dimanche 30 septembre 2007

[Oldies] Jackson C. Frank – Blues Run The Game (1965)

Il y a des jours comme ça où rien ne va. Où l’on a beau faire, tout se transforme en catastrophe. Où la moindre de nos initiatives se termine invariablement par un échec. Oui, il y a des jours comme ça. Des semaines même. Et puis, il y a des vies comme ça.

Prenons Jackson C. Frank. Né en 1943 à Buffalo. Mort à 56 ans, sans le sou. A peine sauvé de l’oubli de l’histoire de la musique par un jeune fan de folk. Un artiste pétri de talent qui aura connu les affres du mauvais œil : il échappe d’un rien à un incendie dans son école à 11 ans, où 18 de ses camarades trouvent la mort ; son âme-sœur, sa muse Sandy Denny l’abandonne (avant de mourir quelques années plus tard, à 30 ans); sa deuxième femme le quitte lorsque son fils décède alors qu’il n’est qu’un bébé ; il enchaîne les dépressions, connaît les « joies » de l’hôpital psychiatrique, perd l’usage de ses deux jambes et finit infirme et borgne. Bref, le bonheur et la chance réunis en un seul être.

Tout cela ne l’a toutefois pas empêché, le temps de 3h à Londres et avec l’aide de Paul Simon, de signer un des plus beaux disques des années 60 : 'Blues Run The Game'. Peut-être même le plus grand disque de folk des sixties.
Un disque d’une tristesse insondable, à l’image de sa vie et de ce qu’elle allait devenir. Dix titres ébouriffants, portés par une voix, mélange de douceur et de profondeur, assez exceptionnelle. Un album traversé d’histoires d’amour déchirantes et de cœur brisés, de mélodie splendides et de touché de cordes délicat. Tout y est. De l’acabit d’un Dylan. Et même plus tiens, Bob Dylan, pourtant héros de l’auteur de ces lignes, n’ayant jamais sorti un album folk de cette classe là.

Dans les années 90, Jim Habbot, un jeune fan de folk entame une véritable enquête policière pour remettre la main sur Jackson C. Frank, le retrouve, fait sortir de l’oubli ce 'Blues Run The Game' ainsi que cinq titres de 1975, du même niveau que ceux enregistrés dix ans plus tôt (que l’on peut retrouver sur les diverses rééditions qui verront le jour dès 1995).
En 2003, Vincent Gallo ajoute même Mik and Honey, son grand œuvre, au générique de son film The Brown Bunny, assurant par la même à Jackson C. Frank un début de notoriété posthume. Notoriété qui reste toutefois à des années lumière de ce qu’elle devrait être vu la qualité incroyable de cet album.

Car 'Blues Run The Game' est un disque impensable. Qui donne les larmes aux yeux. Qui rend bouche bée. Et ahuri. Un album indispensable aussi pour qui veut comprendre l’histoire de la musique contemporaine. Car Jackson C. Frank, avec ce simple et unique disque qui ne sortira jamais de la communauté folk de l’époque, va inspirer bon nombre d’artiste en devenir. Dont un certain Nick Drake, autre génie malheureux et bouleversé, qui puisera tonnes d’inspirations dans ce répertoire de quinze titres. Un Nick Drake qui finira lui aussi plutôt mal. A croire que l’on paye un certain tribu à s’inspirer de Jackson C. Frank, poissard de talent mais artiste de génie. M’étonnerait pas que l’ami Syd Barret n’ait pas usé jusqu’à la corde cet album là tiens.

Nb: cette chronique n'est finalement pas nécessaire. Une seule lecture concernant Jackson C. Frank vaut le détour. Celle de Raoul-Lachenay, auteur d'un très beau texte sur le bonhomme et sur sa vie, et qui m'aura fait découvrir cet artiste. Cet article se trouve ici, sur Ordet Blog (le blog qu'il faudrait garder s'il ne devait en rester qu'un seul)

Première sortie : 1965 (CBS)
Dernière réédition : 2003 (Sanctuary)

Son :
Myspace (un myspace de fan, évidemment, avec 5 titres en écoute).

Vu qu'on est dimanche et vu la qualité de cet album, trois titres en écoute: Milk and Honey, Don't Look Back et Dialogue. Enjoy!

 

vendredi 28 septembre 2007

Thurston Moore - Tree Outside The Academy [Ecstatic Peace]

Quand même, Sonic Youth… quel groupe. Entre sa longévité (plus de 20 ans), sa stabilité (même line-up des débuts ou presque, Shelley arrivant dès 1985), des choix artistiques convaincants et convaincus, une influence énorme sur tout un pan des groupes d’aujourd’hui, et des albums toujours aussi intéressants, année après année (bon, on ne va pas se mentir, il y a quand même quelques ratés ici, là et même dans le coin aussi. Mais on est sympa, on passe l’éponge), la bande à Lee Ranaldo confirme année après année son statut de groupe culte.

Et comme ça ne leur suffit pas, les new-yorkais réussissent même en solo, là où tant et tant ont fait tanguer une aura et une carrière suite à des décisions artistiques douteuses et des promesses d’ego hypertrophiés. Dernièrement, c’est le père Thurston Moore qui s’y est collé avec son deuxième album solo, 'Tree Outside The Academy'.

Un disque qui déjà débute bien : la pochette est belle. Très belle. Basique, classique et sans génie certes. Mais belle. Tout simplement. Et en cette année 2007 peu gourmande en matière d’artwork de qualité, cela méritait d’être souligné.

La liste des invités fait aussi énormément envie. Si l’on retrouve de façon logique Steve Shelley à la batterie (compagnon de route un jour, compagnon de route toujours), la présence de Jay Mascis est une vraie surprise, lui qui depuis quelques mois a retrouvé le feu sacré au bout des doigts avec la reformation plus que réussie de ses Dinosaur Jr.. Leslie Keffer, de Charalambides (dont on reparlera du nouvel album bientôt dans ces pages) est là elle aussi. Tout comme la talentueuse Samara Lubelski au violon qui apporte une touche féminine, qui rend l'anodin beau (Fri/End, qui aurait été sans elle un morceau sans saveur) en mélodicisant un peu plus le tout.

Mais de mélodies, ce 'Tree Outside The Academy' n’en manque pas. Thurston Moore nous sort quelques compositions pas piqués des vers, qui n’auraient pas fait tâche sur les derniers albums du groupe (le titre éponyme par exemple, Honest James, Frozen Gtr), fait riffer Jay Mascis comme jamais (Wonderful Witches avec ce jeu reconnaissable entre mille) et s’applique à s’éloigner de l’œuvre de son groupe originel en se rapprochant d’un son plus folk-pop (bien évidemment, on est chez un membre de Sonic Youth, donc tout est relatif) en utilisant massivement l’alliage guitare acoustique/violon qui fait des ravages tout au long de l’album. Et puis il y a cette voix, ce grain si particulier qui a fait beaucoup, quoiqu’on en dise, sur la carrière du groupe.

