« I did not rush to be seen Floating in mother’s warm dark sea Endlessly My resistance wore down on a Friday Near noon Piercing the light too soon Too soon
Mostly not visible but to the air Mostly not visible but to the air
I met the world slowly Slowly Thought I was a stowaway Caressed me into being For nearly nothing Thought I was a stowaway Guess I was a stowaway
Mostly not visible but to the air Mostly not visible but to the air
Mostly not visible but to the air
Shadow of the living light Mostly not visible but to the air
Shadow of the living light
Mostly not visible but to the air Shadow of the living light
Shadow of the living light
Shadow of the living light »
Album : Ghosts of No Année : 2016 Label : Vicious Circle
Si on faisait un petit calcul statistique rapide - et au doigt mouillé -, je pense qu'en Europe, 90% des disques appréciés, écoutés, chroniqués et classés dans un top musical de l'année viennent des États-Unis, du Royaume-Uni et du Canada. Les 10% d'albums restant venant sans doute du pays d'origine de l'auditeur, avec parfois quelques disques scandinaves (mais chantés en anglais) qui arrivent à s'immiscer en timides joker de luxe.
Ces pages ne font évidemment pas exception, vu qu'à quelques disques italien, russe ou japonais, toutes mes écoutes se concentrent sur la chanson française mais surtout sur les productions anglo-saxonnes.
Prenons donc le contre-pied pour une fois en parlant d'un disque qui aurait du faire parler de lui depuis bien longtemps dans nos contrées : 'Useless Generation' (ou 'Άχρηστη Γενιά' en version originale) de Bazooka.
Bazooka est un groupe grec, originaire de la ville de Volos en Thessalie. Une cité fondée par Créthée et qui serait le point de départ de l'aventure de Jason et des Argonautes, partis chercher la Toison d'Or ; c'est également la ville qui a vu naître Vangelis. Le point wikipédia étant terminé, retournons à nos moutons - noirs.
Bazooka est un quintette rock qui n'a qu'un seul défaut : son nom. Car Bazooka est un patronyme peu avenant et surtout déjà utilisé à de multiples reprises depuis 40 ans par de nombreux groupes (Rate Your Music compte à lui seul une quinzaine d’occurrences).
Mais à part cela, il n'y a rien de négatif à dire sur ce combo hellène qui compte deux (!) batteries en son sein et qui chante dans sa langue natale (ce qui, pour l'auditeur français que je suis, est une nouveauté). Car leur 'Useless Generation' est un disque épatant, formidable, incroyable et qui, j'ose le dire, s'il venait de Brooklyn ou de Los Angeles, aurait déjà été monté au pinacle par tous les Pitchfork, Stereogum ou Inrocks du monde.
Car bien que chanté dans la langue - mise à jour - d'Aristote, 'Useless Generation' va piocher ses influences aussi bien dans le garage-rock américain que le punk anglais, le blues-rock ou le psychédélisme le plus fameux. Il y a de tout ici, des Stooges (formidable Lie (Ψέμα en version-originale) en écoute aujourd'hui) aux Clash (Magic Fingers (Μαγικά Δάχτυλα)) en passant par Led Zeppelin ou les Flaming Sideburns (et leur bien trop méconnu 'Hallelujah Rock'n'Rollah').
Alors évidemment, il est difficile de comprendre un traitre mot de ce que racontent les Bazooka quand on ne connait pas le grec - et c'est mon cas, ma mère étant plus latiniste à l'époque de mon adolescence. Il se peut donc que tout au long des 37 minutes de cet album, les Bazooka alignent poncifs gênants, vulgarité misogyne, propos homophobes, racistes ou reprises de chants nazis. Il se peut oui.
Mais entre son titre 'Useless Generation', sa pochette (un ours en peluche éventré au sol et recouvert de confettis), la situation grecque de ces 5 - au moins - dernières années et les quelques traductions de paroles glanées ici et là, j'ose à croire et espérer qu'il est profondément engagé, intelligent et revendicatif. Ce qui en relèverait encore plus le caractère implacable et parfait (on confirmera en tout cas tout cela en se procurant la version physique de l'album, vinyle ou cd, qui contient les paroles traduites en anglais).
