Commençons cette dernière ligne droite de l'année en nous intéressant à quelques disques qui auront fait mon année et pour lesquels, je m'en rends compte, je n'ai eu jusque là aucun mot. Premier de cordée, 'angel in realtime.', troisième album des australiens de Gang of Youths, découvert l'an passé à la faveur d'un The Angel of 8th Ave. décapant.
Un disque pas vraiment inoubliable, mais qui contient deux chansons remarquables (en plus du single sus-cité) : You in Everything, long et prenant morceau d'ouverture. Et Brothers qui pour tout motif une simple mélodie au piano répétitive et le texte de David Le'aupepe, chanteur de Gang of Youths. Celui-ci y raconte tout ce qu'il a appris sur son père à la mort de celui-ci, ses mensonges, ses travestissements de la réalité, ses omissions et notamment celles de l'existence de deux demi-frères abandonnés pendant leur enfance par l'homme qu'il adorait par dessus tout. Une plongée de près de six minutes dans la famille Le'aupepe absolument superbe et très touchante - pour ne pas dire bouleversante.
Album : angel in realtime. Année : 2022 Label : Sony Music
Toujours à l'affût de la moindre nouvelle de Sufjan Stevens, j'en étais venu à croire que la toute dernière chanson à avoir fait son apparition le concernant était une nouveauté. Que nenni mes bons amis. Car contrairement à ce que l'on pourrait penser, cette reprise du Worried Shoes de Daniel Johnston par Danielson et Sufjan Stevens date de 2006. Elle avait été composée pour la compilation 'I Killed The Monster (21 Artists Performing The Songs Of Daniel Johnston)' publiée sur le label new-yorkais Second Shimmy. Dernière tout ça, Kramer, un compositeur, musicien et producteur américain, notamment connu pour avoir produit les deux premiers albums de Low, des disques de Galaxie 500, d'Half Japanese... et '1990' et 'Artistic Vice' de Daniel Johnston au tournant des années 90.
Dix-sept plus tard - et un peu moins de quatre après le décès de Daniel Johnston-, Kramer a remasterisé les vingt-et-une chansons de cette compilation et va la republier en partie (ses onze reprises préférées seront pressées sur vinyle pour la première fois) et dans sa totalité (en digital et en K7), le tout orné d'une nouvelle pochette.
Pour le moment, seulement la reprise de Worried Shoes a filtré. Et ce sont Danielson et Sufjan Stevens qui il y a dix-sept ans s'y étaient donc collés. Totalement disparue des Internet depuis des années, il faut bien avouer que le résultat est exaltant. S'éloignant - évidemment - du côté lo-fi à l'extrême de la chanson originale et si chevillé aux chansons de Daniel Johnston, la réduisant quasiment de moitié, les deux compères d'alors (Danielson était notamment à la production de 'Seven Swans', le reste de la Danielson Famile jouait sur le disque) sortent là une version ample, très travaillée et très touchante. Une superbe version qui prouve à quel point Daniel Johnston était un sacré compositeur.
Album : I KILLED THE MONSTER - The Songs of Daniel Johnston Année : 2006 / 2023 Label : Shimmy-Disc
En écoute dans les playlists Spotify, Deezer,YouTubeet dans la colonne de gauche du blog
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, la reprise du Worried Shoes de Daniel Johnston par Danielson et Sufjan Stevens est également en écoute ci-dessous :
Le clip de la reprise de Worried Shoes de Daniel Johnston par Danielson et Sufjan Stevens :
Pour finir, remettons nous donc la version originale de Worried Shoes, chantée par Daniel Johnston :
De toutes les très belles chansons qui constituent 'YTI⅃AƎЯ' le nouvel album de Bill Callahan, j'aurais pu évoquer le superbe Coyotes, la beauté de sa mélodie, de sa poésie. J'aurais pu aussi parler de Natural Information et son côté country. Ou encore de Bowevil, si habité. Mais à choisir, évoquons plutôt Naked Souls, le morceau le plus fameux de ce nouveau disque de l'ex-Smog.
Une chanson qui démarre par quelques notes de guitare, quelques cymbales caressées, un piano délicat et enfin la voix de Bill Callahan. La mélodie déroule sa beauté, le chant - parfois proche du parlé - est léger, délicieux. Petit à petit, la présence mélodique se fait plus prégnante, les notes sont plus appuyées, l'ambiance se tend. Et puis quasiment au milieu du morceau, des cuivres majestueux déclenchent les hostilités, la voix de Callahan n'est plus seule, et tout part dans une maelstrom indomptable, comme un bateau ivre, avec une trompette qui semble jouer sa vie, une guitare électrique qui n'en finit plus de riffer, un piano qui ne cesse d'être martelé. Une sorte de bœuf géant absolument irrésistible. Immense chanson.