Élevé au noise, Thurston Moore ne peut pas s’empêcher de planter ici quelques banderilles bien énervées, pour le plaisir (principalement à la fin de l’album). Et de conclure son disque par un enregistrement de lui à 13 ans. Une piste complètement décalée avec le reste, sans musique. Juste la voix du jeune Thurston expliquant à l’auditeur ce qu’il est en train de faire : ‘What you’re about to hear is the scissors snapping away at random… There!’. Un morceau inutile, sans saveur. Mais qui en dit beaucoup sur le bonhomme, ses idées, son imaginaire.

Et qui signifie aussi que cet homme là, bien qu'à la tête du plus grand groupe des trente dernières années, n’a pas fini d’avoir des choses à nous dire. Ce 'Tree Outside The Academy' très réussi en est la preuve la plus éclatante. Un disque pas forcément fondamental mais diablement passionnant. (Sortie : 18 septembre 2007)

Deux morceaux en écoute, comme à chaque fois. Deux petits bijoux, Fri/End et Wonderful Witches (malheureusement plus en écoute).

jeudi 27 septembre 2007

Enfin du son!

Après quelques menus problèmes d'hébergements, j'ai enfin (je débute faut dire) réussi à mettre du son sur une bonne partie des derniers articles. Afin d'être le plus concis et le plus clair, vous pouvez écouter deux extraits (à chaque fois) sur les articles suivants:

Cloud Cult - The Meaning of 8

Chris Garneau - Music For Tourists

Millie Jackson - Caught Up [Oldies]

Mira Calix - Eyes Set Against The Sun

Calla - Strenght In Numbers

Souvaris - A Hat

Loney, Dear - Loney, Noir

Hell Razah - Renaissance Child

John Phillips - John, The Wolf King Of L.A. [Oldies]

The Bee Gees - First [Oldies]

Pour info, les morceaux seront dispos environ un mois, histoire de.
Mais je serais vous je me jetterais en priorité sur Millie Jackson (au cas où cette artiste ne vous dirait rien).

Cloud Cult - The Meaning of 8 [Rebel Records]

A l’heure du développement durable et de la lutte contre le réchauffement de la planète, la découverte de Cloud Cult est peut-être plus qu’un simple hasard.

Voilà donc un groupe, formé à Minneapolis aux États-Unis en 2001, dont une grande partie de la vie est régi par l’écologie. Activistes protecteurs de l’environnement, leurs activités musicales sont toutes non-polluantes, du packaging de leurs albums (en papier recyclé) à leur studio d’enregistrement (dans le sous-sol de la maison du leader du groupe – Craig Minowa et de sa femme, membre de Cloud Cult également – écologiquement pensé) en passant par les concerts et autres tournées. Un vrai sacerdoce.

Mais au-delà de cet aspect un peu sectaire, Cloud Cult est une révélation en 2007. Et pour deux raisons. La première est éthique : connaissant une certaine notoriété aux États-Unis (des shows à New-York sold-out, ce genre de choses), ils ont toujours refusé de signer sur une grosse structure, rendant les sorties de leurs disques plus confidentielles qu’elles ne devraient l’être. Et ils n’ont, jusqu’à présent, jamais dérogés à leur ligne de conduite. Et très honnêtement, à l'heure du massacre en règle de la diversité musicale par Universal (notamment), ce genre d'attitude fait du bien.

La seconde raison est évidemment musicale. Cloud Cult est une révélation qui semble réduire, en moins de notes qu’il ne faut pour le dire, toutes les autres sorties discographiques de l’année à de vulgaires disques d’appoints. Car  'The Meaning of 8' est un grand album. Le genre de ceux dont on ne se remet pas facilement.

Et pourtant, il avait tout pour déplaire : une pochette hideuse (une constance chez le groupe), une vingtaine de titres, plus d’une heure de musique. Et finalement… tout tient la route, celle d’une pop alambiquée et baroque qui n’hésite pas à aller flirter avec des bas-côtés lo-fi, electro ou beaucoup plus nerveux.

Les morceaux ont des constructions qui n’arrêtent pas de changer, d’évoluer, de se contredire, des idées et des mélodies en contrebalançant d’autres. Comme si le groupe n’aimait pas la simplicité et la facilité. Et tentait de repousser encore un peu plus les limites du monde de la pop music. Et le plus invraisemblable dans tout cela, c’est que tout est fait dans une cohérence folle.

Des chœurs, des violons, des xylophones, des petits riens (ce souffle électronique répétitif sur Dance For The Dead) qui font des grands morceaux. Et comme si tous ces ingrédients ne suffisaient pas à faire de ce disque un chef d’œuvre (et de ce groupe une entité majeure de la musique actuelle), la vie en rajoute une couche. Histoire de.

A l’instar de leurs cousins Canadiens d’Arcade Fire et de leur premier album 'Funeral' marqué par le décès de nombreux membres des familles Butler et Chassagne, la mort plane tout au long de 'The Meaning of 8'. On y ressent tristesse, effondrement, perte de soi (cette voix tremblotante par moments).
Parent d’un jeune garçon décédé en 2002 à l’âge de deux ans, le couple Minowa ne s’en est réellement jamais remis. Et cela transpire dans l’écriture de Craig qui pond des titres à fleur de peau, se servant de son art comme thérapie.

De Take Your Medecine (un titre acerbe sur ces médecins qui voulaient le bourrer de médocs à la mort de son fils) à Song For The Deaf Girl (1’28 de silence) en passant par un Dance For The Dead bouleversant, tout y passe : la peur du vide, les lendemains pleins de tristesse infinie, l’espoir, la religion. Avec une pudeur, un tact et une vérité qui nous donneraient les larmes aux yeux.

Sorti début avril dernier, cet album ne m'a pas une seule seconde ennuyé, malgré les dizaines d'écoutes qui se sont succédées. Il m'a même ouvert les portes sur le reste de leur discographie qui n'a pas l'ombre d'une faille ou d'un ratage.

Chef d’œuvre parmi les très grands disques, 'The Meaning of 8' (8, comme le nombre de rayons qui composent la roue de la vie, ça ne s’invente pas) est un concentré de vie, de mort, de moments baroques et d’autres plus intimistes. Bref de musique comme on l’aime. Intègre, touche à tout de génie (oui, le mot n’est pas trop fort), Craig Minowa sort son grand œuvre.