Car c'est cela qui ressort des dizaines d'écoute de 'Useless Generation' : un disque brillant, très bien produit, à la construction parfaite, aux chansons impeccables, aux riffs et à la fougue implacables. Oui, cela fait beaucoup de superlatifs mais cet album des Bazooka le mérite amplement. Depuis dix jours, je n'ai quasiment plus que ça dans les oreilles, mon air-guitare en bandoulière et ma voix de fausset qui hurle du yaourt. Sauf que pour la première fois de ma vie, ce yaourt sonne grec. (sortie : 4 mars 2016)
Ce deuxième album de Bazooka 'Useless Generation' ('Άχρηστη Γενιά') est également en écoute chez Spotify et Deezer.
Comme le veut la tradition, trois titres de 'Useless Generation' ('Άχρηστη Γενιά') de Bazooka en écoute aujourd'hui. A tout seigneur tout honneur, le très Stooges Lie (Ψέμα en vo), également en écoute dans la playlist Spotify à gauche. Suit ensuite le punk Repetition (ou Επανάληψη). Enfin, pour clôturer l'affaire, They Travel (Ταξιδεύουν) aux faux-airs pop et aux guitares tonitruantes :
Histoire d'être complet, les deux clips issus de ce deuxième album de Bazooka. Tout d'abord, celui de la chanson d'ouverture et qui porte le nom de l'album, Useless Generation (Άχρηστη Γενιά) :
Enfin, leur deuxième single, intitulé The Screen (Oθόνη) :
Découvert (ou plutôt lancé réellement) à l'âge de 62 ans par Daptone Records, l'histoire de Charles Bradley est un résumé du rêve américain qui aurait mis du temps à se manifester. Mais depuis ses premiers singles pour Daptone Records dans les années 2000 et surtout depuis son premier album en 2011, Charles Bradley a décidé de rattraper le temps perdu en cuisine où il officia la grande majorité de sa vie.
Ainsi, depuis 'No Time for Dreaming', Charles Bradley a enchainé de longues tournées et deux albums, dont le dernier en date est sorti le 1er avril dernier. Il s'appelle 'Changes', ne voit pas notre homme changer sa ligne directrice.
Merveilleusement produit et mis en musique (quel groupe il a avec lui, on ne cessera jamais de le dire), Charles Bradley continue de puiser son inspiration chez James Brown mais plus généralement dans les années 70 qui lui vont bien au corps et à la voix. En résulte un disque qui s'ouvre par quelques notes d'orgue et un petit sermon avant qu'une soul absolument imparable prenne les choses en main et aligne titres fameux sur chansons à tomber (Good to be Back Home, la reprise de Black Sabbath Changes, Ain't It a Sin ou encore Change For The World, en écoute aujourd'hui).
Un disque classieux donc et qui une nouvelle fois n'aurait pas fait tâche à côté de certains des grands classiques de l'époque.
Malheureusement, depuis la sortie de 'Changes', Charles Bradley a appris qu'il était atteint d'un cancer de l'estomac. Comme si cette salope de vie venait lui rappeler que tout succès, même tardif, a son revers. Toujours. Croisons les doigts qu'il s'en sorte, revienne, continue et de chanter et de vivre son rêve. Tout en espérant pouvoir, très égoïstement, pouvoir le revoir au moins une fois sur scène, son groupe, lui et son magnétisme.
Album : Changes Année : 2016 Label : Daptone Acheter
Change For The World, en plus de la playlist Spotify à gauche, est également en écoute sur le lien ci-dessous :
En plus de Change For The World, voilà le clip de Changes, reprise donc de Black Sabbath. Un clip superbe :
Enfin, autre chanson mémorable de ce 'Changes', Good to Be Back Home et ses cris James Brown-iens :
Tout droit venu du Boston, Massachusetts (j'adore cette habitude géographique américaine), Bent Shapes est un quatuor qui a sorti au printemps dernier son deuxième album, 'Wolves of Want'. N'ayant pas écouté leur première fournée ('Feels Weird'), je ne m'engagerais donc pas sur la voie des comparaisons.
