jeudi 11 octobre 2007

Moonman - Necessary Alibis [Greed Recordings]

Un uppercut en pleine pommette. Une fracture nette de l’œil droit comme disait l’autre. Ce disque n'est rien d'autre. Un petit chef d’œuvre, ni plus ni moins ; un qualificatif choisi tout sauf à la légère.

Mooman donc. Et un deuxième album, datant de 2006, pour cet amiénois, après un premier essai electro-pop en 2003. Ici changement de registre : on passe à un indie-rock des plus efficaces qui soit. Les guitares et la basse sonnent justes, la batterie est évidente. Quant à la voix, même si on se rend vite compte que notre homme est français avec ce non-accent qui nous est cher, elle n’est pas du tout gênante, une production soignée et subtile permettant de ne pas se focaliser sur celle-ci.

Naviguant entre Sebadoh (periode 'Harmacy'), Blonde Redhead (les premiers albums du groupe sont ici une référence évidente) et même Sonic Youth – ce, aussi bien dans leurs albums les plus « pop » (ou les moins rock) que dans leurs passages les plus déstructurés et bruitistes (la quadrilogie impressionnante de Team of Secret Rivals en est l’exemple parfait), 'Necessary Alibis' aligne les mélodies entêtantes et les riffs mémorables, que Moonman rehausse parfois d’un cuivre ou de quelques cordes du meilleur effet avant de partir faire quelques rapides excursions du côté du post-rock.

En parler un an après sa sortie a t-il toujours un sens? Oui. Cent fois oui. Mille fois oui. Déjà parce que ce disque, même s'il a été très bien reçu par les webzines (essentiellement) qui l'ont chroniqué, n'a pas connu de succès fulgurant.

Mais surtout parce que ce 'Necessary Alibis' est une claque monstrueuse, même douze mois plus tard. Une preuve que l’indie-rock de qualité et qui sonne juste n’est pas que l’apanage des anglo-saxons. Et qu’en France, il existe des alternatives à un rock français, qui n’arrive pas à se dépêtrer de l’ombre toujours omniprésente de Noir Désir. (Sortie : 10 septembre 2006)

Son :
Myspace (album en grande partie en écoute)

Et comme on n'est pas chien, deux titres en écoutes là aussi (malheureusement plus en ligne).

mercredi 10 octobre 2007

Panda Bear - Person Pitch [Paw Tracks]

Noah Lennox est un être singulier. Outre le fait d’être une des têtes de proue du combo déjanté Animal Collective, il est surtout un jeune homme avec une vision artistique assez fascinante. Barrée certes. Mais fascinante.

Plus connu sous le pseudonyme de Panda Bear (son animal favori qu’il aimait dessiner sur les premières demos qu’il enregistrait), il sort en 2002 un premier album assez introspectif, chez Paw Tracks déjà (label formé par le groupe), 'Young Prayers', en guise d’exutoire après le décès de son père. Une belle réussite, bourrée d’acid-folk torturé et qui aime partir de traviole (et pas qu'un peu).

Trois ans plus tard, Panda Bear s’échappe une nouvelle fois de la confrérie animale le temps de 45 mns, et s’en va sortir son deuxième effort solo, à la pochette renversante, sorte de Sergent Pepper des années 2000 (en parfaite adéquation avec l'album et que l'on s'amusera à détailler plus souvent qu'à son tour).
Cette fois-ci adieu, introspection et minimalisme ; bonjour pop déglinguée, psychédélique et pastorale en même temps, faite d’écho, de reverb’, de chœurs et de touches expérimentales.

Composé de sept morceaux proposant chacun de longues mélopées répétitives et ingénieuses, 'Person Pitch' n'est pas le disque le plus accessible du monde. Certes. Mais il a un pouvoir de séduction assez fou.
Il donne surtout l’impression d’assister, discrètement caché dans le noir au fond d’une vieille église désaffectée, à une jam entre les Beach Boys, Syd Barrett et Animal Collective, tous trois défoncés au LSD sauce champignons hallucinogènes.
Une sorte d’expérience assez déroutante, limite mystique par moment, mais qui se révèle au fil des écoutes tout aussi essentielle que passionnante. Et prouve surtout qu'en cette année 2007, tout ce que touche Panda Bear se transforme en or. Au moins artistiquement parlant. (Sortie : 20 mars 2007)

Son:
Myspace (deux titres en écoute)

Et deux titres ici aussi, parce que. Prenons le temps, faisons chauffer les champi et c'est parti (
malheureusement plus en ligne).