Pour les raisons évoquées plus haut, ils ne donneront sans doute jamais de concert en Europe. Et ce disque ne sortira sûrement jamais en France. Mais il finira en haut, tout en haut des tops de fin d’année. Voire même plus haut encore. (Sortie : 10 avril 2007)

Son :
Myspace
Site Officiel 


Deux morceaux, histoire de, quand même hein : Dance for The Dead et Your 8th Birthday (malheureusement plus en écoute).

La vidéo de Chemicals Collide. Vous aussi, tombez amoureux :


mardi 25 septembre 2007

Top 6 "Eastern Europe"

Et de quatre. Une nouvelle rubrique. Oui, je sais, au rythme où ça va, bientôt, on sera à cent. Rassurez-vous, je compte m'arrêter à un moment. Mais bon, l'autre soir, je suis retombé sur ce bouquin dans ma bibliothèque:

Très honnêtement, mon livre de chevet. D'île déserte. D'une vie. Ma vie. En fait, Rob, c'est moi. Ses déboires amoureux, c'est moi. Sa vie un peu ratée, c'est moi. Ses choix, sa passion pour la musique, ses manies insupportables avec ses disques, c'est moi. Son besoin de toujours tout classer, c'est encore moi.

Ah, ces fameux top 5 des meilleures premières chansons d'album, des meilleurs titres d'Elvis Costello, tout ça m'a donné l'envie... de faire la même chose. Oui, je ne suis qu'un plagieur. J'ai un peu honte mais vu que je l'avoue honteusement devant vous, un peu moins quand même. Mais toujours un peu. Donc ça sera un top 6. Pour montrer qu'on a beau avoir oublié notre chapeau (faudrait quand même penser à aller le chercher), on n'en reste pas moins inventif (ou pas en fait).

Donc top 6 disions nous. Histoire de mettre en ligne quelques morceaux oubliés, connus ou non, mais qui ont tous un lien entre eux.

Et pour commencer, et alors que j'écoutais 'Sarajevo' de Max Richter dans ma voiture (oui, Max Richter en voiture, c'est très bien, ça calme les nerfs), je me suis dit qu'un top 6 « des morceaux qui ont pour titre une ville des pays l'est », ça pouvait avoir de la gueule. Et il en a d'ailleurs je trouve.

Six chansons donc. Un vrai tour d'Europe de l'est. On commence par un somptueux voyage à Prague grâce à un Damien Rice nerveux comme il faut ; on enchaîne par le classique arrêt à Varsovie avec Warsaw de Joy Division, puis en route pour Bratislava et c'est Beirut qui conduit. On file ensuite à Odessa pour retrouver Aesop Rock et Dose One en guides VIP, avant de faire 1000 bornes vers l'ouest et découvrir Belgrade selon Jean-Louis Murat. Et on finit sur une voix cristalline en plein coeur de Sarajevo, avec Max Richter à la baguette.

Bien sûr, on trouvera sûrement à redire, des "titres oubliés que t'aurais jamais dû oublier -Twist-, il va t'en cuire", des morceaux plus électro (si vous avez des idées, je suis preneur). Et justement, c'est le but. J'attends vos propositions, vos remarques, nos points d'accords, d'achoppements aussi. Et vos propositions pour les prochains top 6 (qui arrivera de temps à autre, de façon aléatoire). A vos souvenirs et vos jaquettes de cédés donc. 







Tracklisting:
Damien Rice - Prague (O - 2003)
Joy Division - Warsaw (An Ideal for Living Ep - 1978)
Beirut - Bratislava (Gulag Orkestar - 2006)
Aesop Rock feat. Dose One - Odessa (Appleseed - 1999
)
Jean-Louis Murat - Belgrade (Mus
tango - 1999)
Max Richter - Sarajevo (Memoryhouse - 2003)

















Chris Garneau - Music For Tourists [Absolutely Kosher]

Normalement, si tout tournait rond dans ce monde de foufou, 'Music For Tourists', le premier album de Chris Garneau, enfant de Big Apple, aurait du être un album rasoir. Il avait tout pour lui. Treize morceaux (et un caché) pour 60 minutes de musique, essentiellement composée d’un piano (craquant), agrémenté de, au choix, un violoncelle, une batterie discrète, quelques cuivres et autres légères backing-voices. Bref, un disque qui allait nous en toucher une sans bouger l'autre. Ou inversement.

Oui, mais voilà, le hic dans toute l’histoire c’est que Chris Garneau, avec sa voix aux relents de Chan Marshall, qui hésite entre intonations féminines et masculines, très androgyne, a du talent. Un talent fou.

Ce qui aurait pu être un album de plus qui n’a rien à dire remporte finalement l’adhésion après quelques morceaux seulement. Le New-Yorkais enfile les titres magistraux comme des perles, avec cette voix si proche et une production qui donne une vraie l’ampleur à l’ensemble.

Et que dire des paroles, profondes et torturées juste comme il faut. L’ombre de Cat Power volette un peu partout, celle de Jude de temps à autres, le Tom Mc Rae des débuts n’est pas très loin, les scandinaves Hederos & Hellberg non plus. Il y a même (allez osons) un peu d’Elliott Smith, dont il reprend (le fameux morceau caché) Between The Bars, en s’en sortant plus qu’honorablement. Bref, on navigue entre très bon et grandiose.

Être américain (et New-Yorkais de surcroît) et sortir un disque à la pochette présentant le dessin d’un avion qui s’écrase relève de la gageure. Et donc d’un artiste pétri de talent. Ce qu’est Chris Garneau qui a sorti ici un vrai petit chef d’œuvre mélancolique et sombre, d’une beauté parfaite.

Pour on ne sait quelle raison, il n'est pas devenu la marotte de certains news culturel français (suivez mon regard), alors qu'il avait tout pour. Mais on s'en fout au final. Et puis on aime bien garder quelques petits bijoux, comme ça, rien que pour nous.
Près de dix mois d'écoute de ce disque. Et aucune lassitude. Juste des frissons qui parcourent assez souvent mon échine. Et c'est bien cela qui m'importe le plus. (Sortie : 23 janvier 2007)

Son:
Myspace (à défaut de mieux pour le moment)
Site Officiel

Deux morceaux parmi les plus beaux de l'album, Castle Time et Halloween (
malheureusement plus en écoute).

Et le clip, typiquement new-yorkais, de Relief :




lundi 24 septembre 2007

Track of The Day (18-24 septembre 2007)

Sept derniers titres très pop. Rock. Et pop. On ne se refait pas.

