Les années passent et dans un relatif anonymat, le duo Elysian Fields continue de sortir des albums à un rythme régulier.
'Pink Air' est leur neuvième, et à l'instar de ses prédécesseurs, il n'est pas franchement transcendant. Plutôt ennuyeux même. Mais ce n'est donc pas une surprise, Elysian Fields n'a jamais brillé par ses disques de toutes façons (hormis peut-être au début, c'est mercredi, je suis d'humeur sympathique).
Pour autant, sur chacun de leurs disques, on trouve toujours à un moment donnée de quoi satisfaire son appétit de belles mélodies (voir ici ou là). Et on y retrouve surtout la voix de Jennifer Charles, sans conteste la plus belle voix de la pop actuelle (même si elle se fait très discrète) à laquelle il est difficile de résister ; que ce soit avec Elysian Fields, Jean-Louis Murat (Elle était venue de Californie), chez Dan The Automator (en écoute ici) ou chez bien d'autres.
Sur 'Pink Air', tout n'est pas notable mais on retiendra quand même le presque slowcore Household Gods, chanson sombre où Jennifer Charles y est totalement envoûtante, aidée par un Oren Bloedow qui retrouve la flamme le temps de quelques accords. A confirmer sur scène vu que le groupe va démarrer dans quelques jours une tournée de pas moins de dix dates en France.
C’est un peu la news de la fin de semaine dernière : Alain Bashung va avoir droit à un album posthume. Il s’appellera 'En Amont', sortira le 28 novembre prochain et contiendra des chansons jamais publiées, écrites et/ou composées par entre autres Arman Méliès, Joseph d'Anvers, Doriand ou Raphaël. Voilà pour les informations brutes.
Afin de promouvoir ce disque, un premier single a été mis en avant. Il s'agit d'Immortels (en écoute ce jour). Initialement, Immortels est une chanson composée par Dominique A pour Alain Bashung et qui aurait pu figurer sur 'Bleu Pétrole', le dernier album de celui-ci. Le souci, c’est qu’elle avait été refusée par Bashung lui-même.
Sa qualité intrinsèque n’étant sans doute pas en question (Dominique A en a donnée une version magnifique sur son album 'La Musique'), on peut imaginer que le fantaisiste militaire ne se voyait pas chanter un texte parlant autant de la mort alors qu’il se savait condamné (Bashung est mort des suites d’un cancer un an presque jour pour jour après la sortie de son ultime album).
Mais surtout, il n'était peut-être pas totalement convaincu que cette chanson siérait à son répertoire. Alors évidemment, je nage en pleine supputations, mais à l'écoute de cette version, il n'est pas totalement impossible que ce soit cela. Car s'il est très touchant de réentendre la voix de Bashung sur une
chanson inédite - qui plus est de cette qualité là -, l’ensemble n'est pas forcément cohérent ni vraiment convaincant.
On sent que les mots, le rythme voire même la musique (beaucoup moins orchestrée que la version de Dominique A, mais rentrant totalement dans le cadre de 'Bleu Pétrole') ne sont pas en adéquation avec le chant de Bashung. Tout du long, il y a une sorte de détachement entre la mélodie et les paroles, comme s'il n'arrivait pas à rentrer totalement dedans.
Mais plus globalement, c'est le procédé qui rend l'ensemble gênant. Et je le dis d'autant plus fort que je ne suis pas un intégriste de ce genre de choses. Dans quelques semaines, j'irai acheter le jour de sa sortie 'The Bootleg Series Vol. 14 'More Blood, More Tracks' de Bob Dylan consacrée à l'enregistrement de 'Blood and The Tracks', où l'on retrouvera notamment les New-York Sessions de 1974, dont j'avais parlé ici. Il est même fort possible que je me fasse l'acquéreur de la réédition des 50 ans de 'The Beatles', le double-blanc des Fab Four, moins pour le disque original (j'ai la version du coffret Mono de 2009, elle me va très bien) que pour les sessions de l'époque et les 27 chansons des 'Esher Demo' dont on m'a dit le plus grand bien.
Mais l'idée c'est que dans ces deux cas précis, les artistes ont donné leur accord. Mieux, les versions, si elles vont être nettoyées, devraient être les mêmes que celles enregistrées à l'époque. Elles ne feront sans doute pas l'objet de mise en avant en radio. Bref, il s'agit là à mon sens plus de bonus pour fans ou complétistes comme moi que de vrais nouveautés pour le grand public.
La démarche de Chloé Mons me semble toute autre ici. Comme elle le dit lors d'une interview donnée à RTL : « La sève était là, la colonne vertébrale des morceaux était là mais pas tellement plus (...) c'est délicat de retravailler des morceaux quand la personne n'est plus là, ça pose mille questions (...) Il fallait être complètement avec son âme, c'est un peu fou de dire ça mais vrai, pour être dans un respect total du geste d'Alain ». On a donc retravaillé les morceaux, on les a terminés, évidemment sans l'accord de Bashung. Mais heureusement, le traditionnel « je voulais en faire profiter tout le monde » est de sortie, donc tout va pour le mieux.
Ce disque posthume est une hérésie. Que ces morceaux refusés terminent sur les rééditions de 'Bleu Pétrole',
de 'L'Imprudence', de 'Fantaisie Militaire' ou de tous ses albums qui
ont précédé ce triptyque essentiel auraient eu un sens. Mais faire les fonds de tiroir pour composer un album en bonne et due forme me semble particulièrement problématique. Et même insultant pour la carrière d'Alain Bashung.