N'y allons pas par quatre chemins : ce disque de Bent Shapes n'est pas le meilleur de la galaxie Slumberland. Car oui, 'Wolves of Want' a des défauts, allant d'une voix pas forcément attachante ou remarquable à quelques chansons anodines en passant par des effets évitables.
Pour autant, cet album - produit par Elio DeLuca, un ex de ces tarés de Titus Andronicus -, reste un album qu'il faut écouter, si tant est qu'on aime le rock et la pop américaine, évidemment.
Il y a ici assez de guitares Strokes-ienne, de fougue ici et de chansons remarquables (Realization Hits, Béton Brut qu'on dirait tout droit sortie des années 90, le calme Intransitive Verbs, la chanson d'ouverture New Starts in Old Dominion et ses premiers accords qui font penser à Nirvana) pour y trouver son compte. En gros, une sorte de version bostonienne des californien de The Idyllists - en moins pop cependant.
Album : Wolves of Want Année : 2016 Label : Slumberland
La scène est anecdotique mais mérite d'être racontée : en 2014, lors de la seconde édition de Heart of Glass, Heart of Gold (aka « le meilleur festival du monde »), alors que dans tous les coins du village vacances de l'évènement les concerts s'enchaînent, une centaine de personnes est groupée dans un des bars pour participer à un karaoké pop géant.
Les titres défilent ; puis à un moment donné, un homme, la quarantaine, front dégarni, prend le micro. Et se met à chanter From Russia, With Love, la chanson originale du James Bond du même nom, interprétée à l'époque par Matt Monro. La salle est sous le charme et lui réserve une bien belle ovation.
Lui, c'est Matt Elliott, anglais de son état, dont quelques albums dans les années 2000 avaient marqué les oreilles, notamment les miennes ('The Mess We Made' en 2003, puis la trilogie 'Drinking Songs' / 'Failing Songs' / 'Howling Songs' entre 2005 et 2008).
Présent sur le festival pour un concert très intimiste, donné à-côté de la piscine, juché sur une chaise, il avait su dans l'après-midi emporter la trentaine de personnes en maillot de bains s'étant arrêté pour l'écouter, lui, tout seul à la guitare, égrenant quelques unes de ses belles et mélancoliques chansons.
Bien qu'ayant disparu des radars médiatiques, Matt Elliott continue à sortir des albums à un rythme régulier. Francophile convaincu, c'est toujours chez les français de Ici D'ailleurs qu'il a sorti en février dernier son nouvel album, 'The Calm Before', le huitième pour le label nancéien.
Un disque - une nouvelle fois - aussi mélancolique que beau. Il voit Matt Elliott alterner moments acoustiques et intimistes qu'il rythme par sa guitare folk et sa douce et belle voix (que cet homme chante bien !), et parties plus sonores, où se mêlent violons, batterie, guitare électrique et chœurs, le tout dans une ambiance d'Europe de l'Est, qui lui est chère. I Only Wanted to Give You Everything (en écoute aujourd'hui) en est d'ailleurs l'exemple parfait. Chanson de 10 mns, c'est une merveille de montée et de descente, avec une partie centrale vibrante de choeurs et de « but you don't love me » répétés à l'envi. Osons même le dire, un des sommets de 2016. Carrément.
Album : The Calm Before Année : 2016 Label : Ici D'ailleurs
De façon très surprenante, 'The Calm Before' est à indisponible sur Spotify mais aussi sur Deezer, Soundcloud ou Bandcamp. Donc forcément, I Only Wanted to Give You Everything est uniquement disponible à l'écoute sur le lien youtube ci-dessous :
Un court teaser de 'The Calm Before' par Matt Elliott. Très réussi :
Enfin, lors de l'édition 2014 de 'Heart of Glass, Heart of Gold', La Blogothèque avait réalisé un petit film report de 15 mns. Sur celui-ci, on trouve un enregistrement de Matt Elliott, filmé pour l'occasion. A voir ci-dessous (à partir de 6'40") :