Lundi 24 septembre 2007 :
* Sufjan Stevens - Waste Of What Your Kids Won't Have [Asthmatic Kitty]
Quand Sufjan Stevens ressort 'Seven Swans' en Lp, il rajoute un bonus 7''. Sur lequel se trouve cette merveille, inédite: Waste of What Your Kids Won't Have. Vivement la suite! Un album sur les oiseaux est prévu pour bientôt. Avant une prochaine (du moins on l'espère) visite d'un état des Etats-Unis. Ah, s'il ne devait en rester qu'un aujourd'hui...

Dimanche 23 septembre 2007 :
* The National - Fake Empire [Beggars Banquet]
Cette année, après trois albums très réussi, on a commencé à parler de The National. Enfin! Et notamment grâce à ce Fake Empire, somptueux. Alors oui, j'aurais pu mettre un autre titre de l'album, par ailleurs qui a du chien et même plus que ca. Mais pas un dimanche. Non, le dimanche, on se fait plaisir. Et ce titre là en est un grand.

Samedi 22 septembre 2007 :
* Midlake - Roscoe (acoustic version) [Bella Union]
Midlake reprend son Roscoe de l'an passé, avec pour seule arme (ou presque) un piano. Déjà que la version album était un des grands moments de leur 'The Trials of Van Occupanther' mais cette version complètement nue est à tomber. C'est beau. Tout simplement.


Vendredi 21 septembre 2007 :
* James Carrington - Ache (demo version) [Autoproduit]
On a tous un péché mignon. Le mien, c'est le punk à roulettes. Et les bluettes pop qui font pleurer les filles. Ache rentre dans la seconde catégorie. C'est mignon, c'est bien fait, c'est triste, ça n'invente et ne bouleverse rien. Mais ça me touche juste ce qu'il faut.


Jeudi 20 septembre 2007 :

* Malcolm Middleton - Four Cigarettes [Full Time Hobby]
Extrait de 'A Brighter Beat' sorti en tout début d'année, Four Cigarettes est le genre de titre qui devrait nous aider à surmonter notre inconsolable dépression post-split d'Arab Strap. Pas sûr qu'il y arrive complètement. Mais il devrait plutôt bien aider quand même.


Mercredi 19 septembre 2007 :

* Bright Eyes - No One Would Riot For Less [Saddle-Creek]
Le jeune génie américain revient avec un nouvel album au son plus propret, moins crade que ses prédécesseurs. Mais l'alchimie et le talent sont toujours là. Et le Conor Oberst a toujours le sens de la mélodie qui tue. Exemple concret avec ce No One Would Riot For Less exquis.


Mardi 18 septembre 2007 :

* Franz Ferdinand - All My Friends Cover [DFA]
All My Friends des LCD Soundsystem, titre de l'année (à ce jour) pour votre serviteur, se voit repris par les écossais dansants Franz Ferdinand. Très rock, aux accents New Order, cette cover a un punch d'une efficacité totale.

dimanche 23 septembre 2007

[Oldies] Millie Jackson - Caught Up (1974)

Et Dieu créa Millie. Son sourire enjôleur (au moins à l’époque), ses petits yeux coquins. Et puis cette voix. Aussi sensuelle qu’affirmée. Qui vous transporte, qui vous mets des légions entières de poils au garde à vous sur tout le corps.

Quand en 1974 'Caught Up' voit le jour, le monde de la soul music change de visage. Les chefs-d’œuvre du passé ne sont plus que de très bons disques. Exit Aretha. Exit Diana. Exit Dusty. Exit tout le monde. De très grandes artistes oui. Mais derrière l’immense Millie Jackson.

Car oui, pour moi, 'Caught Up' change tout. Elle atteint le paroxysme, l'apogée de la soul, à tous les niveaux : musical, vocal, textuel, production. Le concept de l’album est absolument dément et, surtout, il tient la route. Millie Jackson y explore les méandres par lesquelles une femme-maîtresse passe : plaisir, confiance, peur, dégoût, colère, honte. Les titres sont entrelacés et ne forment qu’un tout. Qu’elle s’excuse, qu’elle vocifère, qu’elle se complaise dans cette vie à moitié, elle est toujours très convaincante.

Mais au final, même avec le meilleur concept du monde, la plus belle voix du monde, si ça ne suit pas derrière, ça ne sert à rien. A rien du tout. Comble du bonheur, ici, tout est juste parfait. La production de Shapiro est aux petits oignons, enveloppant la belle voix de Millie Jackson dans un océan de cuivre et de cordes. Une perle dans un écrin de cristal.

Il est très difficile de se détacher de l’écoute des neuf titres de ce disque. Comme il est impossible d’en choisir un plutôt qu’un autre. Non, l’album forme un tout. Comme pour 'L'Histoire de Melody Nelson' de Gainsbourg. On commence l’écoute du disque au début. Et on la finit à la dernière note. Il n’y a pas d’autres alternatives. Ou alors on n’a rien compris.

En trente-six minutes, Millie Jackson met tout le monde d’accord. Ce disque est, pour moi, ma plus belle découverte des années 2000, tous styles confondus. Un album d’une qualité folle, beau à en pleurer, qui frappe fort musicalement, lyric-ement et vocalement.

Après ce chef d’œuvre, la belle Millie continuera sa (longue) carrière bon an mal an, en donnant une suite délicieuse (on en reparlera) à ce disque, sous le titre de 'Still Caught Up', un an plus tard. Avant de faire un tout droit dans le virage des années 80, entre pochettes immondes et choix musicaux douteux. Mais quoiqu’il se passe, elle restera à jamais la plus grande chanteuse soul du plus grand album soul (bis) qu’il m’a jamais été donné d’écouter.

Première sortie: 1974 (Southbound)
Réédition: 2006
(Southbound)


Son :
Myspace de fan
Site Officiel

Bien qu'ayant dit précédemment que ce disque ne pouvait que s'écouter d'une traite, trois petites pépites. Le titre d'ouverture (If You Loving You Is Wrong) I Don't Want To Be Right enchainé avec The Rap, qui lui succède dans le tracklisting. Et celui qui ferme l'album, Summer (The First Time). Splendide.

vendredi 21 septembre 2007

Mira Calix - Eyes Set Against The Sun [Warp]

Définir ce disque. Expliquer cette heure de musique. Détailler ces dix titres. Uhm. Bien difficile à l’écoute d’'Eyes Against the Sun', nouvel album de l’ancienne publiciste de chez Warp, passée depuis quelques années de l’autre côté de la barrière, Mira Calix. Il a beau squatter mes oreilles depuis bientôt huit mois, j'ai toujours du mal à lui coller une étiquette (ce qui n'est pas un mal d'ailleurs).