Album : YTI⅃AƎЯ Année : 2022 Label : Drag City
Découvert il y a quelques mois de cela grâce à leurréussi 'Credit Note Ep' sorti au début de l'été, voilà Holiday Ghosts, quatuor originaire de Falmouth, ville située tout au bout du sud-ouest de l'Angleterre. Un groupe déjà auteur de trois albums (le précédent date de l'an passé) et qui aime l'indie-rock, l'indie-pop, les guitares et qui a le bon goût d'être signé chez Fat Cat Records, label ô combien précieux mais que je n'ai pas vraiment croisé depuis longtemps.
Mais Holiday Ghosts c'est surtout un groupe auteur tout récemment d'un nouveau single nommé B. Truck. Une chanson totalement épatante et qui a une vibe toute Parquet Courts. De la guitare, toujours de la guitare, encore de la guitare. Plutôt très addictif. Et assurément un groupe à suivre.
Pendant les semaines de confinement qui ont touché une très grande partie de la planète, vous et moi avons passé nos journées enfermés à écouter de la musique, à faire du pain, à regarder des séries, lire des bouquins, à réapprendre à glander pour mieux confirmer que le travail n'était vraiment pas une fin en soi. Les artistes eux ont enchaîné les Facebook live, les concerts sur leurs balcons, ont enregistré des disques de confinement et... ont fait comme nous au final.
Général en chef des aimés The Mountain Goats, John Darnielle lui s'est plongé dans le cinéma. Surtout dans le cinéma d'action, qu'il a consommé en grande quantité. En très grande quantité même à le croire. Des films aussi bien des années 60 que des années 80 qui lui ont donné envie d'écrire un album sur ces fameux action-movie si chevillés au corps de la culture américaine.
Mais plutôt que de centrer ses histoires (il y en a douze) autour du héros qui dézingue les méchants et sauve la veuve et l'orphelin, Darnielle a préféré s'attacher aux anti-héros. Aux méchants en tous genres, de ceux qui crient vengeance et font couler le sang, de ceux plus taiseux qui se tapissent dans l'ombre pour réaliser leurs méfaits ou des nobody mis dans d'inextricables situations à devoir choisir entre deux solutions tout aussi affreuses l'une que l'autre.
Plongeant aussi bien dans l'action-movie classique que film de mafieux, faisant quelques références évidentes (une chanson est nommé First Blood, titre original du film 'Rambo') ou évoquant de vrais psychopathes (Make You Suffer), il est ici question autant de menaces que de casses, autant d'otages à la merci d'un flingue que de fuites en voitures. Avec à chaque fois, en toile de fond, le mot vengeance écrit en lettres de sang. Des histoires pas avares de paroles bien senties (un exemple parmi tant d'autres, que John Darnielle considère même comme une de ses
toutes meilleurs : « We may run out of bullets, we're never going to run
out of hostages », sur Hostages), qui ont pour base les clichés du genre et que Darnielle et ses Mountain Goats font vivre par de sacrés élans rock très maitrisés et efficaces (Training Montage ou Wage Wars Get Rich Die Handsome, deux bons tubes à mettre en tête de gondole, Need More Bandages), de la pop joliment troussée (Bones Don't Rust, Incandescent Ruins, Extraction Point et son cuivre langoureux) et de la balade belle à pleurer (Bleed Out, superbe chanson sur l'inéluctabilité de la mort, et qui clôt l'album du même nom).
C'est tout cet ensemble qui fait que 'Bleed Out' se révèle vite être un concept album de haute tenue, sans doute un des meilleurs albums de The Mountain Goats, et surtout un de ses plus immédiats. Décidément, l'âge n'a pas de prise sur le talent, l'écriture et l'imagination de John Darnielle (Sortie : 19 août 2022)
Trois chansons de 'Bleed Out' de The Mountain Goats en écoute aujourd'hui. Training Montage, ouverture de l'album à l'efficacité immédiate (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Hostages et l'histoire d'une prise d'otages. Et enfin le sublime Bleed Out :
Trois clips et/ou vidéos tirés de 'Bleed Out' de The Mountain Goats : Training Montage, Wage Wars Get Rich Die Handsome et Make You Suffer :