Tiens, le clip de Bro's. Dans le genre barré... Oh, je crois que je viens de voir un panda rose voler :



mardi 9 octobre 2007

Alberta Cross – The Thief & The Heartbreaker [Fiction]

Et si après le revival des années 80 (Editors, Interpol et toute la clique), le revival de la fin de l'âge d'or du punk (on redécouvre les Clash, on vénère Wire, ce genre de choses), ne serait-on pas en train de tomber dans une sorte de retour aux années 70s, l'époque bénie des « riffs longs comme le bras » et des solos de guitare plus « plus c'est long plus c'est bon » ?

Déjà l'an passé, les amis de Midlake avaient tracé la voie avec un très joli 'The Trials of Van Occupanther'. Cette année, Alberta Cross prend la suite avec son premier album 'The Thief & The Heartbreaker'. Mais de façon différente et moins mélodieuse toutefois.

Malgré ce que l'on pourrait croire avec le nom du groupe, pas de hurleuse au micro. Juste un groupe composé de quatre londoniens, aux coiffures et aux barbes vintage, mené par l'écriture et la voix de Petter Ericson, qui sait particulièrement partir dans les aigus quand il le veut (assez souvent) et qui a une voix très féminine et/ou androgyne, même s'il en fait parfois un peu trop.

Un disque entre blues, roots et rock, avec des guitares dans tous les coins – tous ! –, un orgue qui passe dire bonjour de temps à autres, le tout mis au pas par une batterie sans génie mais pas indigne plus, disons classique à défaut de mieux.

Alors oui pour aimer ce disque, il faudra aimer le Neil Young des seventies, celui qui pouvait pondre des titres comme Cowgirl in the Sand, en claquant des doigts. Il faudra aussi aimer The Band (mais qui n'aime pas The Band hein ?). Bref, il faut aimer les morceaux avec de la gratte dans tous les sens.

Parfois, on n'est pas loin de l'overdose à l'écoute de ce 'The Thief & The Heartbreaker'. Mais les Alberta Cross ont eu le bon goût de sortir un premier effort assez court (à peine 28 mns pour sept titres). Et c'est appréciable.
L'odeur d'alcool frelaté et de clope froide, ça fait son petit plaisir. Surtout quand ça faisait longtemps. (Sortie : 2 avril 2007)

Son :
Myspace (trois titres en écoute)

Histoire de bien faire les choses, et comme promis, deux jolis titres. Affûtez les médiators! (
malheureusement, plus en ligne).

Et pour finir, le clip de
Lucy Rider :


lundi 8 octobre 2007

Track of The Day (2-8 octobre 2007)

95% rock, 5% americana, le Track of The Day délaisse l'électro et le hip-hop le temps de quelques jours. Pour mieux y revenir bientôt. (toujours en écoute dans le lecteur deezer, à droite).

Lundi 8 octobre 2007 :
* Clap Your Hands Say Yeah ! - Satan Said Dance [Wichita]
Histoire de démarrer la semaine du bon pied, Satan Said Dance, tuerie de cette année 2007 riche en singles énormes. Un titre (et plus globalement un album) d'une efficacité folle et d'une écriture dingue. DANCE comme ils disent.
(disponible sur Some Loud Thunder # 2007)


Dimanche 7 octobre 2007 :
* Perry Blake - Something Still Reminds You [Orchard Music]
Le crooner Irlandais revient sur un tout petit label et avec un nouvel album. Banjo et tout le toutim pour un voyage entre americana et country, avec en point d'orgue, ce petit bijou mélancolique à souhait.
(disponible sur Canyon Songs # 2007)


Samedi 6 octobre 2007 :

* Editors - An End Has a Start [Kitchenware]
Deuxième album une nouvelle fois proprement torché par les anglais, adeptes des années 80 et des guitares de ces années là. Et un titre d'une grande efficacité en guise de nom d'album. Rythme, chant, tout y est. Tripping.
(disponible sur An End Has a Start # 2007)


Vendredi 5 octobre 2007 :
* Maxïmo Park - Karaoke Plays [Warp]
Encore du Warp. Deuxième album pour les Maxïmo Park, un peu plus faiblard et moins consistant que son prédécesseur. Mais il y a quelques excellents titres dont Karaoke Plays, un morceau plein d'emphase (peut-être trop pour certain) qui donne envie d'hurler les paroles à la manière de Paul Smith. Savoureux.
(disponible sur Our Earthly Pleasures # 2007)

Jeudi 4 octobre 2007 :
* Battles - Atlas [Warp]
Un des tous meilleurs titres de l'année 2007 sur un des excellents albums de la même période. Batterie frénétique, guitare entêtante, chant barré. Et groupe de folie. Perché en haut de l'Atlas justement.
(disponible sur Mirrored # 2007)


Mercredi 3 octobre 2007 :
* Lou Barlow - You're a Goat [Acuarela]
En pleine reformation de Dinosaur Jr. et Sebadoh, Lou Barlow continue sa partition solo (que j'aime beaucoup, je l'avoue) et donne une suite à son très joli 'Emoh' de 2005 avec cet Ep certes inégal mais sur lequel figure ce morceau, acoustique et nerveux.
(disponible sur Mirror The Eye Ep # 2007)