Car, si l’on réfléchit bien, qu’en dire ? Que c’est électronique ? Bien sûr, nous sommes chez Warp, rien de très surprenant. Ajouter que c’est expérimental ? Oui, évidemment. Un assemblage de son divers, des craquements, des distorsions, d’arrivées impromptues de bruits sourds, de déroutants changements de cap aussi.

Mais ce 'Eyes Against the Sun' ne se limite pas à cela. Bien au contraire même. Car oui, si les adjectifs « électronique » et (surtout) « expérimental » ont toutes leurs places ici, ils sont toutefois contrebalancés par la grande portée mélodique qui survole ce disque tout du long : quelques notes de piano (particulièrement beau), des cordes répétitives (splendide The Way You Are When, au toucher qui rappelle Max Richter), un orgue plaintif, des cuivres à tomber (One LineBehind).

Et ce qui aurait pu déboucher sur une alchimie des plus bancales donne finalement naissance à un petit chef d’œuvre de musique minimaliste et expérimentale, très ambiante, d’une beauté renversante. Oui, car l’adjectif qui sied le mieux à ce disque, c’est « beau ». Tout simplement. Un 'Eyes Against the Sun' dont on ne se remet pas facilement, qui rentre par une oreille pour ne plus ressortir.
Entêtant, touchant, le nouvel album de Mira Calix est truffé de morceaux auxquels on s’attache rapidement (The Way You Are When, Umbra/Penumbra, One Line Behind donc, un des bijoux de l’année ni plus ni moins) et qu’on a du mal à quitter. Une douceur warpienne de plus dans un monde de brutes. (Sortie : 15 janvier 2007)

Son:
Myspace
Site Officiel

Deux morceaux mes ami(e)s, vous m'en direz des nouvelles (malheureusement plus en écoute).

jeudi 20 septembre 2007

Calla - Strength in Numbers [Beggars Banquet]

Si Calla était une équipe de foot, nul doute qu'il serait le Lille des années passées : une bonne équipe dont personne ne parle jamais mais qui chaque année fait son bonhomme de chemin et termine dans le haut du panier. Car Calla, c'est vraiment ça : ils ont beau truffer leurs albums de mélodies bien troussées, de faire sonner leur basse comme personne, d'avoir un lead-singer à la voix d'une douceur et d'un grain incroyable, d'être adoubé par Michael Gira lui même, Calla reste inconnu, non pas du grand public, mais également d'une grande partie du public indé.

Et pourtant, même sur leurs disques considérés "les plus faibles" (par les fans purs et durs), il y a toujours de quoi faire. Toujours des titres à tomber à la renverse. Toujours des passages irrésistibles.

Si l'on omet leur premier opus (chez Sub Rosa) en 1999, très slow-core et minimal à la Low, Calla a choisi de rester dans la même veine musicale. Mais à chaque fois, ils ne déçoivent pas. On aimerait presque, car on aime toujours dire du mal, on est tous pareil. Mais on ne peut pas, c'est impossible. On n'y arrive pas.

Leur 'Collisions' de 2005 n'est peut-être pas un chef d'oeuvre (quoique), mais on se surprend souvent à retomber dedans, notamment grâce à un début d'album plus que réussi, qui enfile les « titres qui auraient du être des tubes » comme des perles.

'Strength in Numbers' devrait connaître la même logique. Car ce n'est pas le disque de l'année, loin de là. Il y a ici et là des longueurs, quelques morceaux qui auraient mérités d'être des faces-B plutôt que des faces-A.

Oui mais voilà, malgré ça, l'écoute de ce 'Strength in Numbers' reste un plaisir continu. C'est torturé. C'est sombre. Comme toujours. Un peu plus de 50 minutes de guitare-basse-batterie, jouées à la perfection (sans vouloir insister, les parties guitare/basse sont une nouvelle fois d'une classe folle et reste un des gros points forts du groupe), et la délicieuse voix d'Aurelio Valle planant au-dessus. Avec des titres comme Rise (voir plus bas) - clairement un des grands morceaux de cette année 2007 - ou Dancers in the Dust (voir plus bas bis) en porte-étendard.
Bref, toujours de la pop mélodique teintée de rock. Ou du rock lancinant teinté de mélodies pop (au choix). Mais de qualité.

Dans la catégorie « groupe qui mériterait de percer mais qui ne percera jamais », je voudrais donc Calla. Le groupe épatant par excellence qui, s'il ne changera jamais le cours de l'histoire de la musique, aura toujours une place à part pour les quelques aficionados qui ont eu le bonheur de poser un jour une oreille sur ses chansons. Et un des (rares?) groupes dont on sait pertinemment que, dans vingt ans, on sera heureux de faire découvrir à ses enfants, en ressortant des cds ou des vinyles tout poussiéreux mais qui n'auront musicalement pas pris une ride. (Sortie : 20 février 2007)

Son:Myspace
Site Officiel

Deux titres merveilleux ici (Rise et Dancer In The Dust, mon dieu quoi), comme promis (
malheureusement plus en écoute).


Pour finir, la video de Sanctify, titre qui ouvre l'album, à consommer jusqu'à plus soif :

mercredi 19 septembre 2007

Souvaris - A Hat [Gringo Records]

Tiens, j'avais envie de causer post-rock ce soir. Oui, je sais, ce genre musical - essentiellement - instrumental divise plus qu'il ne rassemble (musique touchant au génie pour les uns, mièvrerie pour neurasthénique pour les autres), a déjà connu son heure de gloire (à la fin des années 90, avec Godspeed You ! Black Emperor, Explosions in the Sky ou Mogwaï) et surtout s'auto-parodie plus qu'il n'évolue, et ce depuis des années. Alors pourquoi parler d'un groupe obscur de post-rock en ce mercredi 19 septembre 2007 ? Parce que j'aime qu'on vienne me chatouiller le tympan à grand renfort de montées soudaines et rageuses.

Et surtout parce que j'aime Souvaris. Car, dans la nuée de groupes fadasses et ennuyeux au possible qui peuplent le monde du post-rock d'aujourd'hui, il existe un combo anglais originaire de Nottingham Forrest, rencontré au détour d'un forum Internet il y a quelques années : Souvaris.

Leur second album est sorti il y a quelques mois. Et après une tournée euphorique et "sold-out" (ou pas) en France au printemps dernier (le leader du groupe, Simmo, en plus d'être adorablement fou, est un francophile convaincu), Souvaris a sorti son deuxième album, 'A Hat'.

