par
Johnny Rotten des
Sex Pistols de groupe de
«trendy hippies» (hippies qui ont du goût).
The Human League décide alors de défendre sa musique sur scène. Après leurs premiers concerts, le groupe décide d’embaucher
Philip Adrian Wright, ami de
Philip Oakey. Sa mission ? Donner un univers visuel au groupe.
Son travail est rapidement récompensé; le groupe obtient une certaine notoriété et enchaîne les premières parties. Celle de décembre 1978, pour
Siouxsie & The Banshees, va changer la donne. Ce soir là, un certain
David Bowie est dans la salle. Il en ressort totalement abasourdi et déclare qu’il vient
«de voir le futur de la pop». Rien de moins !
Inspiré,
The Human League sort son premier Ep,
‘The Dignity of Labour’, composé de quatre titres instrumentaux assez expérimentaux. Malgré cela, Virgin Records se montrent très intéressés par le groupe, le débauchent de Fast Records et les font signer.
Le souci, c’est que sortir des disques sur une structure indépendant n’a rien à voir avec travailler pour une major.
The Human League va vite l’apprendre à ses dépends. Malgré une promesse de liberté artistique totale, Virgin souhaite voir le groupe prendre une direction plus commerciale. Dans l’incapacité morale de refuser (le groupe a reçu une énorme avance à la signature),
Martyn Ware accepte. A une condition : que les singles qui sortiront sous cette forme là le soit sous un autre nom que
The Human League.
C’est donc sous le nom
The Men que
I Don’t Depend on You voit le jour. Un titre qui n’a rien à voir – ou presque – avec la musique originelle de la bande à
Ian Craig Marsh. Le hic – et la chance du groupe – c’est que le tube n’en est pas un et Virgin, comprenant son erreur, décide d’arrêter d’imposer au groupe un style qui ne lui convient pas.
The Human League se remet alors au travail et sort enfin son premier album,
‘Reproduction’, en août 1979. Le disque est un tel bide que le label annule la tournée du groupe en 1979. Pas désabusé, le groupe décide de repartir à l’attaque, sort
‘Holiday ‘80’ Ep en avril 1980 et connaît un premier vrai succès – ils sont invités à Top of The Pops, référence parmi les références à l’époque. Dans la foulée,
The Human League enregistre
‘Travelogue’.
Un disque audacieux, dans la droite lignée de son prédécesseur, avec un tantinet plus de tubes, mais toujours aussi froid, frigorifique même.
‘Travelogue’ est un album noir et austère, porté par la voix de
Phil Oakey et les synthétiseurs de
Martyn Ware et
Ian Craig Marsh ; à la fois pop mais electro, expérimental mais dansant, synthétique et visionnaire. Car
‘Travelogue’ est plus qu’un simple album. Il est une bénédiction et une œuvre qui a une décennie d’avance – il est dur de ne pas entendre dans
Dreams of Leaving ou
Life Kills des sonorités de groupes actuels, ne serait-ce qu’
Animal Collective.
Malgré une 16è place dans les charts, le disque reste un échec. De plus en plus miné, le groupe se déchire,
Oakey et
Ware ne se supportent plus. Le divorce est consommé. Mais bizarrement, c’est le dernier arrivé qui obtient la garde de
The Human League. Les deux fondateurs laissent donc leur bébé à leur ancien ami et partent fonder
Heaven 17. Pendant ce temps là,
Oakey recrute deux voix féminines, reforme
The Human League, change de registre et compose l’énorme
Don’t You Want Me. Nous sommes en 1981. Et
The Human League s’apprête à dominer le monde.