Traitez moi de cynique mais je rapproche plus cette sortie de toutes celles commises par Mary Guibert, la mère de Jeff Buckley qui, si elle avait en stock des enregistrements de son fils reprenant sous la douche les chansons de 'Grace', aurait sorti un cinquantième disque posthume ; ou des ayant-droits d'Hendrix, pas avares eux non plus en dépeçage de l’œuvre dont ils obtiennent la gestion.
Bref, gênant aux entournures, cet album posthume n'est pas forcément bienvenu sur le papier. Et le « vendre » en proposant la version refusée d'Immortels n'est pas la meilleure idée, tant la cohérence de l'ensemble n'est pas évidente - alors que justement, les trois chef d’œuvres de Bashung ne souffraient eux d'aucune discussion. C'est une belle curiosité, touchante car sa voix y est belle, puissante et que le texte prend depuis 9 ans une autre ampleur. Mais rien de plus. Et si la musique et la voix d'Alain Bashung sont immortelles, la sortie de ce 'En Amont' est triste : 'Bleu Pétrole' était une si somptueuse épitaphe...
Album : En Amont Année : 2018 Label : Barclay
En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), la version d’Immortels par Alain Bashung est également en écoute via son clip ci-dessous :
Et puis qu'on est lundi, double ration d'Immortels, avec la version de Dominique A :
Découverte tardive de 2017, le All My Friends de Lens Mozer (aucun lien avec le faramineux titre de LCD Soundsystem) avait fait mon début d’année 2018. Ce qui n'aurait pu être qu'un simple et épatant single ouvrira finalement le premier album du californien, 'Don’t Stop' et qui devrait sortir d’ici la fin de l’année selon Plastic Jurassic, maison des débuts de Lens Mozer.
En deuxième place de l'album, on trouvera Cut My Heart in Two, single mis en orbite pour annoncer la suite. Une chanson dans la lignée d'All My Friends, de la belle psych-pop, avec ce qu'il faut de reverb et de nonchalance pour en faire un vrai tube d'été indien. A suivre de très très près.
Conor O’Brien, l’homme derrière Villagers ne m’avait jamais vraiment touché. Jusqu’à cette soirée de novembre 2013, où il est venu défendre son deuxième album sur la scène de l’Épicerie Moderne (et où Lee Ranaldo and The Dust avait ouvert la voie pour lui). Un concert touchant et beau où le villageois et ses voisins m’avaient renversé, me permettant de redécouvrir de façon sublime certaines de ses premières chansons (Twenty-Seven Strangers avait littéralement éteint les derniers murmures d’une salle qui lui était un peu plus acquise à chaque nouveau morceau).
Marquante, Again, la chanson qui ouvre le quatrième album de Villagers, 'The Art of Pretending to Swim', est de cette veine là. Une chanson au gimmick malin - qui fait un temps hésiter l’auditeur entre agacement et emballement - à la mélodie aussi simple que travaillée et qui ne cesse d'évoluer.
Mais au-delà de ces considérations purement musicales, et quand bien même ses cheveux sont devenus gris, Conor O’Brien a toujours pour lui cette voix et ce phrasé impeccable (et un régal pour un non-anglophone) qui en font un artiste à part - au moins de ce point de vue.
Difficile de dire si le reste de 'The Art of Pretending to Swim' est à l’avenant (mes quelques écoutes n'ont pas pas été aussi marquantes que cela, même si l'accent synthétique qu'il essaie de donner à ses chansons et ses idées pop rappelant feu les Guillemots (des débuts) sont bien vues) ; on verra donc sur la longueur si ce disque de Villagers reste dans les mémoires - ne serait-ce que d’ici la fin de l’année. Mais on devrait réentendre parler de Again. Au moins dans ces pages.
Elle est fan de lui et de son groupe depuis son adolescence (elle s'est même occupée du merch de certains de ses concerts). Il est fan de son premier album. D’un côté, Phoebe Bridgers, auteure d'une petite merveille sortie l'an passé, 'Stranger in the Alps'(voir aussi là). De l'autre, Noah Gundersen, indie-folkeux de Seattle et leader, notamment, de The Courage, groupe dont je n’ai jamais entendu parler et où officie aux chœurs et au violon sa petite sœur Abby.
A eux deux, pas d’album en vue (madame s’est lancée avec Julien Baker et Lucy Dacus dans un nouveau super groupe, boygenius, dont on reparlera sans doute bientôt), juste un single sorti à l’orée de l’été qui vient de s’achever. Près de 8 mns qui mêlent une chanson de l'une (Killer) et de l'autre (The Sound).
Un ensemble des plus réussis où Phoebe Bridgers et Noah Gundersen (rejoints par Abby sur la seconde partie, qui amène avec elle son violon) se partagent les couplets, et marient leurs voix sur les refrains. Doux, mené au piano, ce medley transpire la mélancolie derrière laquelle semble se cacher une tristesse insondable.
En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), Killer + The Sound de Phoebe Bridgers + Noah & Abby Gundersen est également en écoute ci-dessous :
Et le clip de Killer + The Sound de Phoebe Bridgers, Noah & Abby Gundersen :