Si j'en parle dans ces pages, ce n'est pas parce qu'ils ont retrouvé le chapeau que j'ai oublié l'autre soir. Non. C'est juste parce qu'il atteint des sommets. Dans un souci évident d’exigence artistique, le groupe ne fait pas dans la redite par rapport à son premier opus. Ni dans le détail. Plus d’une heure de guitares (l)acérées comme rarement, de riffs agressifs, de longues montées qui se terminent dans des déflagrations sonores délirantes.
Proche souvent d’un rock noisy qui leur va particulièrement bien au teint, recentré sur les guitares, Souvaris crée une musique qui attrape l’auditeur à la gorge pour ne plus le lâcher avant la fin.

Et loin des influences de groupe comme Boards of Canada ou Yo La Tengo du premier album, on pense plus ici à Shellac, Battles voire Sonic Youth. On sent même, à la fin de The Young Ted Danson, une envie d’aller jouer sur les terres des !!!. On se plait alors à imaginer la suite funky des aventures discographiques d’un groupe attachant et qui devient album après album quasiment indispensable. Bisous Simmo. (Sortie : 4 avril 2007)

Son:
Myspace
Site Officiel


Deux morceaux en écoute, Hand or Fingers et le génial The Young Ted Danson (malheureusement, plus en écoute).

mardi 18 septembre 2007

Loney, Dear - Loney, Noir [Sub Pop]

Il est 8h du matin. J'arrive au bureau. Je viens de glisser une pièce dans la machine à café. Les paupières toujours attachées aux pommettes, je me dirige, en traînant des pieds, vers mon bureau. Ma camel est au bout de mes lèvres. Je l'allume. En même temps que mon pécé.

Ces derniers temps, y a pas l’envie. Pas le goût. Des heures de sommeil réduites à la portion congrue pour on ne sait trop quelle raison. Et puis ce vent frisquet début septembre qui vous fouette le visage au petit matin sans qu’on ait rien demandé, ça a le don de me rendre bougon.

L’écran est allumé. Avant toute chose et histoire de se donner un semblant de courage pour affronter cette journée qui s’annonce longue comme une nuit chez nos copains les esquimaux, je lance winamp. Et pourquoi pas écouter ce Loney, Dear, depuis le temps qu'on m’en parle ? Allez hop, tentons le coup. I Am John résonne dans les enceintes.

Trois minutes trente s'écoulent.

Les yeux sont désormais bien ouverts. La clope se consume, seule, dans le cendrier. Le café refroidit. Je me regarde dans le reflet de l’écran. Qu’est ce que c'est que … ? Uhm. Je la remet. Histoire d’être sur. Trois minutes plus tard, même constat : non mais au secours, c’est quoi ce truc ?

Ce « truc » c’est Emil Svanängen a.k.a Loney, Dear, jeune songwriter folk avec plein de pop autour, qui connait un succès plutôt intéressant chez lui en Suède, bien que ne vendant ses albums que sur CD-R. Et puis un jour, I’m From Barcelona et son leader Emanuel Lundgren le met en lumière en lui laissant le micro sur un des titres du premier album de sa foutraque chorale.
Ni une ni deux, Sub Pop tombe sous le charme. Et le signe. Pour un premier album déjà, 'Sologne', sorti l’an passé.

Et puis pour un second, 'Loney, Noir', cette année. Un album dans la lignée de ceux de la scène folk-poppy. On sent bien un peu de Sufjan Stevens par ici ; un peu de Belle & Sebastian (période Jeepster) par là. Mais au final, Loney, Dear pond vraiment sa musique à lui, sans vraiment se soucier des autres.

Enlevé par moments, plus posé à d’autres, 'Loney, Noir' est un disque absolument splendide, fait de xylophone et de guitares folk déchainées, dont on a clairement du mal à se détacher. On oserait, on dirait qu’il est aussi frais pour son genre que le 'Funeral' d’Arcade Fire l’a été pour la pop.

Il faut, non pas se jeter dessus, ca serait bien trop facile, mais se ruer comme des morts de faim sur ce disque. Prendre sa claque. Être émerveillé par tant de belles mélodies à ne plus savoir qu’en faire. Sentir son ventre se nouer à l’écoute de la plupart des morceaux. Avoir envie de chanter à tue-tête. Caler la fonction repeat dès le début de l’écoute. Faire découvrir ce 'Loney, Noir' au plus grand nombre de personnes possible. Bref, tomber amoureux d’un album après quatre accords. C’est un besoin de santé publique. Car il redonne le moral. Le sourire. Et l’envie d’être heureux. Même un matin, à 8h, face à un écran d’ordinateur et une journée d’une dizaine d’heures devant soi. (Sortie : 6 février 2007)

Son :
Site Officiel
Myspace

Au programme, deux titres en écoute
(malheureusement plus en écoute).

Et pour finir, le joli clip de I Am John, meilleur titre du de 'Loney, Noir', réalisé par Andreas Nilson (qui a notamment bossé avec The Knife) :


lundi 17 septembre 2007

Track of The Day (13-17 septembre 2007)

Ah Internet. L'avènement de la découverte tout azimut, de petites perles perdues au fond d'un Myspace écouté par dix péquins.
Histoire de faire découvrir mes derniers coups de coeur (mais pas que), à mon modeste niveau, j'essaierai autant que faire se peut de mettre en ligne un titre par jour. Track of the day quoi (oui, en anglais, ça a plus de gueule).
Chaque morcea
u sera en ligne dix jours avec un renouvellement jour après jour. Un titre sort, un autre rentre.
Un
petit récap se trouve sur la droite du blog, juste en dessous du lecteur. Mais afin d'être plus complet, je tenterais de faire un bilan de temps en temps. Et d'ailleurs, il est temps de faire le premier.

Lundi 17 septembre 2007 :
* Calexico - Guns of Brixton [City Slang]
Sortie sur un split 7" avec Beirut en début d'année (en édition très limitée), reprise tout en douceur du tube des Clash. Version épurée et superbe. Alors oui, ce n'est pas punk pour un sou, le texte perd forcément de sa force initiale. Mais ça n'en reste pas moins splendide.


Dimanche 16 septembre 2007 :
* Piano Magic - Halfway Through [Green Ufos]
'Part-Monster' est le nouvel album de Piano Magic qui depuis quelques temps prend un virage clairement pop. Ce nouvel opus, dont on reparlera prochainement, est particulièrement réussi, avec en point d'orgue un Halfway Through aux cuivres pleins de grâce qui font s'envoler le titre sur les derniers instants.

Samedi 15 septembre 2007 :
* Hot Chip - Shake a Fist [DFA]
'The Warning' était un bijou d'album, pleins de tubes electro-pop et un Over and Over titre de l'année 2006 pour votre serviteur. Prévu pour le début de l'année prochaine, ces bidouilleurs de lap-top commencent le teasing avec un Shake a Fist qui annonce déjà des jours encore plus heureux pour nos amis anglais. Les remix de ce titre vont pleuvoir. Miam !