Mardi 2 octobre octobre 2007 :
* Help She Can't Swim - All The Stars [Fantastic Plastic]
Plus carrés, moins foufou qu'auparavant, les Help She Can't Swim donne une suite euphorisante à leurs précédentes aventures. Punkons ensemble sur ce All The Stars qui, dans un monde parfait, ferait danser toutes les filles de la planète. Et pas que. Riot!
(disponible sur The Death Of Nightlife # 2007)

dimanche 7 octobre 2007

[Oldies] Evie Sands - Any Way That You Want Me (1969)

Même si les deux histoires n’ont rien à voir, même si elles ne sont pas du tout comparables, l’histoire de la vie d’Evie Sands est un peu un copié-collé de celle de Jackson C. Frank.
La demoiselle le rejoint facilement au royaume des artistes maudits, un royaume où il est écrit à l’entrée « ici reposent des artistes pétris de talent poursuivis par une scoumoune inouïe ».

Car, bien que moins morbides que ceux de l’ami Jackson C. Frank, Evie Sands n’aura pas donné sa part au chien en matière de déboires (essentiellement artistiques toutefois).

Quand en 1965, la jeune demoiselle signe chez Blue Cat Records, elle s’apprête à sortir un single Take Me For A Little While qui doit logiquement la propulser en haut des charts. Malheureusement, le test-pressing du single est dérobé par un producteur peu scrupuleux et transmis à Chess Records et à Jackie Ross qui s’empresse (bien qu’elle assurera toujours qu’elle n’était pas au courant du vol) d’enregistrer le morceau, à sa façon. Le titre sort très rapidement, supplante la sortie de la version d’Evie Sands, est un succès et truste les playlists de toutes les radios américaines. Le mal est fait. Et la version originale passe pour une resucée médiocre et sans saveur.

En souhaitant relancer sa carrière, elle sort ensuite un second single, I Can’t Let Go : nouvel échec cuisant pour elle mais qui deviendra un an plus tard un tube or massif des anglais de The Hollies. Allez comprendre.

Histoire de lui enfoncer une bonne fois pour toute la tête sous l’eau, tout se répète à l’envie. Partant de Blue Cat Records, la belle Evie Sands signe sur Cameo-Parkway et sort Angel of The Morning. Las, triple las : le label met la clé sous la porte, laissant donc les droits sur le morceau libres. Merilee Rush & The Turnabouts sautent sur l'occasion, enregistrent leur version de la chanson et font un carton.

Dépitée mais pas abattue, Evie Sands continue son bonhomme de chemin, croyant que cela tournera bien un jour. Elle signe sur A&M Records et sort donc en 1969 l’album dont il est question aujourd’hui, 'Any Way That You Want Me'.

Un disque… fabuleux. Trente-cinq minutes de soul blanche, très poppy, avec du Dusty Springfield dans tous les sens, un peu de Burt Bacharach (producteur de génie de l’époque, Aretha Franklin, Dionne Warwick et beaucoup d’autres confirmeront), des chœurs à tomber, de la délicatesse dans les arrangements (le mariage piano/violon/cuivre est merveilleux à chaque fois),… Le tout produit tout en rondeur par un Chip Taylor. Et puis surtout ce sentiment bizarre de retrouver quelques mélodies qui trusteront le haut des charts quelques années plus tard (Any Way That You Want Me et son coté Grease, entre autres).
Ce disque sera un échec. Comme le seront ses (rares) sorties discographiques ultérieures. Quand on vous parle de lose…

La grande Dusty Springfield était une fan absolue d’Evie Sands, allant même jusqu’à enregistrer un morceau avec elle au milieu des seventies. Mais rien n’y fera jamais rien. Sans savoir vraiment pourquoi et malgré la qualité des compositions, leur côté plus qu’accessible et leur grand potentiel tubesque (I'll Hold Out My Hand ou But You Know I Love You, pour ne citer que ces deux là), elle ne sortira jamais vraiment de l’anonymat, malgré un retour (rapide) sur le devant de la scène à la fin des années 90.

C'est à n’y rien comprendre à l’écoute de cet album doux, délicat, emballant, bien écrit, porté par cette voix « soul-mais-pas-trop », entre Dusty et Nancy Sinatra. Foutus poissards va.

Première sortie: 1969 (A&M)
Dernière réédition: 2005 (Rev-Ola)

Son :
Myspace Non-Officiel (Avec notamment deux titres de cet album ainsi que sa version d’I Can’t Let Go).

Trois morceaux: But You Know I Love You, It's This I Am et Any Way That You Want Me. A vous de tomber sous le charme :