Vendredi 14 septembre 2007 :
* Belleruche - Northern Girls [Tru-thoughts]
Flâneur myspacien devant l'éternel, l'ami Philou n'a pas tari d'éloge sur ce titre de Belleruche, combo anglais faisant dans la soul anglaise new-generation. Et c'est qu'il a raison le bougre. Beat entêtant, accords de guitare, violons samplés et tout le toutim. Dommage que l'album ne soit pas à la hauteur de ce titre promis à un bel avenir.

Jeudi 13 septembre 2007 :
* Nathan Fake - You Are Here (Four Tet Remix) [Border Community]
Nathan Fake fait sa petite tournée française, un an après la sortie de son réussi 'Drowning in a Sea of Love'. Il y a quelques semaines, l'Ep 'You Are Here' voyait le jour, avec notamment un remix de Four Tet. Et comme toujours avec Kieran Hebden, on atteint des sommets. Le tout surpasse même l'original, c'est dire.

Hell Razah - Renaissance Child [Nature Sounds]

Dernièrement, je me lamentais dans ses pages sur les productions hip-hop circa 2007 qui ne m'avaient pas ébouriffé, renversé, tourneboulé comme celles des années précédentes avaient su le faire. Et puis j'ai remis le Hell Razah dans le lecteur. Et pouf, rebaffe. Comme il y a quelques mois à l'époque des premières écoutes. Qu'on soit hip-hop ou pas, qu'on ait une sensibilité pour le flow racé ou non, ce disque devrait plaire à beaucoup. A tous même.

Hell Razah donc. Wu-Tang Affiliate (membre du Sunz Of Men, le groupe qui a collaboré avec IAM). Et un premier album qui fait du bien par où il passe.

Ce disque a du chien. De la gnac. Du bon hip-hop comme on l'aime, des textes bien sentis et surtout des prods qui passent toutes seules, avec piano, violons, samples et quelques tendances jazzy pas piqués des vers.

Certes, tout n'est pas forcément du génie absolu, il y a quelques longueurs ici et là (et encore c'est vraiment histoire de pinailler). Mais ce disque tiendra une bonne place dans le haut de mon top de fin d'année. Et ce rien que pour deux morceaux: celui avec Talib Kweli et MF Doom (rien que ça !) qui, soyons clair, démontent des ours. Et celui avec Ras Kass, grand lyricist devant l'éternel qui envoie le bois pendant quatre minutes. Deux grands moments, deux titres de haute volée, entourés par quatorze autres morceaux, moins forts mais qui restent dans le ton (l'excellent Renaissance, en écoute plus bas).

Alors oui, après, la pochette ne donne pas envie. Mais c'est l'année qui veut ça: plus les artworks sont moches, plus le son est bon. Je vous laisse donc imaginer la classe de ce premier album d'Hell Razah... (Sortie : 20 février 2007)

Son :
Myspace
(le titre avec MF Doom et Talib Kweli y est en écoute)Site Officiel


Et on a beau être parti sans notre chapeau, on essaie quand même au maximum de mettre en écoute quelques titres. Histoire de vous donner envie d'en savoir plus (malheureusement plus en ligne).

dimanche 16 septembre 2007

[Oldies] John Phillips - John, The Wolf King Of L.A. (1969)

69 année érotique. Et d'émancipation. John Phillips, chef de file des sympathiques Papas et Mamans, décide de vivre son rêve californien à fond les manettes, et sort son premier album solo.

Jeune divorcé (de Michelle Gilliam, sa compagne de The  Mamas & The Papas), l'inventeur de la sunshine pop délaisse les tubes sucrés qui sentent bon le chaud soleil de L.A et pond dix titres country-folk teintés de piano de très grande tenue, avec chœurs et tout le toutim, emmenant son songwriting à un très haut niveau (Malibu People, Someone's Sleeping, ce genre de trucs), se la jouant limite soul-singer avec un Captain (The Mermaid) fabuleux.

Niveau chant, notre homme est plus Dylan (en moins nasillard) que Lennon, avec une voix plus banale que belle mais qui donne un gros charme à l'ensemble... Et derrière, une partie du groupe d'Elvis Presley de l'époque, fait le boulot.
'John, The Wolf King Of L.A'. est un grand disque, assez méconnu, et un ratage commercial complet. A propos duquel Denny Doherty, un des membres de The Mamas & The Papas déclarera à de nombreuses reprises que si le groupe avait enregistré cet album, il aurait été sûrement leur plus grand. C'est vrai qu'on aurait vu pire épilogue.
Sept ans plus tard, Bob Dylan sort Desire, avec peu ou prou la même pochette. Hommage inconscient ? On dira oui. Mais hommage mérité surtout.

Ps: Notons que la réédition de 2006 contient des bonus tracks du niveau de l'album en question. Limite indispensable d'avoir ces 7 titres inédits en plus (+ une version single de Mississippi), dont la chanson Black Girl, ritournelle classique américaine dont Kurt et ses copains feront un Where Did You Sleep Last Night.


Première sortie : 1969 (Dunhill)
Réédition : 2006 (Varese Sarabande)

 

Pour le plaisir, trois titres (Captain (The Mermaid), Malibu People et Drum) à écouter en boucle, et en boucle, et en boucle, et...


jeudi 13 septembre 2007

Von Südenfed - Tromatic Reflexxions [Domino]

Prenez deux souris dj-ettes. Prenez l’icône la plus punk encore vivante aujourd’hui. Faites les se rencontrer. Enfermez les dans un studio d’enregistrement. Donnez leur un nom un peu abscon. Ajoutez un artwork qui rappelle un vieux best-of d'Abba. Présentez le projet à un des labels les plus passionnants de ces dernières années. Et préparez vous à danser.

Mouse On Mars, duo electro allemand, et Mark E. Smith, la voix, le rythme, le cerveau, les textes, la folie (rayez les mentions inutiles) de The Fall, groupe punk parmi les groupes punk, aux dizaines de séparations et reformations, ont donc créé Von Südenfed, groupe sûrement éphémère (Smith n’aime pas se répéter), à l'electro-punk des plus efficaces.

Un trio assez inattendu pour ces vieux de la vieille et un résultat des plus euphorisant. La voix de Smith, cette nonchalance dans le timbre et dans l’élocution, colle à merveille aux gros beats déchirés des Mouse On Mars. C'est crade. Mais c'est bon.

Rien que pour le titre d’ouverture, Fledermaus Can't Get Enough, ce disque doit atterrir dans vos oreilles en cette année 2007. D'ailleurs, si la vie était bien faite, on aurait du entendre ce titre (et pas que) dans tous les clubs de la terre cet été.

Malheureusement, ça n'a pas été le cas (damn you Sinclar!). On se contentera donc d'écouter ce Tromatic Reflexxions dans notre coin. Et en bons punks que nous sommes tous un peu, on n'oubliera pas d'hurler quelques 'Von Südenfed... riot'. Histoire de. (Sortie : 21 mai 2007)

Son:
Myspace

Afin de bien rentrer dans l'univers de ces trois furieux, le clip cheap mais déjanté de Fledermaus Can't Get Enough :


mercredi 12 septembre 2007

Paul McCartney - Memory Almost Full [Mercury]

Je m’étais dit « allez, maintenant que tu en as fait des caisses sur des albums pop, faudrait peut-être parler un peu de hip-hop ». Même si l’année semble résolument peu encline à proposer de grands crus de ce coté là, je me suis dit que j’allais quand même trouver de quoi raconter. Et puis… non finalement. Pas l’envie. Je suis dans une période poppy, c’est pas d’ma faute m’sieur l’juge, j’y peux rien.

Donc en lieu et place d’un disque qui sent bon le beat et le sampling, discutons plutôt d’un p’tit jeune d’une soixantaine d’années, un des deux seuls rescapés du, selon l’expression populaire, « plus grand groupe de l'histoire de la musique ». Bref, Paul McCartney. Macca quoi.

Un Paulo qui connaît déboires amoureux et financiers depuis quelques mois déjà. Mais qui retrouve une vista assez incroyable depuis un 'Chaos And Creation In The Backyard' serein, inspiré, même pas ampoulé par un Nigel Godrich, pourtant fadeur devant l’éternel, c’est dire.

Bref, un McCartney qui semble avoir retrouvé la clé de son coffre à mélodies qu’il avait perdue depuis quelques années. Son Memory Almost Full confirme tout cela. Beaucoup moins acoustique que sa dernière livraison, Macca pond un album particulièrement enlevé, plus libre, très pop, avec tous les atours qui vont avec (piano, violons, mandoline). Et aux mélodies imparables. Alors oui, tout le monde sait qu’on parle ici du type qui a composé Eleanor Rigby, Cant’ Buy Me Love ou l’affolant Nineteeneightyfive. Il n’empêche, répétons le, et à l’envie : Paul McCartney est un songwriter de génie. Et il le prouve tout du long de ce disque.

Plus Wings que Beatles, plus eighties que sixties, notre homme frappe un grand coup avec ce Memory Almost Full. Et quand les guitares se mettent à riffer, tout est juste, évident. House of Wax, par exemple, aurait du être un massacre : voix haut perchée et pleine d’échos, solos en fin de morceau. Et pourtant, rien de vulgaire, de pompeux : ici, tout apparaît empreint d’une classe surprenante.

Memory Almost Full est un album qui respire le plaisir (ces sifflements posés ici et là, à peine dans le ton, mais particulièrement « vrais »). Et même lorsque Paul McCartney évoque sa mort sur At The End of The End, avec ce côté Johnny Cash (période Rick Rubin) qui lui va à ravir, on ne peut s’empêcher de garder le sourire. (Sortie : 5 juin 2007)

Son :
Site Officiel (on remercie Mercury pour n’avoir pas voulu mettre en ligne des extraits de plus de 30s pour chaque morceau. On ne sait jamais, de méchants pirates pourraient vouloir encoder tout ca. La planète se réchauffe, le temps part en sucette, ca se bastonne chaque jour un peu plus aux quatre coins du monde. Mais heureusement, les majors de l'industrie musicale, elles, ne changent rien. Et continuent de se ridiculiser et de creuser leur propre tombe un peu plus chaque jour. Au moins quand elles tomberont dedans, ca nous fera des vacances, ca sera déjà ca).


Le clip de Dance Tonight, avec Michel Gondry à la prod et Nathalie Portman (notamment) devant la caméra : 





mardi 11 septembre 2007

Animal Collective - Strawberry Jam [Domino]

Il va bien falloir qu’à un moment, ils rentrent dans le rang. Je sais pas moi : qu’ils foirent un album. Ou au moins quelques morceaux. Qu’ils se répètent. Qu’ils tournent en rond. Parce que là ça devient lassant. Enfin, surtout pour les autres.

En comptant cet album (le sixième), quels sont les disques d’Animal Collective que l’on pourrait qualifier de, allez soyons sport, « moyen » ? Quelqu'un ? Une idée ? Non ? Bon, je vous donne ma réponse alors : aucun. C’est bien simple, depuis leur formation en 2000, rien n’est à jeter, tout est à garder dans la bande d'Avey Tare et Panda Bear.

Qu’ils partent dans des expérimentations à foison ('Spirit they're gone spirit they've vanished / Danse manatee'), dans du folk barré et mélodique ('Sung Tongs'), dans une folk-pop enthousiasmante ('Feels') ou dans de l’expérimental mouvant et fascinant ('Here Comes The Indian', peut-être leur meilleur à ce jour), ils sont toujours d’une ingéniosité et d’une sincérité totale. Rien de surjoué chez eux. Juste une passion pour une musique débridée, underground (dans l'acception du grand Jean-Francois Bizot qui vient de nous quitter, à savoir: « Savoir faire un pas de côté, se risquer à faire ce que l'époque ne prend pas en compte ») et toujours en constant mouvement.

Leur 'Strawberry Jam' est du même tonneau. En forme d’aboutissement. En quelque sorte le troisième volet d’une trilogie pop foutraque débutée par 'Sung Tongs' et poursuivie par 'Feels'. Un disque plein de nappes, de psychédélisme, de tubes en pagaille (Peacebone, For Reverend Green), avec toujours cette rythmique entêtante et hypnotique, marque de fabrique du groupe. Un disque moins « bancal » que les précédents, clairement plus accessible (car le plus mélodique de tous), mais toujours exigeant et empreint de la même folie douce (la pochette ou le clip de Peacebone en sont les plus belles preuves).

'Strawberry Jam' ou un nouvel album (première chez Domino après des années Fat Cat) et une sixième merveille. Animal Collective s'installe un peu plus confortablement, à chaque nouvelle sortie discographique, dans les canapés du club très fermé des très grands groupes du nouveau millénaire ; club qu'il dirige avec une déconcertante facilité. (Sortie : 10 septembre 2007)

Son:
Myspace


Le clip de 'Peacebone', dérangeant et Animal Collective-ien à souhait :